lundi 2 novembre 2009

Le commandant Chonez : né à Wassy, mort à Langres

La ville de Wassy, alors chef-lieu d’arrondissement, est la patrie de plusieurs officiers de cavalerie d’Empire, et non des moindres : le général de division Defrance, le lieutenant-colonel Maugery, le chef d’escadron Plique, le lieutenant Baudot (ces trois derniers cuirassiers)…
Elle a également vu naître, le 21 septembre 1772, Louis Chonez. Il est le fils de Nicolas, alors officier sous-aide-major dans le corps royal de l’artillerie. C’est en octobre 1793 que le jeune homme entre en service, au 1er régiment de chasseurs à cheval (ex-chasseurs d’Alsace). Un corps où il servira près de 20 ans.
Le 5 octobre 1803, il y est promu sous-lieutenant. La même année, le 18 décembre, il est fait membre de la Légion d’honneur.
Le 1er chasseurs se bat à Auerstaedt (1806), en Pologne. Promu lieutenant le 7 mars 1807, puis capitaine le 7 avril 1809, il sert en Allemagne (Raab, Wagram) avant de prendre part à la campagne de Russie.
Selon Martinien, il sert toujours au sein de son corps d’origine (colonel Méda). Selon ses états de services, il est plutôt passé au 11e chasseurs à cheval du colonel Désirat (division Wathier du 2e corps de cavalerie).
Quoi qu’il en soit, le capitaine Chonez se bat à La Moskowa (7 septembre 1812), où il est blessé par un coup de feu. Lui qui a perdu son brevet de Légion d’honneur en Russie est promu, à la veille de la bataille de Lutzen, chef d’escadron (fin avril 1813). Une nouvelle campagne s’ouvre, dont il ne sortira pas indemne : il reçoit un coup de sabre et un coup de lance lors de la terrible bataille de Leipzig (octobre 1813). Durant la Campagne de France, il participe à la défense de Maubeuge.
Sous la Restauration, il est membre du conseil d’administration du 11e chasseurs, fait officier de la Légion d’honneur en octobre 1814, avant de se rallier durant les Cent-Jours et d’être retraité en 1816.
Retiré à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) – il y vit en 1817 – ou, selon « Les Fastes de la Légion d’honneur », à Burtoncourt (Moselle), il est fait chevalier de Saint-Louis en 1821.
Mais c’est dans son département natal que ce Lorrain d’adoption finira ses jours. Il ne revient pas à Wassy, mais s’établit à l’autre extrémité de la Haute-Marne : à Langres. C’est là qu’octogénaire, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène et, domicilié rue de Repas, c’est là que l’époux de Marguerite-Sophie Dugon décède le 17 février 1858.
Sources : « Fastes de la Légion d’honneur » ; base Léonore ; Martinien ; état civil des communes de Wassy et de Langres ; dossier des médaillés de Sainte-Hélène.

vendredi 30 octobre 2009

Officiers à la mode napolitaine

Plusieurs officiers haut-marnais ont servi des royaumes « satellites » de l’Empire français. Parmi eux, sept – chiffre non négligeable - étaient en service dans les troupes du royaume de Naples, ayant eu pour souverains successifs Joseph Bonaparte et le maréchal Joachim Murat. Aide de camp du beau-frère de Napoléon, le Dervois Pierre-Augustin Berthemy, dont la carrière a déjà été détaillée sur ce blog, a même été promu maréchal de camp napolitain et fut un des rares Français à ne pas quitter son protecteur lorsque celui-ci a pris langue avec les Britanniques début 1814. Voici six autres parcours moins connus.

Collin Etienne (Cirey-sur-Blaise 1776 – 1858). Entré en service comme caporal au 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne (an VII), sergent-major au 101e de ligne (an XII), il passe aux grenadiers de la Garde de Naples (août 1806). Sous-lieutenant (12 décembre 1808) au régiment de grenadiers de Naples, lieutenant (21 février 1810), capitaine (15 janvier 1814) au même régiment, il démissionne (25 janvier 1814) et passe au 9e régiment de la Garde (mars 1814). Frère d’un capitaine. Source principale : base Léonore.
Gobelet Claude-Antoine (Preigney, Haute-Saône, 1785). Lieutenant adjudant-major dans les grenadiers de la Garde de Naples, totalisant 18 ans de services, il est placé en demi-solde et se marie en 1817 à Pierrefaites, où il exerce la profession de cultivateur.

Capitaine Antoine Guéniot 
(Vitry-en-Montagne 11 mai 1775 - Bay-sur-Aube 28 avril 1854). 
Fils de Rodolphe-Augustin Guéniot, ouvrier à la manufacture de glace de Rouelles (puis pourvoyeur de l'abbaye d'Auberive puis cordonnier) et de Catherine Sibille, il entre en service le 12 juin 1790 dans le 7e régiment de chasseurs Auvergne (versé dans la 3e demi-brigade d'infanterie légère). Il prend part aux campagnes de l'armée du Rhin (1791-1792), est présent au siège de Mayence (1793) puis combat en Italie. Passé dans la 7e demi-brigade d'infanterie de ligne (1795), Antoine Guéniot est affecté au 4e bataillon provisoire du train d'artillerie le 20 mai 1797. Il prend part ensuite à la campagne du Portugal (an IX) et à celle de Calabre (ans IX - X). Maréchal des logis le 20 décembre 1802, il se marie avec Madeleine Falset (ou Falcette) dont il aura trois enfants nés dans la péninsule italienne entre 1805 et le 27 février 1814. Le maréchal des logis Guéniot passe au service napolitain en rejoignant le train d'artillerie de la Garde royale le 3 septembre 1806. Garde d'artillerie de 2e classe le 1er décembre 1808, il est nommé par le roi de Naples capitaine d'artillerie légère de la garde, chargé du matériel, le 25 mars 1811. Au cours de sa carrière militaire, il est blessé d'un ou deux coups de baïonnette au bras droit "en montant à une redoute" à Marengo (1800),  d'un coup de feu à la jambe gauche au siège de Gaête, d'un coup de feu à la mâchoire supérieure en Calabre. Après l'abdication de Napoléon, le capitaine Guéniot est autorisé à rentrer dans ses foyers le 2 août 1814 pour jouir de la demi-solde. Qualifié de chevalier de la Légion d'honneur (?) et de l'ordre des Deux-Siciles, retiré à Bay-sur-Aube, il est capitaine de 2e classe dans la compagnie d’artillerie de la garde nationale de la Haute-Marne (1815), puis à nouveau en demi-solde à Bay-sur-Aube. Il est confirmé dans son grade de capitaine "français" en 1816. Il est veuf au moment de son décès à Bay-sur-Aube (son épouse vivait en Seine-et-Oise). 
Husson Victor (Vignory 1775). Son parcours à lire ici.
Richoux Nicolas (Chaumont 1776). Frère d’un capitaine de cuirassiers, membre de la Légion d'honneur depuis le 4 novembre 1804 comme brigadier du 8e cuirassiers, il est lieutenant dans la garde du vice-roi d’Italie, en 1809. Il est ensuite, en 1811, adjudant-major au régiment des chevau-légers du roi de Naples, qu’il sert jusqu’en 1814. Promu capitaine au 6e chasseurs à cheval sous la Première Restauration, il est en demi-solde à Chaumont fin 1815. Retraité en 1818.

Simon Jean-Baptiste, capitaine
(Provenchères-sur-Marne 3 juillet 1777 – Cerisières 5 août 1819). 
Fils de Nicolas Simon, laboureur, et de Marie Lerouge, qui s'installent ensuite à Cerisières. Elève au bataillon de l'école d'artillerie de Strasbourg (22 octobre 1798) ; passé au 2e régiment d'artillerie à pied (21 avril 1800) ; campagnes de l'an VIII et de l'an IX à l'armée du Rhin ; fourrier (14 juillet 1801) ; campagnes sous le général Gouvion Saint-Cyr dans le Royaume de Naples entre l'an XI et l'an XIII ; sergent (13 juillet 1805) ; campagne de l'armée d'Italie en l'an XIV ; passé à l'artillerie à pied de la Garde royale de Naples (1er août 1806) ; campagne de Naples, siège de Gaëte (1806) ; sergent-major le 18 avril 1808 ; maréchal des logis-chef de l'artillerie légère de la garde royale de Naples le 1er novembre 1808 ;  campagne de Calabre (1810) ; lieutenant en second, même corps, le 25 mars 1811 ; lieutenant de la 1ère compagnie du régiment d’artillerie légère de la garde de Naples, lorsqu’il se marie en 1812 à Naples avec Marie-Raphaël Romanisse ; dirigé sur la Russie en août 1812 avec la 33e division (Destrées) ; lieutenant en premier, même corps, le 1er janvier 1813 ;  chevalier de la Légion d'honneur le 4 juin 1813 ; aurait été blessé le 26 août 1813 à Dresde selon A. Martinien ; chevalier de l'ordre des Deux-Siciles le 2 novembre 1813 ; capitaine en second, même corps, le 12 mars 1814 ; démissionne du service de Naples le 15 février 1815 ; lieutenant français le 9 décembre 1815 ; en solde de non activité le 1er janvier 1816, retiré à Cerisières ; un courrier du 1er février 1816 du maréchal de camp Chabert, commandant le département de la Haute-Marne, note : "Cet officier a de l'instruction et surtout beaucoup de zèle. Moralité : excellente, très brave homme. Principes : pense bien, on m'a assuré qu'il était très dévoué au roi. Fortune : point. Physique : très beau, bien constitué. Opinion : j'estime que cet officier est susceptible de concourir aux emplois de son grade" ; déplore le 1er mars 1816 auprès du ministère de la Guerre la "grande disproportion de grade et de traitement d'officier d'artillerie que j'étais", pense "ne pas avoir démérité" pour obtenir son grade de capitaine ("je n'ai pris part à aucun évènement survenu en France depuis le mois de mars 1815") ; nommé le 22 octobre 1818 à la Légion de Corse ; nommé le 22 avril 1819 à la Légion du Gard comme lieutenant ; "cet officier n'a pas rejoint son corps et n'a pas donné de ses nouvelles", note le ministre de la Guerre en 1820. Jean-Baptiste Simon est en réalité décédé, propriétaire, dans son village, à l'âge de 42 ans. Il totalisait, au 1er juillet 1818, 19 années, huit mois, neuf jours de service, dont dix campagnes. Source : 2 ye 3799, SHD. 

mercredi 28 octobre 2009

vendredi 23 octobre 2009

Le commandant Henry Guillaume de Bassoncourt, blessé aux Quatre-Bras

Encore une preuve qu’un fils de notable peut gravir rapidement les échelons de la hiérarchie militaire, avec la carrière d’Henry Guillaume, passé officier supérieur neuf ans après son entrée à l’école militaire.
Comme le futur chef d’escadron Christophe Laloy, fils de député régicide, Guillaume voit le jour à Chaumont en 1786, le 6 mai exactement. Son père, Nicolas, né à Wassy, sera sous l’Empire secrétaire-général de la préfecture de la Haute-Marne, sa mère, Marie-Françoise Morel, décédera en 1850.
A la différence de son frère, qui succédera à Nicolas Guillaume en 1813 dans ses fonctions préfectorales, Henry embrasse la carrière militaire. Il intègre l’école spéciale militaire de Fontainebleau le 20 novembre 1802 et en sort le 10 janvier 1804, à un peu moins de 18 ans, comme sous-lieutenant dans un régiment d’infanterie de ligne : le 82e. Mais c’est dans la cavalerie qu’il se distingue : muté le 27 juin 1805 au 14e dragons du colonel de Lafon-Blaniac, qui se bat à Austerlitz, il est blessé à Heilsberg, le 10 juin 1807, puis comme lieutenant, à Medellin, en Espagne, le 28 mars 1809.
La même année, ainsi que Le Journal de la Haute-Marne s’en fait l’écho, il passe, le 9 août 1809, aide de camp du général Curial, en même temps qu’il est promu capitaine, à 23 ans. Cette affectation n’est pas due au hasard : Henry Guillaume est apparenté au préfet – et futur ministre - baralbin Beugnot, dont Curial est le gendre.
Le 7 mai 1810, il est fait membre de la Légion d’honneur, et le 24 mars 1812, il accède au grade de chef d’escadron, au sein du 7e dragons. Il n’a que 26 ans !
L'historique du 7e dragons le fait même apparaître comme major au 1er juin 1812, et précise que le Chaumontais commandera ce régiment en Saxe, notamment à Leipzig (le 7e dragons appartient alors à la 3e division de cavalerie lourde, général d'Audenarde, du 1er corps de cavalerie). Selon cette source, au 15 décembre 1813, le régiment ne compte plus, au maximum, qu'une centaine d'hommes autour du chef d'escadrons Guillaume, de l'adjudant-major Rosselange, du capitaine Domont, du lieutenant Colin... Au début de la Campagne de France, le 7e dragons ne forme désormais qu'un escadron de guerre intégré dans la division Doumerc du 1er corps de cavalerie : le Chaumontais est blessé et fait prisonnier le 1er février 1814 lors de la bataille de La Rothière. Placé en non activité à son retour, Guillaume rejoint le 8e cuirassiers le 4 octobre 1814 et prend part, au sein de la brigade Guitton de la 4e division Lhéritier (3e corps de cavalerie) à la bataille de Waterloo : il est blessé aux Quatre-Bras le 16 juin 1815, contre les carrés britanniques, alors que le corps s'empare dans l'action du drapeau du 69e régiment écossais.
Pendant la Restauration, on retrouve le Haut-Marnais, officier de la Légion d’honneur depuis octobre 1814, comme major du 21e chasseurs à cheval, dit du Vaucluse, en garnison à Chartres, en 1819. C’est dans cette ville que Guillaume, déjà dit de Bassoncourt, chevalier de Saint-Louis depuis 1817, est mis en disponibilité. Marié en 1819 avec Anne-Catherine-Clémentine Brulard, il est dans cette situation lorsque naît à Chartres, le 26 juillet 1823, un fils, Victor-Ferdinand, qui suivra les traces familiales en devenant préfet, notamment du Puy-de-Dôme.
Conseiller municipal, colonel de la garde nationale durant la Monarchie de Juillet, Henry Guillaume de Bassoncourt est signalé en 1849 comme officier de la Légion d’honneur, ancien conseiller de préfecture (il en sera même, comme son père et comme son frère, secrétaire-général), propriétaire, à l’occasion de la création d’une société d’assurances mutuelles contre l’incendie pour l’Eure-et-Loir. Il est encore médaillé de Sainte-Hélène. C’est le 12 janvier 1874, à l'âge de 85 ans, qu'il décède en son domicile au 9, rue de Beauvais, à Chartres. Son fils, qui déclare son décès, est alors préfet de la Mayenne de la 3e République.
Un mystère : Guillaume est qualifié de chevalier sous la Restauration. Nous n'avons toutefois pas trouvé sa trace parmi la noblesse d'Empire. Et dans son acte de décès, il n'est pas fait mention d'un titre de noblesse. Etait-ce une façon de rappeler sa promotion dans l'ordre royal de Saint-Louis ?

Sources principales : « Dictionnaire des officiers de cuirassiers » (Olivier Laprey) ; état civil des villes de Chaumont et de Chartres ; Le Journal de la Haute-Marne (1811) ; Tableau des officiers tués et blessés (Martinien) ; annuaire des officiers d’active de 1819 ; bulletin des lois 1857 ; « Grands notables du Premier Empire » ; historiques des 7e dragons et 8e cuirassiers.
Remerciements à Régis Barreau, Jérôme Croyet et Gérard Gelé.

mardi 20 octobre 2009

Henrys-Marcilly et les officiers haut-marnais dans la Campagne d'Autriche

En cette année de bicentenaire de la Campagne d’Autriche, nous avons souhaité recenser les officiers haut-marnais ayant pris part à ces combats, que ce soit sous les ordres de Napoléon ou ceux d’Eugène de Beauharnais. Une liste évidemment non exhaustive. A noter que douze d’entre eux ne sont pas revenus de cette campagne.
Parmi nos sources, un état de la situation des armées d’Allemagne et d’Italie proposé par F.-Ch. Liskenne (« Bibliothèque historique et militaire », volume VII).

Etat-major général :
. Ltn Laloy PFC (Chaumont, 23 ans) : aide de camp du général d’Hastrel
Etat-major général du génie :
. Ltn Barbolain A. (Chaumont) : blessé 1/7/1809 à Znaim, mort le 6 à Wagram.
. Ltn Hudry JP (Saint-Dizier, 21 ans)
Etats-majors des corps :
. Cne Denys CM (Chaumont, 26 ans) : aide de camp du maréchal Marmont.
. Cne Blanchelaine DS (Bourmont) : commande la gendarmerie du 11e corps.
. Ltn Martin E (Laferté/Aube, 20 ans) : aide de camp du général Macdonald.
. Cne Vautrin J (Blaisy, 38 ans) : aide de camp du général Rheinwald (place de Glogau, 11e corps)
. Gal de brigade Pelletier JB (Eclaron, 32 ans) : commandant l’artillerie et le génie des troupes polonaises.
. Gal de brigade Defrance JMA (Wassy, 38 ans) : brigadier dans la division Nansouty de la réserve de cavalerie.

Garde impériale :
1er grenadiers à pied :
. Ltn en 2e Chauvey L. (Echenay, 30 ans)
Fusiliers-chasseurs :
. Ltn en 2e puis Ltn en 1er (5/6/09) Dubois A. (Wassy, 39 ans)
Fusiliers-grenadiers :
. Cne Mellière E (Guyonvelle, 38 ans) : blessé à Essling.
Dragons :
. Ltn en 2e Monneret Martin (Dammartin/Meuse, 31 ans) :
. Ltn en 1er de Montarby JA (Dampierre, 29 ans)
Grenadier à cheval :
. Chef d’esc Remy A (Thilleux, 45 ans)
Artillerie :
. Cne Aubert F (Langres, 31 ans) : blessé à Wagram
. Cne en 2e Lavilette CE (Langres, 30 ans)
. Ltn en 1er Maillard de Liscourt LE (Langres, 31 ans) : CLH 9/7/09, capitaine (17/7/09)

Troupes impériales
3e de ligne :
. Slt Alexis J. (Allichamps, 36 ans) : tué à Thann (19/4/1809)
. Slt Chevallier F. (Louvemont, 39 ans) : tué à Wagram
. Cne Bogny C. (Saint-Dizier, 38 ans) : blessé à Wagram.
. Cne Laignelot JB (Valleroy, 45 ans) : tué à Wagram.
. Cne adj-major Matrot CL (Bourbonne, 38 ans) : blessé à Essling et à Wagram.
4e de ligne :
. Ltn Marchand dit Charton H (Saint-Dizier, 22 ans) : blessé à Wagram, mort 11/7/1809
. Ltn Isselin J. (Dinteville, 34 ans)
12e de ligne :
. Ltn adj-major de Beaufort LE (Frampas, 23 ans) : capitaine (12/07/1809)
. Slt Desprez N (Ageville, 42 ans)
. Cdt Guyot JP (Lanty, 34 ans) : blessé à Wagram.
. Slt de Susleau de Malroy JFV (Saulxures, 22 ans) : dans la 4e cie du II/12e, tué à Wagram.
18e de ligne :
. Cne Lambert F. (Meuvy, 36 ans) : blessé à Essling.
21e de ligne :
. Slt Jobert JB (Pressigny, 28 ans) : blessé le 29/6/1809 devant Presbourg et à Wagram, CLH.
. Slt Jobert EN (Pressigny, 31 ans) : blessé à Wagram, CLH (5/6/1809).
. Ltn adj-major Prignot C (Trémilly) : du IV/21e, blessé à Wagram, mort le 20/7.
24e de ligne :
. Cne Brulté JB (Dammartin/Meuse, 36 ans) : blessé à Essling.
30e de ligne :
. Cne Fleury P.J. (Saint-Dizier, 44 ans) : blessé à Wagram.
35e de ligne :
. Ltn Huot-Goncourt M. P. (Bourmont, 22 ans) : blessé à Pordenome (15/4/1809)
61e de ligne :
. Cdt Rougelin JB (Colombey/Eglises, 39 ans) : blessé à Eckmuhl (22/4/1809)
62e de ligne :
. Major Regnault JC (Chatoillenot, 46 ans)
64e de ligne :
. Ltn Cornibert E (Chaumont, 27 ans) : capitaine le 16/05/1809, CLH le 7/8/1809.
72e de ligne :
. Ltn Mercier C.N. (Bourbonne, 28 ans) : blessé à Eckmuhl ; sera cne au 2e tirailleurs de la Garde.
83e de ligne :
. Slt Coffin N (Bourbonne, 32 ans) : blessé à Thann, lieutenant le 20/8/1809.
82e de ligne :
. Ltn Dubois BA (Saint-Dizier, 36 ans) : capitaine le 13/7/1809
102e de ligne :
. chirurgien aide-major Vanderbach C (Autreville, 38 ans) : mort à Gratz le 8/12/1809.
106e de ligne :
. Slt de Nolivos PGL (Anglus, 20 ans) : tué à Raab.

8e léger :
. Ltn Plique P (Wassy) : dans la 4e cie du I/8e, blessé à Znaim, mort le 10/7/09.
9e léger :
. Ltn Rivet JB (Isère/Suzannecourt, 34 ans) : blessé à Wagram, Cne (12/8/1809), CLH (7/8/1809).
18e léger :
. Ltn JB Aubry (Chauffourt, 35 ans)
23e léger :
. Col Horiot PM (Provenchères/Meuse, 40 ans) : tué à Wagram.
25e léger :
. Ltn Popon JM (Paris/Meuvy, 28 ans) : blessé à Essling et à Wagram (ou aide de camp).
26e léger :
. Slt Henrys-Marcilly JVLFS (Bourmont, 19 ans) : blessé à Wagram.

2e carabiniers :
. Slt d’Hédouville J. H. (Sommermont, 28 ans) : blessé en 1809, CLH (13/8/1809)
. Slt Prudhomme F (Maranville, 26 ans) : blessé à Wagram.
1er cuirs (cuirassiers) :
. Slt Henry A. (Baissey, 34 ans) : blessé à Essling.
2e cuirs :
. Slt Villeminot JB (Tornay, 38 ans)
3e cuirs :
. Slt Baudot A. (Wassy, 24 ans)
6e cuirs :
. Cne Habert JN (Nijon, 35 ans) : blessé et pris à Essling.
7e cuirs :
. Ltn adj-major Lemarchand de Charmont LCH (Joinville, 32 ans) : blessé à Essling, capitaine
3/6/09, blessé à Wagram.
. Cne adj-major Richoux U (Chaumont) : blessé à Essling.
3e RCC (chasseurs à cheval) :
. Slt de Moncey JFH (Longeville/Laines, 20 ans) : blessé le 16/5/09 en Croatie.
. Ltn Roger A (Saint-Dizier ?) : tué à Wagram.
6e RCC :
. Cne Cothenet J (Prauthoy, 45 ans) : blessé à Wagram.
9e RCC :
. Cne Lavocat LB (Saint-Dizier, 38 ans) : blessé à La Piave.
. Cne Ragot F (Vignory)
7e RCC :
. Cne Maugery C (Wassy, 41 ans) : blessé et pris le 1/5/1809 ; chef d’escadron au 9e cuirs le 11/5/1809
15e RCC :
. chir-major Bocquenet F.B. (Coiffy/Haut, 49 ans)
. Major Lemoyne H (Chaumont, 38 ans) : puis colonel 14e RCC le 10/8/1809

6e RAP (artillerie à pied) :
. Cne Bourgoin JB (Courcelles/Blaise, 41 ans)
Artillerie :
. Ltn Guyardin JBL (Langres, 24 ans)
. Cne de Montagnon JJ (Chaumont, 28 ans) : CLH
. Maj Pelgrin C (Chaumont, 37 ans) : commande l’artillerie de la division Gudin – colonel 7/6/09
1er bataillon de pontonniers :
. Ltn Huot PAV (Bourmont, 26 ans) : CLH 13/8/1809
Génie :
. Cne Cournault H (Langres, 26 ans)
Service de santé :
. chirurgien sous-aide Antoine CN (Vaux/Blaise, 18 ans) : à Vienne.
. chirurgien sous-aide Grandjean P (Wassy, 18 ans) : à Vienne.

Le capitaine Henrys-Marcilly (1790-1812)

Jean-Victor-Léopold-François-Stanislas-Hilaire Henrys-Marcilly est né le 13 janvier 1790 à Bourmont. Domicilié à Chaumont, où son père François-Joseph est en poste de 1800 à 1811 comme juge à la cour de justice, il intègre, seulement âgé de 15 ans, l’école spéciale militaire de Fontainebleau.
Elève du 25 mai au 8 novembre 1806, avec le matricule 1008, le petit-fils du maire de Bourmont sort de l’établissement avec le grade de sous-lieutenant, accordé par décret signé Napoléon, le 14 décembre 1806, pour servir comme officier à la suite au 26e régiment d’infanterie légère.
Confirmé dans ce grade le 10 février 1807, Henrys-Marcilly, également appelé, au gré des sources, Henrys de Marcilly ou, tout simplement, Marcilly, prend part à la campagne de Pologne, au sein d’un régiment héroïque qui, après avoir souffert à Eylau, se bat à Heilsberg. Durant sa présence au sein de ce corps, le jeune homme sert dans la 1ère compagnie de carabiniers du 3e bataillon, et dans la 1ère compagnie (Geiger) du 1er bataillon.
Puis, le 3 février 1809, son colonel (et bientôt général) Pouget le propose pour occuper un emploi de lieutenant, en remplacement de Benoit, officier dans la 3e compagnie du 4e bataillon passé en Espagne. Le 25 février 1809, il est lieutenant, à 19 ans, et la campagne d’Autriche va lui donner l’occasion de montrer à nouveau sa valeur. Il sera blessé à trois reprises ! D’abord le 3 mai 1809 à Ebersberg, d’un coup de feu à la hanche droite. Puis le 21 mai 1809 à Essling, d’un coup de feu à la cuisse droite. Enfin à Znaïm (10-11 juillet 1809), d’un coup de feu à l’épaule droite. La récompense de tant d’actes de bravoure ne tarde pas : le 23 juillet 1809, il est fait membre de la Légion d’honneur, à 19 ans. C’est alors le plus jeune Haut-Marnais à avoir été accueilli dans cet ordre. Deux ans plus tard, il est promu capitaine par décret impérial, le 3 mars 1811, et rejoint le régiment de Walcheren (futur 131e régiment d’infanterie de ligne).

Le 5 mars 1812, devenu conseiller à la cour d’appel de Dijon, Henrys de Marcilly père se permet d’adresser une requête au ministre de la Guerre. « Je supplie Votre Excellence d’autoriser mon fils, capitaine de 1ère classe au régiment de Walcheren, en garnison à Flessingue, à passer dans le 33e régiment d’infanterie légère faisant partie de la division du général Des[s]aix en Allemagne. Je sais, monseigneur, que le général doit réclamer votre bienveillance en faveur de mon fils et que le colonel du 33e léger a eu l’honneur de vous demander la passe [sic] de mon fils dans son régiment. Mon fils sorti de l’école militaire de Fontainebleau en 1806, a fait les campagnes de Prusse et de Pologne ; il a fait aussi la dernière guerre en Autriche et y a reçu trois blessures dans trois affaires différentes ; il a obtenu la décoration militaire sur le champ de bataille. Depuis un an il sert dans le régiment de Walcheren ; il était auparavant un des premiers lieutenants du 26e régiment d’infanterie légère. Il désire vivement d’être employé à l’armée d’Allemagne, et de parcourir avec distinction une carrière qu’il a commencée avec bonheur. Les généraux sous les ordres desquels il sert, le général de division de Gilly et le général de brigade Charnotet, rendent de mon fils des témoignages bien satisfaisants... » La demande est appuyée, dix jours plus tard, par un conseiller d’Etat. Si le jeune capitaine quitte bien le régiment de Walcheren, quelques semaines plus tard, ce n’est pas le 33e régiment d’infanterie légère (de recrutement hollandais), mais le 55e régiment d’infanterie de ligne, dont le dépôt est à Dunkerque, qu’il rejoint. Henrys-Marcilly succède au capitaine Jean-Laurent Labbé, retraité en 1811, dans le commandement de la 2e compagnie du 5e bataillon.
 
Voilà que se profile la campagne de Russie, et le régiment, qui combat en Espagne, voit son 4e bataillon, comme celui du 36e et celui du 51e de ligne, intégré dans une demi-brigade provisoire commandée par le major Wabre et incorporée, ainsi que le 4e bataillon du régiment de Walcheren d’ailleurs (l’ancien régiment du Bourmontais), dans la 1ère brigade (Billard) de la 4e division Partouneaux du 9e corps. Selon Emile Marco de Saint-Hilaire, historien des opérations de Russie, le bataillon est commandé par Duboul. Mais si Arnaud Duboul, 49 ans, a effectivement été affecté au 55e de ligne le 28 mai 1812, avant de passer, avec ce grade, au 3e de ligne (14 octobre 1812), il ne mentionne pas cette campagne dans ses états de service. C’est en réalité le capitaine Jean-François Joyeux, un Lorrain de 46 ans, qui commande cette unité.
 
Le nom de Partouneaux est resté fameux parce que ce général a été fait prisonnier avec sa division en protégeant le passage de la Bérézina, fin novembre 1812. Seul un de ses bataillons a échappé à la capture : c’est précisément celui du 55e de ligne commandé par Joyeux. Ce dernier racontera son odyssée à son général dans deux lettres rédigées en 1822. Dans la première, il se présente comme étant le « commandant du bataillon du 55e faisant partie du régiment provisoire sous vos ordres en Russie, chargé de brûler le pont et le moulin de Borisow, et ensuite de soutenir la retraite de votre division au défilé du bois. Vous savez que mon erreur, en prenant le chemin à gauche, remontant la Bérésina, m’a conduit jusqu’au quartier général, m’a évité de partager votre sort comme celui de mes camarades. J’ai marché toute la nuit... Le lendemain, […] j’ai soutenu une charge de cosaques qui n’est pas parvenue, malgré leur nombre, à m’entourer ; je les ai forcés de rentrer dans le bois ; je me suis ensuite retiré sur le corps d’armée, et attaquai ensuite les Russes dans un bois le long de la Bérésina. En moins de dix minutes j’ai perdu presque mon bataillon ; sur 220 hommes il ne m’en restait plus que 42. M. le maréchal donna l’ordre au bataillon de se retirer, je venais de remettre le commandement à l’adjudant-major, ayant eu mon sabre coupé en deux d’un coup de biscayen, reçu une balle à l’épaule droite et une seconde qui me traversa le côté gauche... » 

Dans une autre missive, le capitaine Joyeux apporte des précisions sur ce combat, survenu après qu’un officier d’ordonnance l’a informé qu’il venait d’être chargé par 800 cosaques. « Je prévins ma troupe de ne pas tirer un seul coup de fusil sans mon commandement. Un instant après arrive une nuée de cosaques qui viennent fondre sur moi. Je les laisse approcher jusqu’au ruisseau, je commande feu de demi-bataillon de droite, et au demi-bataillon de gauche feux de file. Ma troupe a tiré de quatre à cinq coups de fusil par homme. Le canon chargé à mitraille […] n’a pas tiré un seul coup... »
 
Qu’est devenu le capitaine Henrys-Marcilly ? Dans son travail, Aristide Martinien cite huit officiers du régiment tués ou blessés en Russie mais pas le Bourmontais. Dans le registre des services des officiers du régiment, il n’est même pas fait mention de sa participation à la campagne de Russie, à la différence des autres officiers. En revanche, dans les états de situation du régiment, il est précisé que Marcilly [sic] est « prisonnier de guerre », comme c’est le cas de Verges dont on sait qu’il a été blessé et porté disparu à Wilna,
L’hypothèse est donc grande que le Haut-Marnais a été capturé ou tué en Russie, soit entre le 26 et le 28 novembre 1812, soit le 12 décembre 1812, soit à une autre date. La seule certitude, c’est qu’il n’est jamais revenu... En 1858, l’historien chaumontais Emile Jolibois, qui qualifie imparfaitement Henrys-Marcilly de capitaine d’artillerie, confessera : « Lors de la désastreuse retraite de nos armées, il périt, on ne sait comment, car sa famille, malgré de nombreuses recherches au ministère de la guerre et près des compagnons d’armes du jeune officier, n’a jamais pu obtenir de renseignements »...

samedi 17 octobre 2009

Le colonel.... Habert

Il s’appelle Habert. Comme son presqu’homonyme, héros d’un héros de Balzac, il s’est hissé jusqu’au grade de colonel. Comme Chabert, il a été blessé, en 1807, lors de la Campagne de Pologne en chargeant à la tête des cuirassiers. Mais ici s’arrêtent les similitudes avec ce célèbre personnage de fiction : le Haut-Marnais ne meurt pas dans un hospice, mais dans une « grande et belle demeure à Nijon ». C’est ce qu’écrira son compatriote Alcide Marot, auteur d’une notice biographique de cet officier dont le manuscrit original est conservé par les Archives départementales.
Jean-Nicolas Habert voit le jour à Nijon, village du canton de Bourmont, le 27 octobre 1774. Il est le fils de Jean-Baptiste, coordonnier devenu marchand, et de Marie-Rose Reine. Coïncidence ? Un nommé Reine, sans doute un parent, sert comme maréchal des logis dans le 4e régiment de cavalerie. C’est dans ce corps que le jeune Haut-Marnais s’engage le 6 janvier 1794, à 19 ans et demi.
Patiemment, le cavalier haut-marnais gravit les étapes de la hiérarchie militaire, au fur et à mesure qu’il se bat (surtout aux abords du Rhin) : fourrier en 1795, maréchal des logis chef en 1799, adjudant-sous-officier en 1800. C’est la même année, à 25 ans, qu’il passe sous-lieutenant, le 5 juin 1800, lors d’une campagne d’Allemagne, sous les ordres du général Moreau, qui sera ponctuée par la victoire d’Hohenlinden.
Lieutenant en 1802, Habert sert en Italie en 1805 et 1806. Période au cours de laquelle il quitte le 4e devenu « de cuirassiers » pour être nommé adjudant-major du 6e de l’arme, en avril 1806. Ce corps basé au-delà des Alpes (à Lodi) et commandé par le colonel Rioult d’Avenay nous est bien connu parce qu’un de ses officiers, Aymar de Gonneville, laissera des mémoires fameux – dans lesquels Habert n’est d’ailleurs pas cité. Un corps qui, aussi, accueille des conscrits haut-marnais, notamment en février 1807 et en mai 1809.

Avec le 6e cuirs (brigade Reynaud, division Espagne), qui selon le lieutenant de Gonneville n’a pas « assisté » à la bataille d’Eylau, Habert se bat le 10 juin 1807 à Heilsberg où, notera Alcide Marot, il est blessé d’un coup de baïonnette au bas-ventre et d’un coup de lance au bras droit. Le régiment souffre particulièrement lors de cette rude bataille : Michel Legat, qui annotera les souvenirs du capitaine de Gonneville, précisera que le 6e a perdu ce jour-là 17 officiers sur 22 (le régiment déplore au total 30 tués, 98 blessés). A la suite d’Heilsberg, d’Avenay sera promu général de brigadie (il tombera en 1809 lors de la bataille de La Piave), et le Haut-Marnais Habert sera fait membre de la Légion d’honneur (le 1er juin 1807).
Capitaine en 1808, le Haut-Marnais se bat encore à Essling : un cheval meurt sous lui, sa jambe est touchée, et il est capturé. Après cette Campagne d’Autriche, il est promu chef d’escadron, le 1er septembre 1809. Deux ans plus tard, il voit arriver, comme nouveau colonel de son régiment, un compatriote : Jean-Baptiste-Isidore Martin, de Saint-Dizier, venu des chasseurs à cheval de la Garde.
Avec le 6e cuirs, Habert prend part à la Campagne de Russie, et après la bataille de La Moskowa, il est promu major (lieutenant-colonel), le 20 septembre 1812, mais pour servir au 9e cuirassiers (brigade Queunot, division Saint-Germain, 1er corps de cavalerie). Coïncidence : un de ses capitaines, Claude Oriot, est Haut-Marnais (il est né à Colombey-les-Deux-Eglises en 1773). Comme Oriot, comme Martin, comme un cousin de ce dernier (François-Eugène Payart, né à Saint-Dizier en 1785, sous-lieutenant au 6e cuirassiers), Habert fait partie du fameux « escadron sacré ». constitué d’officiers encore montés. Marot écrira que Habert « sut ramener tous ses officiers… Il les obligeait, racontait-il plus tard, à prendre du thé tous les jours avec lui, suivant la coutume russe… »
Après la Russie, la Saxe. Le 9e cuirs fait alors partie de la division Bordesoulle du 1er corps de cavalerie. Le régiment est toujours aux ordres du colonel de Murat-Sistrières. Marot écrira que celui-ci est tué lors de la bataille de Dresde. Faux : ce colonel n’est que blessé dans cette affaire. Pour le remplacer, le général Latour-Maubourg, qui commande le corps de cavalerie, songe à Habert. Il le présente à Napoléon. Lisons Marot : « L’Empereur dit ne pas le connaître. « Moi, dit le roi de Naples (Ndlr : le maréchal Joachim Murat), je m’en porte garant ». « Allez, colonel, dit alors l’Empereur ». Habert avait sauvé autrefois la vie à Murat en Italie et ce dernier s’en est toujours souvenu ». L’historien confond-il le roi de Naples avec le colonel de Murat-Sistrières ? Toujours est-il que nous ne voyons pas où Habert aurait pu sauver le maréchal, qui ne s’est plus battu en Italie depuis la campagne de 1800…
Mais voilà donc Jean-Nicolas Habert colonel, à 39 ans, d’un régiment de cuirassiers. Nouvelle coïncidence : celui qui le remplace dans ses fonctions de major, c’est encore un Haut-Marnais, Claude Maugery, un Wasseyen, qui comme chef d’escadron avait commandé les restes du 12e cuirassiers après la Campagne de Russie ! Et dans le 6e cuirs toujours commandé par le Bragard Martin, sert un demi-frère – un autre, Jean-François, sera lieutenant au 1er régiment de la Haute-Marne la même année - du nouveau promu, Nicolas-Victor Habert, né à Nijon en 1793, engagé à Chaumont début septembre 1812. C’est sans doute ce futur capitaine et médaillé de Sainte-Hélène (il vit alors à Soulaucourt-sur-Mouzon, où il décédera en 1863) qui rapportera à Alcide Marot des détails sur la vie du colonel Habert. Ainsi, cette phrase : «Lle malheureux, il se déshonore », lorsque le chef de corps apprend que son ancien chef de l’armée du Rhin, le général Moreau, sert dans les rangs ennemis.
A Leipzig, Habert a un cheval tué sous lui, et il est blessé au pied gauche. Son régiment se battra à Saint-Dizier, mais il semble que ces blessures aient tenu l’enfant de Nijon, officier de la Légion d’honneur depuis le 28 novembre 1813, éloigné de ce commandement. Vient la chute de Napoléon, et le retour des Bourbons. Le colonel Habert est tout d’abord distingué par le nouveau régime en se voyant accorder, par le duc de Berry, la croix de Saint-Louis en octobre 1814, mais quelques jours plus tard, il est placé en non activité, parce que selon Marot il aurait refusé d’aller commander un autre régiment que le sien.
Les Cent-Jours lui offrent une nouvelle fonction : la responsabilité du 4e cuirs.
C’est la campagne de Belgique. L’arme des cuirassiers est représentée par douze régiments (deux sont donc commandés par des Haut-Marnais, tous deux au 4e corps de cavalerie du général Milhaud : le 4e dans la brigade Dubois de la 13e division Walthier, le 6e dans la 14e division Delort), et leurs charges à Waterloo contre les carrés anglais sont restées légendaires. Le 18 juin 1815, le régiment du colonel Habert prend part aux rudes combats de la ferme de la Haie-Sainte (une source anglaise prétend que le Haut-Marnais y a été tué, il n’en est rien), et celui de Martin se bat sur le Mont-Saint-Jean où le Bragard perd un bras.
Sur les douze colonels, sept sont tués ou blessés. Mais pas Habert. Dont le biographe se demande même s’il s’est battu lors de l’ultime combat de Napoléon…
Pour Habert, la Restauration signe la fin de sa carrière. Mis en non activité en 1816 (et retraité en 1825), après avoir appartenu au conseil d’administration du 4e cuirs jusqu’en décembre 1815 (à Fontenay) au moins, il retrouve son village natal, dont il devient maire en 1821, et ce jusque janvier 1837. Il aurait été également conseiller général. Selon Marot, Habert s’avère être un grand chasseur.
C’est le 18 juillet 1842, à 8 h, que le colonel Habert, qui était marié à Henriette selon Marot, décède à Nijon, à l’âge de 76 ans.
Il n’était pas membre de la noblesse d’Empire.

mercredi 14 octobre 2009

Arc-en-Barrois, port d'attache du major Voirin

Charmant bourg baigné par l’Aujon, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Chaumont, Arc-en-Barrois est la localité de naissance de Pierre-Charles-Prudent Voirin, qui est baptisé le 7 octobre 1771. Epoux de Marie Paulin, son père, Charles, exerce la profession de chirurgien juré dans la commune.
C'est à la faveur de la Révolution que le jeune Arcquois devient officier : il est élu le 21 septembre 1792 capitaine de la 5e compagnie du 21e bataillon de volontaires nationaux dit de la réserve (lire ci-dessous), mis sur pied en 1792, et passe en l'an IV, via la demi-brigade de l'Yonne, dans la 16e demi-brigade d'infanterie de ligne, où il est confirmé dans son grade le 10 février 1799. Jusqu'alors capitaine de la 7e compagnie de fusiliers du 2e bataillon, à l'armée du Rhin, Voirin n'a pas 29 ans lorsque le 25 mai 1800, il est promu chef de bataillon au sein de sa demi-brigade. En poste à Fribourg-en-Brisgau, en l'an XI de la République, puis à Alexandrie, en l'an XII, il est à la tête du 2e bataillon d'un corps devenu 16e régiment d'infanterie de ligne. Le chef de bataillon Voirin devient père en mai 1805, lorsque son épouse Anne-Sibille (ou Sybille) Thilman donnera naissance, à Arc-en-Barrois, à un fils, Pierre-Albert. La même année, l'officier est blessé au combat de Trafalgar, selon Martinien. Il continue à commander le II/16e de ligne en Italie, au moins jusqu'en 1807, avant de prendre, deux ans plus tard, le commandement du 3e bataillon du 24e régiment d'infanterie de ligne, en remplacement d'un Poitevin également né en 1771, le commandant Jean-Baptiste-Frédéric Dunet, mortellement blessé en Espagne à Talavera (juillet 1809). Le 24e de ligne forme alors brigade, avec le 9e régiment d'infanterie légère, au sein du Ier corps du maréchal Victor. Membre de la Légion d’honneur (la base Léonore ne le recense pas), l’officier haut-marnais, papa d'une fille née à Arc-en-Barrois en septembre 1810, est membre du conseil d’administration du 24e de ligne. A ce titre, il contresigne la demande de proposition de la «croix» pour son compatriote Brulté, de Dammartin-sur-Meuse, né lui aussi en 1771, qui est le capitaine de la 2e compagnie du 1er bataillon. Brulté, qui est entré en service pendant la Révolution au 9e bataillon des Vosges, venait notamment de se distinguer à la bataille de Fuentes de Onoro (mai 1811) où il a été blessé (1). Voirin lui-même ne sera pas épargné lors de la campagne d’Espagne : il sera touché le 6 août 1811 en visitant les postes devant Cadix.
Il reste toutefois à la tête du III/24e, au moins jusqu’à octobre 1812 (selon le site Internet de Richard Darnault). Le régiment continuera à servir au-delà des Pyrénées, se battant au col de Maya (été 1813), où le commandant Roy, chef du I/24e, est mortellement blessé. Confié au commandant Mignot, ce bataillon rejoindra ensuite le 7e corps début 1814 et se battra notamment à Saint-Dizier. Les 2e et 3e bataillons sont entretemps partis se battre en Saxe où ils seront également versés au 7e corps fin 1813.
Entretemps, Voirin a été promu major (lieutenant-colonel) d’infanterie. Il est probable que cette nomination l’ait amené à quitter son cher 24e pour un autre régiment. Certainement diminué par ses campagnes, ses blessures, il obtient, le 8 septembre 1813, l’autorisation de venir retrouver son foyer arcquois. Un mois plus tard, le 15 octobre, à seulement 42 ans, il rend son dernier souffle. Il laisse une veuve qui se remariera et une fille qui s’unira avec le neveu d’un capitaine bourguignon, en 1830.
Outre Voirin et Brulté, au moins trois autres officiers haut-marnais ont servi au 24e :
. Hyppolite Delavenay, né en Suisse, sous-lieutenant, résidera en demi-solde à Chaumont puis servira dans la légion de la Haute-Marne ;
. François-Claude Couvreux, de Wassy, ancien tambour-major, sera promu sous-lieutenant en 1813 et blessé à Arcis-sur-Aube ;
. Nicolas Aubertin, capitaine, se retirera à Brottes.

Le 21e bataillon de volontaires nationaux
Les volontaires haut-marnais ont formé trois compagnies (3e, 5e et 8e) de ce bataillon, le 20 septembre 1792. Le capitaine Voirin commande la 5e compagnie. Il est assisté du lieutenant Jean-Baptiste Picodot (Langres) et du sous-lieutenant Jean-Baptiste Paintendre (Chaumont). Comme tout le bataillon, l'unité sera particulièrement éprouvée le 18 mars 1793 lors de la bataille de Neerwinden, à laquelle Voirin, resté à Bruxelles le 28 février 1793, ne semble pas prendre part. Charles Girardin (district de Bourmont), Nicolas Morlet, Remi Ragot (sans doute de Vitry-en-Montagne), François Rossotte (Vieux-Moulin), Pierre Gaudiot (Vicq), Nicolas Perchet, Laurent Boisselier (district de Langres), Jean-Baptiste Corniot (Châteauvillain), Jean Picaudot (Langres) figurent parmi les Haut-Marnais tombés ce jour-là, comme le capitaine Pierre Godard, de Graffigny, commandant la 3e compagnie.

(1) Le capitaine Brulté sera amputé de la jambe droite après une septième blessure reçue au col de Maya. Il se retirera à Gray (Haute-Saône).