vendredi 23 octobre 2009

Le commandant Henry Guillaume de Bassoncourt, blessé aux Quatre-Bras

Encore une preuve qu’un fils de notable peut gravir rapidement les échelons de la hiérarchie militaire, avec la carrière d’Henry Guillaume, passé officier supérieur neuf ans après son entrée à l’école militaire.
Comme le futur chef d’escadron Christophe Laloy, fils de député régicide, Guillaume voit le jour à Chaumont en 1786, le 6 mai exactement. Son père, Nicolas, né à Wassy, sera sous l’Empire secrétaire-général de la préfecture de la Haute-Marne, sa mère, Marie-Françoise Morel, décédera en 1850.
A la différence de son frère, qui succédera à Nicolas Guillaume en 1813 dans ses fonctions préfectorales, Henry embrasse la carrière militaire. Il intègre l’école spéciale militaire de Fontainebleau le 20 novembre 1802 et en sort le 10 janvier 1804, à un peu moins de 18 ans, comme sous-lieutenant dans un régiment d’infanterie de ligne : le 82e. Mais c’est dans la cavalerie qu’il se distingue : muté le 27 juin 1805 au 14e dragons du colonel de Lafon-Blaniac, qui se bat à Austerlitz, il est blessé à Heilsberg, le 10 juin 1807, puis comme lieutenant, à Medellin, en Espagne, le 28 mars 1809.
La même année, ainsi que Le Journal de la Haute-Marne s’en fait l’écho, il passe, le 9 août 1809, aide de camp du général Curial, en même temps qu’il est promu capitaine, à 23 ans. Cette affectation n’est pas due au hasard : Henry Guillaume est apparenté au préfet – et futur ministre - baralbin Beugnot, dont Curial est le gendre.
Le 7 mai 1810, il est fait membre de la Légion d’honneur, et le 24 mars 1812, il accède au grade de chef d’escadron, au sein du 7e dragons. Il n’a que 26 ans !
L'historique du 7e dragons le fait même apparaître comme major au 1er juin 1812, et précise que le Chaumontais commandera ce régiment en Saxe, notamment à Leipzig (le 7e dragons appartient alors à la 3e division de cavalerie lourde, général d'Audenarde, du 1er corps de cavalerie). Selon cette source, au 15 décembre 1813, le régiment ne compte plus, au maximum, qu'une centaine d'hommes autour du chef d'escadrons Guillaume, de l'adjudant-major Rosselange, du capitaine Domont, du lieutenant Colin... Au début de la Campagne de France, le 7e dragons ne forme désormais qu'un escadron de guerre intégré dans la division Doumerc du 1er corps de cavalerie : le Chaumontais est blessé et fait prisonnier le 1er février 1814 lors de la bataille de La Rothière. Placé en non activité à son retour, Guillaume rejoint le 8e cuirassiers le 4 octobre 1814 et prend part, au sein de la brigade Guitton de la 4e division Lhéritier (3e corps de cavalerie) à la bataille de Waterloo : il est blessé aux Quatre-Bras le 16 juin 1815, contre les carrés britanniques, alors que le corps s'empare dans l'action du drapeau du 69e régiment écossais.
Pendant la Restauration, on retrouve le Haut-Marnais, officier de la Légion d’honneur depuis octobre 1814, comme major du 21e chasseurs à cheval, dit du Vaucluse, en garnison à Chartres, en 1819. C’est dans cette ville que Guillaume, déjà dit de Bassoncourt, chevalier de Saint-Louis depuis 1817, est mis en disponibilité. Marié en 1819 avec Anne-Catherine-Clémentine Brulard, il est dans cette situation lorsque naît à Chartres, le 26 juillet 1823, un fils, Victor-Ferdinand, qui suivra les traces familiales en devenant préfet, notamment du Puy-de-Dôme.
Conseiller municipal, colonel de la garde nationale durant la Monarchie de Juillet, Henry Guillaume de Bassoncourt est signalé en 1849 comme officier de la Légion d’honneur, ancien conseiller de préfecture (il en sera même, comme son père et comme son frère, secrétaire-général), propriétaire, à l’occasion de la création d’une société d’assurances mutuelles contre l’incendie pour l’Eure-et-Loir. Il est encore médaillé de Sainte-Hélène. C’est le 12 janvier 1874, à l'âge de 85 ans, qu'il décède en son domicile au 9, rue de Beauvais, à Chartres. Son fils, qui déclare son décès, est alors préfet de la Mayenne de la 3e République.
Un mystère : Guillaume est qualifié de chevalier sous la Restauration. Nous n'avons toutefois pas trouvé sa trace parmi la noblesse d'Empire. Et dans son acte de décès, il n'est pas fait mention d'un titre de noblesse. Etait-ce une façon de rappeler sa promotion dans l'ordre royal de Saint-Louis ?

Sources principales : « Dictionnaire des officiers de cuirassiers » (Olivier Laprey) ; état civil des villes de Chaumont et de Chartres ; Le Journal de la Haute-Marne (1811) ; Tableau des officiers tués et blessés (Martinien) ; annuaire des officiers d’active de 1819 ; bulletin des lois 1857 ; « Grands notables du Premier Empire » ; historiques des 7e dragons et 8e cuirassiers.
Remerciements à Régis Barreau, Jérôme Croyet et Gérard Gelé.

mardi 20 octobre 2009

Henrys-Marcilly et les officiers haut-marnais dans la Campagne d'Autriche

En cette année de bicentenaire de la Campagne d’Autriche, nous avons souhaité recenser les officiers haut-marnais ayant pris part à ces combats, que ce soit sous les ordres de Napoléon ou ceux d’Eugène de Beauharnais. Une liste évidemment non exhaustive. A noter que douze d’entre eux ne sont pas revenus de cette campagne.
Parmi nos sources, un état de la situation des armées d’Allemagne et d’Italie proposé par F.-Ch. Liskenne (« Bibliothèque historique et militaire », volume VII).

Etat-major général :
. Ltn Laloy PFC (Chaumont, 23 ans) : aide de camp du général d’Hastrel
Etat-major général du génie :
. Ltn Barbolain A. (Chaumont) : blessé 1/7/1809 à Znaim, mort le 6 à Wagram.
. Ltn Hudry JP (Saint-Dizier, 21 ans)
Etats-majors des corps :
. Cne Denys CM (Chaumont, 26 ans) : aide de camp du maréchal Marmont.
. Cne Blanchelaine DS (Bourmont) : commande la gendarmerie du 11e corps.
. Ltn Martin E (Laferté/Aube, 20 ans) : aide de camp du général Macdonald.
. Cne Vautrin J (Blaisy, 38 ans) : aide de camp du général Rheinwald (place de Glogau, 11e corps)
. Gal de brigade Pelletier JB (Eclaron, 32 ans) : commandant l’artillerie et le génie des troupes polonaises.
. Gal de brigade Defrance JMA (Wassy, 38 ans) : brigadier dans la division Nansouty de la réserve de cavalerie.

Garde impériale :
1er grenadiers à pied :
. Ltn en 2e Chauvey L. (Echenay, 30 ans)
Fusiliers-chasseurs :
. Ltn en 2e puis Ltn en 1er (5/6/09) Dubois A. (Wassy, 39 ans)
Fusiliers-grenadiers :
. Cne Mellière E (Guyonvelle, 38 ans) : blessé à Essling.
Dragons :
. Ltn en 2e Monneret Martin (Dammartin/Meuse, 31 ans) :
. Ltn en 1er de Montarby JA (Dampierre, 29 ans)
Grenadier à cheval :
. Chef d’esc Remy A (Thilleux, 45 ans)
Artillerie :
. Cne Aubert F (Langres, 31 ans) : blessé à Wagram
. Cne en 2e Lavilette CE (Langres, 30 ans)
. Ltn en 1er Maillard de Liscourt LE (Langres, 31 ans) : CLH 9/7/09, capitaine (17/7/09)

Troupes impériales
3e de ligne :
. Slt Alexis J. (Allichamps, 36 ans) : tué à Thann (19/4/1809)
. Slt Chevallier F. (Louvemont, 39 ans) : tué à Wagram
. Cne Bogny C. (Saint-Dizier, 38 ans) : blessé à Wagram.
. Cne Laignelot JB (Valleroy, 45 ans) : tué à Wagram.
. Cne adj-major Matrot CL (Bourbonne, 38 ans) : blessé à Essling et à Wagram.
4e de ligne :
. Ltn Marchand dit Charton H (Saint-Dizier, 22 ans) : blessé à Wagram, mort 11/7/1809
. Ltn Isselin J. (Dinteville, 34 ans)
12e de ligne :
. Ltn adj-major de Beaufort LE (Frampas, 23 ans) : capitaine (12/07/1809)
. Slt Desprez N (Ageville, 42 ans)
. Cdt Guyot JP (Lanty, 34 ans) : blessé à Wagram.
. Slt de Susleau de Malroy JFV (Saulxures, 22 ans) : dans la 4e cie du II/12e, tué à Wagram.
18e de ligne :
. Cne Lambert F. (Meuvy, 36 ans) : blessé à Essling.
21e de ligne :
. Slt Jobert JB (Pressigny, 28 ans) : blessé le 29/6/1809 devant Presbourg et à Wagram, CLH.
. Slt Jobert EN (Pressigny, 31 ans) : blessé à Wagram, CLH (5/6/1809).
. Ltn adj-major Prignot C (Trémilly) : du IV/21e, blessé à Wagram, mort le 20/7.
24e de ligne :
. Cne Brulté JB (Dammartin/Meuse, 36 ans) : blessé à Essling.
30e de ligne :
. Cne Fleury P.J. (Saint-Dizier, 44 ans) : blessé à Wagram.
35e de ligne :
. Ltn Huot-Goncourt M. P. (Bourmont, 22 ans) : blessé à Pordenome (15/4/1809)
61e de ligne :
. Cdt Rougelin JB (Colombey/Eglises, 39 ans) : blessé à Eckmuhl (22/4/1809)
62e de ligne :
. Major Regnault JC (Chatoillenot, 46 ans)
64e de ligne :
. Ltn Cornibert E (Chaumont, 27 ans) : capitaine le 16/05/1809, CLH le 7/8/1809.
72e de ligne :
. Ltn Mercier C.N. (Bourbonne, 28 ans) : blessé à Eckmuhl ; sera cne au 2e tirailleurs de la Garde.
83e de ligne :
. Slt Coffin N (Bourbonne, 32 ans) : blessé à Thann, lieutenant le 20/8/1809.
82e de ligne :
. Ltn Dubois BA (Saint-Dizier, 36 ans) : capitaine le 13/7/1809
102e de ligne :
. chirurgien aide-major Vanderbach C (Autreville, 38 ans) : mort à Gratz le 8/12/1809.
106e de ligne :
. Slt de Nolivos PGL (Anglus, 20 ans) : tué à Raab.

8e léger :
. Ltn Plique P (Wassy) : dans la 4e cie du I/8e, blessé à Znaim, mort le 10/7/09.
9e léger :
. Ltn Rivet JB (Isère/Suzannecourt, 34 ans) : blessé à Wagram, Cne (12/8/1809), CLH (7/8/1809).
18e léger :
. Ltn JB Aubry (Chauffourt, 35 ans)
23e léger :
. Col Horiot PM (Provenchères/Meuse, 40 ans) : tué à Wagram.
25e léger :
. Ltn Popon JM (Paris/Meuvy, 28 ans) : blessé à Essling et à Wagram (ou aide de camp).
26e léger :
. Slt Henrys-Marcilly JVLFS (Bourmont, 19 ans) : blessé à Wagram.

2e carabiniers :
. Slt d’Hédouville J. H. (Sommermont, 28 ans) : blessé en 1809, CLH (13/8/1809)
. Slt Prudhomme F (Maranville, 26 ans) : blessé à Wagram.
1er cuirs (cuirassiers) :
. Slt Henry A. (Baissey, 34 ans) : blessé à Essling.
2e cuirs :
. Slt Villeminot JB (Tornay, 38 ans)
3e cuirs :
. Slt Baudot A. (Wassy, 24 ans)
6e cuirs :
. Cne Habert JN (Nijon, 35 ans) : blessé et pris à Essling.
7e cuirs :
. Ltn adj-major Lemarchand de Charmont LCH (Joinville, 32 ans) : blessé à Essling, capitaine
3/6/09, blessé à Wagram.
. Cne adj-major Richoux U (Chaumont) : blessé à Essling.
3e RCC (chasseurs à cheval) :
. Slt de Moncey JFH (Longeville/Laines, 20 ans) : blessé le 16/5/09 en Croatie.
. Ltn Roger A (Saint-Dizier ?) : tué à Wagram.
6e RCC :
. Cne Cothenet J (Prauthoy, 45 ans) : blessé à Wagram.
9e RCC :
. Cne Lavocat LB (Saint-Dizier, 38 ans) : blessé à La Piave.
. Cne Ragot F (Vignory)
7e RCC :
. Cne Maugery C (Wassy, 41 ans) : blessé et pris le 1/5/1809 ; chef d’escadron au 9e cuirs le 11/5/1809
15e RCC :
. chir-major Bocquenet F.B. (Coiffy/Haut, 49 ans)
. Major Lemoyne H (Chaumont, 38 ans) : puis colonel 14e RCC le 10/8/1809

6e RAP (artillerie à pied) :
. Cne Bourgoin JB (Courcelles/Blaise, 41 ans)
Artillerie :
. Ltn Guyardin JBL (Langres, 24 ans)
. Cne de Montagnon JJ (Chaumont, 28 ans) : CLH
. Maj Pelgrin C (Chaumont, 37 ans) : commande l’artillerie de la division Gudin – colonel 7/6/09
1er bataillon de pontonniers :
. Ltn Huot PAV (Bourmont, 26 ans) : CLH 13/8/1809
Génie :
. Cne Cournault H (Langres, 26 ans)
Service de santé :
. chirurgien sous-aide Antoine CN (Vaux/Blaise, 18 ans) : à Vienne.
. chirurgien sous-aide Grandjean P (Wassy, 18 ans) : à Vienne.

Le capitaine Henrys-Marcilly (1790-1812)

Jean-Victor-Léopold-François-Stanislas-Hilaire Henrys-Marcilly est né le 13 janvier 1790 à Bourmont. Domicilié à Chaumont, où son père François-Joseph est en poste de 1800 à 1811 comme juge à la cour de justice, il intègre, seulement âgé de 15 ans, l’école spéciale militaire de Fontainebleau.
Elève du 25 mai au 8 novembre 1806, avec le matricule 1008, le petit-fils du maire de Bourmont sort de l’établissement avec le grade de sous-lieutenant, accordé par décret signé Napoléon, le 14 décembre 1806, pour servir comme officier à la suite au 26e régiment d’infanterie légère.
Confirmé dans ce grade le 10 février 1807, Henrys-Marcilly, également appelé, au gré des sources, Henrys de Marcilly ou, tout simplement, Marcilly, prend part à la campagne de Pologne, au sein d’un régiment héroïque qui, après avoir souffert à Eylau, se bat à Heilsberg. Durant sa présence au sein de ce corps, le jeune homme sert dans la 1ère compagnie de carabiniers du 3e bataillon, et dans la 1ère compagnie (Geiger) du 1er bataillon.
Puis, le 3 février 1809, son colonel (et bientôt général) Pouget le propose pour occuper un emploi de lieutenant, en remplacement de Benoit, officier dans la 3e compagnie du 4e bataillon passé en Espagne. Le 25 février 1809, il est lieutenant, à 19 ans, et la campagne d’Autriche va lui donner l’occasion de montrer à nouveau sa valeur. Il sera blessé à trois reprises ! D’abord le 3 mai 1809 à Ebersberg, d’un coup de feu à la hanche droite. Puis le 21 mai 1809 à Essling, d’un coup de feu à la cuisse droite. Enfin à Znaïm (10-11 juillet 1809), d’un coup de feu à l’épaule droite. La récompense de tant d’actes de bravoure ne tarde pas : le 23 juillet 1809, il est fait membre de la Légion d’honneur, à 19 ans. C’est alors le plus jeune Haut-Marnais à avoir été accueilli dans cet ordre. Deux ans plus tard, il est promu capitaine par décret impérial, le 3 mars 1811, et rejoint le régiment de Walcheren (futur 131e régiment d’infanterie de ligne).

Le 5 mars 1812, devenu conseiller à la cour d’appel de Dijon, Henrys de Marcilly père se permet d’adresser une requête au ministre de la Guerre. « Je supplie Votre Excellence d’autoriser mon fils, capitaine de 1ère classe au régiment de Walcheren, en garnison à Flessingue, à passer dans le 33e régiment d’infanterie légère faisant partie de la division du général Des[s]aix en Allemagne. Je sais, monseigneur, que le général doit réclamer votre bienveillance en faveur de mon fils et que le colonel du 33e léger a eu l’honneur de vous demander la passe [sic] de mon fils dans son régiment. Mon fils sorti de l’école militaire de Fontainebleau en 1806, a fait les campagnes de Prusse et de Pologne ; il a fait aussi la dernière guerre en Autriche et y a reçu trois blessures dans trois affaires différentes ; il a obtenu la décoration militaire sur le champ de bataille. Depuis un an il sert dans le régiment de Walcheren ; il était auparavant un des premiers lieutenants du 26e régiment d’infanterie légère. Il désire vivement d’être employé à l’armée d’Allemagne, et de parcourir avec distinction une carrière qu’il a commencée avec bonheur. Les généraux sous les ordres desquels il sert, le général de division de Gilly et le général de brigade Charnotet, rendent de mon fils des témoignages bien satisfaisants... » La demande est appuyée, dix jours plus tard, par un conseiller d’Etat. Si le jeune capitaine quitte bien le régiment de Walcheren, quelques semaines plus tard, ce n’est pas le 33e régiment d’infanterie légère (de recrutement hollandais), mais le 55e régiment d’infanterie de ligne, dont le dépôt est à Dunkerque, qu’il rejoint. Henrys-Marcilly succède au capitaine Jean-Laurent Labbé, retraité en 1811, dans le commandement de la 2e compagnie du 5e bataillon.
 
Voilà que se profile la campagne de Russie, et le régiment, qui combat en Espagne, voit son 4e bataillon, comme celui du 36e et celui du 51e de ligne, intégré dans une demi-brigade provisoire commandée par le major Wabre et incorporée, ainsi que le 4e bataillon du régiment de Walcheren d’ailleurs (l’ancien régiment du Bourmontais), dans la 1ère brigade (Billard) de la 4e division Partouneaux du 9e corps. Selon Emile Marco de Saint-Hilaire, historien des opérations de Russie, le bataillon est commandé par Duboul. Mais si Arnaud Duboul, 49 ans, a effectivement été affecté au 55e de ligne le 28 mai 1812, avant de passer, avec ce grade, au 3e de ligne (14 octobre 1812), il ne mentionne pas cette campagne dans ses états de service. C’est en réalité le capitaine Jean-François Joyeux, un Lorrain de 46 ans, qui commande cette unité.
 
Le nom de Partouneaux est resté fameux parce que ce général a été fait prisonnier avec sa division en protégeant le passage de la Bérézina, fin novembre 1812. Seul un de ses bataillons a échappé à la capture : c’est précisément celui du 55e de ligne commandé par Joyeux. Ce dernier racontera son odyssée à son général dans deux lettres rédigées en 1822. Dans la première, il se présente comme étant le « commandant du bataillon du 55e faisant partie du régiment provisoire sous vos ordres en Russie, chargé de brûler le pont et le moulin de Borisow, et ensuite de soutenir la retraite de votre division au défilé du bois. Vous savez que mon erreur, en prenant le chemin à gauche, remontant la Bérésina, m’a conduit jusqu’au quartier général, m’a évité de partager votre sort comme celui de mes camarades. J’ai marché toute la nuit... Le lendemain, […] j’ai soutenu une charge de cosaques qui n’est pas parvenue, malgré leur nombre, à m’entourer ; je les ai forcés de rentrer dans le bois ; je me suis ensuite retiré sur le corps d’armée, et attaquai ensuite les Russes dans un bois le long de la Bérésina. En moins de dix minutes j’ai perdu presque mon bataillon ; sur 220 hommes il ne m’en restait plus que 42. M. le maréchal donna l’ordre au bataillon de se retirer, je venais de remettre le commandement à l’adjudant-major, ayant eu mon sabre coupé en deux d’un coup de biscayen, reçu une balle à l’épaule droite et une seconde qui me traversa le côté gauche... » 

Dans une autre missive, le capitaine Joyeux apporte des précisions sur ce combat, survenu après qu’un officier d’ordonnance l’a informé qu’il venait d’être chargé par 800 cosaques. « Je prévins ma troupe de ne pas tirer un seul coup de fusil sans mon commandement. Un instant après arrive une nuée de cosaques qui viennent fondre sur moi. Je les laisse approcher jusqu’au ruisseau, je commande feu de demi-bataillon de droite, et au demi-bataillon de gauche feux de file. Ma troupe a tiré de quatre à cinq coups de fusil par homme. Le canon chargé à mitraille […] n’a pas tiré un seul coup... »
 
Qu’est devenu le capitaine Henrys-Marcilly ? Dans son travail, Aristide Martinien cite huit officiers du régiment tués ou blessés en Russie mais pas le Bourmontais. Dans le registre des services des officiers du régiment, il n’est même pas fait mention de sa participation à la campagne de Russie, à la différence des autres officiers. En revanche, dans les états de situation du régiment, il est précisé que Marcilly [sic] est « prisonnier de guerre », comme c’est le cas de Verges dont on sait qu’il a été blessé et porté disparu à Wilna,
L’hypothèse est donc grande que le Haut-Marnais a été capturé ou tué en Russie, soit entre le 26 et le 28 novembre 1812, soit le 12 décembre 1812, soit à une autre date. La seule certitude, c’est qu’il n’est jamais revenu... En 1858, l’historien chaumontais Emile Jolibois, qui qualifie imparfaitement Henrys-Marcilly de capitaine d’artillerie, confessera : « Lors de la désastreuse retraite de nos armées, il périt, on ne sait comment, car sa famille, malgré de nombreuses recherches au ministère de la guerre et près des compagnons d’armes du jeune officier, n’a jamais pu obtenir de renseignements »...