vendredi 4 septembre 2009

Etienne et Didier Collin, deux frères, deux capitaines

Collin est un patronyme assez répandu dans le département de la Haute-Marne. Trois officiers que nous avons identifiés portaient ce nom. Parmi eux, deux frères devenus capitaines.
L’aîné, Etienne, nous est aujourd’hui bien connu, grâce à la mise en ligne de son dossier de la Légion d’honneur. Fils de Jean Collin, charron à la forge de Cirey-sur-Blaise (canton de Doulevant-le-Château), il voit le jour dans ce village cher à Voltaire le 2 février 1776. Comme nombre de futurs officiers des armées impériales déjà étudiés sur ce blog (le major Chameroy, le lieutenant Geoffroy…), il entre en service en l’an VII comme conscrit du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne. Rapidement caporal, il passe dans la 101e demi-brigade d’infanterie de ligne, où il est promu sergent-major en l’an XII, puis dans les grenadiers de la Garde royale de Naples, en août 1806. C’est au sein de corps que ce vétéran du siège de Gaëte gravit les échelons de la hiérarchie : sous-lieutenant fin 1808, lieutenant début 1810, enfin capitaine en janvier 1814, quelques jours avant de démissionner du service de Naples (Murat, qui a pour aide de camp le colonel dervois Berthemy, vient de traiter avec les Britanniques) pour rentrer en France. Aussitôt, le capitaine Collin est affecté au 9e régiment de (tirailleurs ?) de la Jeune Garde, avant d’être placé en demi-solde. Il reprend du service durant les Cent-Jours, commandant la 2e compagnie du 2e bataillon du 7e régiment de tirailleurs. Le Haut-Marnais cesse de servir au retour des Bourbons, mais retrouve un poste en 1822, comme capitaine adjudant de place, officier comptable du dépôt de réfugiés polonais à Bourges (Cher). Chevalier de la Légion d’honneur en 1833, lui qui s’est marié fin 1814 à Paris viendra s'établir dans son département natal, à Chaumont, où il reçoit la médaille de Sainte-Hélène. Domicilié ruelle des Mèzes, il
décède le 2 janvier 1858, à l'âge de 81 ans. Selon certaines sources, il serait le père du futur général Collin, né à Naples en 1813.
Les renseignements relatifs à son frère cadet Jean-Nicolas-Didier sont parcellaires : il naît à Cirey le 20 février 1783 et, selon son dossier de médaillé de Sainte-Hélène (1857), il entre en service le 9 octobre 1805 (date sujette à caution - n'est-ce pas plutôt 1803 ?), servant successivement aux 34e et 88e de ligne, jusqu’en septembre 1815. C’est avec le 88e – qui s’est battu en Belgique - qu’il est qualifié de capitaine adjudant-major en activité, dans son village natal, en 1816. Nous n’avons pas trouvé trace d’une éventuelle blessure sous l'Empire de cet officier dans l’œuvre de Martinien. Capitaine en disponibilité, veuf, il est domicilié à Cirey lorsqu’il se marie en secondes noces en 1829. Puis il réside à Bouzancourt où, à nouveau veuf, il meurt le 17 décembre 1867, à l’âge de 84 ans. Le capitaine Collin n’était pas membre de la Légion d’honneur.

mercredi 12 août 2009

Antoine Dubois, un chef de bataillon pris à Dresde

Comme nombre d’officiers des troupes impériales, Benoit-Antoine Dubois commence sa carrière dans les volontaires nationaux. C’est à 19 ans que ce fils de marchand bragard, né le 15 janvier 1773 à Saint-Dizier, devient sergent dans un bataillon de la Haute-Marne, le 18 octobre 1792 (selon son dossier de la Légion d’honneur consultable sur la base Léonore). Sans nul doute, il s’agit du 3e bataillon du lieutenant-colonel en premier Gilles Despres – et dont l’adjoint est un Bragard, le lieutenant-colonel en second Joseph-Ferdinand Deschamps, 31 ans -, qui quitte Wassy pour la Moselle le 8 avril 1793. C’est à ce bataillon qu’appartient le sergent Nicolas Fricasse, auteur de célèbres mémoires. En sont issus également Nicolas Létang, de Saint-Dizier, futur chef de bataillon du 19e de ligne, Paul-Marie Horiot, de Provenchères-sur-Meuse, futur colonel du 23e léger, tué à Wagram, ou encore deux Bragards, Claude Bogny et Paul-Georges Klein, qui seront chefs de bataillon du 3e de ligne…
Avec cette unité, Dubois sert en 1792-93 à l’armée du Nord, de l’an II à l’an IX aux armées de Sambre-et-Meuse, du Rhin, d’Helvétie, d’Italie et de Naples.
Le 3 brumaire an V (24 octobre 1796), il est blessé d’un coup de feu au pied gauche – il s’agit sans doute de « l’accrochage sévère sur le Rhin » évoqué par Me Jacquot (dans sa thèse de doctorat sur les bataillons de volontaires de la Haute-Marne) et qui implique la 3e demi-brigade d’infanterie de ligne, à laquelle a été versé, via la 127e, le 3e bataillon de la Haute-Marne.
En l’an XI, Antoine Dubois est toujours sergent dans la 3e lorsqu’il se marie, dans sa ville natale, avec Marie-Françoise Blanchard. Il passe enfin sous-lieutenant le 1er thermidor an XII (19 juillet 1804).
Avec le 3e de ligne, le Bragard, qui a servi sur les Côtes de l’Océan, prend part à la première grande campagne de la Grande-Armée : celle ponctuée par Austerlitz. Plusieurs officiers parmi ses compatriotes périssent lors de cette illustre bataille.
C’est le 3 juin 1807 que par décret, il est nommé lieutenant au 85e de ligne. Il ne quittera plus jamais ce corps qui servira longtemps sous les ordres du maréchal Davout. Après la Pologne, après Wagram, il passe capitaine le 13 juillet 1809.
Il se bat en Russie (au sein de la brigade Friederichs, division Dessaix du Ier corps Davout), et c’est durant la campagne de Saxe, le 2 avril 1813, qu’à 40 ans, il est promu chef de bataillon dans ce corps. Il est fait membre de la Légion d’honneur le 13 juillet suivant, mais est fait prisonnier de guerre lors de la capitulation de Dresde, le 8 décembre 1813. Il ne rentrera en France que le 7 juillet 1814. Entre-temps, le 85e est devenu 73e de ligne.
Le chef de bataillon Dubois, qui n’a que 41 ans, est placé en non activité. Il ne reprendra apparemment plus de service, pas même durant les Cent-Jours.
Il réside dans le faubourg de La Noue lorsqu’il décède le 23 mai 1838, à l’âge de 65 ans.

vendredi 7 août 2009

D'Esclaibes d'Hust : un artilleur fidèle à la Haute-Marne

On ne fait pas plus Haut-Marnais que le colonel d'Esclaibes d'Hust : il voit le jour dans le Nord de la Haute-Marne, en 1783, à Echenay, près de Poissons, et il meurt dans le Sud du département, à Langres, en 1845.
Noble d'origine, Louis-Auguste est le neveu d'un député champenois aux Etats généraux. Il intègre l'école - républicaine - de Polytechnique, promotion an XI, et en sort pour rejoindre l'école d'artillerie de Metz. Le 9 mars 1806, sous l'Empire, il est promu second lieutenant au 5e régiment d'artillerie à pied.
L'essentiel de ses campagnes, il va l'accomplir en Espagne : aide de camp du général Vallée (un Aubois), le 12 septembre 1809, capitaine le 14 janvier 1810, il se distingue lors du blocus de Tortose, puis il est blessé le 18 octobre 1811 à Sagonte.
Le 11 janvier 1812, il n'a pas 29 ans lorsque d'Esclaibes d'Hust est promu chef d'escadron. Cet officier supérieur des armées impériales n'en reste pas moins royaliste de coeur : artilleur sous les ordres du maréchal Ney, il fait part de son hostilité au retour de Napoléon lors des Cent-Jours.
Durant la Restauration, on le retrouve lieutenant-colonel au sein du régiment d'artillerie à cheval de la Garde. Et durant la Monarchie de Juillet, colonel, il est chef d'état-major de l'artillerie française en Algérie. Selon certaine source, Bourmont - le traître de Waterloo - l'aurait proposé pour le grade de général.
Finalement, c'est en Haute-Marne que, retraité, il se retire. Marié depuis 1817, à Langres, avec la fille du colonel Bichet de Chalancey, il réside à Chalancey et appartient au Conseil général.
Il meurt dans la patrie de Diderot à l'âge de 62 ans.

mercredi 22 juillet 2009

Symon de Latreiche : un Bourmontais dans l'entourage de maréchaux

Parmi les noms des membres haut-marnais de la Légion d’honneur cités par l’annuaire du département de la Haute-Marne, dans sa livraison de 1811, il en est un qui nous a posé question : c’est celui de Charles-Guillaume-Fortuné Symon de Latreiche. Outre que le nom de cet officier nous était jusque-là parfaitement inconnu, c’est qu’il était alors qualifié de colonel d’état-major. Or l’indispensable dictionnaire des colonels de Napoléon, signé Danielle et Bernard Quintin, ne le recense pas… Et très peu d’ouvrages consacrés au Premier Empire mentionnent l’existence de cet homme, si ce n’est l’armorial de Reverend, qui précise que chef de bataillon, Symon de Latreiche devient chevalier d’Empire le 15 août 1809. Un armorial qui ne donne, par ailleurs, aucune indication sur sa date de naissance.
Nous l’avons fortuitement retrouvée aux Archives départementales de la Haute-Marne, dans un dossier consacré aux biens d’émigrés : c’est bien à Bourmont, ainsi que le laissait entendre l’annuaire de 1811, qu’il voit le jour, le 17 mars 1774. Il est fils de François-Hubert Symon, seigneur de Latreiche, receveur des finances de Bourmont. Ce que l’on apprend par ce dossier, c’est que le jeune homme vit, sous la Révolution, dans le Jura, puis à Bar-le-Duc (Meuse), sous le Consulat. Il est probable que c’est à cette période, ou au début de l’Empire, qu’il intègre les rangs de l'armée.
Grâce au site Internet de Richard Darnault consacré aux officiers de la Grande-Armée, nous savons qu’en 1808, Symon de Latreiche est capitaine, aide de camp du maréchal Kellermann (comme un autre Haut-Marnais, d'ailleurs, le capitaine Richard de Cendrecourt), puis qu’au début de l’année suivante, déjà chef de bataillon, il est attaché à l’état-major de la place de Dantzig.
Nous savons ensuite qu’en 1811, il appartient à l’entourage du maréchal Berthier, et qu’à ce titre il exécute une mission en Espagne. La même année, il est qualifié de colonel ou de lieutenant-colonel. Etait-il major, ou colonel en second, voire colonel à titre étranger ? Ce sont des hypothèses qui n’ont pu être confirmées. Car nous avons eu beau consulter les almanachs impériaux pour les années 1811 à 1813, nous n’avons pas croisé la trace de Symon de Latreiche, ni même, ultérieurement, dans les annuaires d’officiers d’active de la Restauration.
Nous savons juste, grâce aux notes généalogiques du baron de l’Horme, qu’il est l’époux de Marie-Constance Henry, qu’il est le père d’un célèbre théologien né à Metz en 1804, qu’il exerçait la profession de manufacturier en bonneterie, et qu’il est mort le 27 avril 1836, à l’âge de 72 ans.
Toute précision sur la carrière et la vie de cet officier supérieur serait évidemment la bienvenue.


PS : selon le site de Richard Darnault, c'est toujours avec le grade de chef de bataillon que Latreiche est situé comme appartenant à l'état-major de l'armée du Portugal, en 1812.

samedi 20 juin 2009

Le lieutenant-colonel François Chameroy

François Chameroy naît à Rouvres-sur-Aube, canton d’Auberive, le 5 juin 1777, fruit de l’union de Jean Chameroy et de Marie-Anne Andriot. Sa carrière militaire commence le 15 fructidor an VII (1er septembre 1799) comme conscrit dans le 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne mis sur pied ce jour-là. Le lendemain, il est promu sergent dans la 3e compagnie commandée par le capitaine Henno et le sous-lieutenant Tairet (elle compte, au moment de son départ pour l’armée du Rhin, 89 hommes présents pour 90 absents). Le 2 pluviôse an VIII (22 janvier 1800), il passe avec ce bataillon dans la 101e demi-brigade d’infanterie de ligne, dont l’histoire a déjà été contée dans notre évocation de la carrière du lieutenant Jacques Geoffroy.
Sergent-major deux ans plus tard, Chameroy est promu sous-lieutenant le 11 messidor an XII (29 juin 1804). Il prend part au siège de Gaëte et passe lieutenant le 15 mai 1807, adjudant-major l’année suivante, puis capitaine le 1er janvier 1810. C’est le 30 septembre 1812, à l’âge de 35 ans, qu’il est promu chef de bataillon au 101e de ligne. Il sert alors depuis 1811 en Espagne, sous les ordres du maréchal Marmont, duc de Raguse (qui commande l’armée du Portugal), et le 101e, commandé par le colonel Dherbez-Latour, vient d’être étrillé lors de la défaite des Arapiles.
En 1813, on retrouve Chameroy au sein de la Grande-Armée. Au sein de la division Pacthod (12e corps du maréchal meusien Oudinot), où servent les 2e, 3e et 4e bataillons (il commande sans doute l’un d’eux), il prend part à la bataille de Bautzen. L’Echo de la Haute-Marne, se fondant vraisemblablement sur le dossier de Légion d’honneur de Chameroy, indique que le 20 mai 1813, à la tête de trois compagnies, il enlève un mamelon défendu par un bataillon russe – de la Garde, apparemment. Dans l’action – il s’agit de la conquête des hauteurs de Tronberg -, il est blessé au bras gauche par un coup de feu. Le lendemain, il reçoit un coup de biscaïen et une balle au bras droit. Le 22 juin, le commandant Chameroy fait son entrée dans l’ordre de la Légion d’honneur.
Le 12 octobre, il est fait officier dans cette prestigieuse distinction. Le 30, c’est la bataille d’Hanau : à la tête de 60 grenadiers, précise son dossier, il culbute deux bataillons autrichiens qui ont passé le pont, « faisant 600 prisonniers, le reste fut tué ou noyé dans la Kinzig ». A la suite de cette action d’éclat, il est promu major (lieutenant-colonel).
Le 9 décembre, des éléments du 101e servent à recréer le 104e de ligne. Chameroy est du nombre des officiers, tout comme ses compatriotes Jean-Baptiste Denats et Jean-Baptiste Rose, deux Chaumontais incorporés comme lui en 1799 au 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne. Avec ce jeune corps, il prend part au siège de Mayence.
Le 1er septembre 1814, il est mis en non activité, puis reprend du service durant les Cent-Jours, le 26 mai 1815, avec le 104e. Lors de l’ultime sursaut de Napoléon, son frère, maire de Rouvres-sur-Aube, intègre de son côté les rangs du Corps-franc de la Haute-Marne.
Chameroy est-il employé durant la Restauration ? Selon le sous-préfet de Langres, il servirait, en 1816, dans la légion de la Haute-Marne. Le haut-fonctionnaire précise que l’enfant de Rouvres « a des dehors avantageux, il s’énonce bien, a quelque chose de séduisant dans les manières ». Lui qui se marie le 26 octobre 1818 dans un autre secteur de la Haute-Marne, à Montigny-le-Roi, est fait chevalier de Saint-Louis en 1820, preuve que le roi ne le tient pas pour quantité négligeable.
Visiblement, sa demeure de Montigny, ville dont il commandera la garde nationale (1830), héberge d’autres anciens « nobles débris de la Grande Armée », à l’instar du lieutenant-colonel de cavalerie Joseph Guichard, son beau-père (qui y meurt en 1839) et du capitaine d’infanterie normand Jean-Sulpice-Bernard Denis, autre chevalier de Saint-Louis (qui y décède en 1844).
Lui-même rend son dernier souffle à Montigny, le 7 juillet 1849, à l’âge de 72 ans. L’Echo de la Haute-Marne lui consacre une notice nécrologique (fonds Daguin, ADHM) élogieuse.

mercredi 3 juin 2009

"Grognards de Haute-Marne"


Le 12 juin, a paru, aux éditions Dominique Guéniot, à Langres, notre premier ouvrage napoléonien, "Grognards de Haute-Marne".

En voici le texte de présentation figurant en quatrième page de couverture :


"Charles de Gaulle, le plus illustre des Haut-Marnais, vient de naître lorsque décède à Langres en 1891, à l’âge de 97 ans, celui que nous pensons être le dernier
Grognard vivant dans ce département. Ultime témoin d’un furieux quart de siècle qui, de 1792 à 1815, a vu les soldats français, d’abord dans les armées révolutionnaires, puis dans les troupes impériales, parcourir un continent européen déchiré et s’y battre.
Durant l’Empire, plus de 13 000 enfants de Haute-Marne – théâtre de la
dernière victoire de Napoléon Ier avant Waterloo -, conscrits ou volontaires, ont porté l’uniforme. Résignés, mais disciplinés, ils ont rejoint leurs régiments pour combattre de l’Espagne à la Russie, des îles du Danemark à l’actuelle Croatie. Nombre d’entre eux ont servi au sein du glorieux 14e de ligne, décimé à Eylau. D’autres ont alimenté les unités des gardes nationales mises sur pied par le département pour défendre les côtes de Belgique, les places de Neuf-Brisach ou de Langres.
Sous l’uniforme, ils ont vécu l’inimaginable : les affres de la détention sur le
sinistre îlot de Cabrera, aux Baléares ; la retraite de la Grande-Armée, dans des conditions épouvantables, depuis Moscou ; la vision de leur camarade capturé par les guérilleros espagnols et supplicié. Mais ils ont aussi accompli des actions d’éclat, gagné au feu la croix de la Légion d’honneur, voire un galon d’officier ou un titre de noblesse d’Empire.
Beaucoup, parmi ceux qui sont devenus officiers, ont fait preuve d’un grand
mérite. C’est le colonel Deponthon, d’Eclaron, qui, faisant preuve d’une rare prémonition, n'a caché à l’empereur des Français aucun des risques d’une campagne en Russie... Les colonels Habert, de Nijon, et Isidore Martin, de Saint-Dizier, qui ont lancé leurs cuirassiers contre les carrés britanniques à la fin de la bataille de Waterloo… Chaudron-Rousseau, de Bourbonne-les-Bains, colonel à 19 ans – un record dans l’histoire de l’armée française ! –, tombé comme général en Espagne… L’un des trois frères Jobert, de Pressigny, qui a franchi le Danube à la nage lors d’un coup de main audacieux... Ou encore le commandant Laloy, de Chaumont, qui a fait un rempart de son corps entre son général et des insurgés espagnols.
Plus de 3 000 Grognards haut-marnais ne sont pas revenus de ces campagnes
incessantes, davantage victimes des épidémies qui ravageaient alors les hôpitaux que du feu ennemi. Les autres ont retrouvé leurs terres, se sont mariés, ont passé le reste de leur existence à travailler, vivant, pour 3 163 d’entre eux, assez longtemps pour recevoir, sous le règne de Napoléon III, la médaille de Sainte-Hélène. Mais tous ont été marqués à jamais par leur expérience de soldat.
C’est leur histoire que nous nous proposons ici de vous présenter".

Il s'agit du premier ouvrage consacré au Premier Empire dans le département et destiné au grand public, depuis la relation de la Campagne de 1814 en Haute-Marne proposée par F.-F. Steenackers (dans le dernier quart du XIXe siècle !).

C'est ici l'occasion de rendre hommage à notre précurseur Pierre-Gérard Jacquot. D'origine haut-marnaise (sa famille vivait à Ageville, près de Nogent, durant la Révolution), il exerçait la profession d'avocat à Saint-Dizier - il fut d'ailleurs bâtonnier de la Haute-Marne. Membre du Souvenir napoléonien et représentant de l'Association pour la conservation du patrimoine napoléonien en Haute-Marne, Me Jacquot est l'auteur d'une incontournable thèse de 3e cycle sur "Les bataillons de volontaires nationaux en Haute-Marne" (Dijon, 1979), d'un ouvrage sur la terreur blanche dans le département ("Opposition et terreur blanche, ou la fidélité aux souvenirs"), de nombreux articles ("La Haute-Marne napoléonienne", dans La Revue du Souvenir napoléonien, etc.) et ouvrages inédits ("Les Haut-Marnais et la Campagne de Russie", "Les Haut-Marnais et la Campagne de Pologne"...). Nous associons, à cet hommage à un homme qui s'était retiré à Cirfontaines-en-Ornois (canton de Poissons) et aujourd'hui disparu, le souvenir de Jean-Marie Chirol, le fondateur du club Mémoires 52 qui, lui aussi, s'était intéressé à cette période passionnante. Malheureusement, sa "Gazette de la Campagne de 1814" n'avait alors pas trouvé d'éditeur, tout comme Pierre-Gérard Jacquot qui avait également produit une synthèse des événements de cette campagne de notre département. Nous leur rendons aujourd'hui, modestement, cette justice...

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Les Morlant et le 11e chasseurs à cheval

Voici le fruit de nos dernières recherches historiques. Elles concernent la famille meusienne De Morlant (rebaptisée, Révolution oblige, Morlant).

Chez les Morlant, il y a d'abord l'illustre François-Louis, qui commandait en second les chasseurs à cheval de la Garde et qui a trouvé la mort à Austerlitz. Son nom figure sur l'Arc de Triomphe à Paris, bien qu'il n'ait pas été promu au grade de général.

Mais il y aussi Jean-Pierre. Lorsque nous nous sommes intéressé à l'histoire du 1er bataillon des gardes nationales de la Haute-Marne, mis sur pied en août 1809 à la suite du débarquement britannique dans l'île de Walcheren, nous étions resté très sceptique quant à une parenté supposée - c'est la presse de l'époque qui l'assurait - entre l'adjudant-major de Morlant, chef d'escadron retiré à Ceffonds (pour la petite histoire, le village natal du père de Jeanne d'Arc), et le héros d'Austerlitz. Or les registres d'état civil de la commune sont formels : ils confirment que François-Louis et Jean-Pierre sont bel et bien frères.
Né le 9 mai 1761, à Souilly (Meuse) comme son illustre frère, Jean-Pierre de Morlant, dit Morlant, est le fils de Jean-Pierre, évuyer et officier d'infanterie, et d'Elisabeth de Bonnay.
Comme le frère du futur maréchal Moncey, comme un membre de l'illustre famille de Nolivos, c'est par son mariage que Jean-Pierre "fils" de Morlant s'établit en Champagne méridionale sous l'Ancien Régime. Epoux d'Anne-Gabrielle Delalain (fille d'un docteur en droit de Montier-en-Der), le jeune homme est qualifié d'officier au 5e régiment de chevaux-légers lorsque naît un fils, à Montier, en 1783. Au moins un garçon (en l'an III) et une fille (en l'an VIII) verront également le jour au sein de son couple. A l'aube de la Révolution, il est lieutenant au sein du 11e régiment de chasseurs à cheval, puis capitaine le 1er juillet 1792. Il aurait également servi, selon ses dires, dans la cavalerie (sic) de Seine-Inférieure (un escadron de volontaires nationaux ?) avant de se retirer à Ceffonds. En l'an III, il est qualifié de cultivateur. En l'an VIII, de propriétaire. En 1809, il reprend donc du service, à 47 ans, comme adjudant-major du 1er bataillon de la Haute-Marne, dont il prendra d'ailleurs le commandement peu avant sa dissolution au printemps 1810. La même année, il est destiné à rejoindre le Régiment des gardes nationales de la Garde (futur 7e voltigeurs de la Garde). L'a-t-il rejoint ? Trois ans plus tard, Morlant sollicite un emploi dans les gardes d'honneur - une lettre en ce sens est adressée au général Clarke. Ici encore, il n'est pas certain qu'il ait obtenu satisfaction. Il décède en 1818 à Ceffonds, à l'âge de 57 ans.

Nous l'avons dit : Jean-Pierre Morlant a eu au moins deux fils. Le premier, Louis-Elie-Hypolite, est baptisé le 13 août 1783 à Montier-en-Der. Il a pour parrain officiel son oncle paternel Louis-Elie de Morlant, un eccléstiastique. Mais celui qui est présent à la cérémonie pour représenter ce prieur, c'est son autre oncle... François-Louis, le futur héros d'Austerlitz. Comme ce dernier, comme son père, Hypolite va servir comme officier au 11e chasseurs à cheval. Si l'on s'en réfère au tableau Martinien, c'est un cavalier brave jusqu'à la témérité. Il suffit d'énumerer ses blessures : à Heilsberg, comme sous-lieutenant ; à Rudulna, à La Moskowa, à Wilna, à La Katzbach, à Waimar, comme capitaine. C'est bien lui qui est fait baron d'Empire en 1811, et non son oncle François-Louis (à titre posthume). L'occasion ici de rectifier une confusion (excusable) faite par le regretté Dr Hourtoulle dans son ouvrage sur La Moskowa : le capitaine de Morlant qui servait en Russie au sein du 11e chasseurs n'est pas le fils du major des chasseurs à cheval de la Garde, mais son neveu. Meusien d'origine, c'est à Verdun que le baron de Morlant décède le 21 février 1815, alors qu'il n'a pas 32 ans, dans son logement, rue de la Boucherie, ainsi que nous l'a révélé le registre d'état civil de la cité.

Enfin, il y a Charles-Rose Morlant, le moins connu, né le 20 mai 1795 à Ceffonds. C'est à 17 ans, le 11 mai 1812, qu'il entre en service... au sein du 11e chasseurs (dont le dépôt est alors à Verdun) ! C'est aussitôt la campagne de Russie. En décembre, le jeune homme est fait prisonnier près de Wilna, sans doute au moment où son frère officier est touché. Blessé, épuisé, il meurt le 27 mars 1814 en captivité.
A noter que le chef d'escadron Jean-Pierre Morlant est encore le beau-père du lieutenant Nicolas-Remy Diderot, de Montier-en-Der, officier du 14e de ligne, époux de sa fille Calixte-Louise-Marie-Rose.