mercredi 12 janvier 2011

De Paris à Vienne dans la voiture de Metternich



Un officier de gardes d'honneur italiens, tel que pouvait apparaître le capitaine Doré de Brouville. Origine de l'image : "Carnet de La Sabretache", 1902.

Printemps 1809. Metternich, alors ambassadeur de l’empire d’Autriche à Paris, est dans l’œil du cyclone. Napoléon l’accuse d’avoir joué un rôle non négligeable dans l’éclatement du conflit entre les deux empires.
Selon Fouché, ministre de la Police, Napoléon aurait ordonné l’enlèvement du jeune ambassadeur de 34 ans. Le ministre assure, dans ses mémoires : « Révolté de ce traitement inouï, je pris sur moi d’en atténuer les formes… Ayant demandé au maréchal Moncey un capitaine de gendarmerie qui sût tempérer par l’aménité et la politesse de ses manières ce que ma mission avait d’outrageant, je lui commandai de monter dans la chaise de poste de l’avant… » Ce n’est finalement pas sur un capitaine que va se porter le choix de Moncey, inspecteur général de la gendarmerie, mais sur un lieutenant. En outre, un officier « perdu » dans les montagnes du Doubs, en poste à Pontarlier, au sein de la compagnie de gendarmerie départementale : Henry Doré de Brouville, natif de Buxières-lès-Froncles.
Pour Jannot de Moncey, dont un frère, Claude-François, officier de gendarmerie lui-même, vit en Haute-Marne, Doré de Brouville n’est toutefois pas un inconnu : il vient de servir sous ses ordres, en Espagne, avec le 3e corps, et il a été blessé de deux coups de feu à la tête et d’un coup de sabre au bras droit le 2 mai 1808, lors de la fameuse révolte du « Dos de mayo » à Madrid. Le maréchal franc-comtois – il est né dans le Doubs, là où Brouville est en poste – n’a d’ailleurs pas tari d’éloges sur la conduite de cet officier subalterne, louant son « intrépidité ». Un lieutenant d’ailleurs fait, dans la foulée, chevalier de la Légion d’honneur le 10 mai 1808 (curieusement, il sera encore nommé dans cet ordre le 23 août de la même année, « sur une autre proposition pour une action différente »).
C’est donc le 26 mai 1809, soit quelques jours après la bataille d’Essling, qu’a lieu le départ de Metternich, entre-temps retenu à Paris en raison d’une ophtalmie, et de Brouville. Un rapport de police note que l’ambassadeur est monté à 4 h 15 avec l’officier de gendarmerie, en présence d’une soixantaine de « curieux » rassemblés rue de la Grange-Batelière, à Paris.
Un autre rapport précise que « le comte de Metternich est parti accompagné du lieutenant de gendarmerie Brouville, qui répond de sa personne, et est chargé de l’accompagner jusqu’au grand quartier général impérial ». Le convoi est composé de cinq voitures, attelées chacune de quatre chevaux de poste : une pour l’ambassadeur autrichien, une pour le prince Esterhazy, une pour le comte d’Ega, et deux pour les bagages.
Le trajet emprunté par le convoi semble être le suivant : Châlons-sur-Marne, Lunéville, Strasbourg (où l’ambassadeur est reçu par l’impératrice Joséphine), enfin Vienne où il arrive le 5 juin 1809. Ce que confirme un bulletin daté du 9 : « M. de Metternich est arrivé à Vienne. Il va être échangé aux avant-postes avec la légation française, à qui les Autrichiens avaient refusé des passeports, et qu’ils avaient emmenés à Pesth ». Cette légation, en l’occurrence, consiste surtout en M. Dodun, premier secrétaire d’ambassade à Vienne.
Parvenu en Autriche, Metternich décide de se rendre à Grünberg, maison de famille de sa mère. L’ambassadeur indique dans ses mémoires : « Dans la matinée du 8, je me rendis à la résidence que j’avais choisie. J’offris à l’officier de gendarmerie qui m’avait accompagné depuis le départ de Paris de venir demeurer avec moi au Grünberg, et comme je ne voulais pas faire partager ma fâcheuse position au personnel de l’ambassade, je n’emmenai que les gens qu’il me fallait pour mon service… » Une « prison » dorée au sein de laquelle Brouville va occuper la fonction de « geôlier », selon le mot employé par l’ambassadeur.
L’échange devait avoir lieu le 1er juillet 1809, mais il ne peut être conclu. Il paraît finalement intervenir deux jours avant Wagram.
La mission de Brouville s’achève. Quel dommage que l’officier n’ait pas laissé – du moins ne sont-ils pas parvenus à notre connaissance – des souvenirs dans lesquels il aurait relaté ce voyage en compagnie d’un futur grand diplomate européen…

Début de carrière « révolutionnaire » pour un enfant de la noblesse
Né et baptisé le 6 février 1774 à Buxières-lès-Froncles (aujourd’hui commune de Froncles), dans la vallée de la Marne, entre Joinville et Chaumont, il est le fils d’Henry Doré de Brouville, capitaine de milice au régiment de Troyes, et de Marie-Reine Gattrez. Le nouveau-né est issu d’une noble famille de lointaine origine lorraine. Mais son père est né à Bienville, près de Saint-Dizier.
La carrière d’Henry « fils » commence en septembre 1791, à la faveur de la Révolution : il a 17 ans lorsqu’il s’enrôle, comme grenadier, dans le 1er bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne, dont son père est, à 51 ans, lieutenant-colonel en premier. Un cousin germain, également prénommé Henry, lui-même fils d’un officier domicilié à Buxières (le lieutenant Pierre-Eugène Doré de Brouville, devenu maréchal des logis de gendarmerie), les accompagne.
Ce bataillon que nous avons déjà évoqué – c’est celui des cousins Gardel et Jacquot, de Sommancourt, près de Wassy, futurs capitaines du 34e de ligne - sert d’abord dans les Ardennes. La compagnie de grenadiers du capitaine langrois Jacquot en est rapidement détachée, et elle prend part à l’affaire de Valmy, puis à la bataille de Neerwinden. Caporal le 1er janvier 1793, le jeune Doré de Brouville est « blessé dangereusement d’un coup de sabre à la poitrine » le 25 mars, à Tirlemont.
Le 16 avril 1794, le 1er bataillon de la Haute-Marne est versé, dans le cadre de l’Amalgame, dans la 85e demi-brigade de bataille, dont le lieutenant-colonel Doré de Brouville hérite du commandement comme chef de brigade. Ses deux parents le suivent : son fils, passé caporal fourrier en septembre 1793, et son neveu qui, sergent (dans la 6e compagnie du 3e bataillon) depuis février 1794, est mortellement blessé le 15 mai 1794 en forêt de Léchelles.
Durant les campagnes de l’armée de Sambre-et-Meuse, Henry « fils » est promu officier, à 21 ans : il est sous-lieutenant quartier-maître, le 5 mai 1795, puis passe, après un second amalgame, dans la 34e demi-brigade d’infanterie de ligne, toujours commandée par son père. Ayant servi dans l’Ouest de 1795 à 1797, il rejoint les rangs de la gendarmerie en 1801. Une affectation qui survient quelques mois après le décès, à Vesoul, de son père, chef de brigade de gendarmerie, qui, un temps, a occupé le poste de commandant militaire de la place du Mans, dans la Sarthe.
En l’an X, Brouville est donc situé comme quartier-maître sous-lieutenant à Vesoul, dans la 20e légion de gendarmerie, puis affecté quelques années plus tard à Pontarlier. Après la Campagne d’Espagne avec le 3e corps, le voilà désigné pour une mission bien particulière, en mai 1809…
Quelques mois plus tard, le 18 février 1810, Henry Doré de Brouville est nommé capitaine aide de camp du maréchal Moncey. Le 5 septembre 1812, tout en conservant cette fonction – qu’il partage d’ailleurs avec le frère du maréchal, le colonel Moncey - il reçoit un poste prestigieux : celui de commandant de la compagnie de gardes d’honneur (à cheval) d’Elisa Bonaparte, grande duchesse de Toscane, à Florence, à la suite du capitaine Martelli – Brouville reçoit l’ordre d’attendre cette compagnie à Augsbourg, lors de son départ pour la Grande Armée. Avec cette unité, placée à la suite des grenadiers à cheval de la Garde, le Haut-Marnais participe à la Campagne de Russie.
A la dissolution de la compagnie, versée dans le 4e régiment de gardes d’honneur, Brouville – à qui, le 15 octobre 1811, l’Empereur a proposé de faire partie du collège électoral de l’arrondissement de Chaumont - est promu chef d’escadron dans ce corps, le 19 mai 1813. Le voilà officier supérieur.
L’histoire de ce régiment, où sert un autre officier haut-marnais, le capitaine de Montarby (de Dampierre), a été contée en détail par Jérôme Croyet, archiviste adjoint de l’Ain. Grâce à lui, nous savons que Brouville commande, à Strasbourg, un détachement composé de deux escadrons. Il rejoint cette place le 20 novembre 1813.
Brouville se distingue lors du blocus, notamment lors d’une sortie ayant lieu le 4 février 1814. Le général meusien Broussier – il est né à Ville-sur-Saulx, entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier -, gouverneur de la place, rapporte notamment (il est cité par F.-C. Heitz, « Strasbourg pendant ses deux blocus et les Cent-Jours ») : « Les gardes d’honneur, quoiqu’ils eussent l’ordre de ne pas se compromettre, ont cédé à l’ardeur militaire qui les anime, ils ont pris et repris trois fois le village de Schiltigheim ; ils étaient soutenus par le régiment de la Meurthe qui a fait son devoir… Les gardes d’honneur réalisent l’espérance qu’ils ont donnée dans la première sortie : ces jeunes gens se sont conduits avec la valeur la plus brillante. Le colonel (sic) Brouville les a conduits avec bravoure, intelligence et sang-froid. Il était chargé de cette attaque et l’a parfaitement dirigée. Il a forcé l’ennemi à se montrer et l’a occupé de manière à l’empêcher de se porter ailleurs, voilà ce que l’on voulait et ce qui a été exécuté… ». Dans un rapport adressé au colonel Humbert, chef d’état-major, Brouville précisera : « Je suis sorti ce matin, à 4 h, par la porte de Pierre, avec le détachement qui est en garnison dans la place, 200 hommes du régiment de la Meurthe et trois pièces de 6, pour aller prendre position en avant du cimetière», ajoutant que ses gardes d’honneur ont crié « Vive l’Empereur » lors de l’attaque.
Le 10 mars 1814, Brouville est promu, à titre provisoire, colonel-major (c'est-à-dire major, ou lieutenant-colonel) du 4e RGH – grade qui ne sera jamais confirmé.
Il semble que sa carrière s’arrête-là. Lorsqu’il prête serment au roi, en qualité de chevalier de la Légion d’honneur, le 25 novembre 1816, il demeure en non activité à Froncles.
Comme tous les officiers en demi-solde, Brouville est « surveillé » par les autorités de la Restauration. Qui ne trouvent en lui rien de compromettant, en témoigne ce « rapport » du juge de paix du canton de Vignory, qui écrit le 24 mars 1816 au préfet de la Haute-Marne : « Depuis que cet officier est de retour en France, dans la maison de sa mère qui est morte il y a environ six semaines, il s’est conduit avec sagesse et une grande prudence. Il aime le repos et la tranquillité, il ne se communique point, il ne contracte aucune liaison, mène avec sa sœur la vie la plus retirée, ne parlant jamais d’affaires politiques. Il n’est pour l’homme de Sainte-Hélène, qu’il n’a, dit-on, jamais estimé. Son occupation est de donner tout son temps et ses soins à une ferme qu’il a sur le plateau de la montagne de Froncles… » Une ferme d’ailleurs dénommée Brouville, sur une hauteur dominant la Marne.
Henry Doré de Brouville sera maire de la commune de Froncles, particulièrement durant la Monarchie de Juillet, et membre du Conseil général de la Haute-Marne, tout comme son cousin germain Jean Doré de Brouville (autre fils de Pierre-Eugène), né à Clefmont, blessé comme capitaine du 5e cuirassies à Waterloo, retiré à Bourbonne-les-Bains dont il commandera la garde nationale, puis régisseur de l’établissement thermal de Vichy de 1840 à 1845.
Ce fidèle fronclois connaîtra encore le Second Empire, qui le fera médaillé de Sainte-Hélène en 1857, et c’est le 15 décembre 1858, en son domicile, que ce héros des guerres de la Révolution, de Madrid, de Strasbourg rend son dernier souffle, à l’âge de 84 ans. Il n’a jamais, visiblement, contracté d’union.
Sa tombe trône à l’entrée du cimetière de Buxières. Sur l’une des quatre faces du monument, sont gravées des paroles fort élogieuses du maréchal Moncey, qui le range parmi les personnes qu’il a le plus admirées, et le plus aimées…

Sources principales : « La Campagne de Russie et les Haut-Marnais » et « Les bataillons de volontaires nationaux de la Haute-Marne », Pierre-G. Jacquot ; état civil de la commune de Froncles ; dossier de membre de la Légion d’honneur ; « Historique du 4e régiment de gardes d’honneur », Jérôme Croyet ; Archives départementales de la Haute-Marne, série R...

mardi 4 janvier 2011

Notre père ce héros, ou la charge du lieutenant Huot de Goncourt à Pordenone (1809)

Il est curieux de constater combien les illustres plumes françaises du XIXe siècle ont été fortement marquées par l’épopée napoléonienne, ne seraient-ce que par leurs origines familiales. Victor Hugo, Alexandre Dumas étaient fils de généraux, George Sand, d’un lieutenant-colonel aide de camp du maréchal Murat mort précocement. « Mon père ce héros, au visage si doux », a chanté le premier. « Notre père, ce héros », auraient pu également écrire les frères Goncourt, davantage rendus immortels par le prix littéraire qui perpétue leur souvenir que par leurs écrits. Car Marc-Pierre Huot de Goncourt a mérité, par son attitude lors de la bataille de Pordenone, de figurer dans les annales des armées impériales.

Fils d’un avocat et député, Jean-Antoine Huot, il voit le jour à Bourmont le 28 juin 1787. A 16 ans, le 19 juillet 1803, il intègre la toute nouvelle Ecole spéciale militaire créée à Fontainebleau. Moins de deux ans plus tard, en février 1805, il en sort comme sous-lieutenant et affecté au 35e régiment d’infanterie de ligne. Un corps au sein duquel, après la première Campagne d’Autriche, il sert de 1806 à 1810 en Italie, en Dalmatie et en Istrie.

En 1809, le 35e, que commande le colonel Breissand, sert dans l’armée d’Italie du prince Eugène de Beauharnais. Les opérations militaires commencent le 10 avril, et cinq jours plus tard, intervient le combat de Pordenone.
C’est en arrière-garde que deux bataillons du 35e et un régiment de cavalerie légère se trouvent dans cette cité du Frioul, sous les ordres du général Sahuc, lorsqu’ils sont assaillis par des troupes autrichiennes.
Selon l’anthologie « Victoires et conquêtes », Huot de Goncourt (ou plus simplement Huot), lieutenant depuis le 12 août 1808, est affecté à la défense d’une porte de Pordenone, avec 20 hommes. Même effectif, à une autre porte, pour le lieutenant Richard de Tussac. Ils vont faire face aux « charges réitérées de deux régiments de cavalerie ennemie qui voulait traverser la ville pour couper la retraite à l’infanterie française ».
Voici quel fut le comportement du Haut-Marnais, tel que les rapportent ses états de services : « Avec une faible portion de sa compagnie, le lieutenant Huot, déjà blessé, fut enveloppé par une force importante de cavalerie ennemie, et sommé de mettre bas les armes. Dans cette circonstance critique, ne prenant conseil que de son courage, il ne répondit à la proposition qui lui était faite qu’en ordonnant de charger l’ennemi. Déjà de sa main, il avait renversé mort un des cavaliers qui le menaçaient, et à son exemple chaque homme qu’il commandait s’ouvrait un passage, lorsque succombant au nombre qui croissait à chaque instant, et à deux coups de sabre qui lui furent portés sur la tête, il tomba baigné dans son sang, et resta au pouvoir de l’ennemi. »
Après ce fait d’armes, Huot de Goncourt sera promu capitaine en 1811, puis attaché, durant la Campagne de Russie, au général de cavalerie Roussel d’Hurbal en qualité d’aide de camp. Blessé à La Moskowa, passé chef d’escadron en 1813 (il a 26 ans), il sert toujours aux côtés de Roussel d’Hurbal à Waterloo. En demi-solde sous la Restauration, il meurt à Paris en 1834. Son frère aîné Pierre-Antoine-Victor, polytechnicien, sera capitaine d’artillerie, se battra à Wagram et fait chevalier de la Légion d’honneur, avant d’être, comme son frère, aide de camp d’un général (Pouget). Ayant cessé de servir en 18111, il reprendra du service durant les invasions de 1814 et 1815, et sera député des Vosges, avant de mourir à Neufchâteau en 1857.

mercredi 29 décembre 2010

Le dernier combat du "brave" général Salme

« J’approuve que les généraux Salme, Ficatier, Lorencez soient envoyés en Catalogne. » Datés du 14 avril 1810, depuis le palais impérial de Compiègne, ces quelques mots de Napoléon valent onction. Certes, la péninsule ibérique est grande mangeuse d’hommes et notamment de généraux, mais cet accord montre que l’empereur ne s’oppose plus à un réemploi définitif de Jean-Baptiste Salme.
Un général absent des premières campagnes napoléoniennes, en raison d’une disgrâce expliquée par ses amitiés républicaines. C’est que l’homme, général à 27 ans, commandait déjà une division de troupes révolutionnaires, qui fit tomber Grave, Utrecht… C’était il y a déjà seize ans.

La carrière du général Salme a déjà fait l’objet de plusieurs publications. Louis Heitz lui a consacré un ouvrage quasi introuvable aujourd’hui. Un auteur s’est penché sur la carrière de cet homme dans les « Cahiers haut-marnais ». Et son compatriote Didier Desnouvaux a apporté de nouveaux éléments biographiques dans cet article :
http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article868

Rappelons toutefois les grandes lignes de la carrière chaotique de Jean-Baptiste Salme, fils de laboureur, né à Aillianville, dans le canton de Saint-Blin, en 1766. Entré dans le métier des armes comme dragon en 1784, il s’enrôle à Neufchâteau dans le 1er bataillon de volontaires nationaux des Vosges, où il est nommé sous-lieutenant en 1792. Marié la même année, il prend part aux premières opérations sur le Rhin, récoltant deux blessures en 1792 et 1793. Son ascension est plutôt rapide, puisque le voilà lieutenant-colonel du 15e bataillon des Vosges, puis chef de la 3e demi-brigade de ligne, enfin, le 30 mars 1794, général de brigade. Il n’a pas 28 ans. Servant sous le général Pichegru à l’armée du Nord, blessé à Malines, Salme s’illustre dans la campagne de Hollande à la tête de la 4e division. Après une première destitution, il retrouve son arme d’origine, la cavalerie, en prenant le commandement d’une brigade de dragons de l’armée de Sambre-et-Meuse. Destitué à nouveau en raison de son amitié avec Pichegru, réintégré, désigné pour l’armée d’Egypte grâce à ses liens avec le général Kléber, il ne peut embarquer, rejoint l’armée de Naples de Macdonald, et prend part à la funeste campagne de 1799, au cours de laquelle il est blessé et fait prisonnier. Désigné – éloigné ? – pour l’armée de Saint-Domingue, il y est nommé général de division à titre provisoire en 1892 par le général Leclerc… et renvoyé en France. Comme l’a rappelé Didier Desnouvaux, plusieurs motifs ont été avancés pour expliquer ce renvoi : son état de santé, une liaison supposée avec Pauline Bonaparte (la femme du général Leclerc), une suspicion de marché noir, ou, plutôt, ses violentes critiques sur le rétablissement de l’esclavage dans l’île… Mis à la retraite en 1803, à seulement 37 ans, il se retire en Alsace, dans la famille de sa femme, puis à Neufchâteau, d’où il sollicite à plusieurs reprises sa réintégration dans l’armée. Il obtient pour la première fois gain de cause, en 1809, à la tête d’une brigade de gardes nationales – lui, l’ancien commandant de division ! - dans les Flandres, puis donc en Espagne.
A noter que, jusqu’à cette nouvelle affectation, la carrière de Salme a été étrangement similaire avec celle du général Humbert : lieutenant-colonel d’un bataillon vosgien, général de brigade en 1794 (il se battra ensuite en Bretagne puis débarquera en Irlande), affecté à l’armée de Saint-Domingue, suspecté lui aussi d’une liaison avec Pauline Bonaparte (décidément…), renvoyé en France, destitué en 1803… sauf que lui ira ensuite se fixer aux Etats-Unis où il se battra à La Nouvelle-Orléans contre les Anglais et où il décédera.

Revenons à la carrière du général Salme. Désigné le 16 avril 1810 pour l’armée de Catalogne, l’enfant d’Aillianville va recevoir le commandement d’une brigade composée de deux unités françaises, les 7e et 16e de ligne, au sein d’une division majoritairement italienne. Dont Harispe, promu le 10 octobre 1810, prendra le commandement.
C’est le maréchal Macdonald qui, le 24 avril 1810, prend la direction de cette armée (en réalité le 7e corps des troupes de la péninsule), dont Souham commande la 1ère division. Macdonald, sous les ordres duquel Salme a déjà servi, Souham sont des vétérans des campagnes de la Révolution.

Nous sommes peu renseignés sur la conduite de Salme durant les opérations de 1810. En janvier 1811, sa brigade participe à une expédition dirigée sur Molins del Rey, le col d’Ordal et Villafranca. Le 16, un lieutenant du 7e de ligne est blessé à Vals. Passé depuis cinq jours sous les ordres du général Suchet, ce régiment, aux ordres du chef de bataillon Miocque, est attaqué le 31 dans les défilés de Manresa et perd 3 ou 400 hommes, dont les capitaines Aubonix et Grossambert, du 7e.

Bientôt, les troupes de Catalogne vont participer au siège de la ville catalane de Tarragone, au bord de la Méditerranée. Selon leur chef, le général Suchet, le général Harispe, chef de la 3e division (dont Salme commande la 1ère brigade), passe le 4 mai 1811 le Francoli afin de faire rentrer l’ennemi dans la ville. « Les postes espagnols établis en avant de l’Olivo, appuyés par l’artillerie du fort, opposèrent une résistance vigoureuse et opiniâtre. La brigade Salme les attaqua à plusieurs reprises. Elle parvint à les repousser, et à gagner le terrain nécessaire à son établissement. Ce premier combat nous coûta 180 hommes tués et blessés, parmi ces derniers huit officiers, entre autres le lieutenant Brenier du 7e qui reçut quatre blessures, et le lieutenant Bouthier du 16e qui ne voulut point quitter sa compagnie »Dans la nuit du 13 au 14 mai, Salme se met à la tête de huit compagnies d’élite des 7e et 16e de ligne français, du 2e léger et 4e de ligne italiens et enlève des retranchements en avant du fort Olivo, pierre angulaire du dispositif de défense espagnol.
Dans la nuit du 27 au 28 mai 1811, il y eut, devant le fort, une sortie des assiégés. L’ouvrage « Journaux des sièges faits ou soutenus par les Français dans la péninsule », qui s’inspire des mémoires du maréchal Suchet, raconte : « Le général Salme, qui veillait sans relâche au succès de l’opération, avait ses réserves toutes prêtes : il accourut aussitôt, et il criait : « Brave septième en avant ! » lorsqu’un biscaïen le frappa à la tête et le renversa mort. Nos soldats, furieux de la perte de leur général, se précipitèrent sur les Espagnols, les culbutèrent, et les poursuivirent jusque sous les murs du fort ».La mort du général haut-marnais est vivement ressentie dans les rangs de l’armée. Ainsi, le 31 mai, Suchet écrira au maréchal Berthier : « La mort du général Salme, qui réunissait toute la confiance de sa brigade, bien loin de ralentir l’ardeur de ses troupes, n’a fait naître en elles que le désir de le venger ». Dans ses mémoires, Suchet enfoncera le clou : « Le général Salme réunissait au plus haut degré les premières qualités militaires ; son audace, son intrépidité entraînaient le soldat. Le général en chef ressentit un véritable chagrin de la perte de cet officier général, qui était depuis fort peu de temps sous ses ordres, mais dont il avait apprécié les services, et pour lequel il avait obtenu une récompense (Note : la Légion d’honneur), dont la nouvelle arriva quelques jours après sa mort. Toute l’armée le regretta… » En hommage à ce chef estimé, le fort Olivo sera d’ailleurs baptisé fort Salme, sur ordre du général Suchet.
De son côté, l’anthologie « Victoires et conquêtes » n’aura que des mots élogieux pour Salme : « La franchise, la loyauté, la cordialité rehaussaient ses vertus guerrières. Sa bienveillance et son extrême générosité tempéraient et dominaient son caractère ardent et sévère. L’honneur seul guidait toutes ses démarches, et la considération générale dont il jouissait était le fruit d’une conduite toujours exempte du moindre reproche. Longtemps disgracié par Napoléon, qui lui reprochait d’être trop républicain, Salme s’était résigné à vivre, comme Fabricius et Curius Dentatus, du produit de ses travaux champêtres. Militaire actif, instruit et vigilant, autant qu’ami généreux, désintéressé, d’une probité sévère, il était surtout attentif à veiller aux besoins des soldats ; il leur inspirait une estime, une confiance et un attachement sans borne… Avec le sang des Espagnols massacrés, pour ainsi dire, sur sa tombe, les soldats écrivirent sur les murs d’Olivo : « Notre brave général Salme vengé »…. » Nul doute que ces lignes, peu courantes dans cette anthologie, ont été couchées sur deux pages par un admirateur, si ce n’est un intime, du général Salme.
Même Thiers, auteur d’une inestimable histoire du Consulat et de l’Empire, évoquera un « jeune général de très grande espérance » ! Un « jeune » officier toutefois âgé de 45 ans, et général depuis 17 ans !

C’est le 28 juin 1811 que la ville de Tarragone capitulera. Un succès qui vaudra au général lyonnais Suchet – dont l’histoire familiale sera étroitement liée avec Rimaucourt – le bâton de maréchal d’Empire. Il est à noter que le siège aura été particulièrement meurtrier pour la brigade Salme, qui sera confiée au général meusien Ficatier. Au 7e de ligne, les chefs de bataillons Valot et Miocque ont été mortellement touchés, le chef de bataillon marnais François-Joseph Failly blessé. Au 16e de ligne, le chef de bataillon Revel a été tué, le chef de bataillon Poulin Faucaucourt blessé.

Didier Desnouvaux précise, au sujet de la mort du Haut-Marnais, que « Napoléon fit également déposer dans son cercueil les brevets de général de division et de baron de l’Empire. Ce titre ne fut pas régularisé et le décret fut simplement enregistré à la chancellerie sans délivrance de lettres patentes ni d’armoiries ».Le nom du général Salme est inscrit sur l’Arc de Triomphe. Et une rue de son village natal perpétue son souvenir.

Lire aussi le parcours du chef de brigade Claude-Louis Barjonet, autre volontaire des Vosges :
https://bribeshistoirefamiliale52.blogspot.com/2021/05/un-colonel-de-26-ans.html

lundi 13 décembre 2010

Un ancien postillon de Napoléon dans la Guerre de Sécession

Le 24 avril 1861 – soit onze jours après la capitulation du Fort Sumter, en Caroline du Sud, point de départ de la Guerre de Sécession américaine -, un citoyen pennsylvanien d’origine française s’enrôlait, en qualité de capitaine, dans les rangs du 18th Pennsylvania infantry regiment. Ses particularités : il est âgé de 65 ans, et la majorité des hommes de la compagnie qu’il commande sont Français de naissance ou d’origine. Plus étonnant : c’est un ancien serviteur – comme postillon - de l’empereur Napoléon Ier, qu’il a accompagné jusque dans son exil de Sainte-Hélène 46 ans plus tôt !

Selon différentes sources américaines, Jacques-Olivier Archambault – c’est son nom - est né à Fontainebleau, près de Paris, en 1796 (le 22 août, a priori). Il est le frère cadet d’Achille-Thomas, né quatre ans plus tôt, et, confirme le fameux valet Marchand dans ses mémoires, les frères Archambault faisaient partie de la maison impériale.

Achille, précisera Las Cases dans ses souvenirs, est entré au service de l’empereur en 1805 – il avait donc 13 ans. Attaché aux écuries, il a suivi Napoléon à l’île d’Elbe, où il a été nommé brigadier des valets de pied, puis a participé à la Campagne de Waterloo, avant d’accompagner son « maître » à Sainte-Hélène, en compagnie de son frère. Piqueur au sein de la maison impériale – soit la personne chargée de la responsabilité d’une écurie, Achille a participé au nettoyage du corps de Napoléon à son décès le 5 mai 1821. « Membre de la commission chargée de ramener en France les cendres de Napoléon Ier » (dixit son dossier de légionnaire), Achille sera fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 janvier 1853. Il résidera à Sannois, en région parisienne, où il décèdera en 1858. C’est à lui, vraisemblablement, que Napoléon a légué, dans son testament, la somme de 50 000 F.

Quant à Joseph, il s’installe aux Etats-Unis, d’abord à Philadelphie. Fréquentant notamment Joseph Bonaparte, il se fixe ensuite à Newton, et devient propriétaire du fameux Brick hôtel.

Malgré son âge avancé, cet habitant du comté de Buck s’enrôle donc dans les rangs de l’armée nordiste, appelant au service ses concitoyens français qui seront regroupés dans la compagnie C – son lieutenant, Constantin Pequignot, est natif de Frahier, en Franche-Comté. Le 18th Pennsylvania du colonel Lewis a une très courte existence : organisé à Philadelphie en avril 1861, il tient garnison à Baltimore et à Pikesville, avant de cesser de servir en août.

Toujours capitaine, Archambault passe dans les rangs du 2nd Pennsylvania cavalry regiment (ou 59th Pennsylvania regiment) du colonel Price, en qualité de commandant de la company A. Ce corps se bat notamment à Cedar Mountain, à Antietam (1862), à Gettysburg (1863), prenant part enfin à la poursuite du général Lee jusqu’à la reddition d’Appotamox court house (1865). Durant ce conflit fratricide, les pertes du 2nd Pennsylvania cavalry sont de 60 tués.

Parvenu au grade de major en 1862 – le 19 mai ou le 27 juin, selon les sources – l’ancien postillon de Napoléon meurt à Philadelphia le 3 juillet 1874.

Sources : « Mémorial de Sainte-Hélène » ; différents sites Internet consacrés aux régiments de volontaires de Pennsylvanie et au comté de Buck.

jeudi 25 novembre 2010

Officiers de hussards

La cavalerie légère impériale a compté jusqu’à quatorze régiments de hussards. Soit à peu près autant que le corps des cuirassiers. Pourtant, les Haut-Marnais ont été relativement peu nombreux à servir comme officiers de hussards, du moins à la lecture des renseignements que nous avons pu recueillir. Neuf ont pu être identifiés, dont un sous toute réserve : un major (lieutenant-colonel), un lieutenant et sept sous-lieutenants. Au moins cinq ont été blessés, et un seul aurait péri durant les campagnes.

Borssat Louis-Camille, né à Gex, fils du président du tribunal du district de cette ville. Marié à Parnot en l’an III. Sous-lieutenant au 3e hussards, sous le Consulat. Est situé, en 1817, sous-lieutenant pensionné à Parnot (dont il sera maire).
Bruillon Nicolas (Villars-en-Azois 4 juin 1770). Soldat au régiment de Flandres infanterie (1789), passé au 6e hussards (1793), sous-lieutenant (21 septembre 1806), il sert dans ce régiment jusqu’au 18 avril 1810. Compte plusieurs blessures. Habite à Autricourt (Côte-d’Or). Membre de la Légion d’honneur.
Joffroy Louis-Marie (Bar-sur-Aube, Aube 16 janvier 1786). Fils de Jean-Louis, marchand à Joinville. Admis vélite de la Garde le 20 février 1806, affecté aux chasseurs à cheval de la Garde (dans la 4e compagnie), officier le 8 octobre 1807, il est sous-lieutenant au 5e hussards. Sa solde de retraite est fixée par lettre du 30 mars 1808. Officier pensionné en raison d’une blessure, domicilié à Wassy, il se marie en 1808 à Flammerécourt. Vit toujours à Wassy, en 1810.
Lacroix François (Joinville 9 août 1782 – Saulx, Haute-Saône 4 juillet 1863). Chevalier de la Légion d’honneur le 18 septembre 1813. Sous-lieutenant au régiment de hussards du Haut-Rhin. Sous-lieutenant au 7e lanciers polonais, il est arrêté à Paris en 1815 pour abus de confiance (mais son colonel renonce à porter plainte).
Lambert Louis-Nicolas-Félix (Chaumont 22 septembre 1772). Fils de Godefroy Lambert, capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis. Chasseur à cheval au 4e régiment (1792), hussard au 10e régiment (an XII), maréchal des logis chef (1807), sous-lieutenant (1er mai 1811), lieutenant (1er mai 1813). Blessé d’un coup de feu à Lutzen, fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juin 1813. Passe au 1e hussards (juillet 1814). Sert au corps d’observation du Jura à Belfort. Lieutenant au 2e (sic) hussards, en résidence à Chaumont en 1815. Retiré à Autreville-sur-la-Renne.
Lapique Charles-Louis (Joinville 1765 – Strasbourg 1827). Major au 8e hussards (1808), pour mémoire.
Laroche Jean-Baptiste. Sous-lieutenant dans la 3e compagnie du 3/8e hussards, blessé, hospitalisé le 28 mai 1809, il meurt le 25 juin à Vienne. Il serait Haut-Marnais (de Langres ?).
Michelin Joseph (Leuchey 3 avril 1785 – Villiers-sur-Suize 25 mars 1869). Il sert du 10 avril 1802 à 1816 au 3e hussards. Sous-lieutenant au 3e, il est blessé le 29 janvier 1814 à Brienne. Membre de la Légion d'honneur (18 septembre 1808), lieutenant au 3e hussards, il est demi-solde à Villiers-sur-Suize (il résidait à Voisines lorsqu'il a été retraité à la suite de ses blessures). Médaillé de Sainte-Hélène.
Oriot Pierre-Roch (Orges 13 décembre 1784). Fils d’un chirurgien mort d’épidémie en 1813. Promu sous-lieutenant (29 septembre 1813), servant au 10e hussards, il est blessé le 13 mars 1814 à Reims (Martinien). En résidence à Chaumont en 1815, il se rallie durant les Cent-Jours. En demi-solde du 10e hussards à Chaumont, fin 1815, il sert à nouveau sous la Restauration : en 1823, il est toujours sous-lieutenant, au 6e hussards (du Haut-Rhin), puis est promu capitaine en 1829.

vendredi 12 novembre 2010

Hommage aux morts d'Eylau : une cérémonie qui fera date



Une vue de la cérémonie (photo Céline Clément, Journal de la Haute-Marne).
Mission remplie. La cérémonie organisée le 11 novembre 2010 dans le village de Frettes (Haute-Saône) a rencontré un grand succès. En témoigne la présence de 320 personnes dans l'église du village, restées après une cérémonie battue par la pluie et le vent pour se délecter des trois conférences proposées par MM. Thierry Choffat, Alain Pigeard et Bernard Quintin.

L'hommage aux morts haut-saônois et haut-marnais d'Eylau, marqué par la découverte d'une plaque sur le monument aux morts, a été rehaussé par la présence fort appréciée :
. des Grognards lingons, groupe de reconstitution historique du 14e de ligne (onze participants venus de Haute-Marne, Alsace, Bourgogne et région parisienne) ;
. des musiciens de La Lyre cheminote de Chalindrey (52) ;
. d'une quarantaine de jeunes de l'Etablissement public d'insertion de la Défense de Langres (52), dont deux ont lu de larges extraits du poème "Le Cimetière d'Eylau" de Victor Hugo ;
. des porte-drapeaux de la région de Fayl-Billot (52) et du Souvenir français de Haute-Saône ;
. de représentants de la gendarmerie, etc.
... et de plusieurs centaines de personnes venues de la Haute-Saône et de la Haute-Marne, bien sûr, mais également de tout le quart Nord-Est de la France, de la région parisienne...

Que toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette manifestation inédite - son élaboration, sa publicité, sa tenue - soient ici chaleureusement remerciés.

lundi 8 novembre 2010

Le chef de bataillon Pierre Magnien, de Millières

Fils de Jean, cabaretier, Pierre Magnien voit le jour à Millières (canton de Clefmont) le 8 juillet 1774. Il entre en service le 18 mars 1793, comme fusilier au 21e bataillon de volontaires nationaux des réserves, qui se battra avec l’armée du Nord. Cette unité passera dans la 67e demi-brigade d’infanterie de ligne en mai 1796.
Magnien est blessé d’un coup de feu à la cuisse droite en l’an IV. Caporal en l’an VIII, sergent en l’an IX, sergent-major en l’an X, il est promu sous-lieutenant le 1er octobre 1806.
Il prend part aux campagnes de la Grande-Armée en 1807, puis sert en Allemagne en 1809, puis en Hollande et en Catalogne à partir de 1810.
Lieutenant depuis le 25 février 1809, capitaine le 22 juin 1811, il commande une compagnie de voltigeurs du 67e de ligne. Ses faits d’armes : le siège de Figuieres, les affaires de Saint-Celany et Laganigon. Selon un site consacré au 67e, le capitaine Magnien se distingue le 11 mars 1812, surprenant dans la nuit un poste espagnol près de Castelfollit et brisant une grande quantité d’armes. « Cette opération fait le bonheur du capitaine Magnien », dira un officier d’état-major.
Promu chef de bataillon le 1er janvier 1814 (le même jour que son compatriote Gaugé, de Cirey-sur-Blaise), il se distingue avec l’armée de Lyon à Mâcon.
Chevalier de la Légion d’honneur le 1er novembre 1814, il n’est pas conservé, sous la Restauration, dans les effectifs du 67e de ligne, devenu 63e.
Voilà pourquoi, durant les Cent-Jours, il prend le commandement du 1er bataillon de grenadiers de la garde nationale de la Haute-Marne.
En demi-solde à Millières, fin 1815, puis établi à Forcey, l’année suivante, il est chef de bataillon retraité lorsqu’il décède dans son village natal, le 23 novembre 1846.
Il ne s’agit pas ce capitaine Magnien, adjoint à l’état-major du général Bourdesoulle, qui refuse de suivre Marmont dans sa défection en 1814, ni du capitaine d’état-major Magnien qui se distingue à Saragosse en 1808.