![]() |
| La bataille de Neerwinden (détail). |
Le village de vignerons de Fresnes-sur-Apance, près de Bourbonne-les-Bains, présente cette singularité d'avoir donné aux armées impériales cinq officiers d'artillerie, dont quatre officiers supérieurs ! Parmi eux, deux frères : Pierre et François Legendre.
Le premier, Pierre, né le 13 novembre 1754, est le mieux connu puisqu'une notice des "Fastes de la Légion d'honneur" lui a été consacrée. Il s'enrôle, à l'âge de 20 ans, dans le régiment d'artillerie de Toul, à Grenoble, en novembre 1774. Son "pays" Antoine Claudel, né à Fresnes le 22 février 1792, l'accompagne dans ce choix. Les deux compagnons seront, avant la Révolution, sous-officiers dans un régiment qui s'installe à La Fère (Aisne) en 1786.
Moins de trois ans après ses aînés, François Legendre s'engage à son tour comme canonnier dans le régiment de Toul, le 1er avril 1777. Le fils du vigneron Jean Legendre et d'Anne Bouvier n'est âgé que de 16 ans, puisqu'il a vu le jour à Fresnes-sur-Apance le 23 mars 1761.
Trois frères dans le même régiment
François Legendre, dit Legendre "cadet", prend part aux campagnes de 1778 à 1783 sur les côtes de Normandie et de Bretagne, puis de 1787 en Hollande. Nommé sergent le 9 août 1788, il se marie, le 4 novembre 1788 à La Fère, avec Jeanne-Marie Molard. Cette Grenobloise de naissance de 18 ans est la fille d'Antoine Molard, lui-même caporal au régiment d'artillerie de Toul. Parmi les témoins de l'union, figurent deux frères de François Legendre, qui servent dans le même corps : Pierre, qui est sergent, et Pierre-Antoine, qui est deuxième canonnier !
Quelques semaines avant que n'éclate la Révolution française, Jeanne-Marie Molard donne une fille à son époux : Marie-Jeanne, née le 4 mars 1789 à La Fère.
Pour les deux frères, dont le régiment est devenu 7e d'artillerie à pied en 1791, commence une succession quasi ininterrompue de campagnes. Sergent-major le 11 août 1792, Legendre cadet prend part, avec l'armée du Nord, au siège de la citadelle d'Anvers. Enfin officier (il est promu lieutenant en second le 1er décembre 1792), il est du siège du fort Saint-Michel, près de Venlo, et de la bataille de Neerwinden (18 mars 1793). Quelques semaines plus tard, le 1er mai 1793, François Legendre se distingue près de Valenciennes : ses états de services précisent que ce jour-là, il "commandait deux pièces de 4 attachées au 2e bataillon de la Meurthe ; ayant été abandonné par les trois bataillons formant la brigade de droite de l'armée, il s'est défendu avec ses deux pièces, se battant seul en retraite par échelon contre quatre pièces d'artillerie à cheval et un escadron de cavalerie qu'il parvient d'arrêter".
Des bords du Rhin à la péninsule italienne
Nouvelle promotion après ce fait d'armes : le voilà lieutenant en premier le 1er juillet 1793. L'officier haut-marnais de 32 ans quitte l'armée du Nord pour celle de la Moselle, le 20 août 1793, servant au sein de la 20e compagnie de son régiment. Capitaine le 19 juin 1794, il est appelé à de nombreuses fonctions. Coïncidence : sa carrière croise la trace de nombreux Haut-Marnais. C'est ainsi qu'il se voit confier la surveillance du parc d'artillerie de la division du général Rémy Vincent, de Montier-en-Der. Après le blocus de Luxembourg, il passe à l'armée de Rhin-et-Moselle en avril 1795. Il est au siège du fort de Kehl, sous les ordres des chefs de brigade Lemasson-Duchesnoy (de Dommartin-le-Franc) et Lobréau (qui s'est marié à Chaumont), puis se rend à Deux-Ponts (théâtre d'opérations de l'armée du Rhin). Autre Haut-Marnais, le général Dommartin (également de Dommartin-le-Franc) lui ordonne, le 10 février 1797, de quitter l'armée du Rhin pour rejoindre le dépôt de son corps à La Fère, avant d'être employé dans l'armée d'Angleterre.
Prochaine affectation : l'armée de Naples, que le capitaine Legendre rejoint le 9 octobre 1798. Il quitte la péninsule le 20 juillet 1799 pour rejoindre le dépôt du 7e RAP à Metz, afin d' "y guérir un mal d'yeux gagné en Italie, qui le mettait hors d'état de faire un service actif aux armées sans exposer à perdre la vue entièrement". En avril 1800, on le retrouve à l'école d'artillerie de Metz, puis, le 10 juin 1800, il conduit le bataillon de Metz à Schaffhouse pour être incorporé et compléter les compagnies d'artillerie de l'armée du Rhin. Le 21 janvier 1802, il est réformé, désirant "jouir de son traitement de réforme à Metz".
Campagnes impériales
Mais, tout comme son frère Pierre également capitaine, François est affecté au 1er RAP le 2 juillet 1802. Nommé à l'armée des Côtes-de-l'Océan, François Legendre participe ensuite aux campagnes de la Grande Armée : l'Allemagne, la Prusse, la Pologne. Durant cette période, son frère Pierre, promu chef d'escadron d'artillerie à cheval en mai 1803, membre de la Légion d'honneur, est mis à la retraite le 27 octobre 1805.
A son tour, François qui commandait sans doute l'artillerie de la division Rivaud (1er Corps) en 1805, est nommé chef de bataillon le 9 mars 1806, à l'âge de 45 ans, et passe au 8e RAP. Membre de la Légion d'honneur sous le numéro de brevet 8 652 le 14 mars 1806, il est nommé sous-directeur d'artillerie à Metz le 25 mars 1808.
Le 17 novembre 1808, le chef de bataillon Legendre cadet est affecté à la place de Luxembourg, succédant à l'officier Dorveaux comme sous-directeur d'artillerie. C'est dans cette ville dont il intègre le collège électoral qu'il marie sa fille Marie-Jeanne au capitaine Louis Damas-Laurent, du 59e régiment d'infanterie de ligne, en 1810.
Pendant ces événements, la guerre fait toujours rage en Espagne - où l'ami Antoine Claudel, commandant le parc d'artillerie du 2e corps d'observation de la Gironde, meurt le 29 avril 1810 en rade de Cadix après avoir été fait prisonnier à Baylen - et au Portugal. Le 5 août 1811, ordre est donné au commandant Legendre de se rendre à Bayonne pour commander l'artillerie d'une division destinée à la péninsule. Mais à la date du 20 novembre 1811, se plaint le général Clarke, ministre de la Guerre, "non seulement, il [n'a] point exécuté [cet ordre], sous prétexte de santé, mais il a fini par faire en octobre la demande de sa retraite". Clarke serait enclin à ce qu'on la lui accorde. Mais Napoléon refuse le 23 novembre 1811. En outre, ordonne l'Empereur, "il faut le faire arrêter, mettre le scellé sur ses papiers, et le traduire à une commission militaire". Le 7 février 1812, Legendre est destitué.
La disgrâce est relativement brève. Le 22 avril 1812, le chef de bataillon est réemployé à l'armée du Portugal. En février 1813, il commande l'artillerie de la place de Santona (Espagne), sous les ordres du général Lameth. Un poste qu'il occupe jusqu'à l'évacuation de la péninsule.
Au retour du roi, François Legendre est retraité le 1er septembre 1814, percevant une retraite de 2 000 F. Il est domicilié à Ars-sur-Moselle. Mais le Haut-Marnais profitera peu de sa retraite, comme son aîné Pierre décédé à Metz le 15 mars 1814 : le 16 février 1817, il meurt à l'hospice Saint-François de Saint-Nicolas-de-Port, "des suites d'une maladie occasionnée par les dernières campagnes d'Espagne", selon son épouse qui est alors logée près de Dôle (Jura).
Deux autres enfants de Fresnes-sur-Apance furent également officiers d'artillerie sous l'Empire : le sous-lieutenant François Renaud (1781-1842) et le commandant Antoine-Nicolas Lejoyand. Quatre officiers supérieurs d'artillerie issus d'un même village sans aucune tradition avec cette arme : voilà qui est peu courant.
Source principale : SHD, 2 YE 2433, dossier individuel d'officier de François Legendre - état civil des communes de Fresnes-sur-Apance et La Fère.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire