vendredi 31 janvier 2020

Colonel à 22 ans : François Déverine


Officiers supérieurs très jeunes, ils sont morts, ou ont quitté le service actif, avant l'épopée napoléonienne. Leur carrière très honorable mérite d'être connue.


Intéressons-nous d'abord à l'adjudant général Déverine. De son vrai nom François-Gédéon Lavalette des Vérines, il naît à Châteauponsac (Haute-Vienne) le 15 mars 1775, au sein d'une famille de douze enfants. Orphelin, à l'âge de 17 ans, de ses parents, Michel Lavalette des Vérines et Anne de Verdilhac de Meinieux, le Limousin s'enrôle le 18 octobre 1792, à Limoges, dans le 3e bataillon de volontaires de la Haute-Vienne.

Ce que fut sa carrière nous est connu grâce à un article signé A. Lecler dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (1913) et le Dictionnaire des chefs de brigade du Consulat de Danielle Quintin et son époux regretté, Bernard Quintin.


Elu capitaine de grenadiers le 24 ou 26 octobre 1792, à l'âge de 17 ans, Déverine sert à l'armée des Pyrénées-Orientales. Passé dans la 4e demi-brigade de bataille, il se bat ensuite en Italie à partir de 1796. Le 10 juillet 1796, il est nommé aide de camp temporaire auprès de son compatriote, le général Beyrand (ou dès le printemps 1795, selon B. Quintin). Après la mort de ce dernier à Castiglione, Déverine est placé auprès du général Robert, le 23 septembre 1796 (ou à l'automne 1795, selon B. Quintin). Ce général dira de «François Lavalette-Déverine» qu'il l'a servi «avec zèle, probité et courage».

Sa carrière l'amène à croiser la route du général Augereau, qui le prend à son tour à son service comme aide de camp. Toujours officiellement sur les contrôles de la 4e demi-brigade, Déverine est nommé chef de bataillon le 1er avril 1797. Nouvelle promotion spectaculaire : il passe chef de brigade (colonel) dans la 51e demi-brigade, le 12 septembre 1797. Il n'a que 22 ans et 6 mois !


Déverine suit son mentor dans ses différents commandements : à Paris, à Perpignan (à la tête de la 10e division militaire), en 1798. L'année suivante, il est chef de brigade réformé, lorsqu'il est soigné pour une ancienne blessure à la cuisse droite. Enfin, le 16 juillet 1799, il est nommé adjudant général pour rejoindre, non plus Augereau, mais le général Joubert. Déverine est affecté à la division du général Victor comme chef d'état-major et, occasionnellement, à la tête de l'avant-garde.

Le 27 octobre 1799, dira le Directoire exécutif dans un message au Conseil des Cinq-Cents, «l'ennemi occupait fortement le village de Berniette (Note : Beinette), et se retrancha dans le château. Le général Victor le fit investir à la nuit par le brave adjudant général Déverine. Le commandant se rendit à discrétion le 28 au matin, avec 300 hommes, deux pièces de canon et trois caissons bien attelés ». « La fermeté de l'adjudant général Déverine nous a valu cette prise intéressante », rapportera Victor.


A nouveau, il est appelé à servir le général Augereau, nommé au commandement de l'armée de Batavie, à La Haye. Le 4 février 1800, le général Victor lui témoigne sa considération : «C'est avec regret que je le vois partir. Il mérite sous tous les rapports la confiance et l'estime et peut occuper un grade supérieur ». Commandant la place de Francfort en août 1800, Déverine, dont l'attitude a été saluée par le bourgmestre, doit quitter cette contrée le 24 novembre 1800 pour rejoindre la division de droite (général Duhesme) de l'armée du Rhin. Aussitôt, il est engagé dans les opérations. 

Il passe les deux bras du Mayn avec la 98e demi-brigade et le 16e régiment de dragons, au-dessus de Wurtzburg, puis se porte jusqu'à Geroldshofen. Le 3 décembre 1800, il prend part au combat de Burg-Eberach. Après la prise de la localité par le général Duhesme, les Autrichiens sont attaqués, sur la droite par la cavalerie du général Treilhard, de front par Déverine, qui est à la tête des carabiniers de la 29e demi-brigade d'infanterie légère. C'est alors qu'il est atteint de plusieurs coups de feu, dont un qui lui transperce le corps. Son destin, le général Augereau le racontera aux membres de sa famille, dans une lettre datée du 7 décembre : « Soutenu par son courage, il continua pendant près d'un quart d'heure le mouvement commencé. La perte de son sang l'arrêta. Il ne quitta cependant le combat qu'après s'être assuré de la victoire et avoir encouragé sa colonne. «Vous voyez, devait-il dire, que la guerre n'épargne personne, mais il est bien glorieux de mourir de cette mort». Soigné au quartier général d'Augereau jusqu'au 6 décembre, à 3 h du matin, «il expira glorieusement, comme Desaix, de la mort des braves».

L'adjudant général François-Gédéron Déverine n'avait que 25 ans.


Dans son ordre du jour, Augereau, commandant de l'armée gallo-batave, écrira : « Le général en chef ordonne que le corps du brave Deverine, mort de sa blessure à Closter-Eberach, dans la nuit du 14 au 15 frimaire, à 3 h du matin, soit transféré, sous une escorte de 100 hommes d'infanterie et de 25 hommes de cavalerie, à Bourg-Eberach, où le lieutenant-général Duhesme le fera enterrer avec tous les honneurs militaires, à la même place où il a reçu le coup mortel. Il sera porté par les mêmes carabiniers de la 29e demi-brigade légère, à la tête desquels il a chargé. Le lieutenant-général Duhesme assistera à la cérémonie ; il désignera aux troupes l'adjudant-commandant Deverine comme un des braves de la république, qu'anima dans tous les temps l'amour de ses devoirs et celui de son pays ». Des rues de Châteauponsac et de Limoges portent son nom.

jeudi 9 janvier 2020

Cavaliers de la République (1) : le lieutenant Chalons, mort en Egypte


Les cavaliers de la République n'ont pas suscité le même intérêt, de la part des historiens, que ceux du Premier Empire. Ils n'en sont pas moins dignes de mérite. Voici d'abord l'exemple du lieutenant de dragons Louis-Hubert Chalons.




Né à Roches-sur-Marne (près de Saint-Dizier) le 26 janvier 1764, fils de Louis Chalons et de Jeanne-Catherine Toussaint, il est nommé sous-lieutenant au 18e régiment de dragons, le 17 juillet 1793, à l'âge de 29 ans. Passé lieutenant le 21 mars 1794, Chalons prend part à l'expédition d'Egypte. Le 18e régiment de dragons, commandé par le chef de brigade Lédée, fait partie de la division du général Dumas. Il compte deux autres officiers haut-marnais dans ses rangs : le lieutenant Jobard et le sous-lieutenant Laveine, tous deux originaires du Sud Haute-Marne.


Avec ce corps, le lieutenant Chalons participe à la célèbre bataille des Pyramides, puis, avec 68 dragons (dont deux officiers) et 60 fantassins, il est laissé le 4 août 1798 à Mansourah pour y tenir garnison. Le 9 août (l'état des officiers du régiment dit : le 8), les Turcs – combattants et habitants - assaillent ce poste. C'est un massacre : un seul Français – un dragon – en réchappe. Tous les autres ont été tués et décapités. Le lieutenant Chalons, mort à l'âge de 34 ans, fait partie des malheureuses victimes.

Illustration tirée de l'historique du 18e régiment de dragons.

lundi 9 décembre 2019

Un grand monsieur s'en est allé

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de Bernard Quintin. Avec son épouse Danielle, il est l'auteur de dictionnaires biographiques d'officiers et soldats de la Grande Armée qui font autorité : sur les colonels du Premier Empire, sur les chefs de brigade du Consulat, sur les "grognards" morts sur les champs de bataille d'Austerlitz et d'Eylau...

Bernard Quintin était venu en 2010 à Frettes (ex-Haute-Marne, aujourd'hui en Haute-Saône), lors de l'hommage aux morts d'Eylau organisé par le Souvenir napoléonien et le club Mémoires 52. A cette occasion, cet administrateur de la Fondation Napoléon avait donné une conférence très détaillée sur les Haut-Marnais du 14e de ligne, intervention qui peut être consultable sur ce blog.
Il avait également eu l'extrême gentillesse de préfacer notre ouvrage "1814 : Napoléon en Haute-Marne", paru en 2013.

Les obsèques de Bernard Quintin seront célébrées mardi 10 décembre à Paris. A sa veuve, à sa famille, à ses amis napoléoniens, nous présentons nos plus sincères condoléances.



samedi 6 juillet 2019

Le capitaine Zéphirin Jacquot, tué pendant le siège de Badajoz



Depuis la parution de notre étude «Officiers haut-marnais de Napoléon. 1804-1815» (Collection A la Une, Chaumont), nous avons retrouvé la trace d'une vingtaine de militaires qui nous étaient parfaitement inconnus au moment du bouclage. Parmi eux, encore un artilleur, le capitaine Zéphirin Jacquot.

Fils de François Jacquot, commis à la forge du Châtelier à Louvemont, et de Jeanne André, Zéphirin Jacquot naît dans ce village de la région de Wassy le 24 août 1776 (et non en 1777 comme l'indiquent les états militaires du corps impérial de l'artillerie). Entré en service en 1792, il est nommé lieutenant d'artillerie le 16 mars 1797, à l'âge de 21 ans, puis capitaine le 29 octobre 1803. Au début de l'Empire, Jacquot est capitaine en second au 7e régiment d'artillerie à pied à Strasbourg, puis passe au 5e de l'arme. 

Le Haut-Marnais sert en Espagne. Dans la nuit du 6 au 7 mars 1811, à l'occasion du siège de Badajoz, « le capitaine d'artillerie Jacquot, qui dirigeait les travaux de son arme à la batterie de brèche, eut les jambes fracassées par un éclat de bombe et mourut : cet officier, qui était d'une valeur éprouvée, fut vivement regretté ». Décédé le 14 mars 1811 à l'âge de 35 ans, le capitaine Jacquot était membre de la Légion d'honneur.

samedi 6 avril 2019

Officiers haut-marnais de Napoléon. 1804-1815.


Fruit de recherches débutées au début des années 90, "Officiers haut-marnais de Napoléon. 1804-1815" vient de paraître dans la "Collection A la Une" (Ippac Studio, Chaumont).

Préfacé par le professeur Alain Pigeard, cet ouvrage se propose, en 320 pages, de découvrir les parcours de 1 235 Haut-Marnais de naissance ou d'adoption ayant servi comme officiers, depuis le grade de sous-lieutenant jusqu'à celui de général de division, dans les armées françaises et étrangères du Premier Empire.

Bénéficiant d'une iconographie mise à disposition par la Société d'études historiques révolutionnaires et impériales (Sehri), cette étude se veut un hommage à ces fils de travailleurs de la terre, d'artisans ou d'hommes de loi, qui ont bravé mille dangers au sein des armées de Napoléon, et dont une centaine, pour le moins, n'ont jamais revu leur terre natale.  

Pour commander cet ouvrage, consulter le site de la société Ippac à cette adresse :
http://www.ippac.fr/boutique/boutique/officiers-haut-marnais-de-napoleon-1804-1815/

lundi 14 mai 2018

Les ultimes lettres d'un garde national


En 1908, la Société d'histoire départementale de la Révolution dans l'Aube a publié, dans son bulletin, les lettres d'un sergent de la 56e cohorte de la garde nationale, Edme-Alexis Garnier. L'homme servait ainsi dans la même unité que le sergent-major Marcq, d'Eclaron, dont les souvenirs ont été présentés sur le blog de Christophe Bourrachot, "L'Estafette".

Que savons-nous du sous-officier ? Qu'il est né le 24 mars 1789 à Prunay-Saint-Jean, hameau de la commune de Saint-Jean-Bonneval, dans l'Aube, fils de Jean-Alexis et de Marguerite Thiryon. Il a été incorporé en avril 1812 dans cette cohorte, comme de nombreux compatriotes et Haut-Marnais, destinée à être organisée à Dijon.

La première lettre adressée à ses parents est d'ailleurs écrite depuis la capitale des ducs de Bourgogne, le 24 juin 1812 (nous avons rectifié l'orthographe et la syntaxe) : «Nous avons reçu l'ordre pour partir de Dijon le 25 du courant pour (nous) diriger vers Utreik (Utrecht) en Hollande rejoindre nos camarades qui sont partis le 25 mai ; nous avons 31 jours de marche et 100 lieues (à faire), ce qui causera beaucoup de fatigue à bien des soldats, car les grandes chaleurs accablent les hommes en marche, et nous quitterons le vin (sic) au bout de huit jours. Je vous dirai que le second ban marche dans plusieurs départements, ce qui est l'auteur de notre départ, parce que nous lui (faisons) place pour (tous) entrer dans la division, ce qui me fait de (la) peine de m'éloigner si loin de vous tous et de ne pas avoir le bonheur de recevoir de vos nouvelles avant mon départ… Je quitte Dijon sans regret attendu, que le soldat ne peut pas vivre.» Dans ce courrier où il cite les noms de conscrits aubois (Léon Ménuel, cousin de son maître d'école, Patrois, Millot, Baudouin, etc.), Edme-Alexis Garnier, qui est sergent depuis le 4 mai, ajoute : «J'ai oublié de vous dire que nous sommes habillés en uniforme et armement complet, ce qui nous charge beaucoup. Nous avons fait présent de tous nos effets pour la monnaie d'une bouteille.»

La 56e cohorte du premier banc de la garde nationale fait mouvement vers les Pays-Bas. La deuxième lettre publiée par la Société est donc datée du 27 juillet 1812, à Utrecht. Sous-officier dans la 5e compagnie, Garnier raconte à ses parents son «voyage» : «Je m'empresse, le coeur navré de douleur, de vous écrire ces lignes pour m'informer de l'état de vos santés. Quant à moi, je me porte assez bien, gloire à la Providence… Nous sommes casernés en arrivant ; le pays est très malsain. Plusieurs tombent malade ; mon camarade de lit est à l'hôpital pour la fièvre. Plusieurs sont restés en route par la fatigue, moi je n'ai pas fatigué du tout ; nous avons eu de très mauvais temps les premiers jours de marche, il tombait de l'eau tous les jours… Nous avons passé dans de très mauvais pays, surtout dans les Ardennes. Je suis passé à Luxembourg où j'ai eu l'avantage de voir l'ami Nicolas Papin...»

Après Utrecht, direction Brême (Allemagne), sur le fleuve Weser. Le sergent Garnier évoque, dans cette troisième et dernière lettre publiée, le 24 décembre 1812, les conditions climatiques : «Je réponds à votre (lettre) datée du 27 novembre dernier, que j'ai reçue la veille de notre départ d'Aurich… S'il m'était possible de vous embrasser ! Mais la distance qui nous sépare y met un obstacle bien pénible. Souhaiter la bonne année est un usage général, chacun s'en fait un devoir… Nous sommes dans un endroit très froid. La gelée a commencé le premier décembre, dont la continuation a augmenté tous les jours ; l'on a remarqué que dans neuf heures de temps la glace avait six pouces d'épaisseur...»

Que devient ensuite l'enfant du hameau de Prunay-Saint-Jean ? L'article ne l'indique pas. Mais le registre matricule du 153e régiment d'infanterie de ligne nous renseigne sur son destin. Le 22 février 1813, Edme-Alexis Garnier est incorporé dans la 1ère compagnie du 2e bataillon. Celui-ci a été formé par la 56e cohorte, et il est aux ordres d'un jeune Troyen de 30 ans, le chef de bataillon Alexandre De Jougla-Lamothe. Sa compagnie est aux ordres du capitaine Bertrand, avec Jean-Joseph Vincent comme lieutenant et Claude Richier comme sous-lieutenant. Engagé dans la Campagne de Saxe, l'Aubois se bat le 26 mai 1813 à Hainau, où il est blessé. Puis le registre note qu'il a été rayé pour cause de longue absence le 5 novembre 1813...

lundi 23 avril 2018

L'adjudant général Tabary, un Joinvillois mort sous la guillotine


Originaire d'Arras, né vers 1759, Philippe-Joseph Tabary est devenu Haut-Marnais par son mariage. Fils de Pierre-Ghislain, originaire de Bailleulmont (Pas-de-Calais), et de Marianne Duhamel, il a en effet pris pour épouse, le 18 octobre 1784, à Wassy, Margueritte-Elisabeth Rassenet, fille d'un blanchisseur. La profession du jeune marié, originaire de la paroisse Sainte-Croix d'Arras, n'est pas précisée dans l'acte, pas plus qu'au moment du baptême de son fils Philippe-Guislain-Joseph, né dans la paroisse Saint-Géry d'Arras le 2 décembre 1785. 

C'est à Joinville que la famille vient s'installer. Tabary, qui mesure 1,72 m, a 32 ans lorsqu'il se porte volontaire pour défendre la patrie le 18 septembre 1791 en mairie de Joinville, au moment de la formation du 1er bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne. S'il rejoint cette unité, il y sert peu, puisque Pierre-Gérard Jacquot ne le mentionne pas parmi les cadres de l'unité en 1793. On le retrouve cette année-là comme adjoint aux adjudants-généraux. Tabary sert à l'armée de l'Ouest, lorsque, d'après Baguenier-Désormeaux («Kléber en Vendée»), le général Rossignol, «d'après la connaissance certaine qu'il avait de son patriotisme et de sa bravoure», demande pour lui, au ministre de la Guerre, le grade d'adjudant-général, le 29 août 1793. 

Commandant à Saint-Georges-sur-Loire, le Joinvillois fait l'objet d'une première demande d'arrestation, le 5 octobre 1793, par le Comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers. Ce qui ne l'empêchera pas de combattre quelques jours plus tard contre les Vendéens marchant sur Nantes et Angers. Dès 1809, un récit raconte que le 18 octobre 1793, 2 à 3 000 Vendéens, «arrivés les premiers à Varades, avaient repoussé jusqu'aux portes d'Angers le peu de troupes que leur avait opposé l'adjudant-général Tabary, défendant le poste d'Ingrandes. Tabary perdit deux canons...» Lorsque les éclaireurs ennemis se replièrent sur Caudé, «l'adjudant Tabary et le commissaire Duverger les suivirent, et s'engagèrent imprudemment à trois lignes de l'armée, sans pouvoir être soutenus. Arrivés à Ingrandes, ils mirent pied à terre. Les éclaireurs vendéens filèrent pour les envelopper dans les vignes qui bordaient la route. L'adjudant général Tabary s'élance sur son cheval et fuit au grand galop. Le commissaire Duverger voulut le suivre, mais sa selle tourna et le fit tomber. Il reçoit dans cet instant un coup de fusil...» Le malheureux est achevé, tandis que «les hussards républicains se sauvèrent à bride abattue vers Chantocé...»

Ce revers valut à Tabary d'être de nouveau arrêté et emprisonné à Angers. Dans le Bulletin historique et monumental de l'Anjou, M. du Réau, autre détenu de cette période tourmentée, raconte : «Le général Tabary, qui partageait notre sort quoique forcené républicain, élève la voix et dit : Camarades d'infortune, voici le moment le plus critique, il ne convient de témoigner ni crainte ni espérance, soyons calmes. Ce général Tabary, qui était accusé d'avoir abandonné le poste d'Ingrandes aux Vendéens, était furieux de se croire confondu avec des royalistes ; il murmurait et jurait à tous moments contre l'ingratitude de son parti. Oui, me dit-il, toujours j'ai tout sacrifié pour la république ; j'étais à Sedan (sic) à la tête d'une manufacture d'amidon, je me suis engagé avec 40 de mes ouvriers, et voilà le prix de mon dévouement».

Traduit devant la justice révolutionnaire, «malgré tout l'étalage de ses services et la jactance de son habit qui lui était ordinaire» (du Réau), l'officier «subit son arrêt en criant vive la République». Condamné à mort le 3 février 1794, il est guillotiné le lendemain, place du Ralliement à Angers. Le Mercure précisera qu'il était «convaincu de haute trahison dans (son) commandement», comme le général Destimanville.

Quelques jours plus tard, le 15 février 1794, le Comité de surveillance de la commune de Joinville vient poser des scellés sur la demeure de l'adjudant général Tabary. La confiscation des biens est justifiée par le fait que l'officier «vient de subir la peine de mort pour trahison par lui commise dans le commandement de l'armée à laquelle il était attaché». L'on apprend, par l'acte, que sa veuve ne réside plus dans la demeure : son état de santé l'a amenée en effet à loger chez un prêtre voisin, Andoire. Les scellés seront finalement levés quinze jours plus tard. Ce compte-rendu permet d'apprendre que la maison Tabary donnait sur le faubourg du Grand-Pont, que l'homme louait également une grange au quai des Péceaux et une maison du faubourg de Lorraine, enfin qu'il avait signé une séparation de biens avec son épouse le 10 juillet 1790 et qu'il possédait bien un étal d'amidonnerie, sans qu'il soit précisé s'il était situé à Joinville  ou en un autre lieu.

Concluons cette évocation en signalant que la famille Tabary restera attachée à la cité, puisqu'au moment d'être mis en demi-solde, le fils Philippe-Ghislain-Joseph, devenu capitaine d'infanterie légère de Napoléon, s'y retirera provisoirement en 1814 et 1815, avant d'être admis dans l'armée du roi (notice ci-dessous).

Tabary (Philippe-Ghislain-Joseph), capitaine 
(Arras, Pas-de-Calais, 2 décembre 1785 – Bourg-de-Péage, Drôme, 25 septembre 1862). 
Fils de Philippe-Joseph Tabary et de Marguerite-Elisabeth Rassenet. 
Entré en service le 14 juin 1803. 
Elève à l’école spéciale militaire de Fontainebleau.
Nommé sous-lieutenant au 18e régiment d’infanterie légère le 23 octobre 1804, à 19 ans.
Lieutenant le 25 mars 1808. 
Capitaine le 15 mars 1812. 
Capitaine adjudant-major, fait chevalier de la Légion d’honneur le 20 octobre 1812 au lendemain de la bataille de Malo-Jaroslawetz ; fait prisonnier en Russie.
Capitaine adjudant-major au 14e régiment d’infanterie légère, en demi-solde à Joinville, en 1816. Le préfet de la Haute-Marne a dénoncé son « attachement à l’usurpateur », ce qui explique sa mise sous surveillance
Capitaine d’état-major, en 1820. 
Confirmé chevalier de la Légion d’honneur (1834). 
Chef d’escadron, commandant le dépôt de recrutement de l’Isère, pensionné (1843) après 40 ans de services et retiré à Bourg-de-Péage (Drôme).
Médaillé de Sainte-Hélène (1857). 
Epoux de Marianne Simean, il décède chef d’escadron d’état-major en retraite, officier de la Légion d’honneur, en son domicile impasse Lamarche, à l’âge de 77 ans