![]() |
| Laurent Regnaut était l'aide de camp du général Rouelle, ici représenté au combat en Espagne dans "Les Fastes de la gloire". |
Dans Officiers haut-marnais de Napoléon, nous avons consacré (p. 279) une notice biographique à Laurent Regnaut. Il est né à Langres le 24 décembre 1785. Fils de François Regnaut et de Marie Brisbare, il est incorporé le 11 septembre 1804 dans la 69e demi-brigade (puis régiment) d’infanterie de ligne. Caporal le 9 novembre 1803, fourrier le 21 novembre 1804, Regnaut est réformé pour infirmité le 14 juillet 1807, à l'âge de 21 ans. Mais le Langrois est « de suite réquisitionné » par le maréchal Davout pour être employé dans les hôpitaux militaires. Selon la préfecture de la Haute-Marne, Laurent Regnaut est d'ailleurs directeur d’hôpital lorsqu'il est nommé capitaine de la 1ère compagnie du 1er bataillon des gardes nationales de la Haute-Marne le 30 août 1809, à 24 ans. Ce bataillon cantonne en Belgique en 1809-1810 au sein de l'armée de Brabant.
Comme d'autres camarades, Regnaut est autorisé à rejoindre un régiment de la ligne comme officier. Il passe comme sous-lieutenant le 11 juillet 1810 au 116e régiment d’infanterie de ligne, corps qu’il doit rejoindre en septembre 1810 en Espagne. Au sein de ce régiment, il est affecté à la compagnie Gout, puis à la compagnie Aubert du 5e bataillon, enfant à la compagnie Leclerc du 2e bataillon. Nommé lieutenant le 18 mars 1813, affecté à la compagnie Geoffrenet du 4e bataillon, il passe aide de camp du général Pierre-Miche Rouelle (1770-1833). Ce dernier était le colonel du 116e de ligne, et il a été promu général de brigade le 28 janvier 1813.
"Parmi les plus intrépides officiers"
La suite du parcours du lieutenant Regnaut nous était inconnue. Il apparaît depuis qu'il s'est distingué le 15 juillet 1813 à Canet, en Espagne, tuant une sentinelle, participant à la défaite d'une compagnie d'infanterie et d'un escadron de dragons de la Mancha. L'anthologie "Fastes de la gloire" qui rapporte ce fait considérait ce militaire passé entre-temps capitaine comme "parmi les plus intrépides officiers de l'armée française". Le Langrois a pris part ensuite à la défense de la place de Sagonte, commandée par le général Rouelle. Ce dernier n'a rendu cette place qu'à la fin de l'Empire, ne rentrant en France que le 8 juin 1814. La presse de la Restauration indique ensuite que "Regnault, aide de camp du maréchal de camp Rouelle", a été fait officier de la Légion d'honneur le 15 octobre 1814. Ce qui laisse à supposer que le Langrois avait été nommé chevalier auparavant, à une date qui nous est inconnue - il n'y a pas de dossier de légionnaire en ligne sur la base Léonore à son nom.
A cette époque, Pierre-Michel Rouelle était commandant du département de la Saône-et-Loire. Laurent Regnaut l'avait-il suivi ? Oui. Confirmation nous est donnée par l'état civil de Mâcon, que nous avons consulté par intuition - parce que nous ne retrouvions aucune trace de la suite de sa vie dans les archives. Laurent Regnault [sic], aide de camp - sans précision de grade - du général Rouelle, né à Langres il y a 30 ans, est décédé le 11 juillet 1815 "sur le champ de bataille" à Mâcon, à 3 h du matin...
Dans quelles circonstances ? Nous l'ignorons précisément. Le capitaine Rougé, dans son ouvrage sur "les combats de Mâcon en 1814 et 1815", écrit que l'aide de camp Renaud [sic] a participé, les 8 et 9 juillet 1815, à des réunions en préfecture sur la défense du département - nous sommes pratiquement un mois après la défaite de Waterloo. Un combat a eu lieu effectivement le 11 juillet 1815, au cours duquel deux officiers ont perdu la vie - le capitaine Levavasseur, noyé, et le sous-lieutenant italien Jacopelli, tué -, mais le nom de Laurent Regnaut n'apparaît pas parmi les victimes mentionnées par Joseph Rougé. Aristide Martinien, non plus, ne le cite pas.
Reste que le capitaine Regnaut est, avec le lieutenant Nicolas Ancelot, tué au combat le même jour en Savoie, l'un des ultimes officiers haut-marnais - et même français - tombés durant les guerres napoléoniennes. La révélation, 211 ans après, de la date et du lieu de son décès, permet enfin de reconstituer entièrement, même de façon laconique, ce que fut la vie du Langrois Laurent Regnaut.
Sources : ADHM, état civil de Langres - AD 71, état civil de Macon - Service historique de la Défense, 2 YB 650, registre collectif des officiers du 116e régiment d'infanterie de ligne - Joseph ROUGE, Les combats de Mâcon en 1814 et 1815. Extraits des Annales de l'Académie de Mâcon, Mâcon, Protat frères, imprimeurs, 1918 - Lionel FONTAINE, Officiers haut-marnais de Napoléon, Collection A la Une, Chaumont, 2019.
