lundi 14 mai 2018

Les ultimes lettres d'un garde national


En 1908, la Société d'histoire départementale de la Révolution dans l'Aube a publié, dans son bulletin, les lettres d'un sergent de la 56e cohorte de la garde nationale, Edme-Alexis Garnier. L'homme servait ainsi dans la même unité que le sergent-major Marcq, d'Eclaron, dont les souvenirs ont été présentés sur le blog de Christophe Bourrachot, "L'Estafette".

Que savons-nous du sous-officier ? Qu'il est né le 24 mars 1789 à Prunay-Saint-Jean, hameau de la commune de Saint-Jean-Bonneval, dans l'Aube, fils de Jean-Alexis et de Marguerite Thiryon. Il a été incorporé en avril 1812 dans cette cohorte, comme de nombreux compatriotes et Haut-Marnais, destinée à être organisée à Dijon.

La première lettre adressée à ses parents est d'ailleurs écrite depuis la capitale des ducs de Bourgogne, le 24 juin 1812 (nous avons rectifié l'orthographe et la syntaxe) : «Nous avons reçu l'ordre pour partir de Dijon le 25 du courant pour (nous) diriger vers Utreik (Utrecht) en Hollande rejoindre nos camarades qui sont partis le 25 mai ; nous avons 31 jours de marche et 100 lieues (à faire), ce qui causera beaucoup de fatigue à bien des soldats, car les grandes chaleurs accablent les hommes en marche, et nous quitterons le vin (sic) au bout de huit jours. Je vous dirai que le second ban marche dans plusieurs départements, ce qui est l'auteur de notre départ, parce que nous lui (faisons) place pour (tous) entrer dans la division, ce qui me fait de (la) peine de m'éloigner si loin de vous tous et de ne pas avoir le bonheur de recevoir de vos nouvelles avant mon départ… Je quitte Dijon sans regret attendu, que le soldat ne peut pas vivre.» Dans ce courrier où il cite les noms de conscrits aubois (Léon Ménuel, cousin de son maître d'école, Patrois, Millot, Baudouin, etc.), Edme-Alexis Garnier, qui est sergent depuis le 4 mai, ajoute : «J'ai oublié de vous dire que nous sommes habillés en uniforme et armement complet, ce qui nous charge beaucoup. Nous avons fait présent de tous nos effets pour la monnaie d'une bouteille.»

La 56e cohorte du premier banc de la garde nationale fait mouvement vers les Pays-Bas. La deuxième lettre publiée par la Société est donc datée du 27 juillet 1812, à Utrecht. Sous-officier dans la 5e compagnie, Garnier raconte à ses parents son «voyage» : «Je m'empresse, le coeur navré de douleur, de vous écrire ces lignes pour m'informer de l'état de vos santés. Quant à moi, je me porte assez bien, gloire à la Providence… Nous sommes casernés en arrivant ; le pays est très malsain. Plusieurs tombent malade ; mon camarade de lit est à l'hôpital pour la fièvre. Plusieurs sont restés en route par la fatigue, moi je n'ai pas fatigué du tout ; nous avons eu de très mauvais temps les premiers jours de marche, il tombait de l'eau tous les jours… Nous avons passé dans de très mauvais pays, surtout dans les Ardennes. Je suis passé à Luxembourg où j'ai eu l'avantage de voir l'ami Nicolas Papin...»

Après Utrecht, direction Brême (Allemagne), sur le fleuve Weser. Le sergent Garnier évoque, dans cette troisième et dernière lettre publiée, le 24 décembre 1812, les conditions climatiques : «Je réponds à votre (lettre) datée du 27 novembre dernier, que j'ai reçue la veille de notre départ d'Aurich… S'il m'était possible de vous embrasser ! Mais la distance qui nous sépare y met un obstacle bien pénible. Souhaiter la bonne année est un usage général, chacun s'en fait un devoir… Nous sommes dans un endroit très froid. La gelée a commencé le premier décembre, dont la continuation a augmenté tous les jours ; l'on a remarqué que dans neuf heures de temps la glace avait six pouces d'épaisseur...»

Que devient ensuite l'enfant du hameau de Prunay-Saint-Jean ? L'article ne l'indique pas. Mais le registre matricule du 153e régiment d'infanterie de ligne nous renseigne sur son destin. Le 22 février 1813, Edme-Alexis Garnier est incorporé dans la 1ère compagnie du 2e bataillon. Celui-ci a été formé par la 56e cohorte, et il est aux ordres d'un jeune Troyen de 30 ans, le chef de bataillon Alexandre De Jougla-Lamothe. Sa compagnie est aux ordres du capitaine Bertrand, avec Jean-Joseph Vincent comme lieutenant et Claude Richier comme sous-lieutenant. Engagé dans la Campagne de Saxe, l'Aubois se bat le 26 mai 1813 à Hainau, où il est blessé. Puis le registre note qu'il a été rayé pour cause de longue absence le 5 novembre 1813...

lundi 23 avril 2018

L'adjudant général Tabary, un Joinvillois mort sous la guillotine


Originaire d'Arras, né vers 1759, Philippe-Joseph Tabary est devenu Haut-Marnais par son mariage. Fils de Pierre-Ghislain, originaire de Bailleulmont (Pas-de-Calais), et de Marianne Duhamel, il a en effet pris pour épouse, le 18 octobre 1784, à Wassy, Margueritte-Elisabeth Rassenet, fille d'un blanchisseur. La profession du jeune marié, originaire de la paroisse Sainte-Croix d'Arras, n'est pas précisée dans l'acte, pas plus qu'au moment du baptême de son fils Philippe-Guislain-Joseph, né dans la paroisse Saint-Géry d'Arras le 2 décembre 1785. 

C'est à Joinville que la famille vient s'installer. Tabary, qui mesure 1,72 m, a 32 ans lorsqu'il se porte volontaire pour défendre la patrie le 18 septembre 1791 en mairie de Joinville, au moment de la formation du 1er bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne. S'il rejoint cette unité, il y sert peu, puisque Pierre-Gérard Jacquot ne le mentionne pas parmi les cadres de l'unité en 1793. On le retrouve cette année-là comme adjoint aux adjudants-généraux. Tabary sert à l'armée de l'Ouest, lorsque, d'après Baguenier-Désormeaux («Kléber en Vendée»), le général Rossignol, «d'après la connaissance certaine qu'il avait de son patriotisme et de sa bravoure», demande pour lui, au ministre de la Guerre, le grade d'adjudant-général, le 29 août 1793. 

Commandant à Saint-Georges-sur-Loire, le Joinvillois fait l'objet d'une première demande d'arrestation, le 5 octobre 1793, par le Comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers. Ce qui ne l'empêchera pas de combattre quelques jours plus tard contre les Vendéens marchant sur Nantes et Angers. Dès 1809, un récit raconte que le 18 octobre 1793, 2 à 3 000 Vendéens, «arrivés les premiers à Varades, avaient repoussé jusqu'aux portes d'Angers le peu de troupes que leur avait opposé l'adjudant-général Tabary, défendant le poste d'Ingrandes. Tabary perdit deux canons...» Lorsque les éclaireurs ennemis se replièrent sur Caudé, «l'adjudant Tabary et le commissaire Duverger les suivirent, et s'engagèrent imprudemment à trois lignes de l'armée, sans pouvoir être soutenus. Arrivés à Ingrandes, ils mirent pied à terre. Les éclaireurs vendéens filèrent pour les envelopper dans les vignes qui bordaient la route. L'adjudant général Tabary s'élance sur son cheval et fuit au grand galop. Le commissaire Duverger voulut le suivre, mais sa selle tourna et le fit tomber. Il reçoit dans cet instant un coup de fusil...» Le malheureux est achevé, tandis que «les hussards républicains se sauvèrent à bride abattue vers Chantocé...»

Ce revers valut à Tabary d'être de nouveau arrêté et emprisonné à Angers. Dans le Bulletin historique et monumental de l'Anjou, M. du Réau, autre détenu de cette période tourmentée, raconte : «Le général Tabary, qui partageait notre sort quoique forcené républicain, élève la voix et dit : Camarades d'infortune, voici le moment le plus critique, il ne convient de témoigner ni crainte ni espérance, soyons calmes. Ce général Tabary, qui était accusé d'avoir abandonné le poste d'Ingrandes aux Vendéens, était furieux de se croire confondu avec des royalistes ; il murmurait et jurait à tous moments contre l'ingratitude de son parti. Oui, me dit-il, toujours j'ai tout sacrifié pour la république ; j'étais à Sedan (sic) à la tête d'une manufacture d'amidon, je me suis engagé avec 40 de mes ouvriers, et voilà le prix de mon dévouement».

Traduit devant la justice révolutionnaire, «malgré tout l'étalage de ses services et la jactance de son habit qui lui était ordinaire» (du Réau), l'officier «subit son arrêt en criant vive la République». Condamné à mort le 3 février 1794, il est guillotiné le lendemain, place du Ralliement à Angers. Le Mercure précisera qu'il était «convaincu de haute trahison dans (son) commandement», comme le général Destimanville.

Quelques jours plus tard, le 15 février 1794, le Comité de surveillance de la commune de Joinville vient poser des scellés sur la demeure de l'adjudant général Tabary. La confiscation des biens est justifiée par le fait que l'officier «vient de subir la peine de mort pour trahison par lui commise dans le commandement de l'armée à laquelle il était attaché». L'on apprend, par l'acte, que sa veuve ne réside plus dans la demeure : son état de santé l'a amenée en effet à loger chez un prêtre voisin, Andoire. Les scellés seront finalement levés quinze jours plus tard. Ce compte-rendu permet d'apprendre que la maison Tabary donnait sur le faubourg du Grand-Pont, que l'homme louait également une grange au quai des Péceaux et une maison du faubourg de Lorraine, enfin qu'il avait signé une séparation de biens avec son épouse le 10 juillet 1790 et qu'il possédait bien un étal d'amidonnerie, sans qu'il soit précisé s'il était situé à Joinville  ou en un autre lieu.

Concluons cette évocation en signalant que la famille Tabary restera attachée à la cité, puisqu'au moment d'être mis en demi-solde, le fils Philippe-Ghislain-Joseph, devenu capitaine d'infanterie légère de Napoléon, s'y retirera provisoirement en 1814 et 1815, avant d'être admis dans l'armée du roi.


lundi 9 avril 2018

La vie haut-marnaise et auboise du sergent Fricasse




«Je suis né le 13 du mois de février 1773, dans le village nommé Autreville, à deux lieues de Chaumont en Bassigny, chef-lieu du département de la Haute-Marne. Je suis fils légitime de Nicolas Fricasse, jardinier, et d'Anne Corniot, de la dite paroisse.» Ainsi commence le journal de marche du sergent Jacques Fricasse, «publié pour la première fois par Lorédan Larchey d'après le manuscrit original» en 1882.
Il s'agit du plus célèbre témoignage provenant d'un volontaire de la République, à tel point que des manuels scolaires en reproduiront des extraits. Grâce à ce récit, le parcours militaire de Jacques Fricasse, entre 1792 et 1800, est bien connu. Il n'en est pas de même pour sa vie civile. Lorédan Larchey, qui tenait ce journal de Jules de Forge, de Vesoul, ne souffle mot de son destin dans son propos introductif. C'est cet aspect que nous aborderons ici.

Le berceau paternel du soldat se situe dans les Vosges. Le grand-père, Claude Fricasse (ou Frigasse), était domicilié à Jubainville, près de Neufchâteau. Le père, Nicolas, exerçait la profession de jardinier à Autreville-sur-la-Renne, et c'est dans ce village, le 9 avril 1771, qu'il a pris pour épouse Anne Cornuot, fille d'un vigneron. Jacques est leur deuxième enfant. Une fille, Jeanne (mariée en 1796 à Longchamp-sur-Aujon avec Charles Choquet), est née en effet à Autreville le 3 février 1772. Un autre fils, Jean, verra le jour dans ce village le 24 mars 1775 à Autreville, puis deux garçons à Juzennecourt, en 1776 et 1778.

En effet, alors que Jacques est très jeune, Nicolas Fricasse part travailler comme jardinier auprès du seigneur de Juzennecourt. «C'est dans cet endroit que j'ai été élevé et que mes parents m'ont appris à connaître ce que devait savoir un honnête homme», écrira le futur sous-officier. Puis le père s'en va cultiver les jardins des Bernardins de Clairvaux, où son fils s'instruit.

Lorsque la Révolution éclate, Jacques, qui n'a que 16 ans, est au service du marquis de Messey, officier seigneur de Braux-le-Châtel, puis à celui de Quilliard, commandant la garde nationale du canton de Châteauvillain (devenu Ville-sur-Aujon). C'est à l'appel de celui-ci qu'il se porte volontaire en août 1792 pour rejoindre le Bataillon Biron, 3e bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne. Durant le séjour de l'unité dans la région de Wassy où elle s'organise, Fricasse est nommé caporal au sein de la 6e compagnie du capitaine Lemoine. Le 12 avril 1793, tous font mouvement pour Metz puis l'armée du Nord. Ainsi commence sa période militaire...

Devenu sergent dans la 3e demi-brigade d'infanterie de ligne (après être passé par la 127e), le Haut-Marnais ne reverra sa Champagne natale qu'en 1799 ! Il venait d'être blessé d'une balle à l'avant-bras gauche lors de la bataille de Lecco, en Italie. Entre-temps, sa famille s'est installée à Longchamp-sur-Aujon, premier village aubois après la Haute-Marne, et lorsque le sous-officier reprend le chemin du retour vers son régiment, le 7 novembre 1799 (après avoir assuré l'instruction de conscrits haut-marnais à Chaumont), c'est accompagné de son frère Jean. Celui-ci «avait quitté le 9e chasseurs à cheval, pour venir prendre du service dans la 3e demi-brigade de ligne qui était en ce moment en Italie.» Mesurant 1,76 m, le cadet sera en effet incorporé dans la 3e demi-brigade d'infanterie de ligne le 22 décembre 1799 (il sera versé au 25e régiment par ordre du ministre de la Guerre en 1811).

Le sergent Fricasse ne restera pas longtemps sous l'uniforme. Le 27 septembre 1800, il est renvoyé dans ses foyers, et revient à Longchamp-sur-Aujon le 20 octobre. Il s'y établit comme jardinier.
Le 10 avril 1801, Jacques Fricasse se marie avec Anne Loillet, née à Ville-sous-La-Ferté, demeurant à Outre-Aube. Quelques jours plus tard, le 7 mai, sa mère Anne Cornuot décède à Longchamp.

L'ancien sous-officier deviendra garde forestier, à Longchamp, puis, veuf, domicilié à la ferme d'Outre-Aube, il se remariera le 11 janvier 1813 à Maranville, en Haute-Marne, avec Edmée Jeudy, de quatorze ans sa cadette.

Ensuite, son métier l'amène à Baroville, près de Bayel, et c'est dans ce village qu'il décède le 23 mai 1833, à l'âge de 60 ans. Il ne semble pas avoir eu de descendance.

Sources : Journal de marche du sergent Jacques Fricasse ; registres paroissiaux et d'état civil de la Haute-Marne et de l'Aube.

lundi 2 avril 2018

Soldats du roi et de l'Empereur


Au début de l'Empire, les régiments comptaient encore, dans leurs rangs, d'anciens soldats du roi parmi les sous-officiers et hommes de troupe. Voici une liste non exhaustive de Haut-Marnais qui ont pu être identifiés.

Bay (Claude), sergent (Wassy 1767, et non 1771 - Trafalgar 1805). Fils de Claude et de Marguerite Couvreux ; entré en service au 12e régiment d'infanterie (Auxerrois) en 1787 ; caporal (1793) ; blessé en l'an VIII ; sergent (an IX) ; au 67e régiment d'infanterie de ligne ; tué par un boulet.
Chretiennot (Louis), sergent (Bourmont 1769). Fils de Joseph, commissaire, et de Gabrielle Grave. Entré en service au 29e régiment (Dauphin) ; fourrier (1791) ; sergent (an V) ; sergent-major (an VII) ; aux armées du Nord, de l'Ouest, d'Italie, en Egypte, en Syrie avec la 13e demi-brigade d'infanterie de ligne ; congédié (an X).
Cler (François), sergent (Langres 1766). Fils de Didier et d'Anne Bournot. Entré en service en 1786 ; caporal (1793) ; à la 139e demi-brigade ; passé à la 21e demi-brigade d'infanterie de ligne (an VI) ; prisonnier de guerre (an VII – an IX) ; sergent (an X) ; retraité le 26 octobre 1810.
Colignon (Pierre), sergent (Montier-en-Der 1767). Fils de Pierre. Entré en service au 48e (?) régiment d'infanterie (1786) ; caporal (an II) ; sergent (an VIII) ; passé à la 2e demi-brigade d'infanterie de ligne (an XII) ; passé dans la gendarmerie nationale à pied (an XII).
Courtois (Pierre), sergent (Langres). Fils de Jean et Françoise Le Roy. Entré en service au 5e régiment d'infanterie (1783) ; caporal (1791) ; sergent (an II) ; à la 33e demi-brigade d'infanterie de ligne ; retraité (an XIII).
Cusinier (Vincent), caporal (Prauthoy 1769). Fils de Joseph et Didière Donnot. Entré en service au régiment de Brie (1789) ; passé à la 6e demi-brigade d'infanterie de ligne (an V) ; prisonnier en Turquie (an VII – an X) ; caporal (an XI) ; cassé de son grade ; passé à la garde du roi de Naples le 1er août 1806. A été blessé au siège de Kehl.
Delicour (Claude), caporal (Silvarouvres, 1760 – Palomanova 1806). Fils de Laurent et de Marie Mollet. Entré en service en 1784 au régiment de Boulonnois ; passé à la 146e demi-brigade ; caporal (1791) ; rengagé à la 5e demi-brigade d'infanterie de ligne (an XI) ; décédé de fièvre le 15 mars 1806 à l'hôpital.
Gallet (Didier), soldat (Chaumont 1760). Fils de François. Entré en service au régiment de Bourbon (1784) ; au 36e régiment d'infanterie de ligne ; hospitalisé en 1808, rayé des contrôles.
Gérard (François), caporal (Meuvy 1762 – Paris 1813). Fils d'Alexandre et de Marie Aucler. Entré en service en 1780 ; caporal dans la 3e demi-brigade d'infanterie de ligne (an XI) ; passé aux vétérans le 11 frimaire an XIV ; caporal au 2e bataillon de vétérans, décédé dans un hôpital parisien le 22 août 1813, à 51 ans.
Joblot (Adrien), caporal (Biesles vers 1765, et non 1762). Fils de Pierre et de Marie Bougré. Entré en service au 85e régiment (Poitou) en 1784, jusqu'en l'an VI (il est porté déserteur) ; à la 19e demi-brigade d'infanterie de ligne (an VIII) ; passé à la 16e demi-brigade d'infanterie de ligne (an IX) ; caporal (an IX) ; passé aux vétérans (an XIII).
Jourdeuil (François), sergent (canton de Langres 1761). Fils de François et de Françoise Monnot. Tonnelier. Entré en service au régiment de Cambraisis (1783) ; fourrier (1792) ; sergent (an II) ; passé à la 4e demi-brigade d'infanterie de ligne ; passé à la 2e Légion de réserve le 21 mai 1807.
Jacquillard (Nicolas) (Viéville 1767). Entré en service en 1786 ; à la 55e demi-brigade d'infanterie de ligne.
Liotté (André), musicien (Dampierre 1759 – Guadeloupe 1807). Fils de Nicolas et de Barbe Odot. Entré en service en 1777 ; au 105e régiment d'infanterie ; passé à la 26e demi-brigade d'infanterie de ligne (an XI) ; musicien ; décédé à l'hôpital de Basse-Terre le 24 mai 1807.
Liotté (Laurent), sergent (Arc-en-Barrois 1766). Fils de Laurent et Claudine Roger. Entré en service au régiment de Normandie (1783) ; a servi en Martinique, à Saint-Domingue, en Vendée, en Irlande, en Italie ; sergent (an IX) ; passé du 35e régiment d'infanterie de ligne à la 5e Légion de réserve (1807).
Masselin (Pierre), sergent (Saint-Urbain 1759, et non 1769 – Saint-Urbain 1835). Dit Joinville. Fils de Claude et d'Anne Menetret. Entré en service en 1780 ; caporal (1790) ; sergent (an X) à la 3e demi-brigade d'infanterie de ligne ; retraité le 23 avril 1808 ; marié en 1809 à Saint-Urbain avec Marie-Jeanne Quillier ; vigneron.
Millière (Edme), sergent (Châteauvillain 1755 – Châteauvillain 1821). Fils de Jean-Baptiste, tailleur de pierres, et de Françoise Boude. Entré en service dans le corps royal de l'artillerie de marine (1777) ; au 106e régiment d'infanterie (1785) ; en Amérique (1790-1792) ; caporal (1792) ; sergent (1793) ; campagnes dans l'Ouest, l'Italie, l'Egypte, la Syrie avec la 13e demi-brigade d'infanterie de ligne ; retraité (an XI) ; propriétaire, marié à Châteauvillain en 1803 avec Marie-Catherine Lasnet.
Pillard (Louis), sergent (Montier-en-Der 1761). Fils de Louis et d'Angélique Petitfour. Entré en service en 1784 au 105e régiment d'infanterie ; caporal (1792) ; passé à la 11e demi-brigade d'infanterie de ligne ; sergent (an VII) ; passé au 30e régiment d'infanterie de ligne le 16 juin 1808.
Pillard (Etienne), caporal (Frampas 1753 – Mayence 1804). Dit Godard. Fils de Louis. Entré en service en 1773 ; caporal (an VIII) ; à la 34e demi-brigade d'infanterie de ligne. Décédé le 9 juin 1804.
Pingot (Etienne), fusilier (Torcenay 1766, et non 1761). Fils d'Etienne et de Jeanne Joly. Entré en service au régiment de la Guadeloupe (1787) ; campagnes de 1790 et 1791 en Amérique ; passé au 109e régiment d'infanterie puis à la 5e demi-brigade d'infanterie de ligne ; à la 4e compagnie du 2e bataillon de la 9e demi-brigade de vétérans stationnée à Chaumont (18 frimaire an XII).
Rigollot (Antoine), sergent-major (Aubepierre-sur-Aube 1760). Dit La Giroflée. Fils de Jacques et de Catherine Simonneau. Entré en service au 7e régiment d'infanterie (1783) ; caporal (1791) ; sergent (1792) ; blessé à l'armée des Pyrénées-Orientales (an II) ; sergent-major (an II) ; blessé à Cassano (an VII) ; à la 63e demi-brigade d'infanterie de ligne ; réformé (an XI).

dimanche 25 février 2018

Quand un commandant Antoine Remy en cache un autre

En décembre 1801, le jeune sous-lieutenant Henri Beyle, officier du 6e régiment de dragons en Italie, évoquait, dans son journal, la figure du capitaine Rémy. Longtemps, les commentateurs de l'oeuvre de Stendhal – car il s'agit bien de lui – feront correspondre cet officier avec le chef d'escadron Antoine Remy, cavalier au même régiment, né à Thilleux (1764-1848). Il s'agit en réalité d'un parfait homonyme. Et s'il n'est pas Haut-Marnais, cet autre (futur) chef d'escadron Antoine Rémy mérite d'être mis en lumière.

Fils de Philippe, il est, selon ses états de services, né le 18 octobre 1777 à Ensisheim, près de Mulhouse. Il n'aurait donc que 14 ans lorsqu'il est élu sous-lieutenant au 1er bataillon de volontaires nationaux du Haut-Rhin, le 3 octobre 1791 ! Lieutenant le 12 février 1794, il passe peu après à la 177e demi-brigade, puis à la 102e. 

Adjoint aux adjudants-généraux et surnuméraire le 19 juillet 1799, il est, nous disent ses états de services, "chargé d'une mission importante pour Malthe (sic) le 24 germinal an 8 (14 avril 1800) par le ministre de la Guerre Carnot, qui l'a félicité à son retour par lettre du 14 thermidor suivant (2 août 1800), et a été nommé capitaine par le premier consul en récompense de cette action ».

En effet nommé capitaine par le vice-consul le 26 juillet 1800, il est affecté le 22 août au 6e régiment de dragons, où on le nommera désormais Rémy cadet, pour le distinguer du Haut-Marnais (qui n'est pas parent avec lui). Mis en pied le 23 octobre 1800, confirmé le 24 juin 1801 par arrêté des Consuls (il remplace au régiment Bérard qui vient d'être retraité), l'Alsacien cantonne donc en Italie. 
Il est promu, à 30 ans, par décret, chef d'escadron dans son régiment le 25 mai 1807, quelques mois après le départ, pour les grenadiers à cheval de la Garde impériale, du chef d'escadron Antoine Remy « aîné ».

L'année suivante, il sert en Espagne. Son régiment forme alors, avec le 3e dragons, la brigade Milet de la 2e division de dragons (général Kellermann). 
Dans un rapport cité par l'historique du 3e régiment de dragons, Milet s'empresse, le 23 novembre 1809, de préciser à son divisionnaire les circonstances du combat qu'il vient de livrer à Carpio. «M. le chef d'escadron Rémy, écrit Milet, fit une très belle charge avec un escadron du 6e régiment, et repoussa les pelotons qui les soutenaient. Peu après, le 11e régiment chargea avec le plus grand succès une tête de colonne d'infanterie qui cherchait à déborder notre flanc gauche. Dans la première charge on a tué à l'ennemi plus de 100 hommes. Mais nous avons eu le malheur de perdre M. le chef d'escadron Rémy, officier supérieur d'un grand mérite... D'après le rapport de quelques prisonniers, le duc del Parque avait là toute son armée forte de 30 000 hommes d'infanterie, 2 000 de cavalerie et 30 pièces de canon ».
Tombé à l'âge de 32 ans, le chef d'escadron Rémy était membre de la Légion d'honneur depuis le 14 mars 1806.

L'illustration de cet article provient de l'historique du 25e régiment de dragons, qui s'est également battu en Espagne. 



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dimanche 14 janvier 2018

Haut-Marnais dans les Flandres (2e partie)

Le départ pour la mer du Nord

4 septembre 1809. C'est l'heure du départ de Chaumont, après un rassemblement «sous ces grandes allées d'arbres qui décorent le faubourg de Buxereuilles», sous le soleil. Le préfet l'a écrit dès le 23 août au ministre de la Police : les hommes «devront (…) être armés et équipés à Saint-Omer». Jerphanion n'a en effet pu, à cette date, récupérer «que quelques fusils de calibre» ! Seuls les officiers auront une allure militaire... Préalablement informé par le préfet de la Haute-Marne de cette situation, le général Gouvion, commandant de division de l'armée du Nord à laquelle le bataillon est destiné, ne pourra toutefois pas s'empêcher, le 23 septembre, de constater un état de «dénuement le plus absolu» parmi les gardes nationales haut-marnaises, une partie étant même sans chaussures ! Ce à quoi le représentant de l'Etat dans le département répondra : «Les hommes étaient loin, au moment du départ, de présenter l'aspect de dénuement»

Le 5, le 1er bataillon de la garde nationale de la Haute-Marne arrive à Joinville. Une fois accueillis à Rupt (patrie du sous-lieutenant de voltigeurs Simon de Bémont), des billets de logement sont distribués aux hommes, le maire de la cité, Royer, organise un banquet, et un spectacle est organisé le soir. Le lendemain, l'unité reprend la route. Le 7, étape à Saint-Dizier. Le 10, à Reims. Mais elle a laissé quelques effectifs en cours de route. Dans la Cité des sacres, ainsi que le major Azémar en informe le préfet, le bataillon déplore déjà 35 désertions. Mais «la plupart sont partis de Chaumont. Il n'y en a peu qui nous ont quitté en route». En outre, précisera, le 8 octobre, le lieutenant de gendarmerie Pierre-Nicolas Ignard, qui devait rechercher 32 de ces hommes, «la plupart ont rejoint les compagnies ou ont été ramenés. J'ai cessé de poursuivre les autres, alors que nous avons appris que M. le commandant-major avait au-delà de son complet de 1 000 hommes». Ayant faussé compagnie à ses compagnons à Vitry-le-François, Claude Guenit, d'Ormancey, a ainsi été appréhendé le 17 septembre 1809, près de Villiers-sur-Marne, par les gendarmes de Vignory. 

Pas les seuls Champenois 
Arrivés à Saint-Omer (Pas-de-Calais), les Haut-Marnais ne sont pas les seuls Champenois à être présents au camp. Les 1er et 2e bataillons des gardes nationales de la Marne sont ainsi partis dès le 30 août 1809, l'un de Châlons sous les ordres du major du 10e régiment d'infanterie légère, l'autre de Reims derrière celui du 32e régiment d'infanterie de ligne. L'Aube a également dirigé un bataillon, dont un dernier détachement a fait mouvement le 17 septembre. 
 Dès le 21 septembre 1809, depuis son quartier-général de Schoenbrunn, Napoléon décide de réorganiser le dispositif français. Il l'écrit au général Clarke, son ministre de la Guerre, estimant qu'«il y a beaucoup de désordre dans les gardes nationales. Mon intention n'a jamais été d'en lever plus de 30 000». Il ordonne que la 2e division des gardes nationales sera commandée par le général Lamarque, qu'elle «fera également partie de l'armée du Nord et sera réunie à Anvers». Cette division sera composée des deux bataillons des Ardennes, de la Marne, de la Meurthe et de la Moselle, et des bataillons de la Meuse et de la Haute-Marne. Celui de l'Aube restera à la 5e division du général Gouvion à Lille. 

 Quelle est la part prise par le bataillon haut-manais aux opérations dans les Flandres ? «De Saint-Omer, est-il précisé dans le dossier de médaillé de Sainte-Hélène d'un vétéran de Prez-sur-Marne, Jean-Jacques Ginot, il fut envoyé à Ostende et de là son bataillon fournissait à Blankenberg une compagnie qui chaque mois était relevée par une autre». Blankenberge est une commune située au bord de la Mer du Nord ; un document signale que le bataillon est à Ostende à compter du 12 octobre.

La cohorte ne prend part à aucun combat. Ce qui n'empêche pas quelques uns de ses hommes de se distinguer. Ainsi Jean-Baptiste Ladrange, né à Vignory en 1786, «a été blessé au bras gauche sur le fort Napoléon en allant au service d'un bâtiment français pris par les Anglais», stipule son dossier de médaillé de Sainte-Hélène. Autre vétéran, Etienne Clerc, ainsi que le signalera le maire de Chameroy, a arrêté «un espion anglais» le 15 mars 1810. 

 Quelques pertes sans combat 
 Plusieurs «gardes nationales» ne reverront pas la Haute-Marne. Nous en avons identifié cinq qui sont décédés en Belgique : 
. Nicolas Meunier, de Viéville (7e compagnie), décède le 20 novembre 1809 à Ostende. 
. Louis Garnier, de Thivet (1ère compagnie), meurt le 9 décembre 1809 à Ostende. 
. Nicolas Gouy, de Vesvre-sous-Chalancey (2e compagnie), rend son dernier souffle le 10 janvier 1810 dans cette commune belge. 
. Nicolas Figuet, de Genevrières, décède le 5 février 1810 à Bruges. 
. Rémy Bachotin, de Praslay, le 14 février à Ostende. 
 Ce qui mine surtout le bataillon, ce sont les désertions, et elles sont nombreuses. Le 10 octobre 1809, neuf hommes quittent la 8e compagnie, dont Jean-Baptiste Petitot, de Hortes, «regardé comme le chef de complot». A la 6, il y a trois manquants. Le 18 décembre, trois hommes déclarent que neuf de leurs camarades sont partis jusqu'à Saint-Dizier. Le 30 décembre, un conseil de guerre juge, par contumace, le caporal Jean-Antoine Baillet, d'Esnoms-au-Val, «coupable du crime de désertion». Le gradé sera condamné à cinq ans de travaux et à une amende de 1 500 F. Mais il y aura pire. Le 19 janvier 1810, le major Azémar signale la disparition d'un officier, et pas n'importe quel : «M. Husson aîné (…) Cet officier manque à sa compagnie depuis le 2 présent mois». Il est parti sans rien dire, «pas même à son frère, laissant beaucoup de dettes». La défection du capitaine plonge le chef de bataillon dans la consternation : «On m'a donné cet individu comme l'un des meilleurs sujets du département. Je vois bien que l'on s'est trompé»

La fin du bataillon 
 L'évolution favorable de la situation justifie sans doute la dislocation progressive du bataillon. Ainsi, les Archives départementales de la Haute-Marne conservent la trace d'une liste de 26 gardes nationales qui devaient rejoindre le 122e régiment d'infanterie de ligne et qui sont finalement destinés (comme d'autres), à Lille, au Régiment des gardes nationales de la Garde impériale, créé par décret du 1er janvier 1810. 
 Licenciée le 15 mars 1810, la cohorte, désormais confiée au chef d'escadron Morlant, prend le chemin du retour le 26 mars. Le maire d'Ostende, ville où le bataillon tenait garnison depuis le 12 octobre 1809, atteste que les gardes nationales haut-marnais «se sont toujours fait remarquer par leur excellente conduite et leur exactitude dans le service, nonobstant toutes les privations que cette troupe a dû endurer pendant la rigueur de la saison». Le 27 mars, l'unité est à Roulers. Dans la nuit du 28 au 29, à Menin. Le 30, à Lille. Le 2 avril, à Cambrai. Le 3, à Saint-Quentin. C'est dans le département de l'Aisne, à l'hospice de Laon, que le fusilier Louis Coiffier, de la 2e compagnie, décède le 11. 
Finalement, l'unité est de retour à Chaumont le 15 avril, accueillie par le préfet, le général Offenstein, commandant militaire du département, et le maire. «La cohorte est dissoute sur le champ», note Le Journal de la Haute-Marne. 
 Les officiers ne resteront pas longtemps inemployés. Le chef de corps, Azémar, sera colonel du 150e régiment d'infanterie de ligne, sera promu général de brigade en 1813... et tombera en Saxe peu après. Puis la presse haut-marnaise rapporte que le 10 février 1811, par un décret de Sa Majesté, dix lieutenants ou sous-lieutenants du bataillon seront incorporés dans la ligne. Il s'agit de Simon de Bémont, Regnaut, Goirot, Royer, Ariet, Pelletier, Alizé, Abraham, Guillaume et Humblot. Un autre document, daté du 9 mars 1810, signale que Morlant, Guignard, Falcony, Regnault, Girardot, Allizé, Abraham, Barbier, Bertrand, Léonard, Guillaume, Guillaumet et Humblot (ancien sergent-major) sont destinés à rejoindre le Régiment des gardes nationales de la Garde. A de rares exceptions, ce ne sera toutefois pas le cas. 
 Pour les sous-officiers et soldats haut-marnais qui ont servi à l'armée de Brabant et qui ont rejoint le Régiment des gardes nationales de la Garde impériale (futur 7e régiment de voltigeurs de la Garde impériale) le 1er avril 1810, une nouvelle campagne se profile : celle d'Espagne. Beaucoup, servant dans les rangs de la 2e compagnie du 1er bataillon, décéderont de maladie ou de blessures dans les hôpitaux de la péninsule.

vendredi 8 décembre 2017

Haut-Marnais dans les Flandres. 1809-1810 (1ère partie).

Fin juillet 1809, une flotte britannique est signalée devant l'île de Walcheren, aux Pays-Bas. Alors qu'une partie des troupes napoléoniennes se bat dans la péninsule ibérique et en Italie, que Napoléon vient de battre les Autrichiens à Wagram, c'est à la garde nationale qu'il est fait appel pour défendre les côtes de la mer du Nord. 
Le débarquement ennemi intervient le 15 août, alors qu'une semaine plus tôt, l'empereur envisageait de réunir 6 000 hommes à Lille, autant à Saint-Omer, autant à Ostende, autant à Anvers. Dans son édition du 19 août 1809, le Journal de la Haute-Marne, organe de presse du département contrôlé par le gouvernement, relaie les mesures prises par le préfet, Gabriel Jerphagnon, qui a reçu des instructions deux jours plus tôt (donc au surlendemain du débarquement), pour organiser un bataillon de 1 000 hommes et le diriger sur Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. 
 Aussitôt, la garde nationale est réactivée dans le département. Après l'épopée des bataillons de volontaires nationaux et de réquisition (1791-1794), après la constitution du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne (1798), il s'agit de la première unité mise sur pied dans le département sous l'Empire. Chaque commune est appelée à fournir la liste de ses hommes susceptibles de servir dans ce 1er bataillon des gardes nationales de la Haute-Marne. Ceux qui seront appelés à concourir appartiennent aux classes d'âge comprises entre l'an XI et l'an 1809. Tous se voient donner rendez-vous à Chaumont, le 30 août. Selon la presse haut-marnaise, ils sont un peu plus de 3 000, rassemblés, durant deux jours, dans le champ de l'Arquebuse, c'est-à-dire l'actuelle avenue des Etats-Unis qui mène à l'école de gendarmerie. La sélection permettra de renvoyer les hommes mariés (ils sont 600), ceux considérés comme «moins propres au service militaire» ou «nécessaires à l'agriculture». Ces hommes, dit-on, «ont passé la revue de M. le préfet aux cris réitérés de Vive l'Empereur!». 

 Qui, pour encadrer ces volontaires ? La question du chef de bataillon est déjà réglée par le décret gouvernemental : la fonction reviendra à un major (lieutenant-colonel) d'active. Pour la Haute-Marne, il s'agit du major du 64e régiment d'infanterie de ligne, François-Basile Azémar, 43 ans, originaire du Tarn. Tous les autres emplois d'officier reviendront à des habitants de la Haute-Marne. Dès le 24 août 1809, le maire de Joinville signale que sept «anciens officiers pensionnés» résidant dans sa commune se sont présentés à lui pour offrir leurs services : les capitaines François Didier (29e régiment d'infanterie de ligne), Pierre-Antoine Mailfert (26e régiment d'infanterie de ligne), Nicolas-François Lalorre (artilleur vétéran de la Campagne d'Egypte), Louis-Philippe Cirel (3e régiment d'infanterie de ligne, membre de la Légion d'honneur), les lieutenants Barthélémy Desnouveaux (58e régiment d'infanterie de ligne), Etienne Urbain (85e régiment d'infanterie de ligne) et Claude Bourotte (8e régiment de chasseurs à cheval). Aucun ne sera retenu lors d'un conseil tenu le 29 août à Chaumont. Justifiant 34 ans de services, le capitaine pensionné François Piault (43e demi-brigade d'infanterie de ligne), retiré à Osne-le-Val, brûle également du désir de servir. Il l'écrit le 24 août : «Je suis prêt à sacrifier le reste de ma vie pour Sa Majesté». La candidature de cet officier de 66 ans n'obtiendra pas plus d'écho favorable. Tandis qu'à Saint-Dizier, l'adjudant-général (rang de colonel) Edme-Joseph Boulland, 62 ans, retraité depuis six ans, fait part de sa disponibilité, y compris comme capitaine, une première liste conservée par les archives cite, outre les Joinvillois cités plus haut, les noms des capitaines Guignard, Louis Husson, Falcony et Chaudron, du lieutenant Nicolas Thevenot, de Rolampont, des sous-lieutenants Simon Maitre, de Goncourt, Brelet, de Langres, François-Victor Dauvé, de Richebourg, et Blaise Mathieu, de Liffol-le-Petit. Quatre d'entre eux figureront effectivement parmi les 32 officiers du bataillon, tandis que Mathieu sera sous-officier de grenadiers. 

Finalement, le bataillon est ainsi organisé. L'adjudant-major est un chef d'escadron de cavalerie retiré en Haute-Marne, Jean-Pierre de Morlant, né à Souilly (Meuse) en 1761. Frère aîné de l'illustre cavalier mort glorieusement à Austerlitz avec les chasseurs à cheval de la Garde impériale, Morlant était, sous l'Ancien Régime, officier au 5e régiment de chevau-légers. Il a épousé la fille d'un Dervois, et c'est à Montier-en-Der qu'est né, en 1783, un fils qui sera lui aussi un brave capitaine du 11e régiment de chasseurs à cheval, sous l'Empire. Lui-même fut, sous la Révolution, tout comme son benjamin, capitaine dans ce régiment, puis chef d'escadron dans la cavalerie de la Seine-Inférieure, avant de s'installer rapidement à Ceffonds comme cultivateur (c'était déjà le cas en l'an III de la République). Le quartier-maître, Antoine Chaudron, est un sergent-chef d'infanterie de ligne de 39 ans retiré à Bologne. 
 A l'exception d'un seul (Regnaut), les capitaines sont tous des officiers retraités. Moyenne d'âge : 42 ans. Le benjamin, Laurent Regnaut, commande la 1ère compagnie. Langrois de 24 ans, il était entré en service en 1804 dans la 69e demi-brigade d'infanterie de ligne. Rayé des contrôles en octobre 1807, il était passé en fait directeur d'un hôpital militaire. La création du bataillon lui permet donc de passer du grade de caporal (cassé) à celui de capitaine ! La 2e compagnie a pour chef un vétéran de l'expédition de Saint-Domingue : le Chaumontais Jean-Baptiste-François Guignard, 42 ans, ancien soldat du roi. Il était retiré à Vignory comme capitaine lorsqu'il a répondu à l'appel du préfet. Italien de naissance, Louis-Dominique-Michel-Ange Falcony, originaire des Etats du pape, s'était marié en 1794 à Trois-Fontaines-l'Abbaye, village marnais limitrophe de la Haute-Marne. Sous-lieutenant retiré à Villiers-en-Lieu, il hérite de la 3e compagnie. La 4e compagnie est aux ordres du capitaine François Belgrand, 45 ans, originaire de Sailly. Comme Guignard, Jacques-Auguste-Louis Husson, fils d'un procureur fiscal, qui dirige la 5e compagnie, est un Vangionnais (il a 36 ans). Chaumontais, Nicolas Remy, 50 ans, conduit la 6e compagnie : lui aussi a servi le roi, lui aussi a été officier dans les volontaires nationaux haut-marnais, et ce capitaine du 34e régiment d'infanterie de ligne a été congédié pour infirmité. A la 7, on retrouve comme capitaine un autre sous-lieutenant retraité, Jean-Baptiste Richalet, Wasseyen de 44 ans, ancien des volontaires nationaux de la Haute-Marne. A la 8, un capitaine pensionné bragard de 53 ans, Jean Deviterne, qui s'est marié l'année précédente. A la 9, Girardot, capitaine d'administration militaire retiré à Chaumont, âgé de 34 ans (sans doute Jean-Baptiste-Joseph, né à Serqueux en 1775, d'abord lieutenant de grenadiers). Enfin, la 10e compagnie est confiée à un autre Husson de Vignory, Louis (dit Husson l'aîné), lui aussi ancien du Bataillon de Chaumont. Comme son frère, il est incorporé avec ses compatriotes Jean-Baptiste Ladrange, 23 ans, Bernard Royer, 22 ans, et Mammès-Hubert Piot, 20 ans. Quant à la compagnie de grenadiers, elle est commandée par le doyen des capitaines, Claude-Charles Martel, Bragard de 57 ans. 
 De leur côté, les lieutenants et sous-lieutenants sont choisis parmi les hommes distingués, souvent jeunes, de ce département, et qui dans leur quasi-totalité n'ont jamais porté l'uniforme. Ainsi Charles-Alexis Pelletier, d'Eclaron, est le frère du général polonais, Prudent Simon de Bémont, le fils du maire de Rupt. Pierre Magnien, de Neuilly-l'Evêque, et Claude Delcey, de Chaumont, sont clercs de notaire. Comme Falcony, le sous-lieutenant Jacob Feitz, de Nogent, est étranger : il est né en Souabe il y a 45 ans. Il est d'ailleurs le seul des lieutenants et sous-lieutenants à être déjà officier. 

 Les Haut-Marnais qui composent ce bataillon sont originaires de tout le département. On peut noter, au gré des compagnies, certains caractères géographiques, mais sans exclusivité. Prenons l'exemple de la 1ère compagnie. Son capitaine et son sous-lieutenant (Jean-Baptiste Léonard) sont Langrois, mais le lieutenant (Feitz) vient de Nogent. Le fourrier, Charles Villeminot, est Chaumontais, et deux caporaux, François Colin et Georges Fèvre, viennent de Saint-Blin, tandis que la très grande majorité des fusiliers sont originaires du Sud-est haut-marnais (secteurs de Bourbonne, Varennes, Laferté-sur-Amance, Fayl-Billot). Ce qui n'exclut pas la présence de soldats résidant dans le centre et le nord du département, comme Pierre Ance, d'Epizon, François Beurnot, de Montier-en-Der, Joseph Laurent, de Saint-Dizier, etc. Parmi les hommes originaires du canton de Nogent (hors la cité coutelière), âgés de 19 à 25 ans, certains sont affectés à la 3e compagnie, d'autres à la 7e ou à la 10e. Il est à noter que la commune de Louvières est l'une des plus prodigues en soldats de la garde nationale : sont partis pour Saint-Omer André-Nicolas Chrétiennot, Etienne, François et Jean Demongeot, Jacques Michel, Claude et Jacques Poinsot, Claude Guye (qui sera renvoyé). 

 La majorité des gardes nationales sont âgés de 21 à 23 ans. Parmi les 103 hommes de la compagnie Regnault, les benjamins sont le fourrier Villeminot, 18 ans, et Nicolas Chevaillier, de Fayl-Billot, 19 ans, tandis que les doyens se nomment Nicolas Semelet, de Rivière-le-Bois, Claude Collin, de Tornay, et Nicolas Figuet, de Genevrières, tous âgés de 25 ans. A la compagnie de grenadiers, le doyen est François Legros, d'Ageville, 32 ans, devant Pierre Le Moine, de Richebourg, 28 ans, et Louis Pierret, de Montier-en-Der, 27 ans. A l'échelle du bataillon, le benjamin n'a que 16 ans. Il s'appelle Laurent-Jules-Maximin-Amédée François, né le 6 avril 1793 à Bourbonne-les-Bains, fils d'un avoué chaumontais, Jules François, qui autorise l'adolescent à s'enrôler, par lettre du 29 août. (A suivre).