mardi 3 janvier 2012

Un aide de camp nommé Loyal

Comme le capitaine d'infanterie – puis chef de bataillon de la garde nationale - Symphorien Prouères, comme le capitaine de chasseurs à cheval Antoine Mege, Antoine Loyal est le fils d'un employé de la fameuse manufacture de faïence d'Aprey (canton de Longeau). Respectivement originaires de Nevers (Nièvre) et d'Is-sur-Tille (Côte-d'Or), Jacques Loyal, couvreur, et Thérèse Virot étaient mariés depuis trois ans lorsque naît leur fils le 3 mai 1774.

Antoine Loyal a 19 ans quand il est incorporé, le 23 juillet 1793, dans le 8e bataillon de volontaires nationaux de la Côte-d'Or, qui sera versé dans la 60e demi-brigade puis dans la 12e demi-brigade d'infanterie de ligne. Caporal le 23 août 1793, sergent le 22 septembre 1794, sergent-major (hiver 1801-1802), Loyal est promu sous-lieutenant (30 juin 1804), à l'âge de 30 ans. 
Passé au 17e de ligne, il est affecté comme capitaine, en 1808, au 119e régiment, et il est blessé le 22 mai 1809 au passage de la Deba, dans la péninsule ibérique. Il quitte ce régiment le 14 avril 1813 pour servir, comme aide de camp, le général dijonnais Gruardet - les parents de Loyal résident dans le chef-lieu de la Côte-d'Or. Sous ses ordres, l'enfant d'Aprey sera encore blessé à deux reprises : le 31 août 1813, lors du passage de la Bidassoa, puis le 13 décembre, devant Bayonne. Il semble ensuite se battre, en février 1814, à Orthez avec l'armée des Pyrénées.
Capitaine aide de camp "domicilié de droit et de fait à Dijon", Antoine Loyal épouse Catherine Beyer à Dax (Landes), en novembre 1814, et se fixe dans cette ville. Cessant de servir le 1er juillet 1818, à 44 ans, Loyal est domicilié rue Neuve, à Dax, commandant provisoire de la garde nationale de cette ville, lorsqu'il décède le 27 mars 1834, à l'âge de 59 ans.

Sources : registre paroissial d'Aprey et registres d'état civil de Dax ; registre matricule du 12e régiment d'infanterie de ligne ; contrôle des officiers du 119e régiment d'infanterie de ligne ; A. Martinien ; Bulletins des lois de la République.

jeudi 22 décembre 2011

Des émigrés ayant servi l'empereur

Les armées impériales n'ont pas hésité à ouvrir leurs bras à d'anciens émigrés, qui pour certains ont combattu dans différentes armées contre-révolutionnaires. Pour le meilleur, souvent, et pour le pire, parfois. Exemples puisés en Haute-Marne (avec des officiers, coïncidence, tous originaires de la région langroise).

Le meilleur, c'est le capitaine Nicolas-Laurent de Montarby, né à Dampierre en 1769. Il est d'abord élève à l'école de Brienne, où il côtoie Bonaparte, qu'il accompagne d'ailleurs au moment de rejoindre l'école militaire royale de Paris. Sous-lieutenant de dragons en 1787, capitaine des gardes du corps du roi Louis XVI, il participe à l'expédition de Nancy puis à la défense des Tuileries. Orphelin (ses parents seront guillotinés), lui qui a émigré en 1792 se battra notamment à Quiberon face aux troupes du général Hoche. Rentré en France sous le Consulat, il sert brièvement dans un régiment d'infanterie légère. Epoux d'une dame d'honneur d'Elisa Bonaparte, il reprend du service en 1813, comme capitaine au 4e régiment de gardes d'honneur, et s'illustre à Hainau. Lieutenant-colonel du roi, il commandera des troupes dans l'île Bourbon, qu'il refusera de rendre aux Anglais après les Cent-Jours, et mourra colonel en Martinique, quelques années plus tard. Son frère sera un brillant capitaine des dragons de la Garde impériale.

Fils du seigneur de Changey, né dans ce village en 1770, Claude-Bernard Pietrequin de Changey est sous-lieutenant en 1786. C'est un opposant convaincu aux idées révolutionnaires : émigré en 1791, il est fait prisonnier l'année suivante lors de la retraite de Champagne, est blessé en 1796. Rentré en France deux ans plus tard, il reprend du service en 1812 au sein de la 56e cohorte de la garde nationale (qui accueille des conscrits haut-marnais et sera versée dans le 153e de ligne), puis passe en 1813, comme lieutenant, dans le 1er régiment étranger. Il est blessé à la bataille du Mincio en février 1814. Brigadier la même année dans les gendarmes de la Garde du roi, il sera chef de bataillon dans la Légion de la Haute-Marne en 1816 et mourra en 1834.

Enfant d'Etienne-Bernard Delcey, écuyer lieutenant, né le 14 janvier 1771 à Langres, Jean-Christophe Delecey de Changey, émigré, blessé lors de l'expédition de Quiberon, commandera à partir de 1810 la garde nationale de sa ville natale et fera preuve de fermeté lors du siège de la ville (lire sa relation inédite sur le blog de Didier Desnouvaux : http://histo52.blogspot.com/2010_04_01_archive.html). Il meurt en 1846. Autre Langrois, son beau-frère Jean-François Bichet de Chalancey se battra lui aussi à Quiberon comme lieutenant et sera, lui aussi, un des défenseurs de Langres, comme capitaine de chasseurs, avant de devenir colonel (1815) de la Légion de la Haute-Marne.

Etonnante destinée que celle du capitaine de Cendrecourt. Fils d'un capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, Jean-François Richard de Cendrecourt naît à Vicq, près de Varennes-sur-Amance, en 1760. Garde du corps du roi en 1785, émigré en 1791, il combat avec l'armée des Princes, puis dans un régiment à la solde de la Grande-Bretagne. C'est en 1802 qu'il passe comme lieutenant de cavalerie... au service du Portugal. Marié à Lisbonne, il est le père de deux jumeaux, nés en 1803 dans ce pays, qui deviendront officiers supérieurs d'infanterie de marine... française. L'expédition du général Junot au Portugal l'amène à reprendre du service, en 1807, dans l'armée française, mais toujours à titre portugais : il est en effet capitaine adjoint à l'état-major de la division Delaborde ! Au service de la France jusqu'en 1811, passé au dépôt de la Légion portugaise la même année, il servira Louis XVIII. Chef d'escadron, chevalier de Saint-Louis, membre de la Légion d'honneur, il prendra le nom de Richard de Cendrecourt. Son parent Philippe-Henri Richard de Cendrecourt, né à Pouilly-en-Bassigny en 1772, se ralliera lui pour le pire. Surnuméraire aux gardes du corps du roi jusqu'en 1790, émigré de 1792 à 1797, lieutenant d'artillerie de marine en l'an VI, il sera lieutenant aide de camp du maréchal Kellermann, passera dans le régiment de La Tour d'Auvergne, puis capitaine (1809) aide de camp du général Marulaz. Ce vétéran de la campagne d'Orient passe pour avoir adressé des signaux à l'ennemi lors du blocus de Besançon.

Jean-Baptiste Petitjean de Rancourt n'est pas, à proprement parler, un émigré de la Révolution, mais sa destinée mérite d'être contée. Né lui aussi dans le Pays langrois (le 10 février 1770, dans la cité épiscopale), il est le fils de Jean, conseiller au bailliage et présidial de Langres, et de Maillot de Courchant. Selon une enquête diligentée par la préfecture de la Haute-Marne, il part à l'âge de 7 ans à Metz où il va étudier. Protégé d'un officier d'artillerie, M. Babelon, il le suit en Espagne, en 1787. Membre des chasseurs de la couronne, puis receveur des recettes grâce à M. Beurnonville, il devient chef d'escadron de la gendarmerie royale espagnole. En 1812, Rancourt sollicite des lettres patentes pour rester au service du roi d'Espagne. Epoux d'Elisabeth Rasmendy, originaire de Bayonne, il est le père de Frédéric-Auguste-Firmin-Alexandre de Rancourt, né en 1808 à Sonia (Espagne), futur saint-cyrien et chef de bataillon (1845) au 62e de ligne, et d'un autre garçon futur inspecteur principal des douanes - ayant vu le jour en 1815 à Quimper. Lieutenant-colonel de gendarmerie, il vit à Bordeaux, en 1833. Officier de la Légion d'honneur, il n'est pas recensé par la base Léonore.

dimanche 27 novembre 2011

Le commandant Popon, fils du gardien de Pichegru

Parisien de naissance, Jean-Mathurin Popon a passé plus de la moitié de sa vie en Haute-Marne. Il a d'abord vécu à Nogent, s'est marié à Chaumont, et s'est retiré à Meuvy (canton de Clefmont), où il est mort à l'âge de 77 ans.

Popon était, dira la préfecture, le fils d'une « victime de la cruauté du tyran usurpateur lors de la catastrophe (sic) du général Pichegru ». Père de Jean-Mathurin, né le 6 février 1781 (paroisse Saint-Eustache), Sébastien Popon, marié avec Jeanne-Geneviève Martin, était en fait le porte-clefs de la tour du Temple, où le général républicain était emprisonné, et il est mort le 17 vendémiaire an XIII (5 octobre 1804), dans des circonstances que nous ignorons.

Entre-temps, son fils a embrassé la carrière militaire. En l'an IX, il a rejoint volontairement la 27e demi-brigade d'infanterie légère (que commandera le colonel franc-comtois Charnotet). Sept ans plus tard, il est officier, promu sous-lieutenant au 25e léger le 3 juin 1807, après avoir été blessé d'un coup de mitraille à Lübeck. Lieutenant de carabiniers le 21 novembre 1808, Popon est de nouveau blessé à Essling. Quelques semaines plus tard, le 4 juillet 1809, il passe capitaine, en qualité d'aide de camp du général jurassien Jarry (brigadier dans la division Tharreau du 2e corps du général Oudinot). Le lendemain, c'est Wagram, et le Parisien est touché une troisième fois...

En 1810 et 1811, Popon sert dans la péninsule ibérique. Il se distingue près de Pampelune, ce qui lui vaut d'être cité dans le rapport de son général en chef et d'être proposé pour la Légion d'honneur. Décoration qu'il obtient le 29 septembre 1810 – Jarry, auquel il est toujours attaché, commande alors une brigade du 9e corps.

Popon combat encore en Russie (1812), conserve toujours sa fonction d'aide de camp du général Jarry (brigadier dans la 32e division du 7e corps), lorsqu'il est promu chef de bataillon adjoint, le 12 juin 1813, à 31 ans. Un mois plus tard, il hérite du commandement du quartier général du 7e corps du maréchal Oudinot.

La Campagne de Saxe lui donne de nouveau l'occasion de se distinguer. A Dennewitz (sans doute lors de l'affaire du 6 septembre 1813), à la tête de 6 à 800 hommes, Popon sauve le parc d'artillerie de son corps, « traversant » à la baïonnette une colonne russe de 1 500 soldats qui l'attendait dans un défilé. Après la bataille de Leipzig, à Torgau, il commande un corps de 800 grenadiers et voltigeurs.

A la Restauration, Popon vit à Nogent(-en-Bassigny). Selon la préfecture, il s'est rallié à Napoléon durant les Cent-Jours, mais il n'aurait pas pris part à la bataille de Waterloo. Toujours chef de bataillon, il se marie à Chaumont, le 24 juin 1818, avec la fille de l'ancien magistrat Simon-Joseph Brocard.

Il se fixe ensuite à Meuvy, où il recevra la médaille de Sainte-Hélène. Domicilié rue Anselme, veuf, il décède le 26 mars 1858. Un chef d'escadron d'artillerie, Edme-Louis Forgeot, son beau-fils (né à Chaumont, domicilié à Meuvy, il se retirera à Cohons), déclare son décès.

Sources : état civil des communes de Chaumont et de Meuvy ; état des officiers en demi-solde (Archives départementales de la Haute-Marne) ; dossier de légionnaire (base Léonore).

samedi 19 novembre 2011

L'autre chef d'escadron de dragons Remy...

S'il naît et meurt à Damblain, dans les Vosges, François-Nicolas Remy vivait sous la Restauration à Germainvilliers (canton de Bourmont), d'où son père était originaire. C'était, sous l'Empire, un chef d'escadron de dragons, à ne pas confondre avec le chevalier Antoine Remy, de Thilleux, lui aussi occupant le même grade dans un régiment de cette arme , puis major des grenadiers à cheval de la Garde.

Fils de Nicolas, boutonnier, et de Françoise Morette, François-Nicolas Remy voit le jour le 13 septembre 1765. A 19 ans, il est chasseur au 4e régiment, et maréchal des logis (1788) avant la Révolution. Il est promu sous-lieutenant, le 25 octobre 1793, pour servir dans un corps dit de « partisans », au sein de l'armée du Rhin. Lieutenant le 19 février 1794, il passe en mai suivant au 7e régiment bis de hussards, qui accueille en effet des partisans de l'armée du Rhin et qui deviendra 28e dragons en l'an XII.

Mis en pied (sic) par un arrêté d'un représentant du peuple en 1794, Remy se bat ensuite avec les hussards en Italie, récoltant une balle au cou, sous les ordres du général Victor, lors de la première expédition de Rome, puis en Egypte. Capitaine le 21 septembre 1798, il est blessé à deux reprises en Orient : d'abord par une balle à l'épaule gauche près de Damanhour en nivôse VI, puis par une balle au poignet gauche.

Toujours capitaine au 28e dragons, servant dans la péninsule italienne de 1806 à 1809, il est blessé de sept coups de sabre le 8 mai 1809 (à La Piave), son bonnet de grenadier est coupé et son cheval tué sous lui à la même affaire. Après cette action, l'officier vosgien est promu chef d'escadron le 9 juin 1809, à 44 ans. Membre de la Légion d'honneur depuis 1804, il est fait officier le 27 juillet 1809.

Remy est encore blessé devant Moscou le 25 octobre 1812, a les pieds gelés en Russie, puis, après la Campagne de Saxe, est de nouveau touché à Vauchamp, le 14 février 1814 : il reçoit en effet une balle au flanc gauche en chargeant avec son escadron un carré ennemi, et ici encore, sa monture meurt sous lui.

Marié avec Marie-Sophie Boyau, qui habite Troyes (le 7e bis de hussards du chef de brigade Detrès était cantonné dans cette ville sous le Consulat), le cavalier vosgien est domicilié à Germainvilliers comme chef d'escadron retraité, et réside « depuis neuf ou dix mois » au domicile du comte de Riocourt à Damblain lorsqu'il décède.

mercredi 2 novembre 2011

samedi 29 octobre 2011

Les "Keskidees" sont arrivés !



"Keskidees", dernière publication du club Mémoires 52, vient de paraître. Cinq cents exemplaires vous attendent. L'ouvrage est vendu au prix de 23,50 euros, auxquels peuvent s'ajouter 4,20 euros de frais de port.

Il peut être obtenu auprès :
- du club Mémoires 52, 28 rue de Verdun, 52100 Bettancourt-la-Ferrée ;
- de son président, 1 bis, rue Dutailly, 52000 Chaumont ;
- ou de son co-auteur Didier Desnouvaux, joignable via son blog dont l'adresse figure sur ce site.

samedi 22 octobre 2011

Le chef de bataillon Pierret (1786-1834)

Didier, Victor, Maxime Pierret naît à Thonnance-lès-Joinville, près de Joinville, le 17 août 1786, fils de Jean-Baptiste, conducteur des routes (futur agent municipal de la commune durant la Révolution), et de Marie Guillemin, filleul de son oncle Didier Pierret, inspecteur des routes.

Entré en service à 18 ans, le 20 septembre 1804, il est élève à l'école spéciale militaire de Fontainebleau, et en sort comme sous-lieutenant pour rejoindre le 95e de ligne. Puis il est affecté au 116e de l'arme (créé en 1808 à partir du 5e régiment provisoire d'infanterie) et, en qualité de capitaine, il est blessé à deux reprises en Espagne : d'abord le 22 juin 1811 à Tarragone, puis le 23 octobre de la même année à Sagonte. Notons que c'est dans ce corps que l'illustre Bugeaud a été promu chef de bataillon.
Pierret lui-même, chevalier de la Légion d'honneur depuis le 6 août 1811, atteint ce grade avant la chute de Napoléon, et c'est à ce titre, comme demi-solde, qu'il est désigné pour prendre le commandement du 3e bataillon de grenadiers de la garde nationale de la Haute-Marne, mis sur pied dans l'arrondissement de Wassy durant les Cent-Jours. C'est ainsi que Pierret prend part à la défense de Langres en 1815.
Placé de nouveau en demi-solde, il se retire dans son village natal, puis à Cirfontaines-en-Ornois, dans le canton de Poissons. Certes, en 1828, on songe de nouveau à le réemployer – Pierret n'a que 42 ans – mais l'on signale qu'il « souffre depuis deux ans d'une blessure à la poitrine ». Une séquelle de la campagne d'Espagne, sans doute. Et c'est le 7 janvier 1834 qu'il décède prématurément dans son village de Cirfontaines.

Il était le frère de Jean-Henry Pierret, né à Thonnance le 15 juin 1796 (26 prairial an IV), sous-lieutenant dans la 1ère compagnie du 3e bataillon de grenadiers de la Haute-Marne durant les Cent-Jours.