mardi 20 juillet 2010

Fratries d'officiers (I) : les Jobert

Trois membres de la Légion d'honneur nommés Jobert - dont deux recensés par la base Léonore - sont nés entre 1775 et 1781 dans le village de Pressigny, canton de Fayl-Billot. Tous trois sont les enfants de Nicolas Jobert, recteur d'école, et de Jeanne Mulson. Et tous trois seront officiers dans un même régiment : le 21e de ligne.

L’aîné, François, voit le jour le 23 juillet 1775. Il entre en service au 3e bataillon d’Indre-et-Loire, en 1793, puis passe dans la 21e demi-brigade de ligne. Fait prisonnier à Manheim, en l’an IV, puis à Milan, en l’an VII, il est promu sous-lieutenant le 30 mai 1803, puis lieutenant le 16 avril 1804, enfin capitaine le 20 février 1809. Il ne semble pas correspondre à ce capitaine Jobert (pas de prénom), du 21e, signalé par Martinien comme étant blessé le 7 septembre 1812 à La Moskowa. En revanche, chevalier de la Légion d’honneur depuis le 2 septembre, il passe chef de bataillon le 23 du même mois, puis major en premier (lieutenant-colonel) le 7 septembre 1813, affecté vraisemblablement au 69e de ligne. Onze jours plus tard, il est blessé d’un coup de feu au mollet gauche, à Kemnitz, en visitant des avant-postes en Saxe, ainsi que le précise l'historique du 69e. Martinien confirme cette blessure, mais situe Jobert dans deux régiments : il est soit encore major du 21e de ligne (ou chef de bataillon, selon le général Bertin, auteur d'un historique de ce régiment), soit déjà major du 69e ! Après la chute de Napoléon, François Jobert sert visiblement sous la Restauration, puisqu’il est fait chevalier de Saint-Louis le 27 novembre 1814. Après les Cent-Jours auxquels il prend part avec le 69e de ligne, il n’est pas employé, mais reste situé « en activité », toujours comme major du 69e, dans sa commune de Pressigny. La suite de sa carrière, de sa vie ? On le retrouve avec son épouse non loin de son village natal, à Guyonvelle, où il exerce la profession de juge de paix du canton de Laferté-sur-Amance. Il y décède le 13 mai 1833, à l'âge de 58 ans. Parmi ceux qui viennent déclarer son décès : son fils, médecin à Guyonvelle (connu pour ses contributions fournies aux instances médicales) et son frère Jean-Baptiste.

Celui-ci est né à Pressigny le 20 mars 1781. Son dossier de médaillé de Sainte-Hélène précise qu’il est entré en service le 26 septembre 1798. Il n’a donc que 17 ans. Son corps d’affectation : la 21e demi-brigade de ligne. Onze ans plus tard, il est sous-lieutenant, toujours dans le même régiment, et il s’illustre lors de la Campagne d’Autriche. Au point de figurer dans les fameux « Fastes de la gloire », rebaptisés – après une récente réédition – « Dictionnaire des braves de Napoléon ». Son fait d’armes : se mettre à la tête de 40 nageurs, dans la nuit du 29 au 30 juin 1809, traverser le Danube et capturer, avec d’autres éléments, dans une île près de Presbourg, près de 600 hommes (dont un colonel) et deux pièces de canon. Action au cours de laquelle il est blessé à cinq reprises ! C’est à l’issue de cette campagne qu’il est fait membre de la Légion d’honneur le 21 septembre 1809. Selon l’inestimable anthologie « Victoires et conquêtes des Français », qui rapporte également cet exploit, et Martinien, Jobert a encore été blessé à Wagram, le 6 juillet 1809. Sa carrière, toujours selon son dossier MSH, s’arrête le 13 février 1813, à 32 ans, sans doute en raison de ses blessures (à La Moskowa, à nouveau). Il est capitaine pensionné lorsqu’il se retire à Pierrefaites (canton de Laferté-sur-Amance), où il se marie en novembre 1814. Jobert reprend provisoirement du service aux Cent-Jours en se voyant confier le commandement de la 3e compagnie du 2e bataillon de chasseurs de la garde nationale de la Haute-Marne, fin juin 1815. Médaillé de Sainte-Hélène, le capitaine Jobert décède dix ans plus tard, en novembre 1867, à l’âge de 86 ans.

Reste le cas d’Etienne-Nicolas, né à Pressigny le 1er mai 1778. Comme Jean-Baptiste (alors retraité), il ne figure pas dans l’état des officiers haut-marnais en activité ou en demi-solde dans le département, fin 1815-début 1816. Ses états de services, complétés par son dossier de membre de la Légion d’honneur, nous ont été révélés par Pierre-G. Jacquot dans une brochure inédite, «La campagne de Russie et les Haut-Marnais ». Voici ce que l’historien de l’Empire en Haute-Marne écrit : « Après s’être engagé comme volontaire au 3e bataillon d’Indre-et-Loire en mai 1793, Nicolas retrouve ses deux frères à la 21e demi-brigade en octobre 1800. Promu sous-lieutenant en juin 1809, il est capitaine en juin 1812 et part en retraite en juillet 1813. Remis en activité pour cinq mois en mars 1814. Blessé à Iéna, à Wagram et le 19 août 1812 à Valoutina. » Etienne-Nicolas était membre de la Légion d’honneur depuis le 14 avril 1807 (comme sergent-major). Lieutenant en mai 1810, officier payeur pendant plusieurs semaines, retraité à compter du 1er juillet 1813, il reprend du service durant les Cent-Jours avec le 21e et est décoré de l’ordre du Lys par le duc de Berry début août 1814. Il avait effectivement été blessé d’un coup de feu au bras droit à Iéna, de deux coups de feu à l’épaule droite et à la cuisse droite à Wagram, et d’un coup de feu au pied gauche à Valoutina. Qualifié de capitaine aide de camp, il est en non activité à Pressigny, en 1816, puis
vit à Dijon lorsqu'il est pensionné par le roi et y meurt célibataire.

Sources principales : état civil de Pressigny, Pierrefaites, Dijon et Guyonvelle ; archives départementales de la Haute-Marne ; base Léonore ; "Victoires et conquêtes des Français" ; historiques des 21e et 69e de ligne ; tableau des officiers d'Empire tués et blessés (Martinien).

Chronologie croisée des carrières des trois fils de Nicolas Jobert, recteur d’école à Pressigny, et de Jeanne Mulson.

1775 : naissance de François à Pressigny (23 juillet).
1778 : naissance d’Etienne-Nicolas à Pressigny (1er mai).
1781 : naissance de Jean-Baptiste à Pressigny (20 mars).
1793 : entrée en service d’Etienne-Nicolas (6 mai) et de François (17 mai) dans le 3e bataillon d’Indre-et-Loire, affecté à l’armée du Nord.
1795 : François caporal (12 mars), capturé à Manheim (22 novembre), jusqu’au 18 janvier 1796.
1796 : la 129e demi-brigade (où a été versé le 3e bataillon d’Indre-et-Loire) passe dans la 21e demi-brigade.
1798 : entrée en service de Jean-Baptiste dans la 21e de ligne (26 septembre) ; François prisonnier au château de Milan (novembre 1798 – juillet 1800).
1800 : François sergent (25 juin) puis sergent-major (28 juin) ; Etienne-Nicolas caporal (8 décembre).
1802 : François adjudant-sous-officier (2 mars) ; Etienne-Nicolas sergent (17 juillet).
1803 : François sous-lieutenant (30 mai), à 28 ans ; Etienne-Nicolas sergent-major (23 juillet).
1804 : François lieutenant (16 avril).
1806 : Etienne-Nicolas blessé d’un coup de feu au bras droit à Iéna (14 octobre).
1807 : Etienne-Nicolas chevalier de la Légion d’honneur (14 avril) comme sergent-major au 21e.
1809 : François capitaine (20 février) ; Etienne-Nicolas sous-lieutenant (7 juin), à 31 ans, blessé de deux coups de feu à l’épaule et à la cuisse droites à Wagram (6 juillet) ; sous-lieutenant au 21e, Jean-Baptiste s’illustre au combat du 29 juin dans une île du Danube près de Presbourg, où il est blessé de cinq coups de feu, puis est blessé à Wagram, enfin fait membre de la Légion d’honneur (21 septembre), à 28 ans.
1810 : Etienne-Nicolas lieutenant (11 mai).
1811 : Etienne-Nicolas officier payeur (17 décembre), jusqu’au 14 janvier 1812.
1812 : François chevalier de la Légion d’honneur (2 septembre), promu chef de bataillon (23 septembre) à 37 ans ; Etienne-Nicolas capitaine (18 juin), blessé à Valoutina (19 août) ; Jean-Baptiste, capitaine, blessé à La Moskowa (7 septembre). Note : les trois frères étaient capitaines au 21e de ligne durant la Campagne de Russie.
1813 : Jean-Baptiste retraité (13 février) ; Etienne-Nicolas, retraité, cesse de servir le 1er juillet ; François major en premier (7 septembre), passé au 69e de ligne, blessé d’un coup de feu au mollet gauche à Kenmitz, en Saxe (18 septembre).
1814 : Jean-Baptiste marié à Pierrefaites, en Haute-Marne ; François chevalier de Saint-Louis (27 novembre) ; Etienne-Nicolas remis en activité au 21e de ligne (7 mars), décoré de l’ordre du Lys par le duc d’Angoulême (2 août).
1815 : Etienne-Nicolas commissionné aide de camp (12 janvier), jusqu’au 3 septembre (il se retirera à Pressigny) ; Jean-Baptiste capitaine de la 3e compagnie du 2e bataillon de chasseurs de la garde nationale de la Haute-Marne, durant les Cent-Jours ; François licencié du 69e de ligne.
1823 : décès d’Etienne-Nicolas à Dijon, en Côte-d’Or (12 août), à 45 ans.
1833 : décès de François à Guyonvelle, en Haute-Marne (15 mai), à 58 ans. Il était juge de paix du canton de Laferté-sur-Amance.
1857 : Jean-Baptiste médaillé de Sainte-Hélène.
1867 : décès de Jean-Baptiste à Pierrefaites (novembre), à 86 ans.

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