lundi 10 décembre 2012

Joseph Gauthier, le vigneron qui devient chef de bataillon

Au moment où il embrasse, selon les règles de la conscription, le métier militaire, Joseph Gauthier exerce la profession de vigneron, dans le village de Poissons qui l'a vu naître, le 23 avril 1790, fils de Jean-Baptiste et de son épouse née Hébert. Le voilà qui, le 26 février 1809, alors qu'il n'a pas tout à fait 20 ans, rejoint, comme de nombreux Haut-Marnais, le 28e régiment d'infanterie légère, en qualité de conscrit. Un régiment qui, dès lors, va se battre en Autriche, puis dans la péninsule ibérique. Le 1er juillet 1813, il est promu lieutenant, à 23 ans. Trois ans plus tard, il est officier du 13e régiment, en non activité, puis en demi-solde (après six ans et huit mois de services), dans son village natal. L'homme retrouve un emploi au sein du 17e régiment d'infanterie de ligne (ex-Légion de la Haute-Garonne), durant la Restauration. Sa carrière se poursuit, jusqu'à être promu chef de bataillon, le 15 octobre 1840, pour servir au sein du 70e régiment d'infanterie de ligne (à Verdun). Alors membre de la Légion d'honneur (quoi qu'il ne soit pas recensé par la base Léonore), il est retraité en novembre 1847 et se retire à Paris, où il décède le 27 juillet 1868, à l'âge de 78 ans.

jeudi 15 novembre 2012

Ils ne sont pas revenus de Russie

Celles et ceux qui s'intéressent à l'Histoire de la Grande-Armée le savent bien : il reste difficile de retrouver la trace de grognards tombés en 1812 en Russie. Le département de la Haute-Marne n'échappe pas à ce constat. Bien rares, en effet, sont les extraits mortuaires concernant des militaires qui ne sont pas revenus de la tragique campagne. Quelques noms, toutefois, évitent l'oubli. Comme celui de Nicolas Noël, caporal dans la 17e compagnie du 2e bataillon du 5e régiment d'artillerie à pied. Cet enfant de Cerisières (canton de Doulaincourt) a trouvé une mort violente, le 29 novembre 1812, à deux lieues près de Vilna (aujourd'hui Vilnius, en Lithuanie) : il a été assassiné « par des habitants du pays ». La région de Vilna est également le tombeau de Jean-Auguste Noireau, maréchal des logis dans le 4e escadron de la gendarmerie d'élite, hospitalisé à Werky le 14 janvier 1813, mort le 2 mars, de Michel Candelot, de Giey-sur-Aujon, fusilier dans le 4e bataillon du 113e de ligne, mort de diarrhée en février 1813, ou de Nicolas Lesserteur, fusilier au 57e de ligne, originaire de Sarrey, mort le 4 octobre 1812. Voltigeur au 2e bataillon du 12e de ligne, Joseph Aubriot, de Cour-l'Evêque, décède le 29 juillet 1812 à Stettin. Fantassin au sein du même régiment, Pierre Vacherot, né en 1776, issu du bataillon de réquisition de Chaumont, tombe à La Moskowa. Citons encore Antoine Charles, de Vaux-sur-Blaise, flanqueur de la Garde, décédé le 28 octobre 1812 à Dantzig, ou Guyot, de Langres. Pour sa part, dans une monographie inédite sur les « Haut-Marnais et la Campagne de Russie », Pierre-G. Jacquot cite le tragique destin de Pierre Colot, né à Chaudenay en 1772, entré au bataillon bis du train d'artillerie de la Garde (1808), maréchal des logis (1811), disparu le 30 novembre 1812 en Russie.

lundi 22 octobre 2012

Boulland, une carrière sur le Rhin

C’est Constant, valet de Napoléon, qui rapporte cette anecdote dans ses mémoires : lors du passage de l’empereur à Saint-Dizier, le 27 janvier 1814, « un ancien colonel, M. Bouland, vieillard plus que septuagénaire, se jeta aux genoux de Sa Majesté, lui exprimant toute la douleur que lui avait causée la vue des baïonnettes étrangères et la confiance qu’il avait que l’empereur en nettoierait le sol de France. Sa Majesté releva le digne vétéran, en lui disant avec gaîté qu’elle n’épargnerait rien pour accomplir une si bonne prédiction. » Napoléon ne ménagera pas ses efforts, en effet, mais en vain… En fait de « vieillard », Edme-Joseph Boulland était certes âgé (pour l’époque), mais il n’avait que 67 ans. Si sa famille est d’origine bragarde, il voit le jour à Eclance, dans l’Aube (canton de Soulaines-Dhuys), en 1747. Son père, Nicolas, admodiateur de la seigneurie locale, est originaire de Saint-Dizier, sa mère, Françoise-Nicole Perrin, est la fille d'un maître de forges de Cirey-sur-Blaise. Edme-Joseph sera soldat du Roy, puis officier : en 1786, l’année de son mariage avec Jeanne-Marie Gillon, native de Maubeuge, il est quartier-maître trésorier, avec rang de lieutenant, du régiment de chasseurs à cheval des Pyrénées, en garnison à Philippeville. Au début de la Révolution, Boulland, qui est franc-maçon, occupe toujours cette fonction au sein de son corps, devenu entre-temps régiment de chasseurs de Guyenne, à Sarrelouis, puis au 8e régiment de chasseurs à cheval, où il est capitaine. La République lui permet un avancement rapide : le 14 novembre 1793, il est promu adjudant-général chef de brigade, c'est-à-dire colonel d’état-major. Il sert alors à l’armée du Rhin. Trois ans plus tard, il est le chef d’état-major de l’illustre général Desaix, qui commande un corps de l’armée de Rhin-et-Moselle. C’est en cette qualité qu’il se distingue le 2 octobre 1796, au soir de la bataille de Biberach, en obtenant la reddition d’un bataillon autrichien. Selon le futur maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui évoquera ce fait d’armes dans ses souvenirs, Boulland était accompagné de quelques ordonnances – une autre source dira : avec un faible peloton du 8e chasseurs à cheval, c'est à dire, au passage, son ancien régiment. L’adjudant-général sert toujours, en 1797, auprès de Desaix, et le 12 janvier 1798, le Directoire exécutif le désigne pour servir dans l’armée d’Angleterre. Il en est même le chef provisoire de l’état-major. Il ne semble pas servir en Egypte, mais rejoint plutôt le Rhin, à nouveau. Boulland termine sa carrière, sous le Consulat, comme adjudant-commandant dans la 5e division militaire à Strasbourg, en 1802, en 1803, année au cours de laquelle il cesse officiellement de servir le 26 août. Il a alors 60 ans. Retiré à Saint-Dizier, il sollicite en vain un emploi de capitaine dans le 1er bataillon des gardes nationales de la Haute-Marne mis sur pied en août 1809 pour servir dans les Flandres. Il rencontre donc Napoléon à Saint-Dizier le 27 janvier 1814, est fait chevalier de Saint-Louis sous la Restauration, et meurt à Saint-Dizier le 22 avril 1822. Edme-Joseph Boulland était l’oncle du colonel de cuirassiers Isidore Martin, futur maire de Saint-Dizier, et du lieutenant de cuirassiers François Boulland, tombé à Austerlitz. Il était surtout le père de Félix, né à Germersheim (Allemagne) en 1796, élève dans les écoles militaires de Saint-Germain et de Saint-Cyr, promu sous-lieutenant au 14e dragons le 14 mars 1814 (quelques jours avant la chute de l'Empire), et futur capitaine de cuirassiers.

jeudi 27 septembre 2012

mercredi 29 août 2012

Le commandant Salles, un Pyrénéen né près d'Auberive

Antoine-Charles-Joseph Salles n'est Haut-Marnais que de naissance. S'il voit le jour le 27 janvier 1774 dans le village de Vitry-en-Montagne (canton d'Auberive), il est le fils d'un docteur en médecine formé à Bordeaux, Hilaire Salles. Lorsqu'il rejoint les armées de la République, le 6 mai 1793, c'est au 3e bataillon des Hautes-Pyrénées, et non une unité de volontaires haut-marnais, que sert le jeune homme. Passé à la 15e de ligne, Salles prend part à l'expédition du général Hoche, en Irlande : fait prisonnier le 25 brumaire an V (15 novembre 1796), il ne rentre en France qu'un an plus tard. Promu sous-lieutenant le 11 ventôse an XIII (2 mars 1805), il est promu lieutenant le 4 mai 1807 et passe au 66e de ligne. Avec ce régiment, il sert en Espagne de 1808 à 1813. Capitaine de voltigeurs le 11 mai 1812, Salles a l'occasion de commander un bataillon de son régiment lors de la bataille des Arapiles (juillet 1812). Officier de grenadiers, il participe à la défense de Mayence, au cours de laquelle le général comte Morand le nomme chef de bataillon à titre provisoire le 7 janvier 1814. Confirmé dans son grade en février 1815, il est placé en demi-solde à Tarbes sous la Restauration. Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 1er novembre 1812, retraité à compter du 6 mai 1823, le chef de bataillon Salles décède le 24 janvier 1852. Sources : dossier de légionnaire (base Léonore) ; registres paroissiaux de Vitry-en-Montagne.

samedi 11 août 2012

Derniers légionnaires de l'Empire

Le 3 juillet 1815, depuis son quartier-général de Pont-d'Ain, le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, commandant de l'armée des Alpes, a accordé à plusieurs de ses combattants le droit de porter le ruban de la Légion d'honneur, en attendant la délivrance de leur brevet. Délivrance qui ne viendra jamais (abdication de Napoléon oblige), du moins pas avant que la page de la Restauration ne soit tournée. Pour le seul 14e régiment d'infanterie de ligne, qui a accueilli dans ses rangs quelque 2 300 conscrits haut-marnais sous l'Empire, ce sont 24 officiers, 17 sous-officiers et six hommes de troupe qui ont bénéficié de ce privilège, parmi lesquels au moins huit Haut-Marnais, apparaissant donc parmi les derniers légionnaires de l'Empire. Ils se sont distingués les 15 et 28 juin 1815 lors des combats savoyards de Tournon et de L'Hôpital-Sous-Conflans (aujourd'hui Albertville), face aux Piémontais et Autrichiens. Citons-les : les lieutenants Nicolas Royer (né à Chaumont en 1787, chevalier en 1832), Blaise Décot (né à Chalvraines en 1781, blessé le 28 juin 1815), les sous-lieutenants Nicolas Arnout (né à Rançonnières en 1782), Joseph Guyonnet (né en 1790, de Graffigny, canton de Bourmont) et Claude Ignard (de Langres). Parmi les sous-officiers, Jean-Claude Herbin, né en 1787 à Bailly-aux-Forges (canton de Wassy), a été incorporé en 1807. Caporal en 1808, sergent en décembre 1813, il a servi de 1808 à 1814 en Espagne. Licencié le 16 septembre 1815, retiré à Vitry-le-François (Marne), il ne sera fait officiellement chevalier de la Légion d'honneur qu'en 1838. Sergent également, Joseph-Denis Martin, né à Breuvannes-en-Bassigny (canton de Clefmont) en 1783, en service en l’an XIII, a lui aussi été promu par Suchet le 3 juillet 1815, et ne recevra sa décoration qu'en 1832, sous Louis-Philippe. En revanche, dans la liste des membres de cette promotion indiquée par le commandant Dupré (« Les Fastes du 14e de ligne »), le sergent-major Etienne Henry, de Vicq, est en fait déjà légionnaire depuis le 27 février 1815, donc durant la Première Restauration. Mais son dossier personnel précisera que le 28 juin, « il fut un des premiers à aborder l'ennemi », justifiant ainsi sa place parmi les braves de cette journée victorieuse (dix jours après Waterloo...).

lundi 16 juillet 2012

lundi 2 juillet 2012

Bicentenaire de la Campagne de Russie (II) : le colonel Pelgrin, artilleur de Gudin

Le baron Pelgrin est l'un des plus méconnus des colonels haut-marnais. Il a été rarement cité dans les rapports officiels. Difficulté supplémentaire : il est souvent confondu avec le général Pellegrin. La notice biographique que lui ont consacré Danielle et Bernard Quintin est ainsi essentielle dans la connaissance de cet officier. Christophe Pelgrin naît le 15 février 1772 dans le village d'Orquevaux, canton de Saint-Blin, et est baptisé le lendemain. Son père François, originaire de Bertheleville (Meuse), est maitre de forges dans la localité, et s'était marié, deux ans plus tôt, avec Jeanne-Marie de Laporte (sic) ou plutôt Delaporte, fille de Christophe, marchand chaumontais. Ce dernier est le parrain de l''enfant, qui semble donc apparenté avec l'avocat Laloy, futur député, et à son fils, le futur chef d'escadron Christophe Laloy, dont il a en commun le prénom. Selon Emile Jolibois, Pelgrin passe d'ailleurs sa jeunesse à Chaumont, ville d'origine de sa mère. Il intègre l'école d'artillerie de Châlons-sur-Marne le 6 octobre 1792, avec le 17e rang. Il a pour condisciples le futur maréchal Valée (de Brienne-le-Château), les futurs généraux Ruty et Charbonnel (sources : « Esquisse historique sur les écoles d'artillerie », Théodore Le Puillon de Doblaye). La promotion quitte l'école le 1er mai 1793, Pelgrin sortant avec le 13e rang. Lieutenant en second en juin 1793, affecté au 2e régiment d'artillerie à pied, il est promu lieutenant en premier le 26 août 1793, capitaine en second le 21 mars 1794, capitaine en premier le 3 juillet 1801. Au sein du 2e RAP du chef de brigade Faultrier, cantonné à Plaisance (Italie), il côtoie Pelletier, d'Eclaron, capitaine en second à la 1ère compagnie, lui-même étant capitaine en premier de la 9e compagnie. Promu chef d'escadron le 28 germinal an XI (18 avril 1803), le Haut-Marnais est affecté au 2e régiment d'artillerie à cheval du colonel Mossel, qui a son dépôt à Valence (Drôme). Membre de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII, il commande l'artillerie de la division du général Gudin (3e corps) lors des premières campagnes de l'Empire. Gudin lui rend d'ailleurs hommage pour son attitude à Auerstaedt (14 octobre 1806). Major le 7 juillet 1807, Pelgrin est promu colonel du 2e RAC le 7 juin 1809, entre les batailles d'Essling et de Wagram. Bénéficiaire de dotations à Trésimène et Rome en 1808 et 1809, baron d'Empire le 19 décembre 1809 (en même temps que les colonels Montbrun et Christophe, des chasseurs à cheval, et l'adjudant-commandant Boyer, sur présentation du maréchal Berthier), le colonel Pelgrin commande, pour la campagne de Russie, l'artillerie de la 3e division d'infanterie du 1er corps (maréchal Davout), toujours commandée par le général Gudin puis, après sa mort à Valoutina, par le général Gérard. Il dirige notamment des éléments du 7e d'artillerie à pied, du 3e d'artillerie à cheval, Selon Martinien, Pelgrin est blessé à la bataille de La Moskowa, le 7 septembre 1812, ainsi que le chef d'escadron Pons (qui se distinguera à La Berezina avec deux batteries d'artillerie à cheval) et le lieutenant Leboul, et décède en décembre, à l'âge de 40 ans. A noter qu'au cours de cette Campagne de Russie, le 2e RAC aura quatre officiers blessés : le capitaine Joseph Parmentier, né dans la Marne, les lieutenants François Clavey, Boisset et Delaide. Sa veuve, Geneviève-Julie Ducrot, se mariera en secondes noces avec un ancien intendant du royaume de Westphalie, Dupleix.

mercredi 20 juin 2012

Trois cavaliers nommés Richoux

Trois militaires haut-marnais portant le patronyme de Richoux ont servi comme officiers durant le Premier Empire. Didier voit le jour le 18 décembre 1762 à Foulain, fils de Nicolas, employé dans les fermes du roi, et de Jeanne Gérard. Servant au 7e chasseurs à cheval, il est promu lieutenant le 17 fructidor an III (septembre 1795), puis y a rang de capitaine sous le Consulat. Membre de la Légion d'honneur le 14 mars 1806, il devient capitaine instructeur dans la gendarmerie d'élite de la Garde le 10 septembre 1808, se bat en Russie, et décède le 12 mai 1814. Nicolas et Urbain sont frères : nés, pour le premier, à Chaumont, le 20 février 1776, pour le second vers 1771, ils sont les fils de Luc, maître bonnetier, et de Magdeleine Chatelain. Nicolas entre en service en août 1793 au sein du 4e chasseurs à cheval. Il est maréchal des logis-chef au sein du même corps lorsqu'il est fait membre de la Légion d'honneur le 14 brumaire an XIII (5 novembre 1804). Lieutenant dans la garde du vice-roi d'Italie, en 1809, il est ensuite, deux ans plus tard, adjudant-major au sein du régiment des chevau-légers du roi de Naples, qu'il sert jusqu'en 1814. Passé capitaine au 6e chasseurs à cheval sous la Restauration, il est placé en demi-solde à Chaumont. Retraité en 1818, il décède le 28 décembre 1828. Urbain est fait membre de la Légion d'honneur comme adjudant-sous-officier le 25 prairial an XIII (juin 1805). Capitaine au 7e régiment de cuirassiers, il est blessé le 21 mai 1809 (d'un coup de sabre au bras gauche), comme adjudant-major, à Essling. Malade, il décède le 22 mars 1813, à Joinville, au domicile de Jean Hanin, notaire dans cette ville, et inhumé le lendemain à Chaumont. Question : qui peut correspondre à Richoux-Chatelin (sic), brigadier du 8e cuirassiers, fait membre de la Légion d'honneur le 14 brumaire an XIII ? Un frère d'Urbain et Nicolas ?

jeudi 31 mai 2012

1808 - 1837 : les guerres d'Espagne du capitaine Pierrot

Domicile du chef de bataillon d'Empire Pierret (1786-1834) qui y décède, retraite de Pierre-G. Jacquot (premier historien contemporain du Premier Empire en Haute-Marne), le village de Cirfontaines-en-Ornois, dans le canton de Poissons, a donné naissance à Joseph-Roch Pierrot, fils de Nicolas, maître d'école, et de Thérèse Desprez, le 16 août 1788. Le jeune homme entre en service en juin 1807 comme soldat dans la 5e légion de réserve (qui deviendra 122e de ligne). Sergent en août 1808, il passe au 7e régiment d'infanterie de ligne en octobre 1809. Servant en Catalogne de 1808 à 1810, le Haut-Marnais rejoint ensuite l'armée d'Aragon en 1811, jusqu'en 1813. Entre-temps, il est passé sous-lieutenant porte-drapeau de son régiment le 28 juin 1813, puis lieutenant le 29 janvier 1814, avant de servir au sein de l'armée de Lyon. Selon son dossier de légionnaire (distinction obtenue en octobre 1814), il a commandé une compagnie de partisans (sic) créée par le général Henriot, gouverneur de Lérida, du 20 juillet au 8 novembre 1811. Licencié en septembre 1815, Pierrot est placé en non activité à Curel. C'est en janvier 1822 qu'il reprend du service, comme lieutenant au 58e de ligne (ex-Légion du Tarn-et-Garonne). Le 12 avril 1829, il est promu capitaine, toujours au 58e, avant de rejoindre la Légion étrangère, dont le premier dépôt, commandé par le chef de bataillon Sicco – qui se serait suicidé - puis par le capitaine d'état-major Salomon de Musis, est resté à Langres du 9 au 21 mars 1831 (avant de gagner Bar-le-Duc). Cette Légion va prendre part à partir de 1835 à une guerre civile espagnole, et le capitaine Pierrot, commandant par intérim le 4e bataillon (à l'origine composé de légionnaires ibériques), se distinguera le 24 mars 1836 au combat de Zubiri. Sa conduite lors d'un combat sur la Pobla lui vaudra de recevoir la croix de 1ère classe de l'ordre de Sainrt-Ferdinand d'Espagne. Toujours capitaine, il cesse de servir le 21 juin 1837. Marié depuis 1816 avec une Vosgienne, il décède le 19 janvier 1850, à l'âge de 62 ans. Sa veuve réside en 1851 à Paris.

mercredi 2 mai 2012

lundi 26 mars 2012

Le sous-lieutenant Tanret, cavalier blessé à trois reprises

François Tanret naît à Joinville le 1er janvier 1790. Il est le fils de Henry, marchand puis aubergiste, et de Jeanne Foissy, originaire de Rouvroy-sur-Marne, qui se sont mariés l'année précédente.

A 18 ans, le jeune homme, qui mesure 1,73 m, est admis, en qualité de vélite, dans les dragons de la Garde, le 27 décembre 1808. Promu sous-lieutenant, il est affecté au 6e régiment de chevau-légers lanciers (ex-29e dragons). Avec ce corps, Tanret est blessé à trois reprises durant les campagnes impériales : le 18 octobre 1812, à Winkowo (Russie), le 22 février 1814 à Méry-sur-Seine (France), et le 16 juin 1815 à Ligny (Belgique).
En raison de ses blessures, le Joinvillois jouit du traitement de réforme à compter du 1er janvier 1821.

Il revient dans sa ville natale, dont il sera maire.
Médaillé de Sainte-Hélène, membre de la Légion d'honneur depuis le 6 août 1852 (en raison de treize ans de service, cinq campagnes, trois blessures), il décède à Joinville le 6 décembre 1874, à 84 ans

mardi 6 mars 2012

Le capitaine Pierrot, né et mort à Pressigny

Nicolas Pierrot est, avec les trois frères Jobert (21e de ligne) et Rouhier (18e de ligne), l'un des cinq enfants – à notre connaissance – du petit village de Pressigny, dans le canton de Fayl-Billot, à être devenus officiers sous l'Empire.

Fils de Jean-Baptiste, bourgeois, il voit le jour le 7 mars 1784. Il a 22 ans lorsque le 20 février 1806, comme le Wasseyen Ambroise Baudot, il intègre les rangs des grenadiers à cheval de la Garde impériale en qualité de vélite. Avec ce corps, il se bat en Prusse, en Pologne, en Pologne.

Promu sous-lieutenant le 3 juin 1809, affecté au 11e régiment de cuirassiers, il sert en Autriche, en Russie, en Saxe. Le 14 mai 1813, Pierrot est promu tout à la fois lieutenant et chevalier de la Légion d'honneur. C'est lors de cette campagne de Saxe que le 27 août 1813, au combat de Dresde, un coup de lance traverse son bras droit. Ce qui ne l'empêchera pas de prendre part ensuite aux combats de France et de passer, à 30 ans, capitaine, le 19 février 1814.

Sa carrière s'arrête là. Le capitaine Pierrot se retire dans son village natal et, en 1818, il perçoit une pension de retraite en raison de « blessures graves » (sic). Epoux d'une demoiselle Chanteret, père de trois enfants, il décède à Pressigny le 25 juilllet 1839, à l'âge de 55 ans.

Il était le frère de Jean-Baptiste, né en 1782 à Pressigny, affecté au 12e chasseurs à cheval sous le Consulat.

samedi 11 février 2012

Bicentenaire de la Campagne de Russie (I) : le parcours du sous-lieutenant Dauvé

La Campagne de Russie, de sinistre mémoire, eut lieu il y a 200 ans. Nous inaugurons une série d'articles qui lui sera consacrée par l'évocation de la carrière du sous-lieutenant Dauvé, un officier fait prisonnier dans les neiges du vaste empire du tsar.

Fils de Jean, manouvrier, Jean Dauvé a vu le jour à Leffonds (canton d'Arc-en-Barrois, arrondissement de Chaumont) le 8 septembre 1770. Entré en service en août 1793, il était sergent-major lorsqui'il a été fait membre de la Légion d'honneur en août 1809, après Wagram (où il a été blessé). C'est en juin 1812 qu'il est promu sous-lieutenant, pour servir dans la 1ère compagnie du 1er bataillon du 12e régiment d'infanterie de ligne. A la bataille de Valoutina (août 1812), il reçoit un coup de lance et une balle. Après La Moskowa, il écrit, le 28 septembre, une lettre à son père. Dauvé lui rapporte la mort d'un ami, Vacherot, de Brottes : « J'ai cherché à lui donner du secours, mais il était inutile, car le coup était trop mortel, car la balle l'avait attrapé à la tête et à peine m'a-t-il reconnu, et j'ai eu en même temps beaucoup de chagrin, car nous étions toujours ensemble... »
Ayant eu, en Russie, les pieds gelés, perdant tous les orteils du pied droit et trois orteils du pied gauche, le sous-lieutenant Dauvé est fait prisonnier le 5 janvier 1813. Son témoignage figure dans l'ouvrage « Lettres interceptées durant la campagne de 1812 ».

Rentré en France le 4 novembre 1814, placé en demi-solde, il reçoit la médaille de Sainte-Hélène et meurt dans son village de Leffonds le 20 décembre 1865, sous le Second Empire, à l'âge de 85 ans.

Dauvé n'était pas le seul Haut-Marnais à servir comme officier au 12e de ligne, unité de la division Gudin du 1er corps (maréchal Davout)  :
. futur député de la Haute-Marne, Louis-Edouard de Beaufort, de Frampas, issu de l'école de Fontainebleau, sera promu chef de bataillon en août 1812, à l'âge précoce de 26 ans, et sera blessé à Wiasma ;
. le chef de bataillon Jean-Pierre Guyot, de Lanty-sur-Aube, chef du 3e bataillon, nommé major début 1813 dans un autre corps ;
. le capitaine Henry Guerinot, de Langres, lui aussi passé par Fontainebleau, tombe à Valoutina à l'âge de 23 ans ;
. le capitaine Jean Viniot, de Latrecey, de la 4e compagnie du 5e bataillon, meurt à l'hôpital de Magdebourg le 19 octobre 1812.
. le capitaine Edme Roussel, de Dinteville, est blessé à Wiasma.

vendredi 27 janvier 2012

Un colonel d'Empire : Jean-Claude-Simon Regnault

Le colonel Regnault. (Photo DR). Jean-Claude-Simon Regnault aura fait preuve de patience. Vingt-huit ans se sont en effet écoulés entre son entrée en service, sous l'Ancien régime, et sa promotion au grade de colonel. C'est à Chatoillenot, dans le canton de Prauthoy, qu'il voit le jour le 28 octobre 1763. Il est le fils de Pierre-Simon Regnault, président du grenier à sel de Montsaugeon, et de son épouse née Poullain. Sa marraine n'est autre que l'épouse de Petitjean, procureur en la cour royale à Langres, et lui-même sera le beau-frère d'Alexandre-François Marque de Lanty, conseiller du roi. L'enfant a beau être né roturier, il baigne donc dans un environnement familial plutôt aisé.

Il a 21 ans lorsqu'il devient commis aux aides, avant d'intégrer le régiment de Hainaut en 1788. Comme nombre d'hommes de sa génération, sa carrière est « boostée » par la Révolution : dès 1792, il est propulsé capitaine adjudant-major d'un bataillon de volontaires nationaux, non pas de son département natal, mais de celui du Var (le 8e, dit de grenadiers). Avec cette unité, il passe dans la 60e demi-brigade, puis dans la 12e, où il retrouve ses compatriotes issus du bataillon de réquisition de Chaumont. En 1797, il est promu, à 34 ans, chef de bataillon par Bonaparte en Italie (20 ventôse an V), après le passage du Tagliamento, et placé à la tête du 3e de la 12e.

Fait prisonnier le 20 juin 1799 au sein de l'armée de Naples, Regnault passe chef de bataillon au 92e régiment d'infanterie de ligne (4 mars 1805), Membre de la Légion d'honneur (26 prairial an XII), il sert en Autriche (Austerlitz), puis est promu major du 62e régiment d'infanterie de ligne (27 octobre 1808), se battant à Wagram et à Naples (1809-1811), puis en Espagne de 1812 à 1813.

Colonel du 62e régiment d'infanterie de ligne (12 juillet 1812), régiment qui se bat aux Arapiles, à Vitoria, à Saint-Sébastien – il ne paraît pas être le colonel qui défend la ville de Navarrenx durant l'hiver 1813-1814 -, chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion d'honneur (août 1814), il commande le 62e devenu 58e sous la Restauration (1er septembre 1814) jusqu’au 1er juin 1815. Durant les Cent-Jours, son régiment ayant repris les traditions du 62e sert sous les ordres du général Clavel dans le Nord-Est de la France. Le chef de corps est assisté des chefs de bataillon Bourgeois et Célestin-Joseph Blot, 26 ans – mais selon Frédéric Berjaud, le 62e est plutôt passé le 1er juin sous les ordres du colonel Ricard.

Mis en non activité (26 juin 1815), retraité en 1816, le colonel Regnault meurt à Langres le 21 novembre 1823.

lundi 23 janvier 2012

Les frères Descharmes

Le baron de L'Horme, auteur de notes généalogiques fort appréciées des chasseurs d'ancêtres haut-marnais, signale, dans le dossier consacré à la famille Descharmes, l'existence d'un officier portant ce patronyme (pas de prénom indiqué), mort en Russie, à Polock (sic) en 1812, fils d'Augustin, aubergiste et maire de Longeau (arrondissement de Langres).
Le fameux tableau des officiers tués et blessés durant l'Empire établi par Martinien ne confirme pas cette information. Il est toutefois hautement probable que cet officier corresponde à Toussaint Descharmes, né le 6 juin 1786 à Foulain (arrondissement de Chaumont), effectivement fils d'Augustin, bourgeois et maître de forges à Rochevilliers (écart du village de Crenay, aujourd'hui commune de Foulain), et de Claudine Richardot (ils se sont mariés à Longeau en 1784), petit-fils de Toussaint, «seigneur en partie de Marnay ». Le jeune homme intègre comme élève l'école spéciale militaire de Fontainebleau et rejoint, à sa sortie, le 6e régiment d'infanterie de ligne. Sa trace est ensuite perdue.
Les Descharmes ne sont pas légion. Ainsi, la base des membres de la Légion d'honneur n'en recense qu'un seul ayant servi sous l'Empire : c'est Victor-Emelie, un Haut-Marnais, et d'ailleurs le frère de Toussaint. Il n'est donc pas impossible que Toussaint corresponde au capitaine d'état-major Descharmes, commandant de place à Bechenkovitch, en Russie, capturé, frappé à coups de sabre et de pique, dépouillé et emmené à Vitebsk, et dont on ignore ensuite le sort.

Quant à Victor-Emelie Descharmes, né à Foulain le 17 décembre 1794, fils d'Augustin – devenu cultivateur à Foulain – il intègre l'école de cavalerie de Saint-Germain le 26 novembre 1812 et est promu sous-lieutenant le 17 décembre 1813 pour servir au 2e régiment d'éclaireurs de la Garde. L'anthologie «Victoires et conquêtes » le cite parmi les défenseurs de la place de Soissons, en 1814. Blessé à Waterloo, Descharmes poursuivra sa carrière sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, parvenant au grade de capitaine en 1838. En 1850, un décret du président de la République autorisera cet officier retraité du 1er lanciers, domicilié à Marseille, à servir la régence de Tunis. Demeurant à Juilly (Seine-et-Marne), mort en 1864, il était, selon le baron de l'Horme, le cousin de Toussaint, garde du corps du roi (compagnie de Noailles). Son fils sera général (né à Caen).

Sources : notes généalogiques du baron de L'Horme ; travaux de Pierre-G. Jacquot ; état civil de la commune de Foulain ; informations de Régis Barreau.

mardi 3 janvier 2012

Un aide de camp nommé Loyal

Comme le capitaine d'infanterie – puis chef de bataillon de la garde nationale - Symphorien Prouères, comme le capitaine de chasseurs à cheval Antoine Mege, Antoine Loyal est le fils d'un employé de la fameuse manufacture de faïence d'Aprey (canton de Longeau). Respectivement originaires de Nevers (Nièvre) et d'Is-sur-Tille (Côte-d'Or), Jacques Loyal, couvreur, et Thérèse Virot étaient mariés depuis trois ans lorsque naît leur fils le 3 mai 1774.

Antoine Loyal a 19 ans quand il est incorporé, le 23 juillet 1793, dans le 8e bataillon de volontaires nationaux de la Côte-d'Or, qui sera versé dans la 60e demi-brigade puis dans la 12e demi-brigade d'infanterie de ligne. Caporal le 23 août 1793, sergent le 22 septembre 1794, sergent-major (hiver 1801-1802), Loyal est promu sous-lieutenant (30 juin 1804), à l'âge de 30 ans. 
Passé au 17e de ligne, il est affecté comme capitaine, en 1808, au 119e régiment, et il est blessé le 22 mai 1809 au passage de la Deba, dans la péninsule ibérique. Il quitte ce régiment le 14 avril 1813 pour servir, comme aide de camp, le général dijonnais Gruardet - les parents de Loyal résident dans le chef-lieu de la Côte-d'Or. Sous ses ordres, l'enfant d'Aprey sera encore blessé à deux reprises : le 31 août 1813, lors du passage de la Bidassoa, puis le 13 décembre, devant Bayonne. Il semble ensuite se battre, en février 1814, à Orthez avec l'armée des Pyrénées.
Capitaine aide de camp "domicilié de droit et de fait à Dijon", Antoine Loyal épouse Catherine Beyer à Dax (Landes), en novembre 1814, et se fixe dans cette ville. Cessant de servir le 1er juillet 1818, à 44 ans, Loyal est domicilié rue Neuve, à Dax, commandant provisoire de la garde nationale de cette ville, lorsqu'il décède le 27 mars 1834, à l'âge de 59 ans.

Sources : registre paroissial d'Aprey et registres d'état civil de Dax ; registre matricule du 12e régiment d'infanterie de ligne ; contrôle des officiers du 119e régiment d'infanterie de ligne ; A. Martinien ; Bulletins des lois de la République.