dimanche 25 février 2018

Quand un commandant Antoine Remy en cache un autre

En décembre 1801, le jeune sous-lieutenant Henri Beyle, officier du 6e régiment de dragons en Italie, évoquait, dans son journal, la figure du capitaine Rémy. Longtemps, les commentateurs de l'oeuvre de Stendhal – car il s'agit bien de lui – feront correspondre cet officier avec le chef d'escadron Antoine Remy, cavalier au même régiment, né à Thilleux (1764-1848). Il s'agit en réalité d'un parfait homonyme. Et s'il n'est pas Haut-Marnais, cet autre (futur) chef d'escadron Antoine Rémy mérite d'être mis en lumière.

Fils de Philippe, il est, selon ses états de services, né le 18 octobre 1777 à Ensisheim, près de Mulhouse. Il n'aurait donc que 14 ans lorsqu'il est élu sous-lieutenant au 1er bataillon de volontaires nationaux du Haut-Rhin, le 3 octobre 1791 ! Lieutenant le 12 février 1794, il passe peu après à la 177e demi-brigade, puis à la 102e. 

Adjoint aux adjudants-généraux et surnuméraire le 19 juillet 1799, il est, nous disent ses états de services, "chargé d'une mission importante pour Malthe (sic) le 24 germinal an 8 (14 avril 1800) par le ministre de la Guerre Carnot, qui l'a félicité à son retour par lettre du 14 thermidor suivant (2 août 1800), et a été nommé capitaine par le premier consul en récompense de cette action ».

En effet nommé capitaine par le vice-consul le 26 juillet 1800, il est affecté le 22 août au 6e régiment de dragons, où on le nommera désormais Rémy cadet, pour le distinguer du Haut-Marnais (qui n'est pas parent avec lui). Mis en pied le 23 octobre 1800, confirmé le 24 juin 1801 par arrêté des Consuls (il remplace au régiment Bérard qui vient d'être retraité), l'Alsacien cantonne donc en Italie. 
Il est promu, à 30 ans, par décret, chef d'escadron dans son régiment le 25 mai 1807, quelques mois après le départ, pour les grenadiers à cheval de la Garde impériale, du chef d'escadron Antoine Remy « aîné ».

L'année suivante, il sert en Espagne. Son régiment forme alors, avec le 3e dragons, la brigade Milet de la 2e division de dragons (général Kellermann). 
Dans un rapport cité par l'historique du 3e régiment de dragons, Milet s'empresse, le 23 novembre 1809, de préciser à son divisionnaire les circonstances du combat qu'il vient de livrer à Carpio. «M. le chef d'escadron Rémy, écrit Milet, fit une très belle charge avec un escadron du 6e régiment, et repoussa les pelotons qui les soutenaient. Peu après, le 11e régiment chargea avec le plus grand succès une tête de colonne d'infanterie qui cherchait à déborder notre flanc gauche. Dans la première charge on a tué à l'ennemi plus de 100 hommes. Mais nous avons eu le malheur de perdre M. le chef d'escadron Rémy, officier supérieur d'un grand mérite... D'après le rapport de quelques prisonniers, le duc del Parque avait là toute son armée forte de 30 000 hommes d'infanterie, 2 000 de cavalerie et 30 pièces de canon ».
Tombé à l'âge de 32 ans, le chef d'escadron Rémy était membre de la Légion d'honneur depuis le 14 mars 1806.

L'illustration de cet article provient de l'historique du 25e régiment de dragons, qui s'est également battu en Espagne. 



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dimanche 14 janvier 2018

Haut-Marnais dans les Flandres (2e partie)

Le départ pour la mer du Nord

4 septembre 1809. C'est l'heure du départ de Chaumont, après un rassemblement « sous ces grandes allées d'arbres qui décorent le faubourg de Buxereuilles », sous le soleil. Le préfet l'a écrit dès le 23 août au ministre de la Police : les hommes « devront (…) être armés et équipés à Saint-Omer ». Jerphanion n'a en effet pu, à cette date, récupérer «que quelques fusils de calibre» ! Seuls les officiers auront une allure militaire... Préalablement informé par le préfet de la Haute-Marne de cette situation, le général Gouvion, commandant de division de l'armée du Nord à laquelle le bataillon est destiné, ne pourra toutefois pas s'empêcher, le 23 septembre, 1809 de constater un état de « dénuement le plus absolu » parmi les gardes nationales haut-marnaises, une partie étant même sans chaussures ! Ce à quoi le représentant de l'Etat dans le département répondra : « Les hommes étaient loin, au moment du départ, de présenter l'aspect de dénuement »

Le 5, le 1er bataillon de la garde nationale de la Haute-Marne arrive à Joinville. Une fois accueillis à Rupt (patrie du sous-lieutenant de voltigeurs Simon de Bémont), des billets de logement sont distribués aux hommes, le maire de la cité, Royer, organise un banquet, et un spectacle est organisé le soir. Le lendemain, l'unité reprend la route. Le 7, étape à Saint-Dizier. Le 10, à Reims. Mais elle a laissé quelques effectifs en cours de route. Dans la Cité des sacres, ainsi que le major Azémar en informe le préfet, le bataillon déplore déjà 35 désertions. Mais « la plupart sont partis de Chaumont. Il n'y en a peu qui nous ont quitté en route ». En outre, précisera, le 8 octobre 1809, le lieutenant de gendarmerie Pierre-Nicolas Ignard, qui devait rechercher 32 de ces hommes, « la plupart ont rejoint les compagnies ou ont été ramenés. J'ai cessé de poursuivre les autres, alors que nous avons appris que M. le commandant-major avait au-delà de son complet de 1 000 hommes ». Ayant faussé compagnie à ses compagnons à Vitry-le-François, Claude Guenit, d'Ormancey, a ainsi été appréhendé le 17 septembre 1809, près de Villiers-sur-Marne, par les gendarmes de Vignory. 

Pas les seuls Champenois 
Arrivés à Saint-Omer (Pas-de-Calais), les Haut-Marnais ne sont pas les seuls Champenois à être présents au camp. Les 1er et 2e bataillons des gardes nationales de la Marne sont ainsi partis dès le 30 août 1809, l'un de Châlons sous les ordres du major du 10e régiment d'infanterie légère, l'autre de Reims derrière celui du 32e régiment d'infanterie de ligne. L'Aube a également dirigé un bataillon, dont un dernier détachement a fait mouvement le 17 septembre 1809. 
 Dès le 21 septembre 1809, depuis son quartier-général de Schoenbrunn, Napoléon décide de réorganiser le dispositif français. Il l'écrit au général Clarke, son ministre de la Guerre, estimant qu'« il y a beaucoup de désordre dans les gardes nationales. Mon intention n'a jamais été d'en lever plus de 30 000 ». Il ordonne que la 2e division des gardes nationales sera commandée par le général Lamarque, qu'elle « fera également partie de l'armée du Nord et sera réunie à Anvers ». Cette division sera composée des deux bataillons des Ardennes, de la Marne, de la Meurthe et de la Moselle, et des bataillons de la Meuse et de la Haute-Marne. Celui de l'Aube restera à la 5e division du général Gouvion à Lille. 

 Quelle est la part prise par le bataillon haut-manais aux opérations dans les Flandres ? « De Saint-Omer, est-il précisé dans le dossier de médaillé de Sainte-Hélène d'un vétéran de Prez-sur-Marne, Jean-Jacques Ginot, il fut envoyé à Ostende et de là son bataillon fournissait à Blankenberg une compagnie qui chaque mois était relevée par une autre ». Blankenberge est une commune située au bord de la Mer du Nord ; un document signale que le bataillon est à Ostende à compter du 12 octobre.

La cohorte ne prend part à aucun combat. Ce qui n'empêche pas quelques-uns de ses hommes de se distinguer. Ainsi Jean-Baptiste Ladrange, né à Vignory en 1786, « a été blessé au bras gauche sur le fort Napoléon en allant au service d'un bâtiment français pris par les Anglais », stipule son dossier de médaillé de Sainte-Hélène. Autre vétéran, Etienne Clerc, ainsi que le signalera le maire de Chameroy, a arrêté « un espion anglais » le 15 mars 1810. 

 Quelques pertes sans combat 
 Plusieurs «gardes nationales» ne reverront pas la Haute-Marne. Nous en avons identifié cinq qui sont décédés en Belgique : 
. Nicolas Meunier, de Viéville (7e compagnie), décède le 20 novembre 1809 à Ostende. 
. Louis Garnier, de Thivet (1ère compagnie), meurt le 9 décembre 1809 à Ostende. 
. Nicolas Gouy, de Vesvre-sous-Chalancey (2e compagnie), rend son dernier souffle le 10 janvier 1810 dans cette commune belge. 
. Nicolas Figuet, de Genevrières, décède le 5 février 1810 à Bruges. 
. Rémy Bachotin, de Praslay, le 14 février à Ostende. 
 Ce qui mine surtout le bataillon, ce sont les désertions, et elles sont nombreuses. Le 10 octobre 1809, neuf hommes quittent la 8e compagnie, dont Jean-Baptiste Petitot, de Hortes, « regardé comme le chef de complot ». A la 6, il y a trois manquants. Le 18 décembre, trois hommes déclarent que neuf de leurs camarades sont partis jusqu'à Saint-Dizier. Le 30 décembre, un conseil de guerre juge, par contumace, le caporal Jean-Antoine Baillet, d'Esnoms-au-Val, « coupable du crime de désertion ». Le gradé sera condamné à cinq ans de travaux et à une amende de 1 500 F. Mais il y aura pire. Le 19 janvier 1810, le major Azémar signale la disparition d'un officier, et pas n'importe quel : « M. Husson aîné (…) Cet officier manque à sa compagnie depuis le 2 présent mois». Il est parti sans rien dire, «pas même à son frère, laissant beaucoup de dettes ». La défection du capitaine plonge le chef de bataillon dans la consternation : « On m'a donné cet individu comme l'un des meilleurs sujets du département. Je vois bien que l'on s'est trompé »

La fin du bataillon 
 L'évolution favorable de la situation justifie sans doute la dislocation progressive du bataillon. Ainsi, les Archives départementales de la Haute-Marne conservent la trace d'une liste de 26 gardes nationales qui devaient rejoindre le 122e régiment d'infanterie de ligne et qui sont finalement destinés (comme d'autres), à Lille, au Régiment des gardes nationales de la Garde impériale, créé par décret du 1er janvier 1810. 
 Licenciée le 15 mars 1810, la cohorte, désormais confiée au chef d'escadron Morlant, prend le chemin du retour le 26 mars. Le maire d'Ostende, ville où le bataillon tenait garnison depuis le 12 octobre 1809, atteste que les gardes nationales haut-marnais « se sont toujours fait remarquer par leur excellente conduite et leur exactitude dans le service, nonobstant toutes les privations que cette troupe a dû endurer pendant la rigueur de la saison ». Le 27 mars, l'unité est à Roulers. Dans la nuit du 28 au 29, à Menin. Le 30, à Lille. Le 2 avril, à Cambrai. Le 3, à Saint-Quentin. C'est dans le département de l'Aisne, à l'hospice de Laon, que le fusilier Louis Coiffier, de la 2e compagnie, décède le 11. 
Finalement, l'unité est de retour à Chaumont le 15 avril 1810, accueillie par le préfet, le général Offenstein, commandant militaire du département, et le maire. « La cohorte est dissoute sur le champ », note Le Journal de la Haute-Marne

 Les officiers ne resteront pas longtemps inemployés. Le chef de corps, Azémar, sera colonel du 150e régiment d'infanterie de ligne, sera promu général de brigade en 1813... et tombera en Saxe peu après. Puis la presse haut-marnaise rapporte que le 10 février 1811, par un décret de Sa Majesté, dix lieutenants ou sous-lieutenants du bataillon seront incorporés dans la ligne. Il s'agit de Simon de Bémont, Regnaut, Goirot, Royer, Ariet, Pelletier, Alizé, Abraham, Guillaume et Humblot. Un autre document, daté du 9 mars 1810, signale que Morlant, Guignard, Falcony, Regnault, Girardot, Allizé, Abraham, Barbier, Bertrand, Léonard, Guillaume, Guillaumet et Humblot (ancien sergent-major) sont destinés à rejoindre le Régiment des gardes nationales de la Garde. A de rares exceptions, ce ne sera toutefois pas le cas. 
 Pour les sous-officiers et soldats haut-marnais qui ont servi à l'armée de Brabant et qui ont rejoint le Régiment des gardes nationales de la Garde impériale (futur 7e régiment de voltigeurs de la Garde impériale) le 1er avril 1810, une nouvelle campagne se profile : celle d'Espagne. Beaucoup, servant dans les rangs de la 2e compagnie du 1er bataillon, décéderont de maladie ou de blessures dans les hôpitaux de la péninsule.

vendredi 8 décembre 2017

Haut-Marnais dans les Flandres. 1809-1810 (1ère partie).

Fin juillet 1809, une flotte britannique est signalée devant l'île de Walcheren, aux Pays-Bas. Alors qu'une partie des troupes napoléoniennes se bat dans la péninsule ibérique et en Italie, que Napoléon vient de battre les Autrichiens à Wagram, c'est à la garde nationale qu'il est fait appel pour défendre les côtes de la mer du Nord. 
Le débarquement ennemi intervient le 15 août 1809, alors qu'une semaine plus tôt, l'empereur envisageait de réunir 6 000 hommes à Lille, autant à Saint-Omer, autant à Ostende, autant à Anvers. Dans son édition du 19 août 1809, le Journal de la Haute-Marne, organe de presse du département contrôlé par le gouvernement, relaie les mesures prises par le préfet, Gabriel Jerphagnon, qui a reçu des instructions deux jours plus tôt (donc au surlendemain du débarquement), pour organiser un bataillon de 1 000 hommes et le diriger sur Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. 
 Aussitôt, la garde nationale est réactivée dans le département. Après l'épopée des bataillons de volontaires nationaux et de réquisition (1791-1794), après la constitution du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne (1798), il s'agit de la première unité mise sur pied dans le département sous l'Empire. Chaque commune est appelée à fournir la liste de ses hommes susceptibles de servir dans ce 1er bataillon des gardes nationales de la Haute-Marne. Ceux qui seront appelés à concourir appartiennent aux classes d'âge comprises entre l'an XI et l'an 1809. Tous se voient donner rendez-vous à Chaumont, le 30 août. Selon la presse haut-marnaise, ils sont un peu plus de 3 000, rassemblés, durant deux jours, dans le champ de l'Arquebuse, c'est-à-dire l'actuelle avenue des Etats-Unis qui mène à l'école de gendarmerie. La sélection permettra de renvoyer les hommes mariés (ils sont 600), ceux considérés comme « moins propres au service militaire » ou « nécessaires à l'agriculture ». Ces hommes, dit-on, « ont passé la revue de M. le préfet aux cris réitérés de Vive l'Empereur! ». 

 Qui, pour encadrer ces volontaires ? La question du chef de bataillon est déjà réglée par le décret gouvernemental : la fonction reviendra à un major (lieutenant-colonel) d'active. Pour la Haute-Marne, il s'agit du major du 64e régiment d'infanterie de ligne, François-Basile Azémar, 43 ans, originaire du Tarn. Tous les autres emplois d'officier reviendront à des habitants de la Haute-Marne. Dès le 24 août 1809, le maire de Joinville signale que sept « anciens officiers pensionnés » résidant dans sa commune se sont présentés à lui pour offrir leurs services : les capitaines François Didier (29e régiment d'infanterie de ligne), Pierre-Antoine Mailfert (26e régiment d'infanterie de ligne), Nicolas-François Lalorre (artilleur vétéran de la Campagne d'Egypte), Louis-Philippe Cirel (3e régiment d'infanterie de ligne, membre de la Légion d'honneur), les lieutenants Barthélémy Desnouveaux (58e régiment d'infanterie de ligne), Etienne Urbain (85e régiment d'infanterie de ligne) et Claude Bourotte (8e régiment de chasseurs à cheval). Aucun ne sera retenu lors d'un conseil tenu le 29 août 1809 à Chaumont. Justifiant 34 ans de services, le capitaine pensionné François Piault (43e demi-brigade d'infanterie de ligne), retiré à Osne-le-Val, brûle également du désir de servir. Il l'écrit le 24 août 1809 : « Je suis prêt à sacrifier le reste de ma vie pour Sa Majesté ». La candidature de cet officier de 66 ans n'obtiendra pas plus d'écho favorable. Tandis qu'à Saint-Dizier, l'adjudant-général (rang de colonel) Edme-Joseph Boulland, 62 ans, retraité depuis six ans, fait part de sa disponibilité, y compris comme capitaine, une première liste conservée par les archives cite, outre les Joinvillois cités plus haut, les noms des capitaines Guignard, Louis Husson, Falcony et Chaudron, du lieutenant Nicolas Thevenot, de Rolampont, des sous-lieutenants Simon Maitre, de Goncourt, Brelet, de Langres, François-Victor Dauvé, de Richebourg, et Blaise Mathieu, de Liffol-le-Petit. Quatre d'entre eux figureront effectivement parmi les 32 officiers du bataillon, tandis que Mathieu sera sous-officier de grenadiers. 

Finalement, le bataillon est ainsi organisé. L'adjudant-major est un chef d'escadron de cavalerie retiré en Haute-Marne, Jean-Pierre de Morlant, né à Souilly (Meuse) en 1761. Frère aîné de l'illustre cavalier mort glorieusement à Austerlitz avec les chasseurs à cheval de la Garde impériale, Morlant était, sous l'Ancien Régime, officier au 5e régiment de chevau-légers. Il a épousé la fille d'un Dervois, et c'est à Montier-en-Der qu'est né, en 1783, un fils qui sera lui aussi un brave capitaine du 11e régiment de chasseurs à cheval, sous l'Empire. Lui-même fut, sous la Révolution, tout comme son benjamin, capitaine dans ce régiment, puis chef d'escadron dans la cavalerie de la Seine-Inférieure, avant de s'installer rapidement à Ceffonds comme cultivateur (c'était déjà le cas en l'an III de la République). Le quartier-maître, Antoine Chaudron, est un sergent-chef d'infanterie de ligne de 39 ans retiré à Bologne. 
 A l'exception d'un seul (Regnaut), les capitaines sont tous des officiers retraités. Moyenne d'âge : 42 ans. Le benjamin, Laurent Regnaut, commande la 1ère compagnie. Langrois de 24 ans, il était entré en service en 1804 dans la 69e demi-brigade d'infanterie de ligne. Rayé des contrôles en octobre 1807, il était passé en fait directeur d'un hôpital militaire. La création du bataillon lui permet donc de passer du grade de caporal (cassé) à celui de capitaine ! La 2e compagnie a pour chef un vétéran de l'expédition de Saint-Domingue : le Chaumontais Jean-Baptiste-François Guignard, 42 ans, ancien soldat du roi. Il était retiré à Vignory comme capitaine lorsqu'il a répondu à l'appel du préfet. Italien de naissance, Louis-Dominique-Michel-Ange Falcony, originaire des Etats du pape, s'était marié en 1794 à Trois-Fontaines-l'Abbaye, village marnais limitrophe de la Haute-Marne. Sous-lieutenant retiré à Villiers-en-Lieu, il hérite de la 3e compagnie. La 4e compagnie est aux ordres du capitaine François Belgrand, 45 ans, originaire de Sailly. Comme Guignard, Jacques-Auguste-Louis Husson, fils d'un procureur fiscal, qui dirige la 5e compagnie, est un Vangionnais (il a 36 ans). Chaumontais, Nicolas Remy, 50 ans, conduit la 6e compagnie : lui aussi a servi le roi, lui aussi a été officier dans les volontaires nationaux haut-marnais, et ce capitaine du 34e régiment d'infanterie de ligne a été congédié pour infirmité. A la 7, on retrouve comme capitaine un autre sous-lieutenant retraité, Jean-Baptiste Richalet, Wasseyen de 44 ans, ancien des volontaires nationaux de la Haute-Marne. A la 8, un capitaine pensionné bragard de 53 ans, Jean Deviterne, qui s'est marié l'année précédente. A la 9, Girardot, capitaine d'administration militaire retiré à Chaumont, âgé de 34 ans (sans doute Jean-Baptiste-Joseph, né à Serqueux en 1775, d'abord lieutenant de grenadiers). Enfin, la 10e compagnie est confiée à un autre Husson de Vignory, Louis (dit Husson l'aîné), lui aussi ancien du Bataillon de Chaumont. Comme son frère, il est incorporé avec ses compatriotes Jean-Baptiste Ladrange, 23 ans, Bernard Royer, 22 ans, et Mammès-Hubert Piot, 20 ans. Quant à la compagnie de grenadiers, elle est commandée par le doyen des capitaines, Claude-Charles Martel, Bragard de 57 ans. 
 De leur côté, les lieutenants et sous-lieutenants sont choisis parmi les hommes distingués, souvent jeunes, de ce département, et qui dans leur quasi-totalité n'ont jamais porté l'uniforme. Ainsi Charles-Alexis Pelletier, d'Eclaron, est le frère du général polonais, Prudent Simon de Bémont, le fils du maire de Rupt. Pierre Magnien, de Neuilly-l'Evêque, et Claude Delcey, de Chaumont, sont clercs de notaire. Comme Falcony, le sous-lieutenant Jacob Feitz, de Nogent, est étranger : il est né en Souabe il y a 45 ans. Il est d'ailleurs le seul des lieutenants et sous-lieutenants à être déjà officier. 

 Les Haut-Marnais qui composent ce bataillon sont originaires de tout le département. On peut noter, au gré des compagnies, certains caractères géographiques, mais sans exclusivité. Prenons l'exemple de la 1ère compagnie. Son capitaine et son sous-lieutenant (Jean-Baptiste Léonard) sont Langrois, mais le lieutenant (Feitz) vient de Nogent. Le fourrier, Charles Villeminot, est Chaumontais, et deux caporaux, François Colin et Georges Fèvre, viennent de Saint-Blin, tandis que la très grande majorité des fusiliers sont originaires du Sud-est haut-marnais (secteurs de Bourbonne, Varennes, Laferté-sur-Amance, Fayl-Billot). Ce qui n'exclut pas la présence de soldats résidant dans le centre et le nord du département, comme Pierre Ance, d'Epizon, François Beurnot, de Montier-en-Der, Joseph Laurent, de Saint-Dizier, etc. Parmi les hommes originaires du canton de Nogent (hors la cité coutelière), âgés de 19 à 25 ans, certains sont affectés à la 3e compagnie, d'autres à la 7e ou à la 10e. Il est à noter que la commune de Louvières est l'une des plus prodigues en soldats de la garde nationale : sont partis pour Saint-Omer André-Nicolas Chrétiennot, Etienne, François et Jean Demongeot, Jacques Michel, Claude et Jacques Poinsot, Claude Guye (qui sera renvoyé). 

 La majorité des gardes nationales sont âgés de 21 à 23 ans. Parmi les 103 hommes de la compagnie Regnault, les benjamins sont le fourrier Villeminot, 18 ans, et Nicolas Chevaillier, de Fayl-Billot, 19 ans, tandis que les doyens se nomment Nicolas Semelet, de Rivière-le-Bois, Claude Collin, de Tornay, et Nicolas Figuet, de Genevrières, tous âgés de 25 ans. A la compagnie de grenadiers, le doyen est François Legros, d'Ageville, 32 ans, devant Pierre Le Moine, de Richebourg, 28 ans, et Louis Pierret, de Montier-en-Der, 27 ans. A l'échelle du bataillon, le benjamin n'a que 16 ans. Il s'appelle Laurent-Jules-Maximin-Amédée François, né le 6 avril 1793 à Bourbonne-les-Bains, fils d'un avoué chaumontais, Jules François, qui autorise l'adolescent à s'enrôler, par lettre du 29 août. (A suivre).

vendredi 6 octobre 2017

Pierre Druge (1766-1798), un "intrépide guerrier"

Son nom figure, comme celui du chef de brigade Gilles Despres (ou Desprez) ou de Margot, brigadier des guides de l'armée d'Italie, parmi les militaires de Bourbonne-les-Bains ayant été blessés depuis le début des guerres de la Révolution. Ce qui interpelle dans cette liste, c'est le nombre de blessures qu'auraient reçues le capitaine de hussards Pierre Druge : 38 ! 

 Selon son acte de mariage, Pierre Druge est né le 23 février 1766 à Vienne (Isère), fils de feu Joseph Druge, vinaigrier. D'après le général Thoumas, qui a évoqué la carrière de l'officier dans le journal Le Temps, en 1889, Pierre Druge s'enrôle en 1789 dans le 8e régiment de chasseurs à cheval. C'est en juillet 1793 qu'il se voit confier, comme capitaine, le commandement d'un escadron de partisans réunissant 50 puis 150 hommes recrutés dans les régiments de cavalerie de l'armée du Rhin, à l'initiative du général Landrémont et du représentant du peuple. Avec ce corps, Druge va se couvrir de gloire. 
Le futur maréchal Gouvion-Saint-Cyr se souvient ainsi d'un de ses faits d'armes, dans ses Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle. Le 2 décembre 1793, lors du combat de Berstheim, face notamment à la cavalerie du corps d'émigrés du prince de Condé qui sema la panique dans une colonne républicaine, «il nous arriva dans ce moment l'escadron de partisans, formé par le capitaine Truche (sic) avec des hommes choisis dans tous les corps. La bravoure de ceux qui le composaient est connue de tout ce qui a fait partie de l'armée du Rhin ; cet escadron n'appartenait à aucune division, il se portait sur un point ou sur un autre, ne suivant d'autre règle que la volonté de son chef ; on le lança au travers de la cavalerie des émigrés : c'était dans ces sorties affaires qu'il brillait particulièrement». 
Le 31 juillet 1794, vers Mücherein, Druge commande 40 hussards lorsqu'il est entouré par huit hussards bleus. Ainsi que le Dauphinois le racontera (témoignage cité dans la «Revue de Vienne»), il tue un adversaire mais son cheval est touché. Il reçoit alors deux coups de sabre sur la tête, un aux épaules, trois à l'avant-bras, et sa monture est prise. Druge parvient à la récupérer en tuant un deuxième cavalier ennemi avant d'être à nouveau entouré. 
Les nombreux faits d'armes du capitaine lui valent la reconnaissance de la Convention nationale, alors qu'il est capitaine au 7e régiment de hussards, dits de la Liberté. Il s'agit en fait du 7e régiment bis de hussards, qui a accueilli le corps de partisans de l'armée du Rhin le 30 mai 1794 (ainsi le lieutenant Fiteau, futur général) ou le 25 août. A noter que parmi les officiers de ce corps figure un Haut-Marnais, le futur chef d'escadron François-Nicolas Remy. 
Le 3 novembre 1794, Druge est présent à la barre de la Convention où «un membre observe qu'il a reçu 35 coups de sabre et cinq coups de feu... Le président a donné à ce brave hussard l'accolade au milieu des plus vifs applaudissements.» Le décret note que ces blessures «reçues à la défense de la patrie, le forcent de suspendre la continuation de ses services (…)» Puis, le 12 novembre 1794, un décret lui accorde 2 400 livres d'indemnité. Les députés parlent d'un «intrépide guerrier», souhaitant que le Comité de salut public obtienne «l'avancement auquel il a droit par ses actions héroïques, et par les blessures honorables qu'il a reçues». En effet, dans une missive datée du 8 novembre 1794, les représentants du peuple demandent que lui soit conféré le grade de chef de brigade du 1er hussards. 
Mais le Dauphinois doit aller se soigner à Bourbonne. Là, il fait la connaissance de Jeanne-Claude Chapelle, 39 ans, fille d'un homme de loi. Ils se marient le 15 août 1795, en présence notamment du chef de bataillon Ferdinand Deschamps (127e demi-brigade d'infanterie de ligne), des capitaines Louis Petit (16e demi-brigade) et Antoine Gault ou Got (94e demi-brigade). L'année suivante, il est toujours qualifié de capitaine au 7e hussards lorsqu'il est témoin du mariage d'un vétéran, toujours à Bourbonne. Finalement, sans avoir vraisemblablement servi à nouveau sous l'uniforme, Pierre Druge est victime d'un accident avec une voiture. Ce brave cavalier succombe à ses blessures en son domicile de la rue Porte-Galon, à 10 h du soir, le 23 septembre 1798. L'acte de décès, qui ne précise pas sa profession, indique que Druge avait environ 27 ans. Selon Charles Thoumas, il avait notamment été blessé grièvement les 23 mai et 30 juillet 1794, recevant, de juillet 1793 à juillet 1794, quatorze coups de sabre et trois coups de feu. Son nom a été donné à une rue de sa ville natale.

vendredi 26 mai 2017

Les Babelon père et fils, officiers au service de l'Espagne

Une correspondance préfectorale conservée par les Archives de la Haute-Marne apporte des renseignements sur des ressortissants de ce département servant dans l'armée, sous l'Empire, à titre étranger. Parmi eux, un Langrois, le chef d'escadron Jean-Baptiste Petitjean de Rancourt, à propos duquel il est précisé qu'il est parti, jeune, en 1787, suivre en Espagne un officier d'artillerie, Babelon. C'est le père de ce dernier qui nous intéresse d'abord. 
  Hubert Babelon a vu le jour à Chaumont le 7 avril 1723. Baptisé en l'église Saint-Jean-Baptiste, il est le fils de noble Hubert Babelon, conseiller du roi et procureur en la maîtrise des Eaux et forêts du bailliage de Chaumont, et de Marguerite Bouvardel. Entré dans la carrière militaire, Babelon servit dans le corps royal de l'artillerie. Situé comme officier de mineurs, en 1758, il fut du camp de Saint-Roch, devant Gibraltar, quatre ans plus tard. Capitaine au régiment d'artillerie de Metz, stationné à La Fère (Aisne), en 1774, le Chaumontais en commandait la compagnie de mineurs, cinq ans plus tard, avant d'être pensionné en 1781. C'est alors que Charles III, roi d'Espagne, a fait appel aux services de ce chevalier de Saint-Louis. Les troupes franco-espagnoles assiégeaient alors le fort Saint-Philippe de l'île de Minorque (Baléares), en 1782. Le choix s'était porté sur Babelon puisque selon un mémorialiste, il avait été le compagnon et le confident de M. de Vallière au camp de Saint-Roch, 20 ans plus tôt, et qu'il connaissait donc la péninsule. Après la prise du fort, Babelon est chargé des démolitions de l'ouvrage et des forts adjacents. Voilà pourquoi, selon la presse de l'époque, le roi le nomme, le 4 février 1783, «colonel en activité dans le corps de son artillerie» et, «pour marquer davantage la satisfaction qu'il a eue des services de cet officier, a nommé son fils lieutenant en pied dans le corps d'artillerie»
 Le fils en question, Louis Babelon, est le fruit de l'union d'Hubert, alors capitaine, seigneur en partie de Saint-Martin, et de Marie d'Argens, fille d'officier d'infanterie, union célébrée le 28 janvier 1764 à Chaumont. C'est donc adolescent qu'il a suivi son père en Espagne, mais selon le baron de l'Horme, c'est à Gras, près de Metz, avant 1794, qu'il a épousé Jeanne-Baptiste-Rosalie Petitjean de Rancourt, née à Langres en 1768 (morte avant 1821), sœur de Jean-Baptiste, d'où naîtront plusieurs filles. L'officier, appelé Don Luis Babelon de San Martin par les historiens espagnols, sera lieutenant du roi dans l'île de Minorque, à partir de l'été 1802, avec le grade de coronel (colonel). Sous l'Empire, Louis Babelon a l'occasion de gérer l'accueil de compatriotes faits prisonniers de guerre par les insurgés espagnols. Gouverneur de Mahon (capitale de Minorque), il voit en effet arriver, le 18 juin 1809, quelque 170 officiers français. L'un d'eux se souviendra que «M. Babelen (sic), gouverneur de Mahon, fut dénoncé à la junte de Palma et de Mahon par l'intendant, qui l'accusait de traiter les prisonniers avec trop d'égards et de douceur. Cette dénonciation fit supprimer la permission des bains de mer qui étaient si favorables à leur santé. Le gouverneur, mandé à Palma, se justifia aisément des imputations de l'intendant : mais le coup était porté. Le 21 octobre, les mesures les plus rigoureuses (…) en furent les résultats... Le 10 novembre, M. Babelen fut remplacé...» Selon une étude lorraine, Babelon sera à nouveau gouverneur de Mahon de 1814 à 1820. Et l'année suivante, il sera qualifié de général de brigade au service du roi d'Espagne, domicilié à Palma (Majorque). C'était à l'occasion du mariage d'une de ses filles, Marie-Jeanne-Clémentine de Babelon, née en Espagne en 1794, qui s'est unie... en Haute-Marne. Elle a en effet épousé le vétérinaire Varney à Prauthoy, en 1821. 
 Pour la petite histoire impériale de la Haute-Marne, un officier d'ordonnance de Napoléon natif de Montier-en-Der, Pierre-Augustin Berthemy, dût, au printemps 1808, dans un château de Palma de Majorque devant une révolte d'habitants – cet épisode a été évoqué sur ce blog.

samedi 28 janvier 2017

Michel Durand, général de l'an II décédé à Poulangy

En 1793, les Représentants du peuple, en mission auprès des armées de la République, avaient la liberté de procéder aux nominations de généraux. Des hommes promus à titre provisoire et qui n'ont pas toujours été confirmés dans leur grade. C'est le cas d'un futur citoyen de la Haute-Marne, dont la vie est particulièrement méconnue dans le département : Michel Durand. Lorsqu'éclate la Révolution, l'homme a déjà 50 ans. C'est un enfant de la Dordogne, né le 26 février 1739 à La Chapelle-Montmoreau, fils de Léonard, avocat. Lui-même étudiant en droit, il devient dragon (d'Aubigné) du roi en 1758, sous-officier en 1762. C'était après avoir pris part, entre 1758 et 1762, à cinq années de campagne. Porte-guidon en 1774, lieutenant en second en 1786, Durand devient quartier-maître trésorier avec rang de capitaine en 1788. Lieutenant-colonel le 31 janvier 1793, il est situé, au printemps, deuxième chef d'escadron au 2e régiment de chasseurs à cheval, sous les ordres du chef de brigade Laboissière (régiment dont nombre d'officiers sont originaires des Charentes), après avoir pris part à la campagne de 1792. Général de brigade le 11 octobre 1793, à 54 ans, Michel Durand commande, au 15 du mois, la place de Fort-Vauban, ou Fort-Louis, en Alsace. Selon des sources militaires, sa garnison se compose de 3 270 hommes, appartenant aux 37e et 40e demi-brigades de ligne, aux 1er bataillon de première réquisition de Strasbourg, 3e bataillon de Saône-et-Loire, 3e bataillon du Gard, et 12e bataillon des Vosges (où est officier le Haut-Marnais Salme, qui obtiendra bientôt les étoiles). Futur général de la Grande-Armée, le chef de bataillon Chambarlhac commande le génie de la place, assiégée par 7 000 hommes et quatre escadrons de cavalerie aux ordres du général de Lauer. Le blocus est marqué par des bombardements ennemis entraînant l'incendie des maisons proches du fort, si bien que sur proposition du conseil de guerre de la place, Durand sollicite le 15 novembre 1793 une capitulation avec les honneurs de la guerre. Prisonnier, le général Durand reste captif deux ans en Hongrie, rentre en France à la suite d'un échange le 21 août 1795. Non employé, ruiné par deux banqueroutes, il s'installe, à une date et pour une raison inconnues, à Poulangy, en Haute-Marne. Deux hommes présentés comme ses amis, Gaspard Michelin, desservant, domicilié à Poulangy, et Charles Descharmes, juge de paix du canton de Nogent, résidant à Marnay-sur-Marne, déclarent le décès de cet «ex-général de brigade», le 8 novembre 1807, à son domicile de la rue de l'Abbaye. Michel Durand s'était marié, en 1786, à Avesnes, dans le Nord, avec Sophie-Henriette Cohendet, née en 1772, fille d'un capitaine, chevalier de Saint-Louis, futur commandant de Strasbourg. Dame de la maison de la Légion d'honneur à Ecouen, elle deviendra première dame de l'impératrice Marie-Louise (1810-1814). Expérience qui donnera naissance à des souvenirs publiés en 1820. Mme veuve Durand, mère de trois enfants (dont Sophie), décède en 1850.

lundi 14 novembre 2016

Boulet fatal pour le général Damrémont

En octobre 1837, l'armée française assiège la place de Constantine. Voilà sept ans que les troupes du roi Louis-Philippe ont entrepris la conquête de l'Algérie, et pour cette nouvelle expédition, c'est le gouverneur-général des possessions françaises, le lieutenant-général chaumontais Charles-Marie Denys de Damrémont, qui dirige les opérations en compagnie du duc de Nemours. Nous sommes le 12 octobre 1837, l'assaut est imminent. Il est 8 h du matin. Damrémont s'en va examiner la batterie de brèche, puis, rapporte une relation des combats, il «s'avança imprudemment vers la partie occidentale de la colline de Condiat-Aty, pour observer, à l'aide d'une longue vue, l'effet du feu. Les boulets, les bombes et même les balles qu'il entendait siffler ou crever autour de lui, ne purent l'arrêter dans sa promenade téméraire. Il expia enfin ce mépris obstiné de la mort : un boulet de quatre le renversa sans vie. A peine eut il le temps de recommander à Dieu son âme intrépide par ce mot : «Mon Dieu!» qui lui échappa. Le général Perregaux, se penchant sur le corps de son ami, fut blessé au front par une balle.».» La mort du Haut-Marnais sera le sujet d'un tableau du fameux peintre Horace Vernet. Comme Damrémont, dont il est chef d'état-major, Perregaux est un ancien de la Grande Armée. Il mourra peu après en rentrant en France. La plupart des officiers généraux de l'expédition ont servi Napoléon. Ayant perdu un œil à Ligny (1815), Trézel avait été nommé maréchal de camp durant les Cent-Jours. Rullière était un ancien chef de bataillon d'infanterie en Saxe (1813), Valée (de Brienne-le-Château), qui succèdera au Haut-Marnais, était déjà général sous l'Empire, Rohault de Fleury, lieutenant-colonel. A noter que servait devant Constantine, qui tombera le lendemain, le futur maréchal de Mac-Mahon. Saint-Cyrien, colonel (1813) aide de camp du maréchal Marmont, Denys de Damrémont, mort au champ d'honneur à l'âge de 54 ans, était par ailleurs très lié avec d'autres gloires de l'Empire : il était le gendre du général Baraguey d'Hilliers, le beau-frère du général Foy. Son corps sera ramené par le bateau à vapeur Le Styx, arrivera en France le 13 novembre, sera déposé au lazaret de Toulon. Les obsèques du général Damrémont, Pair de France, seront célébrées le 5 décembre 1837 aux Invalides, en présence notamment du maréchal Moncey, et c'est à cette occasion qu'«un orchestre, composé de 300 musiciens, a exécuté la messe de M. Berlioz d'une manière digne de la grande solennité funèbre du jour». Il s'agit du fameux Requiem. La veuve du général, Clémentine, sera légataire universelle du maréchal Marmont. Damrémont était le père d'Auguste-Louis-Charles Denys, comte de Damrémont (1819-1887), qui épousera une demoiselle Hennessy originaire de la région de Cognac, et d'Henriette-Françoise-Clémentine. Pour compléter cet article, signalons que plusieurs Haut-Marnais ayant servi comme officiers sous l'Empire ont participé aux opérations d'Algérie : le lieutenant-colonel d'artillerie d'Esclaibes d'Hust (Echenay), le capitaine Foissey (Meuvy), le capitaine Lerouge (Flammerécourt), tué à Alger en juillet 1830, le capitaine Perrin (Lezéville), mort à Oran en novembre 1837...