samedi 15 novembre 2008

Officiers haut-marnais : liste complémentaire

AUBRY. Né à Narcy, capitaine au 94e de ligne, il meurt en 1814 à l’hôpital de Wessenfeld (Prusse).
AUBRY Jean-Louis-Marie. Fils d’aubergiste, né à Châlons-en-Champagne le 18 septembre 1778. Dragon au 13e régiment (1798), il est foulé aux pieds de chevaux à Friedland et laissé pour mort. Maréchal des logis (1809), sous-lieutenant (18 mars 1813), il est fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet. Lieutenant le 17 août 1813, toujours au 13e dragons. A servi notamment de 1809 à 1813 en Espagne, en 1814 en France. En demi-solde sous la Restauration, rallié aux Cent-Jours. Réside à Langres en 1816. Mort le 22 mars 1841. Source principale : base Léonore.
BESANCON Simon-Clément (Choiseul 27 octobre 1764). Soldat au 2e régiment de Pondichéry (1782), engagé au 2e bataillon de la Haute-Marne (1792), sous-lieutenant puis lieutenant (1794), il sert aux 16e et 26e demi-brigades. Toujours en service en 1803. Source : Jacquot.
BRACHOT Jean-François. Adjudant-lieutenant au 3e d’artillerie à cheval, domicilié à Troisfontaines-la-Ville, est lieutenant de 1ère classe dans la compagnie d’artillerie de la garde nationale de la Haute-Marne aux Cent-Jours.
CHAMEROY Pierre (Bussières-lès-Belmont 4 août 1775). Volontaire au 2e bataillon de la Haute-Marne (1792), passé à la 16e puis à la 26e demi-brigades, sergent (1800), il est promu sous-lieutenant au 26e le 5 octobre 1803. Selon PG Jacquot, il pourrait s’agir du maire de Rouvres-sur-Aube, officier de corps-franc de la Haute-Marne aux Cent-Jours et frère du major Chameroy.
COURTEVAL Jean-Nicolas (Bar-le-Duc 26 septembre 1785 – Chalvraines 4 février 1860). Il sert du 4 novembre 1806 à 1815 au 67e de ligne. Chevalier de la Légion d’honneur le 1er novembre 1814. Sous-lieutenant, vit à Chalvraines, en 1822. Terminera sa carrière capitaine retraité du 37e de ligne. Médaillé de Sainte-Hélène.
DHIEVRE Jean-Louis-Marie (Montier-en-Der 17 septembre 1763). Soldat au régiment de Boulonnais infanterie (1782), lieutenant au 2e bataillon de la Haute-Marne (1792), passé à la 16e, aide de camp du général Vincent (1795). Passé au III/26e, capitaine (1799), il est réformé avec pension le 13 décembre 1804 puis sollicite sa remise en activité en février 1806. Source : Jacquot. Martinien signale qu’un capitaine D’Hièvre, du 26e, a trouvé la mort au Portugal.
GEORGE Remy. Membre de la Légion d’honneur, capitaine de grenadiers, il commande la 8e demi-cohorte des gardes nationales de la Haute-Marne, en 1813.
GESTAS (de) Louis, fils du seigneur de Donjeux (exécuté sous la Révolution), vélite, sous-lieutenant au 15e de ligne, blessé à Friedland, mort le 6 juillet 1807.
HENRYOT Claude-Théodore. Nogentais, élève à Polytechnique, il est lieutenant de 2e classe dans la compagnie d’artillerie de la garde nationale de la Haute-Marne aux Cent-Jours.
NETTANCOURT-VAUBECOURT (de) Etienne-Gabriel-Aimé, né au château de Doncourt-sur-Meuse le 17 avril 1787. Elève à Fontainebleau (1805), sous-lieutenant au 28e léger (1806), lieutenant (1809), capitaine (1811), il fait les campagnes de 1806 à 1808 en Prusse et Pologne, de 1809 à 1812 en Espagne, de 1813 en Saxe. Pris à Dresde, il sera à son retour garde du corps dans la Maison royale, et suivra Louis XVIII en exil. Chef d’escadron du 1er régiment de cuirassiers de la garde royale, chevalier de Saint-Louis, il termine sa carrière comme lieutenant-colonel. Sources : « Histoire généalogique et héraldique des pairs de France » (1822). Selon le baron de l’Horme, il est promu chef d’escadron le 1er mars 1815, démissionne de l’armée en 1830, meurt à Nancy le 20 avril 1846. Note : un capitaine de Nettancourt est blessé en Espagne le 4 août 1812 (source : Martinien).
PERNOT (Painnerot, dit) Jean-Baptiste. Né le 1er mars 1784 à Longchamp-lès-Millières, fils de Nicolas, manouvrier. Capitaine du 44e de ligne en demi-solde, il meurt le 28 septembre 1818 à Issoudun, apparemment à la suite d’un duel qui a inspiré les pages d’un roman de Balzac (« Rabouilleuse »), contre le capitaine Fix, officier de gendarmerie.
PYOT Jean-Jacques-Richard, né à Isômes en 1792. Fils de Franc-Comtois, il sert comme chirurgien sous-aide en Russie en 1812. Docteur, il exercera dans le Jura. Auteur d’ouvrages d’histoire locale, il meurt à Clairvaux (Jura) en 1841. Source : biographie de Michaud.
REINE Joseph. Né à Graffigny-Chemin, lieutenant au 120e de ligne, il est blessé au cours des campagnes impériales.
SORBE Pierre. Capitaine en demi-solde du 95e de ligne, à Langres, en 1816.
TAINTURIER Pierre. Chirurgien sous-aide-major au grand état-major de la Garde, il est chirurgien aide-major du 3e bataillon de la garde nationale de la Haute-Marne aux Cent-Jours.

dimanche 26 octobre 2008

Un "conspirateur" chaumontais jugé sous la Restauration

Pierre-Gérard Jacquot, dans son étude « Opposition et Terreur blanche en Haute-Marne », s’est étonné du faible nombre d’officiers en demi-solde dans le département impliqués, entre 1815 et 1817, dans des affaires d’actes ou de propos jugés séditieux contre le roi. Une absence qui, relève le premier historien de l’Empire dans le département, met à mal la légende du demi-solde conspirateur. Nous avons toutefois trouvé trace d’un cas d’officier haut-marnais traduit devant un conseil de guerre, non pas en Champagne, mais à Paris : le capitaine Pierre-Joseph Thomassin.
Ce gendarme est né à Chaumont le 19 mars 1770, fils de François-Nicolas, avocat en parlement, et de Germaine Voillemin. C’est vraisemblablement en 1805 qu’il prend, comme capitaine, le commandement de la compagnie de gendarmerie de la Dordogne (14e légion), à Périgueux. Un poste qu’il occupe jusqu’en 1812. Ensuite, il est affecté au commandement de la compagnie de la Marne, à Châlons-en-Champagne. A noter que les différents almanachs impériaux le signalent membre de la Légion d’honneur (il ne figure pas dans la base Léonore).
C’est pour son comportement durant les Cent-Jours que Pierre-Joseph Thomassin est inquiété sous la Seconde Restauration. « L’Ami de la religion et du roi » précise, en 1816, que la justice a en mains « une lettre de lui dans laquelle il se vante de son zèle pour l’usurpateur ». Un courrier apparemment adressé au général Lallemand. Arrêté, emprisonné à l’Abbaye, Thomassin, d’ailleurs l’un des rares – sinon le seul – officiers subalternes inquiétés, est jugé le 16 mai 1816, devant le 2e conseil de guerre de la 1ère division militaire, en même temps que le général Antoine Rigau, l’ancien commandant du département de la Marne à Châlons – jugé par contumace, car réfugié à l’étranger. Si ce dernier est condamné à mort (il mourra en 1820 à La Nouvelle-Orléans), le Chaumontais est acquitté, ayant, selon « L’Ami de la religion », expliqué « cette lettre par la peur qu’il avait ».
Thomassin retournera en Haute-Marne et deviendra brièvement maire du village de Saint-Martin (canton de Juzennecourt), en 1826-1827 (selon Nicole Mourot, auteur d’une monographie sur Saint-Martin-sur-la-Renne). Revenu à Chaumont, sa ville natale, ce capitaine retraité, marié avec Victoire Applagnat, décède au 490 de la rue du Palais, le 27 février 1832, à l’âge de 61 ans, onze mois et huit jours.

dimanche 12 octobre 2008

Fratries d'officiers (2) : les Mercier

Un autre exemple de fratrie avéré : celle des trois frères Mercier, de Bourbonne-les-Bains. Le père, Nicolas, est boulanger, la mère s’appelle Jeanne-Marie Maupin.

L’aîné, Jean-Claude, voit le jour (et est baptisé) le 27 février 1769 dans la cité thermale. Comme Hoche, il sert au moment de la Révolution dans les Gardes françaises, puis dans la garde de Paris, avant de rejoindre, en 1792, comme capitaine, le 1er bataillon des volontaires de la Liberté. Sa carrière est fulgurante : chef de bataillon en juin 1792, chef de brigade en octobre 1794 – il a 25 ans, il prend le commandement de la 72e demi-brigade d’infanterie de ligne (dite de deuxième formation) en 1796. Il se bat en Hollande, lorsqu’il est mortellement blessé, le 10 vendémiaire an VIII (septembre 1799), lors de la bataille de Bergen (remportée par l’armée du Nord du général Brune contre les Anglo-Russes). Dans sa correspondance, le général Vandamme rapporte la grave blessure du « brave » chef de brigade Mercier, qui aurait été promu général de brigade sur le champ de bataille, selon certaines sources – mais Georges Six ne le recense pas dans son dictionnaire. Le Bourbonnais succombe quatre jours plus tard… A noter que celui qui le remplacera à la tête de la 72e se nomme également Mercier, mais lui est Ardennais...

Deux frères de Jean-Claude Mercier ont servi dans cette même 72e demi-brigade. D’abord Charles-Antoine, né à Bourbonne le 29 janvier 1772. A 19 ans, il est élu lieutenant au 1er bataillon de volontaires de la Haute-Marne. L’homme est brave : il est blessé près de Menin (1793) et à Sprimont (1794). Avec son bataillon, il passe dans la 85e demi-brigade, puis il rejoint son frère Jean-Claude à la 72e. Capitaine (1796), officier de grenadiers, il se marie en l’an VII dans sa ville natale – mais divorcera rapidement. Après 1800, sa carrière s’oriente vers le commandement des places : il est en poste à Cherbourg, puis obtient la responsabilité de Saint-Quentin (Aisne) en 1809, avant de recevoir celle du fort Saint-André et d’être retraité en 1810. Nous ignorons le lieu et la date de son décès.

Il semble que Pierre-Gérard Jacquot ait commis une – rare – erreur en indiquant, dans sa thèse sur les bataillons de volontaires nationaux de la Haute-Marne, que Charles-Antoine servait comme capitaine dans la Garde et qu’il était membre de la Légion d’honneur. Il y a visiblement confusion avec un autre frère, Charles-Nicolas, né à Bourbonne le 3 avril 1781. Lui aussi rejoint la demi-brigade commandée par Jean-Claude, en 1797 (il a 16 ans). Deux ans plus tard, il est sous-lieutenant, puis lieutenant en 1800. Privilège : Mercier va rejoindre la prestigieuse Garde impériale. En 1811, il est identifié comme capitaine de la 3e compagnie du 1er bataillon du 2e régiment de tirailleurs. Il est alors membre de la Légion d’honneur, et surtout chevalier d’Empire (depuis le 9 mai 1811). Il est toujours capitaine lorsqu’il est blessé à Lutzen (2 mai 1813), dans les rangs du prestigieux 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde (à la tête de la 4e compagnie du 1er bataillon). Il passe la même année chef de bataillon au 10e régiment de tirailleurs de la Garde, puis, sous la Restauration, il sert successivement au 43e puis au 3e de ligne, comme major. Chevalier de Saint-Louis le 26 août 1814, il se rallie aux Cent-Jours. Selon Richard Darnault, il aurait été muté au 5e régiment étranger mis sur pied à Amiens avec des déserteurs belges, sous les ordres du colonel Douarche, et selon Pierre G. Jacquot, il servait plutôt au 7e régiment de tirailleurs de la Garde, avant d’être licencié en septembre 1815. Mercier, qui avait été blessé à la jambe droite à Friedland (1807), à la cuisse gauche à Eckmühl (1809), se retire à Bourbonne.

Cette ville où résident de nombreux officiers des armées impériales fait l’objet d’une surveillance particulière de la part des autorités publiques. Le sous-préfet de Langres n’a-t-il pas dénoncé au préfet le « mauvais esprit » soufflant sur la cité, insufflé selon lui par un certain colonel Lacroix, fils d’un ancien préfet des Bouches-du-Rhône, qui y a « séjourné tout le printemps et l’été » 1815 ? En fait, Charles-Henri Delacroix (Paris 1779 – Bordeaux 1845), effectivement fils d’un préfet à Marseille, frère du fameux peintre Eugène Delacroix, colonel du 9e chasseurs à cheval sous l’Empire et aide de camp du prince Eugène de Beauharnais.
Les cas qui préoccupent particulièrement les représentants du roi, ce sont ceux de deux majors, chevaliers d’Empire d’ailleurs : Joseph Armand, né à Taulignan (Drôme) en 1772, major du 12e puis du 23e léger, établi à Bourbonne où il s’est marié en 1813 (il y meurt en 1845), et Mercier. « On observe, peut-on lire dans une note préfectorale transmise au gouvernement, que le sieur Mercier, qui fait sa résidence à Bourbonne, y voit beaucoup M. Armand, ex commandant au 22e de ligne (sic), retiré aujourd’hui dans cette ville où il est remarqué par ses mauvaises opinions, et malgré que le major Mercier affecte depuis environ deux mois de mettre quelque réserve dans ses discours, on lui a entendu tenir, de concert avec le sieur Armand ces jours derniers, des propos très insultants contre la famille royale. »
Ce qui ne l'empêchera pas de reprendre du service, comme lieutenant-colonel, au sein du 63e régiment d'infanterie de ligne à Clermont-Ferrand, en 1824, en compagnie d'autres officiers supérieurs haut-marnais (son compatriote et conscrit bourbonnais François-Armand Mongin-Forcelle, chef de bataillon, Jean Naudet, de Hortes, major).
Resté célibataire, Charles-Nicolas Mercier décédera dans sa ville natale le 30 juin 1836, à seulement 55 ans.

mardi 30 septembre 2008

Le général Rignoux, gouverneur de Séville

Antoine Rignoux est un pur « flûteau » (le surnom des habitants de Wassy). Il naît dans la cité chère à Marie Stuart le 17 février 1771, au foyer de Nicolas-Antoine Rignoux, boulanger, et de Marie Pissot. La même année, d’ailleurs, que son compatriote Jean-Marie Defrance.

D’abord séminariste selon certaines sources, il s’engage le 25 avril 1791 au 79e régiment d’infanterie, l’ancien régiment de Boulonnais alors en garnison à Strasbourg, et bientôt affecté à l’armée des Alpes. Un corps qu’il quitte pour le Bataillon de chasseurs des Hautes-Alpes formé en avril 1793, dont le chef en titre est Kellermann fils et où il est élu sergent-major le 16 juillet 1793, puis capitaine le 25 novembre. Il a 22 ans.

1794 est l’année du premier amalgame des anciennes troupes royales et des volontaires nationaux. Le bataillon intègre la 3e demi-brigade d’infanterie légère le 21 mars. Avec cette unité, le capitaine Rignoux prend part à l’illustre campagne d’Italie du général Bonaparte. C’est à l’occasion des combats de Salo qu’il est fait prisonnier le 29 juillet 1796. Libéré après échange, il est de retour le 21 décembre, quelques semaines avant le deuxième amalgame : la 3e est versée dans la 11e demi-brigade d’infanterie légère, toujours à l’armée d’Italie (au sein de la 6e division du général Rey). Capitaine de carabiniers, Rignoux est blessé le 20 mars 1797 d’un coup de feu au pied droit, dans le Tyrol. Cette blessure est évoquée dans les « Mémoires pour servir à l’histoire de France sous le règne de Napoléon » (1830), dans la relation du combat du 29 ventôse an IV dit de Coronna sur Saint-Michel : « Le citoyen Rignoux, capitaine, autre officier de mérite, fut aussi blessé, mais légèrement ; il fut quand même hors de combat, privant pour l’instant ses braves soldats d’un officier éclairé digne d’eux… »

Toujours sous Bonaparte, le Wasseyen est ensuite employé le 7 avril 1798 à l’état-major de l’armée d’Orient qui s’en va débarquer en Egypte. C’est là que le 25 juillet 1800, il est nommé aide de camp du général Belliard.

Après cette campagne, Rignoux est promu, à 32 ans, le 26 février 1803, chef de bataillon à la suite au sein de la 76e demi-brigade d’infanterie de ligne. Il en commande le 3e bataillon. Avec ce corps (devenu 76e régiment d'infanterie de ligne), le Haut-Marnais sert à l’armée du Hanovre (1803-1804), à l’armée des Côtes de l’Océan (1805), et à la Grande-Armée (1805-1807). Le régiment, commandé par le colonel Faure-Lajonquière, se bat à Ulm, à Iéna. A noter que dans sa marche vers l’Est, le 76e est passé par Saint-Dizier…

Après la bataille d’Eylau, Rignoux est nommé colonel du 103e de ligne, le 26 février 1807, succédant au colonel Taupin, qui vient d’être promu général de brigade. Parmi ses officiers, notamment, un Haut-Marnais : le sous-lieutenant Nicolas-Marie Guyardin, de Langres (un mémorialiste, le sergent François Lavaux, de Rivière-les-Fosses, et sans doute un parent, le sergent Marc Rignoux, de Saint-Dizier, figurent parmi les sous-officiers). 1808 marque un tournant dans la carrière de ce colonel de 37 ans : il est affecté en Espagne. Il y servira jusqu’en 1813…

Au cours du trajet, à l’automne 1808, son passage dans sa ville natale fait l’objet d’une réception et d’un compte rendu dans Le Journal de la Haute-Marne…

Le 103e est de la bataille d’Ocana (18 novembre 1809), au sein de la division Gazan du 5e corps. Officier de la Légion d’honneur le 17 décembre 1809, baron de l’Empire le 31 janvier 1810, toujours colonel du 103e, Rignoux se distingue surtout lors du premier siège de Badajoz. Le 19 mai 1811, il est promu général de brigade au sein de l’armée du Midi. On le retrouve le 9 août 1811 au combat contre la division Quadra sur le Rio Guadelentis.

Puis à la tête d’une brigade de la division Godinot, Rignoux se bat, le 12 septembre 1811, avec le 4e régiment polonais, contre le fameux général espagnol Ballesteros. Il s’empare de 5 à 600 hommes « et les fait passer par les armes », signale « Le Moniteur » de l’époque. Au total, Rignoux aurait causé plus de 1 000 tués dans les rangs ennemis, au prix de dix tués et 25 blessés. Puis il se porte sur Ximena avec 1 200 hommes, repoussant encore un assaut des Espagnols au prix de douze tués, 25 blessés, 25 prisonniers dont le chef de corps polonais.

C’est au cours de l’expédition dite du camp de Saint-Roch (non loin de Gibraltar), le 13 octobre 1811, que le général Rignoux a son œil gauche crevé. Devant Ubrique, par une balle, selon le pharmacien Blaze.

Le 7 décembre 1812, le maréchal Soult lui confie le gouvernement de Séville. Lors de la funeste journée de Vitoria, le 21 juin 1813, il commande une brigade de la division Vilatte composée du 27e léger et du 63e de ligne. Un mois plus tard, lors de l’évacuation d’Espagne, il est à nouveau blessé, le 25 juillet 1813, au col de Maya : sa cuisse est fracturée. Commandant de la Légion d’honneur le 25 novembre 1813, on ne trouve plus dès lors trace d’un commandement actif.

Sous la Restauration, il est fait chevalier de Saint-Louis, le 24 août 1814, puis mis en non activité le 1er septembre. Durant les Cent-Jours, Rignoux est nommé chef d’état-major du 8e corps d’observation (à Bayonne) le 25 avril 1815. A l’issue, le 1er août, il est définitivement en non activité.
Retraité, le Haut-Marnais se retire à Villenave-d’Ornon, dans la Gironde. Il y décède le 5 septembre 1832, à l’âge de 63 ans.

jeudi 4 septembre 2008

Fratries d'officiers (I) : les Jobert

Trois membres de la Légion d'honneur nommés Jobert - dont deux recensés par la base Léonore - sont nés entre 1775 et 1781 dans le village de Pressigny, canton de Fayl-Billot. Tous trois sont les enfants de Nicolas Jobert, recteur d'école, et de Jeanne Mulson. Et tous trois seront officiers dans un même régiment : le 21e de ligne.
L’aîné, François, a vu le jour le 23 juillet 1775. Il correspond peut-être à ce capitaine Jobert (pas de prénom), du 21e, signalé par Martinien comme été blessé le 7 septembre 1812 à La Moskowa. Une certitude : major (lieutenant-colonel), il est blessé le 18 septembre 1813 en visitant des avant-postes en Saxe, ainsi que le précise l'historique du 69e de ligne. Martinien confirme cette blessure, mais situe Jobert dans deux régiments : il est soit encore major du 21e de ligne (ou chef de bataillon, selon le général Bertin, auteur d'un historique de ce régiment), soit déjà major du 69e ! Après la chute de Napoléon, François Jobert sert visiblement sous la Restauration, puisqu’il est fait chevalier de Saint-Louis le 27 novembre 1814. Après les Cent-Jours, il n’est pas employé, mais reste situé « en activité », toujours comme major du 69e, dans sa commune de Pressigny. La suite de sa carrière, de sa vie ? On le retrouve avec son épouse non loin de son village natal, à Guyonvelle, où il exerce la profession de juge de paix du canton de Laferté-sur-Amance. Il y décède le 13 mai 1833, à l'âge de 58 ans. Parmi ceux qui viennent déclarer son décès : son fils, médecin à Guyonvelle (connu pour ses contributions fournies aux instances médicales) et son frère Jean-Baptiste.

Celui-ci est né à Pressigny le 20 mars 1781. Son dossier de médaillé de Sainte-Hélène précise qu’il est entré en service le 26 septembre 1798. Il n’a donc que 17 ans. Son corps d’affectation : la 21e demi-brigade de ligne. Onze ans plus tard, il est sous-lieutenant, toujours dans le même régiment, et il s’illustre lors de la Campagne d’Autriche. Au point de figurer dans les fameux « Fastes de la gloire », rebaptisés – après une récente réédition – « Dictionnaire des braves de Napoléon ». Son fait d’armes : se mettre à la tête de 40 nageurs, dans la nuit du 29 au 30 juin 1809, traverser le Danube et capturer, avec d’autres éléments, dans une île près de Presbourg, près de 600 hommes (dont un colonel) et deux pièces de canon. Action au cours de laquelle il est blessé à cinq reprises ! C’est à l’issue de cette campagne qu’il est fait membre de la Légion d’honneur le 21 septembre 1809. Selon l’inestimable anthologie « Victoires et conquêtes des Français », qui rapporte également cet exploit, et Martinien, Jobert a encore été blessé à Wagram, le 6 juillet 1809. Sa carrière, toujours selon son dossier MSH, s’arrête le 13 février 1813, à 32 ans, sans doute en raison de ses blessures (à La Moskowa, à nouveau). Il est capitaine pensionné lorsqu’il se retire à Pierrefaites (canton de Laferté-sur-Amance), où il se marie en novembre 1814. Jobert reprend provisoirement du service aux Cent-Jours en se voyant confier le commandement de la 3e compagnie du 2e bataillon de chasseurs de la garde nationale de la Haute-Marne, fin juin 1815. Médaillé de Sainte-Hélène, le capitaine Jobert décède dix ans plus tard, en novembre 1867, à l’âge de 86 ans.
Reste le cas d’Etienne-Nicolas, né à Pressigny le 1er mai 1778. Comme Jean-Baptiste (alors retraité), il ne figure pas dans l’état des officiers haut-marnais en activité ou en demi-solde dans le département, fin 1815-début 1816. Mais il s’agit sans nul doute de ce capitaine Nicolas Jobert dont la carrière a été brossée par Pierre-G. Jacquot dans une brochure inédite, «La campagne de Russie et les Haut-Marnais ». Voici ce que l’historien de l’Empire en Haute-Marne écrit : « Après s’être engagé comme volontaire au 3e bataillon d’Indre-et-Loire en mai 1793, Nicolas retrouve ses deux frères à la 21e demi-brigade en octobre 1800. Promu sous-lieutenant en juin 1809, il est capitaine en juin 1812 et part en retraite en juillet 1813. Remis en activité pour cinq mois en mars 1814. Blessé à Iéna, à Wagram et le 19 août 1812 à Valoutina. Il était membre de la Légion d’honneur depuis le 7 juin 1809. Qualifié de capitaine aide de camp, il vit à Dijon lorsqu'il est pensionné par le roi et il meurt célibataire.
Sources principales : état civil de Pressigny, Pierrefaites, Dijon et Guyonvelle ; archives départementales de la Haute-Marne ; "Victoires et conquêtes des Français" ; historiques des 21e et 69e de ligne ; tableau des officiers d'Empire tués et blessés (Martinien).

mercredi 20 août 2008

Le général Defrance, le plus illustre des cavaliers haut-marnais (1ère partie)

Jean, Marie, Antoine Defrance naît le 21 septembre 1771 à Wassy. Son père, Jean-Claude, lui-même natif de ce bourg où il est chirurgien (et où est né la même année Antoine Rignoux, futur général d’Empire), s’établit ensuite à Rebais, en Champagne (aujourd’hui en Seine-et-Marne), pour y occuper la fonction de médecin de l’école militaire installée dans cette ville. Sa mère, Claude-Jeanne Chompré, est la fille de Pierre Chompré, originaire de Narcy (en Haute-Marne ? dans la Nièvre ?), auteur d'un « Dictionnaire de la fable », et elle-même produit des poèmes.
Des chirurgiens (l’aïeul Defrance l’est aussi) d’un côté, des gens de lettres de l’autre : voilà pour l'origine familiale du futur général. Mais le jeune Jean-Marie optera pour une troisième voie : celle des armes. Toutefois, des mystères entourent le début de sa carrière militaire.
Tous ses biographes sont d’accord sur ce point : à l’été 1792, il est sous-lieutenant au 3e bataillon des fédérés nationaux. Mais avant ? Dans le tome 62 de la fameuse « Biographie universelle » (Michaud), publié en 1837 (soit deux ans après la mort de Defrance), l’on peut lire que ses parents goûtaient peu le penchant du jeune homme pour les armes (surprenant, quand on a un père médecin d’école militaire et qu’on y aurait été élève…), qu’ils l’ont fait voyager pour le détourner de ce projet, et qu’il se trouvait à Saint-Domingue lorsque les habitants se sont révoltés. Le jeune homme se serait alors enrôlé dans le corps dit des dragons du Cap. Une information reprise, entre autres, par Charles Mullié (1851) dans son dictionnaire des célébrités militaires.
Sauf que l’un des auteurs des « Fastes de la légion d’honneur » ne la confirme pas. Pour lui, Jean-Marie Defrance a rejoint dès le 1er septembre 1791 le 1er bataillon de volontaires de Seine-et-Marne (jeune département dont son père a été élu député), qu’il a été nommé sous-lieutenant, et qu’effectivement il a rejoint le 26 juillet 1792 le 3e bataillon des fédérés nationaux, dont il est devenu trésorier en février 1793. Difficile, dès lors, de se battre à Saint-Domingue, où le jeune Defrance aurait contracté la fièvre jaune et dont il serait revenu – dixit Michaud – début 1792…
Le même Michaud prétend par ailleurs que le roi Louis XVI a nommé Defrance sous-lieutenant de cavalerie au Royal-Etranger, affectation que n’évoquent ni les Fastes de la Légion d'honneur, ni les carnets de La Sabretache. A se demander s’il n’y a pas confusion avec un homonyme...
Reste que selon "les Fastes", Defrance sert en 1792 et 1793 à l’armée du Nord, en l’an II et en l’an III aux armées de Sambre-et-Meuse et des Ardennes. Entre-temps, il a été nommé, le 13 ou 14 germinal an II (2 ou 3 avril 1794), capitaine dans un escadron de cavalerie de Seine-Inférieure, versé au 11e chasseurs à cheval, puis, le 25 prairial an III (13 juin 1795), promu adjudant-général chef de brigade (le même jour où Lecourbe est promu général). Le fils de conventionnel seine-et-marnais n’a que 23 ans. Ce n’est pas le plus jeune colonel haut-marnais : Chaudron-Rousseau, lui aussi fils de parlementaire, n’en avait pas 20 à sa nomination !
Bien souvent au cours de la période révolutionnaire, les carrières seront soumises aux aléas des événements politiques et militaires : c'est ainsi que le chef de brigade Defrance, qui avait été chef d’état-major de la 15e division militaire à Rouen, est admis au traitement de réforme le 1er vendémiaire an V, avant d’être remis en activité le 15 pluviose an VIII à l’armée de Mayence. Il se distingue le 25 septembre 1799 lors du passage de la Limath par l’armée d’Helvétie, du Danube et du Rhin s’en allant remporter l’importante bataille de Zurich. Toutes les sources s’accordent à dire que le général en chef Masséna l’aurait nommé général de brigade sur le champ de bataille, mais que Defrance aurait refusé cette promotion en raison de sa jeunesse, préférant le commandement d’un régiment. Il recevra donc, de Masséna, celui du 11e chasseurs à cheval (selon Six, il était alors chef d’état-major de la division Tharreau). Il le quittera assez rapidement, le 23 ventôse an VIII (mars 1800), pour celui du 12e régiment de cette arme.
L’illustre « Carnet de la Sabretache » a consacré 28 pages au « colonel de France (sic) et le 12e régiment de chasseurs, 1800 à 1805 », basé sur un livre d’ordre et un registre de correspondance de l’officier. L’on y apprend que le 12e chasseurs à cheval tient garnison à Gray (Haute-Saône) lorsqu’il est appelé à l’armée de réserve, où il forme avec le 6e régiment de dragons la brigade du général Duvignau. Le corps quitte la Souabe, passe le Saint-Gothard, et se bat à Marengo, en juin 1800.
Defrance reste cinq années à la tête de son régiment. Le 12 pluviôse an XIII, il est promu général de brigade. Cette promotion et ce départ sont l’occasion, pour les officiers du 12e régiment, de témoigner par écrit de leur fierté d’avoir servi sous les ordres du colonel Defrance. Privilège : celui-ci s’en va occuper les fonctions d’écuyer cavalcadour de l’Empereur (à suivre).

lundi 18 août 2008

D'utiles précisons sur le chirurgien Claude-Edme Vanderbach

Nos articles sur les officiers haut-marnais ayant servi sous l’Empire et sur les chirurgiens originaires du département ne sont pas passés inaperçus d’un de nos correspondants. Et pour cause : Cyril Vanderbach est apparenté aux chirurgiens Claude-Edme et Nicolas-Charles-François Vanderbach, dont nous avons signalé les conduites dignes d’éloge.
M. Vanderbach a eu l’amabilité de nous communiquer une copie des dossiers militaires relatifs à ces deux frères, et l’obligeance d’accepter que nous les rendions publics. A noter que ces deux éminents membres du service de santé, eux-mêmes fils de chirurgien, comptaient un troisième frère ayant choisi lui aussi la voie paternelle, mais à titre civil : Nicolas, né en 1765 à Autreville-sur-la-Renne (canton de Juzennecourt, arrondissement de Chaumont), établi à Cunfin... aux confins de l'Aube et de la Haute-Marne.

Nous avons choisi ici d’insister, grâce aux documents communiqués par Cyril Vanderbach, sur la carrière, plus méconnue que celle de son illustre frère, de Claude-Edme, né le 6 juin 1771 à Autreville.
Son dossier nous apprend que ce fils de maître-chirurgien est d’abord élève, pendant un an, à l’hôpital de Chaumont, dans son département de la Haute-Marne. Puis il suit des « cours publics » à Paris, enfin à Montpellier. Claude-Edme Vanderbach (son patronyme est parfois écrit Vanderback ou Wanderbach dans ces pièces) entre en service à l’âge de 21 ans, le 12 septembre 1792, comme aide de chirurgien-major au 1er bataillon de la Légion du Centre, dite de Luckner. Un corps qui donne naissance, soit au 2e bataillon de la 26e demi-brigade, soit plutôt au 26e bataillon d’infanterie légère (compagnie Klein).
L’officier de santé haut-marnais sert successivement dans les armées des Ardennes (1792-1793), de Sambre-et-Meuse (an II et an III), du Rhin (an IV – an V). Notre homme précise dans un courrier qu’il passe le Rhin en floréal an VII.

Entre-temps, Vanderbach a quitté le 26e bataillon, le 8 messidor an II, pour devenir à la même époque officier de santé de 3e classe, et rejoindre le 3e bataillon de la 23e demi-brigade d’infanterie légère le 1er nivôse an III. Requis pour les hôpitaux de l’armée de Sambre-et-Meuse le 8 pluviose an III (il quitte Strasbourg pour l'hôpital de Wissembourg), il rejoindra, à sa demande, un corps plus actif – en l'occurrence le 2e bataillon de la 101e demi-brigade d’infanterie de ligne, le 28 ventôse an VII.

Coïncidence ? Cette unité a incorporé dans ses rangs les conscrits du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne.

Avec la 101e, Vanderbach sert au sein de l’armée d’Italie (an VIII – an IX), à Marengo (où son jeune frère Nicolas est blessé), au siège de Gaëte (où commande le général chaumontais Girardon). En 1807, il est toujours chirurgien-sous-aide au 101e, et sollicite une promotion. Il est vrai que diverses pièces font état d’un « jeune homme de mérite, instruit, de bonnes mœurs » (signé Percy !), dont la conduite est « digne de tout éloge », et qui n’a jamais compris pourquoi il est passé du grade de chirurgien de 2e classe à celui de 3e classe lors d’une réorganisation des armées.

Les renseignements apportés par son dossier s’arrêtent en 1807. La suite de sa carrière ? C’est malheureusement un extrait mortuaire qui nous l’apprend : toujours chirurgien aide-major, il décède le 8 décembre 1809 à Gratz, à l’âge de 38 ans. Est-il passé entre-temps au 102e de ligne, comme l’indique – par erreur ? à moins qu’il ne s’agisse toujours du 101e – son extrait mortuaire ? Il est vrai que ce corps est situé, en 1809, comme faisant partie de la division Durutte (brigade Dessaix) de l’armée d’Italie, qui s’est battue en Hongrie, et notamment à Raab et – effectivement - à Graz.

A noter que le père de ces deux chirurgiens, originaire de la Côte-d'Or, installé à Autreville vers 1764-1765, était petit-fils d'un Allemand, et qu'un de leurs cousins germains, membre de la Légion d'honneur, a servi également comme officier de santé dans l'armée. Il est l'ancêtre direct de Cyril Vanderbach, que nous remercions infiniment pour ces utiles précisions.