lundi 14 mai 2018

Les ultimes lettres d'un garde national


En 1908, la Société d'histoire départementale de la Révolution dans l'Aube a publié, dans son bulletin, les lettres d'un sergent de la 56e cohorte de la garde nationale, Edme-Alexis Garnier. L'homme servait ainsi dans la même unité que le sergent-major Marcq, d'Eclaron, dont les souvenirs ont été présentés sur le blog de Christophe Bourrachot, "L'Estafette".

Que savons-nous du sous-officier ? Qu'il est né le 24 mars 1789 à Prunay-Saint-Jean, hameau de la commune de Saint-Jean-Bonneval, dans l'Aube, fils de Jean-Alexis et de Marguerite Thiryon. Il a été incorporé en avril 1812 dans cette cohorte, comme de nombreux compatriotes et Haut-Marnais, destinée à être organisée à Dijon.

La première lettre adressée à ses parents est d'ailleurs écrite depuis la capitale des ducs de Bourgogne, le 24 juin 1812 (nous avons rectifié l'orthographe et la syntaxe) : «Nous avons reçu l'ordre pour partir de Dijon le 25 du courant pour (nous) diriger vers Utreik (Utrecht) en Hollande rejoindre nos camarades qui sont partis le 25 mai ; nous avons 31 jours de marche et 100 lieues (à faire), ce qui causera beaucoup de fatigue à bien des soldats, car les grandes chaleurs accablent les hommes en marche, et nous quitterons le vin (sic) au bout de huit jours. Je vous dirai que le second ban marche dans plusieurs départements, ce qui est l'auteur de notre départ, parce que nous lui (faisons) place pour (tous) entrer dans la division, ce qui me fait de (la) peine de m'éloigner si loin de vous tous et de ne pas avoir le bonheur de recevoir de vos nouvelles avant mon départ… Je quitte Dijon sans regret attendu, que le soldat ne peut pas vivre.» Dans ce courrier où il cite les noms de conscrits aubois (Léon Ménuel, cousin de son maître d'école, Patrois, Millot, Baudouin, etc.), Edme-Alexis Garnier, qui est sergent depuis le 4 mai, ajoute : «J'ai oublié de vous dire que nous sommes habillés en uniforme et armement complet, ce qui nous charge beaucoup. Nous avons fait présent de tous nos effets pour la monnaie d'une bouteille.»

La 56e cohorte du premier banc de la garde nationale fait mouvement vers les Pays-Bas. La deuxième lettre publiée par la Société est donc datée du 27 juillet 1812, à Utrecht. Sous-officier dans la 5e compagnie, Garnier raconte à ses parents son «voyage» : «Je m'empresse, le coeur navré de douleur, de vous écrire ces lignes pour m'informer de l'état de vos santés. Quant à moi, je me porte assez bien, gloire à la Providence… Nous sommes casernés en arrivant ; le pays est très malsain. Plusieurs tombent malade ; mon camarade de lit est à l'hôpital pour la fièvre. Plusieurs sont restés en route par la fatigue, moi je n'ai pas fatigué du tout ; nous avons eu de très mauvais temps les premiers jours de marche, il tombait de l'eau tous les jours… Nous avons passé dans de très mauvais pays, surtout dans les Ardennes. Je suis passé à Luxembourg où j'ai eu l'avantage de voir l'ami Nicolas Papin...»

Après Utrecht, direction Brême (Allemagne), sur le fleuve Weser. Le sergent Garnier évoque, dans cette troisième et dernière lettre publiée, le 24 décembre 1812, les conditions climatiques : «Je réponds à votre (lettre) datée du 27 novembre dernier, que j'ai reçue la veille de notre départ d'Aurich… S'il m'était possible de vous embrasser ! Mais la distance qui nous sépare y met un obstacle bien pénible. Souhaiter la bonne année est un usage général, chacun s'en fait un devoir… Nous sommes dans un endroit très froid. La gelée a commencé le premier décembre, dont la continuation a augmenté tous les jours ; l'on a remarqué que dans neuf heures de temps la glace avait six pouces d'épaisseur...»

Que devient ensuite l'enfant du hameau de Prunay-Saint-Jean ? L'article ne l'indique pas. Mais le registre matricule du 153e régiment d'infanterie de ligne nous renseigne sur son destin. Le 22 février 1813, Edme-Alexis Garnier est incorporé dans la 1ère compagnie du 2e bataillon. Celui-ci a été formé par la 56e cohorte, et il est aux ordres d'un jeune Troyen de 30 ans, le chef de bataillon Alexandre De Jougla-Lamothe. Sa compagnie est aux ordres du capitaine Bertrand, avec Jean-Joseph Vincent comme lieutenant et Claude Richier comme sous-lieutenant. Engagé dans la Campagne de Saxe, l'Aubois se bat le 26 mai 1813 à Hainau, où il est blessé. Puis le registre note qu'il a été rayé pour cause de longue absence le 5 novembre 1813...

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