Chaumont-la-Ville
Albert Jean, né vers 1777, sert au 12e léger.
Bouvier Louis, né vers 1789, du 6e de ligne.
Desloges Claude, né vers 1789, grenadier dans la 1ère compagnie du I/1er RHM (1813).
Liebaut Joseph, né vers 1792, du 100e de ligne. Sans nul doute le conscrit né le 5 novembre 1792, dirigé le 24 novembre 1812 sur le 16e léger plutôt.
Rouge François, né vers 1777, du 59e de ligne.
Roussel Nicolas, né vers 1776, du 34e (?) bataillon du train d’artillerie.
Thouvenin Nicolas-Curien, né en 1793, de Chaumont-la-Ville, part le 21 novembre 1813 pour le régiment d’artillerie de la Garde à La Fère. Sert dans la 2e compagnie d’artillerie de la Jeune Garde, au 3e cuirassiers.
Chevillon
Agnus Henri, né vers 1791, entre en service en février 1812 au 100e de ligne, jusqu’en 1818. Sans doute Jean-Henry, né en 1791, de Suzannecourt, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Aubertin Nicolas, né vers 1777, sert de 1799 à 1816, dans la Vieille garde.
Champonnois Nicolas-Augustin-Athanase, né vers 1785 (de la classe an XIV), destiné au 4e d’artillerie à cheval.
Collin Didier, né vers 1785, appelé pour le 14e de ligne, entré en service en frimaire an XIV, jusqu’en février 1815.
Collin Nicolas, né vers 1793, entré en service en novembre 1813 au 11e tirailleurs de la Garde, jusqu’en 1816.
D’He Pierre, né vers 1792, sert de 1813 à mars 1815 au 134e de ligne.
Dosne Jean-Baptiste, né vers 1793, grenadier dans la 1ère compagnie du III/1er RHM.
Durand Damien, né vers 1790, sert de 1809 à août 1814 (dans la gendarmerie ou le génie).
Gaillet Jean, né vers 1790, sert de 1812 à 1818 dans le train de la Garde, au 1er d’artillerie à cheval de la Garde.
Gillet François, né en 1790, part le 21 mai 1809 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en juillet 1815.
Godin Charles, né vers 1783, part le 7 janvier 1814 pour la Jeune Garde. Sert jusqu’en mars 1815 au 5e tirailleurs.
Guillot Antoine, né en 1791, part le 17 février 1813 pour le 10e hussards puis sert au 2e hussards, jusqu’en décembre 1814.
Guillot Nicolas, né vers 1793, sert au 40e de ligne.
Millot Nicolas, né vers 1788, sert du 4 décembre 1808 à octobre 1814 au 67e de ligne.
Volland Claude, né en 1790, sert du 16 mars 1808 à octobre 1815 au 2e génie. A noter qu'un Claude Vollant, né en 1790, de Chevillon, est parti le 26 février 1809 pour le 28e léger.
Chezeaux
Moisson Louis, né vers 1779.
Mory Nicolas, né vers 1790, sert du 15 août 1811 à 1816 dans les ouvriers de la Marine (pris en février 1814).
Prouhet Jacques, né vers 1791, sert du 19 février 1813 à novembre 1815 aux 57e et 34e (à partir de janvier 1815) de ligne.
Vincent Antoine, né vers 1790. Note : un Antoine Vincent est chasseur au II/1er RHM.
Choignes
Etienne Claude, né vers 1792, sert du 3 mars 1812 à 1816 aux 100e et 81e de ligne. Sans doute le conscrit né en 1792, originaire de Foulain, domicilié à Marnay, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Pechinez Pierre, né vers 1794, sert du 24 novembre 1813 à 1819 au 64e de ligne, dans la légion de la Haute-Marne.
Cirey-sur-Blaise
Baveux Claude, né vers 1787, entre en service en décembre 1808, sert au 67e de ligne, au 3e grenadiers à pied de la Garde, jusqu’en septembre 1815.
Corda Antoine-Augustin, né vers 1792, sert de mai à juillet 1815 dans la garde nationale.
Gossement Jean, né vers 1779, sert de thermidor an XIII à février 1806, au 14e de ligne.
Huguenin Jean-Nicolas, né vers 1780, sert du 26 germinal an XI au 1er nivose an XIII au 3e hussards.
Menageot Chales, né vers 1771, sert du 19 ventôse an II au 5 janvier 1809, aux 102e et 103e demi-brigades.
Monginot Joseph-Nicolas, né vers 1792, sert d’avril 1813 à octobre 1815, au 42e de ligne.
Perrin Nicolas, né en 1792 à Blumerey, sert au 57e de ligne puis part le 9 mars 1813 au 17e dragons.
Prevost Charles-Remy, né en 1788, originaire de Daillancourt, part le 20 janvier 1807 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en janvier 1809. A été blessé.
Richalet Louis-Auguste, né en 1790, part le 8 mai 1813 pour le 4e d’artillerie à pied. Sert jusqu’en septembre 1815.
Royer François-Xavier, né en 1781, capitaine (pour mémoire).
Vauthier Nicolas, né vers 1789, sert du 28 mai 1808 à septembre 1815, au 1er d’artillerie à pied, au 3e (ou 2e) d’artillerie à pied, dans la 1ère compagnie d’artillerie à pied de la Garde.
Cirey-lès-Mareilles
Rat Nicolas, né en 1777, sert au 22e de ligne pendant trois ans, puis au 11e dragons pendant onze ans.
mardi 29 septembre 2009
samedi 26 septembre 2009
Le général Chaudron-Rousseau, l'Espagne et le caniche
Le 5 mars 1811, non loin de Cadix, en Andalousie, s’achevait, sur le champ de bataille de Chiclana, à 35 ans, la courte vie de Pierre-Guillaume Chaudron-Rousseau. Un général à la carrière encore prometteuse, mais pourtant riche, en dépit de son jeune âge. Une carrière fulgurante, aujourd’hui méconnue, sans aucun doute rendue possible par sa qualité de fils d’un conventionnel influent et redouté, Guillaume Chaudron-Rousseau.
C’est dans la cité thermale de Bourbonne-les-Bains que naît, le 15 novembre 1775, Pierre-Guillaume, fils de Guillaume Chaudron, alors qualifié de greffier délégué, et de Catherine Rousseau, le père accolant au sien le patronyme de son épouse pour forger le nom de Chaudron-Rousseau.
Procureur-syndic du district de Bourbonne, Guillaume Chaudron est élu député à la Législative puis à la Convention, votant la mort du roi Louis XVI. C’est en mars 1793 qu’il est envoyé dans le Sud-Ouest comme représentant du peuple. La Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, l’Aude se rappelleront longtemps de la « fougue » révolutionnaire de cet homme né en 1752.
Le même mois au cours duquel son père est envoyé en mission dans le Sud-Ouest, Pierre-Guillaume embrasse la carrière militaire : il devient élève commissaire des guerres (le 10 mars 1793), puis employé dans les bureaux de la guerre jusqu’au 11 juillet, avant d’être promu, à moins de 18 ans, lieutenant dans le 1er bataillon de la légion des Montagnes, unité d’infanterie légère créée par décret du 9 février 1793. Y servait le futur général et pair de France Dessolles. Cette formation se bat dans les Pyrénées.
Le Haut-Marnais y reste peu de temps, puisque le 7 août 1793, il passe adjoint aux adjudants-généraux, puis capitaine titulaire dans la légion des Montagnes le 4 brumaire an II (25 octobre 1793), avant de rejoindre, le 13 nivôse an II (2 janvier 1794), comme lieutenant, le 24e régiment de chasseurs à cheval, corps issu des Chasseurs volontaires de Bayonne et d’où sera issu le futur général Castex.
Le jeune officier prend part, au sein de l’armée des Pyrénées-Orientales du général Dugommier (le héros de Toulon), au siège de Collioure (3-26 mai 1794) et à celui du fort Saint-Elme. Toujours fulgurante, sa carrière lui permet d’être promu adjudant-général chef de brigade le 13 juin 1795 (25 prairial an III). Le voilà donc colonel à 19 ans et demi.
Nous avons cherché dans les annales de l’armée française : nous n’avons pas trouvé, parmi les roturiers, trace d’un autre homme promu si jeune à ce grade dans l’Histoire contemporaine !
Affecté à la 3e division de l’armée des Pyrénées-Occidentales, il révèle sa valeur le 4 thermidor an III (22 juillet 1795) : dans « Les Fastes de la Légion d’honneur », on note que le Haut-Marnais se distingue lors du passage de l’Ebre, à Miranda, au sein de l’armée des Pyrénées-Occidentales commandée par le général Moncey. « Il rallia une brigade que l’ennemi, supérieur en nombre, avait mis en déroute, et rejeta la colonne espagnole au-delà de l’Ebre ». L’on cite sa « présence d’esprit », son « intrépidité » dans cette action. Le même jour, intervient la paix de Bâle, qui signifie la fin des combats sur ce front.
Après la frontière espagnole, Chaudron-Rousseau est dirigé sur l’armée des Côtes-de-l’Océan, commandée par le général Hoche. Le Haut-Marnais y dirige une colonne mobile : selon certaines sources, il y combat à la tête de 4 000 hommes les troupes de Stofflet. Nous n’avons toutefois pas trouvé trace de sa participation à ces opérations.
A la suppression de cette armée, il est réformé, en septembre 1796. A 21 ans, ce colonel est sans emploi…
Il rentre en Haute-Marne.
Il reprend du service le 9 prairial an VII (28 mai 1799), chargé par le ministère de la Guerre de conduire des conscrits haut-marnais vers l’armée du Danube. Il s’agit sans nul doute de ces hommes qui seront versés dans la 109e demi-brigade.
Le 5 juillet, il obtient un emploi de chef de bataillon à la suite d’une demi-brigade. Apparemment, sa rétrogradation hiérarchique profiterait à l’ancien conventionnel Milhaud, futur général de cavalerie d’Empire (et libérateur de Saint-Dizier), qui a siégé dans la même assemblée que Guillaume Chaudron-Rousseau. Rien de bien dramatique pour le jeune officier : bien que sans emploi durant plus de deux ans, il n’a que 24 ans…
En 1800, le 14 mars, Pierre-Guillaume est réintégré dans son grade d’adjudant-général. Il rejoint l’armée d’Italie le 12 avril, servant successivement en Cisalpine (1801), en Batavie (1802), au camp de Nimègue (1803), dans l’armée du Hanovre (1803-1805).
Officier de la Légion d’honneur le 15 juin 1804, il est l’année suivante, comme adjudant-commandant, chef d’état-major de la 1ère division du Ier corps du maréchal Bernadotte. Division commandée par le général Rivaud, auquel il était lié puisqu’il a représenté le parrain du fils de ce général lors de son baptême.
Passé à la 2e division (Lapisse), Chaudron-Rousseau prend part à la campagne d’Autriche. Avant Austerlitz, il se distingue lors de l’affaire de Nordlingen, le 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805), dans le cadre de la poursuite des troupes autrichiennes sous les ordres du maréchal Murat.
Ce jour-là, racontent les « Fastes de la Légion d’honneur », « à la tête d’un détachement de dragons, il força 1 000 Autrichiens à poser les armes, s’empara de quatre pièces de canon ». Etonnant qu’un chef d’état-major de fantassins se soit mis à la tête de dragons, même si ceux-ci ont la particularité de pouvoir également combattre à pied…
Avec sa division, le Haut-Marnais se bat encore en Prusse, en Pologne, avant de passer en Espagne en 1808. C’est là, le 22 novembre de la même année, qu’il est enfin nommé général de brigade, treize ans après sa promotion au grade précédent : mais à 33 ans, ce n’est pas si mal…
Le Ier corps est désormais aux ordres du maréchal Victor, qui a vu le jour non loin de Bourbonne (à Lamarche). Le 27 juillet 1809, premier jour de la bataille de Talavera de la Reina, Chaudron-Rousseau a enfin l’occasion de rendre illustre son nom.
Face au futur duc de Wellington, la division Lapisse se dirige sur Casa de Salinas, contre une position tenue – selon les sources – par 4 ou 6 000 ennemis et quatre pièces.
Voici ce que dit le rapport du Ier corps, cité par Thiers : « Le général Chaudron-Rousseau, qui dirigeait le 16e régiment, profitant habilement d’un terrain moins garni d’arbres, ordonna à son régiment de charger l’ennemi à la baïonnette, ce qu’il avec toute la bravoure qui le distingue. Bientôt l’ennemi fut mis en plus déroute… » Cette charge à la baïonnette du 16e léger du chef de bataillon Gheneser (2e division Lapisse) est depuis restée fameuse.
Le lendemain est funeste. La décision n’est pas emportée, Lapisse est mortellement blessé. Dans son rapport, le chef d’état-major du Ier corps (10 août 1809) loue toutefois les « bonnes dispositions » de Laplane et Chaudron-Rousseau.
Un temps gouverneur de la place d’Astorga (province de Léon), Chaudron-Rousseau est toujours brigadier, dans la 2e division du Ier corps intégré dans l’armée du Midi, lorsque sa trace réapparaît en mars 1811, à l’occasion de la bataille de Chiclana. Il s’agit d’un rude et glorieux combat mené entre le corps de Victor et les troupes anglaises (débarquées pour débloquer Cadix assiégée) et espagnoles, le 5 mars.
Selon Lapène - un ancien officier auteur de plusieurs relations de la guerre d’Espagne -, le Haut-Marnais commande alors deux bataillons dits de grenadiers réunis – à l’instar des fameux grenadiers d’Oudinot -, composés de soldats issus des compagnies d’élite du Ier corps. A Chiclana, Chaudron-Rousseau se bat à l’extrême-gauche du dispositif français, sous les ordres du général normand François-Amable Ruffin.
Faisant toujours preuve d’intrépidité (dixit Lapène, « Conquête de l’Andalousie »), Chaudron-Rousseau tombe alors, mortellement blessé, au plus fort de la mêlée – seul l’auteur Félix Wouters précisera, en 1847, que le général a été frappé au milieu de la poitrine par un boulet…
Ainsi meurt un « officier du plus grand mérite », selon la presse française de l’époque. Toujours selon Lapène, cette disparition aura pour conséquence d’entraîner la retraite de ses troupes.
Les Anglais – qui appelleront cette bataille Barossa – crient victoire. Ils ont pris un Aigle (celui du 8e de ligne, dont le colonel, Autié, a été tué). A noter que durant cette bataille, le sous-lieutenant Paul Priant (1er lanciers), 41 ans, d’Eurville, s’est distingué en capturant 400 soldats britanniques, que le chirurgien-major Nicolas Vanderbach (9e léger), d’Autreville-sur-la-Renne, et le lieutenant Ursin Demongeot (94e de ligne), de Saint-Urbain, ont été blessés.
Si le nom de Rousseau (en fait Chaudron-Rousseau) s’est rendu célèbre en Grande-Bretagne, c’est en raison d’une anecdote extraordinaire couramment reprise par les historiens britanniques des guerres de la péninsule – Wellington lui-même la cite. Nous vous la livrons :
« Après la bataille de Barossa, les blessés des deux nations ont été, faute de moyens de transport, laissés sur le champ de bataille pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante. Le général Rousseau était du nombre ; son chien, du genre caniche blanc, qui avait été laissé durant l'avance des forces françaises, voyant que le général ne rentrait pas avec ceux qui ont échappé à la bataille, se mit à sa recherche ; il le trouva à la nuit, et exprima son affliction par des gémissements et en léchant les mains et les pieds de son maître mourant. Lorsque l’instant fatal eut lieu, quelques heures après, l’animal semblait tout à fait conscient du terrible changement, s'attacha étroitement au corps, et pendant trois jours refusa la nourriture qui lui était offerte. (Le général inhumé), fidèle à sa tombe honorable, le chien se coucha sur la terre qui recouvrait les vestiges bien-aimés, et fit preuve par le silence et son chagrin profond de l’abattement (que lui causait cette perte). Le commandant anglais, le général Graham, (a pu enfin faire quitter l’animal), maintenant plus résistant, de l'endroit, et lui donna sa protection, qu'il a continué à lui prodiguer jusqu'à sa mort, plusieurs années après, à la résidence du général, dans le Perthshire ».
A noter qu’une seule relation britannique penche pour le général Ruffin comme étant le propriétaire du chien, mais cette version nous paraît peu plausible, Ruffin, effectivement mortellement blessé à Chiclana, étant mort sur un bateau qui l’emmenait en captivité, et non sur le champ de bataille.
Le nom du général Chaudron-Rousseau ne figure pas sur l’Arc de Triomphe, mais sur les tablettes de bronze du château de Versailles. En revanche, il a été donné à un fort de la ceinture langroise.
C’est dans la cité thermale de Bourbonne-les-Bains que naît, le 15 novembre 1775, Pierre-Guillaume, fils de Guillaume Chaudron, alors qualifié de greffier délégué, et de Catherine Rousseau, le père accolant au sien le patronyme de son épouse pour forger le nom de Chaudron-Rousseau.
Procureur-syndic du district de Bourbonne, Guillaume Chaudron est élu député à la Législative puis à la Convention, votant la mort du roi Louis XVI. C’est en mars 1793 qu’il est envoyé dans le Sud-Ouest comme représentant du peuple. La Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, l’Aude se rappelleront longtemps de la « fougue » révolutionnaire de cet homme né en 1752.
Le même mois au cours duquel son père est envoyé en mission dans le Sud-Ouest, Pierre-Guillaume embrasse la carrière militaire : il devient élève commissaire des guerres (le 10 mars 1793), puis employé dans les bureaux de la guerre jusqu’au 11 juillet, avant d’être promu, à moins de 18 ans, lieutenant dans le 1er bataillon de la légion des Montagnes, unité d’infanterie légère créée par décret du 9 février 1793. Y servait le futur général et pair de France Dessolles. Cette formation se bat dans les Pyrénées.
Le Haut-Marnais y reste peu de temps, puisque le 7 août 1793, il passe adjoint aux adjudants-généraux, puis capitaine titulaire dans la légion des Montagnes le 4 brumaire an II (25 octobre 1793), avant de rejoindre, le 13 nivôse an II (2 janvier 1794), comme lieutenant, le 24e régiment de chasseurs à cheval, corps issu des Chasseurs volontaires de Bayonne et d’où sera issu le futur général Castex.
Le jeune officier prend part, au sein de l’armée des Pyrénées-Orientales du général Dugommier (le héros de Toulon), au siège de Collioure (3-26 mai 1794) et à celui du fort Saint-Elme. Toujours fulgurante, sa carrière lui permet d’être promu adjudant-général chef de brigade le 13 juin 1795 (25 prairial an III). Le voilà donc colonel à 19 ans et demi.
Nous avons cherché dans les annales de l’armée française : nous n’avons pas trouvé, parmi les roturiers, trace d’un autre homme promu si jeune à ce grade dans l’Histoire contemporaine !
Affecté à la 3e division de l’armée des Pyrénées-Occidentales, il révèle sa valeur le 4 thermidor an III (22 juillet 1795) : dans « Les Fastes de la Légion d’honneur », on note que le Haut-Marnais se distingue lors du passage de l’Ebre, à Miranda, au sein de l’armée des Pyrénées-Occidentales commandée par le général Moncey. « Il rallia une brigade que l’ennemi, supérieur en nombre, avait mis en déroute, et rejeta la colonne espagnole au-delà de l’Ebre ». L’on cite sa « présence d’esprit », son « intrépidité » dans cette action. Le même jour, intervient la paix de Bâle, qui signifie la fin des combats sur ce front.
Après la frontière espagnole, Chaudron-Rousseau est dirigé sur l’armée des Côtes-de-l’Océan, commandée par le général Hoche. Le Haut-Marnais y dirige une colonne mobile : selon certaines sources, il y combat à la tête de 4 000 hommes les troupes de Stofflet. Nous n’avons toutefois pas trouvé trace de sa participation à ces opérations.
A la suppression de cette armée, il est réformé, en septembre 1796. A 21 ans, ce colonel est sans emploi…
Il rentre en Haute-Marne.
Il reprend du service le 9 prairial an VII (28 mai 1799), chargé par le ministère de la Guerre de conduire des conscrits haut-marnais vers l’armée du Danube. Il s’agit sans nul doute de ces hommes qui seront versés dans la 109e demi-brigade.
Le 5 juillet, il obtient un emploi de chef de bataillon à la suite d’une demi-brigade. Apparemment, sa rétrogradation hiérarchique profiterait à l’ancien conventionnel Milhaud, futur général de cavalerie d’Empire (et libérateur de Saint-Dizier), qui a siégé dans la même assemblée que Guillaume Chaudron-Rousseau. Rien de bien dramatique pour le jeune officier : bien que sans emploi durant plus de deux ans, il n’a que 24 ans…
En 1800, le 14 mars, Pierre-Guillaume est réintégré dans son grade d’adjudant-général. Il rejoint l’armée d’Italie le 12 avril, servant successivement en Cisalpine (1801), en Batavie (1802), au camp de Nimègue (1803), dans l’armée du Hanovre (1803-1805).
Officier de la Légion d’honneur le 15 juin 1804, il est l’année suivante, comme adjudant-commandant, chef d’état-major de la 1ère division du Ier corps du maréchal Bernadotte. Division commandée par le général Rivaud, auquel il était lié puisqu’il a représenté le parrain du fils de ce général lors de son baptême.
Passé à la 2e division (Lapisse), Chaudron-Rousseau prend part à la campagne d’Autriche. Avant Austerlitz, il se distingue lors de l’affaire de Nordlingen, le 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805), dans le cadre de la poursuite des troupes autrichiennes sous les ordres du maréchal Murat.
Ce jour-là, racontent les « Fastes de la Légion d’honneur », « à la tête d’un détachement de dragons, il força 1 000 Autrichiens à poser les armes, s’empara de quatre pièces de canon ». Etonnant qu’un chef d’état-major de fantassins se soit mis à la tête de dragons, même si ceux-ci ont la particularité de pouvoir également combattre à pied…
Avec sa division, le Haut-Marnais se bat encore en Prusse, en Pologne, avant de passer en Espagne en 1808. C’est là, le 22 novembre de la même année, qu’il est enfin nommé général de brigade, treize ans après sa promotion au grade précédent : mais à 33 ans, ce n’est pas si mal…
Le Ier corps est désormais aux ordres du maréchal Victor, qui a vu le jour non loin de Bourbonne (à Lamarche). Le 27 juillet 1809, premier jour de la bataille de Talavera de la Reina, Chaudron-Rousseau a enfin l’occasion de rendre illustre son nom.
Face au futur duc de Wellington, la division Lapisse se dirige sur Casa de Salinas, contre une position tenue – selon les sources – par 4 ou 6 000 ennemis et quatre pièces.
Voici ce que dit le rapport du Ier corps, cité par Thiers : « Le général Chaudron-Rousseau, qui dirigeait le 16e régiment, profitant habilement d’un terrain moins garni d’arbres, ordonna à son régiment de charger l’ennemi à la baïonnette, ce qu’il avec toute la bravoure qui le distingue. Bientôt l’ennemi fut mis en plus déroute… » Cette charge à la baïonnette du 16e léger du chef de bataillon Gheneser (2e division Lapisse) est depuis restée fameuse.
Le lendemain est funeste. La décision n’est pas emportée, Lapisse est mortellement blessé. Dans son rapport, le chef d’état-major du Ier corps (10 août 1809) loue toutefois les « bonnes dispositions » de Laplane et Chaudron-Rousseau.
Un temps gouverneur de la place d’Astorga (province de Léon), Chaudron-Rousseau est toujours brigadier, dans la 2e division du Ier corps intégré dans l’armée du Midi, lorsque sa trace réapparaît en mars 1811, à l’occasion de la bataille de Chiclana. Il s’agit d’un rude et glorieux combat mené entre le corps de Victor et les troupes anglaises (débarquées pour débloquer Cadix assiégée) et espagnoles, le 5 mars.
Selon Lapène - un ancien officier auteur de plusieurs relations de la guerre d’Espagne -, le Haut-Marnais commande alors deux bataillons dits de grenadiers réunis – à l’instar des fameux grenadiers d’Oudinot -, composés de soldats issus des compagnies d’élite du Ier corps. A Chiclana, Chaudron-Rousseau se bat à l’extrême-gauche du dispositif français, sous les ordres du général normand François-Amable Ruffin.
Faisant toujours preuve d’intrépidité (dixit Lapène, « Conquête de l’Andalousie »), Chaudron-Rousseau tombe alors, mortellement blessé, au plus fort de la mêlée – seul l’auteur Félix Wouters précisera, en 1847, que le général a été frappé au milieu de la poitrine par un boulet…
Ainsi meurt un « officier du plus grand mérite », selon la presse française de l’époque. Toujours selon Lapène, cette disparition aura pour conséquence d’entraîner la retraite de ses troupes.
Les Anglais – qui appelleront cette bataille Barossa – crient victoire. Ils ont pris un Aigle (celui du 8e de ligne, dont le colonel, Autié, a été tué). A noter que durant cette bataille, le sous-lieutenant Paul Priant (1er lanciers), 41 ans, d’Eurville, s’est distingué en capturant 400 soldats britanniques, que le chirurgien-major Nicolas Vanderbach (9e léger), d’Autreville-sur-la-Renne, et le lieutenant Ursin Demongeot (94e de ligne), de Saint-Urbain, ont été blessés.
Si le nom de Rousseau (en fait Chaudron-Rousseau) s’est rendu célèbre en Grande-Bretagne, c’est en raison d’une anecdote extraordinaire couramment reprise par les historiens britanniques des guerres de la péninsule – Wellington lui-même la cite. Nous vous la livrons :
« Après la bataille de Barossa, les blessés des deux nations ont été, faute de moyens de transport, laissés sur le champ de bataille pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante. Le général Rousseau était du nombre ; son chien, du genre caniche blanc, qui avait été laissé durant l'avance des forces françaises, voyant que le général ne rentrait pas avec ceux qui ont échappé à la bataille, se mit à sa recherche ; il le trouva à la nuit, et exprima son affliction par des gémissements et en léchant les mains et les pieds de son maître mourant. Lorsque l’instant fatal eut lieu, quelques heures après, l’animal semblait tout à fait conscient du terrible changement, s'attacha étroitement au corps, et pendant trois jours refusa la nourriture qui lui était offerte. (Le général inhumé), fidèle à sa tombe honorable, le chien se coucha sur la terre qui recouvrait les vestiges bien-aimés, et fit preuve par le silence et son chagrin profond de l’abattement (que lui causait cette perte). Le commandant anglais, le général Graham, (a pu enfin faire quitter l’animal), maintenant plus résistant, de l'endroit, et lui donna sa protection, qu'il a continué à lui prodiguer jusqu'à sa mort, plusieurs années après, à la résidence du général, dans le Perthshire ».
A noter qu’une seule relation britannique penche pour le général Ruffin comme étant le propriétaire du chien, mais cette version nous paraît peu plausible, Ruffin, effectivement mortellement blessé à Chiclana, étant mort sur un bateau qui l’emmenait en captivité, et non sur le champ de bataille.
Le nom du général Chaudron-Rousseau ne figure pas sur l’Arc de Triomphe, mais sur les tablettes de bronze du château de Versailles. En revanche, il a été donné à un fort de la ceinture langroise.
mardi 22 septembre 2009
Ils étaient trois capitaines...
Ils étaient trois capitaines. Tous trois nés dans la même ville (Langres), sensiblement du même âge, et servant dans le corps prestigieux de l’artillerie de la Garde impériale. Des officiers distingués, dont deux sont issus de l’école polytechnique, et tous embarqués dans l’aventureuse Campagne de Russie.
L’aîné, François Aubert, voit le jour le 24 avril 1778, fils de Jean-Baptiste, avocat, et d’une demoiselle Maillard. Polytechnicien, élève sous-lieutenant à l’école de Metz (19 février 1804), il sert dans l’artillerie à pied de la ligne et se distingue lors du siège de Dantzig, en 1807, année où il est promu capitaine et fait membre de la Légion d’honneur (le 10 mai). En 1808, il passe dans l’artillerie à pied de la Garde, avant d’être blessé à Wagram (1809). Au moment de la Campagne de Russie, il est capitaine-commandant de la 2e compagnie du 4e bataillon. Il est blessé à La Moskowa, promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur (le 23 septembre), chevalier d’Empire en 1813 puis baron, est nommé chef de bataillon dans la Jeune Garde le 27 mars 1813, avant d’être blessé à Bautzen et à Dresde. Durant les Cent-Jours, il est chef d’état-major de l’artillerie à pied de la Garde, corps dont il prend le commandement juste avant la chute de Napoléon. Sous la Restauration, il est inspecteur salpêtre à Paris. Frère du maire de Langres, il se retire dans le domaine de La Motte, commune d’Anrosey, où il meurt le 17 août 1855.
Claude-Etienne Lavilette, né en 1779, membre de la promotion de l’école polytechnique de l’an IX, devient aide de camp du général Lariboisière. Il se fait connaître en 1806 en rédigeant un « Mémoire sur une reconnaissance d’une partie du cours du Danube ». Lieutenant à l’état-major de l’artillerie de la Garde (22 novembre 1807), il est fait membre de la Légion d’honneur en mars 1807 – quoique non recensé par la base Léonore. Capitaine le 13 février 1809, il commande en second, en Russie, la compagnie des ouvriers pontonniers de l’artillerie de la Garde. Titulaire de l’ordre de la Couronne de fer en Italie et de l’ordre du Mérite militaire de Bavière, il est mortellement blessé le 16 novembre 1812 à Krasnoe. Cet officier semble distinct du capitaine du 8e régiment d’artillerie à pied blessé à La Moskowa et cité par Martinien.
Louis-Edouard Maillard de Liscourt est mieux connu, grâce notamment à la notice biographique que lui a consacré Germain Sarrut (« biographie des hommes du jour »). Fils d’officier (et sans doute apparenté au major Aubert), il naît à Langres le 12 janvier 1778. Après des études dans sa famille, puis au collège Louis-le-Grand qu’il rejoint en 1786, il intègre l’école militaire de Pont-à-Mousson, dissoute en 1793. Conscrit de l’an VII, il ne rejoint pas la 22e ou la 101e demi-brigades d’infanterie de ligne, mais le 6e régiment d’artillerie à pied, comme canonnier, le 1er décembre 1798. Au sein de ce corps, il passe successivement fourrier (1801), sergent (1802), sergent-major (1803), enfin lieutenant en second (22 novembre 1804). Au camp de Boulogne puis à la Grande Armée, il remplit les fonctions d’aide de camp du général d’artillerie Faultrier. Passé dans l’artillerie à cheval de la Garde le 1er mai 1806, promu lieutenant en premier le 21 août 1808, le Langrois sert en Espagne, se battant à Burgos, écopant de deux coups de feu à l’attaque de Madrid, le 4 décembre suivant. On le retrouve à Wagram, à Znaïm : à l’issue de la Campagne d’Autriche, il est fait chevalier de la Légion d’honneur (9 juillet 1809) puis promu capitaine en second (17 juillet). Passé dans l’artillerie à pied de la Garde, Maillard prend part à la campagne de Russie, au sein de la 1ère compagnie du 2e bataillon, participant aux batailles ou affaires de Smolensk, La Moskowa (il est blessé à deux reprises), Krasnoe, passant capitaine en premier le 1er octobre 1812. Durant la Campagne de Saxe (Bautzen, Dresde, Leipzig, Hanau), il est fait officier de la Légion d’honneur le 14 septembre 1813 puis nommé major (lieutenant-colonel) à l’état-major de l’artillerie le 28 décembre. Il a 35 ans.
Jusqu’à présent, Maillard de Liscourt n’a pas beaucoup fait parler de lui. C’est durant la Campagne de France qu’il fait son entrée dans l’Histoire, en qualité de commandant, depuis fin janvier 1814, de l’artillerie réunie au Champ-de-Mars, à Paris, à l’occasion d’un épisode passé sous silence par Sarrut mais évoqué par Châteaubriand (« Mémoires d’Outre-Tombe ») et de nombreux historiens. La question posée : le Langrois a-t-il ou non refusé de faire sauter la poudrière de Grenelle, et l’ordre lui en a-t-il été donné ?
Voici la lettre écrite par l’officier durant la Première Restauration au Journal des débats : « J'étais occupé, dans la soirée de l'attaque de Paris, à rassembler (au Champ-de-Mars) les chevaux nécessaires pour l'évacuation de l'artillerie ; je partageais ce soin avec les officiers de la direction générale. A neuf heures du soir environ, un colonel à cheval arrive près de la grille de Saint-Dominique où j'étais alors, et demande à parler au directeur de l'artillerie. Je me présente : Monsieur, me dit-il, le magasin à poudre de Grenelle est-il évacué ? Non, lui répondis-je ; il ne peut même pas l'être, nous n'avons pour cela ni assez de temps, ni assez de chevaux. - Eh bien, il faut le faire sauter sur-le-champ. A ces mots, je pâlis, je me trouble, sans penser que je n'avais pas à m'inquiéter d'un ordre qui ne m'était point donné par écrit, et qui m'était transmis par un officier que je ne connaissais pas. - Hésiteriez-vous, monsieur ? me dit-il. Après un moment de réflexion, je revins à moi, et, craignant qu'il ne transmît à d'autres le même ordre, je lui répondis avec un air calme que j'allais m'en occuper ; il disparut. Maître de ce secret affreux, je ne le confiai à personne. Je ne fis point fermer les portes du magasin de Grenelle, comme on l'a dit ; je laissai continuer l'évacuation commencée dans la journée. J'ajouterai, maintenant, que cet ordre ne peut m'être venu des bureaux de l'artillerie, dont tous les officiers me sont connus ; que je savais déjà que le ministre de la Guerre et le général chef de division de l'artillerie avaient quitté Paris depuis plusieurs heures, et que tous les officiers d'artillerie de la direction générale étaient réunis au Champ-de-Mars, où ils s'occupaient de l'évacuation ordonnée. »
Ce 30 mars 1814, la poudrière de Grenelle n’a donc pas sauté. Elle contenait, selon « Le Conservateur impartial », 240 quintaux de poudre, cinq millions de cartouches, 25 000 charges de canon et 3 000 obus, et quantité de matériaux pour des feux d’artifice. Selon ce journal, en cas d'explosion (cela s'était produit sous la Révolution), « la plus grande partie de la capitale aurait été ensevelie sous ses ruines ».
Evidemment, les royalistes s’en sont donné à cœur joie pour attribuer à Napoléon lui-même la paternité de ce fameux ordre, porté par le général Gérardin, aide de camp. Si l’officier de cavalerie Hippolyte d’Espinchal, qui a connu Maillard et son épouse (une demoiselle de Caze qui figurait dans l’entourage de l’impératrice Joséphine) dans l’Hérault, sous la Restauration, pense que le Langrois a sauvé Paris, nombre de contemporains et d’historiens mettent en doute à la fois la marque impériale, et le rôle de l’artilleur, parfois qualifié d’ « arriviste ».
L’aîné, François Aubert, voit le jour le 24 avril 1778, fils de Jean-Baptiste, avocat, et d’une demoiselle Maillard. Polytechnicien, élève sous-lieutenant à l’école de Metz (19 février 1804), il sert dans l’artillerie à pied de la ligne et se distingue lors du siège de Dantzig, en 1807, année où il est promu capitaine et fait membre de la Légion d’honneur (le 10 mai). En 1808, il passe dans l’artillerie à pied de la Garde, avant d’être blessé à Wagram (1809). Au moment de la Campagne de Russie, il est capitaine-commandant de la 2e compagnie du 4e bataillon. Il est blessé à La Moskowa, promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur (le 23 septembre), chevalier d’Empire en 1813 puis baron, est nommé chef de bataillon dans la Jeune Garde le 27 mars 1813, avant d’être blessé à Bautzen et à Dresde. Durant les Cent-Jours, il est chef d’état-major de l’artillerie à pied de la Garde, corps dont il prend le commandement juste avant la chute de Napoléon. Sous la Restauration, il est inspecteur salpêtre à Paris. Frère du maire de Langres, il se retire dans le domaine de La Motte, commune d’Anrosey, où il meurt le 17 août 1855.
Claude-Etienne Lavilette, né en 1779, membre de la promotion de l’école polytechnique de l’an IX, devient aide de camp du général Lariboisière. Il se fait connaître en 1806 en rédigeant un « Mémoire sur une reconnaissance d’une partie du cours du Danube ». Lieutenant à l’état-major de l’artillerie de la Garde (22 novembre 1807), il est fait membre de la Légion d’honneur en mars 1807 – quoique non recensé par la base Léonore. Capitaine le 13 février 1809, il commande en second, en Russie, la compagnie des ouvriers pontonniers de l’artillerie de la Garde. Titulaire de l’ordre de la Couronne de fer en Italie et de l’ordre du Mérite militaire de Bavière, il est mortellement blessé le 16 novembre 1812 à Krasnoe. Cet officier semble distinct du capitaine du 8e régiment d’artillerie à pied blessé à La Moskowa et cité par Martinien.
Louis-Edouard Maillard de Liscourt est mieux connu, grâce notamment à la notice biographique que lui a consacré Germain Sarrut (« biographie des hommes du jour »). Fils d’officier (et sans doute apparenté au major Aubert), il naît à Langres le 12 janvier 1778. Après des études dans sa famille, puis au collège Louis-le-Grand qu’il rejoint en 1786, il intègre l’école militaire de Pont-à-Mousson, dissoute en 1793. Conscrit de l’an VII, il ne rejoint pas la 22e ou la 101e demi-brigades d’infanterie de ligne, mais le 6e régiment d’artillerie à pied, comme canonnier, le 1er décembre 1798. Au sein de ce corps, il passe successivement fourrier (1801), sergent (1802), sergent-major (1803), enfin lieutenant en second (22 novembre 1804). Au camp de Boulogne puis à la Grande Armée, il remplit les fonctions d’aide de camp du général d’artillerie Faultrier. Passé dans l’artillerie à cheval de la Garde le 1er mai 1806, promu lieutenant en premier le 21 août 1808, le Langrois sert en Espagne, se battant à Burgos, écopant de deux coups de feu à l’attaque de Madrid, le 4 décembre suivant. On le retrouve à Wagram, à Znaïm : à l’issue de la Campagne d’Autriche, il est fait chevalier de la Légion d’honneur (9 juillet 1809) puis promu capitaine en second (17 juillet). Passé dans l’artillerie à pied de la Garde, Maillard prend part à la campagne de Russie, au sein de la 1ère compagnie du 2e bataillon, participant aux batailles ou affaires de Smolensk, La Moskowa (il est blessé à deux reprises), Krasnoe, passant capitaine en premier le 1er octobre 1812. Durant la Campagne de Saxe (Bautzen, Dresde, Leipzig, Hanau), il est fait officier de la Légion d’honneur le 14 septembre 1813 puis nommé major (lieutenant-colonel) à l’état-major de l’artillerie le 28 décembre. Il a 35 ans.
Jusqu’à présent, Maillard de Liscourt n’a pas beaucoup fait parler de lui. C’est durant la Campagne de France qu’il fait son entrée dans l’Histoire, en qualité de commandant, depuis fin janvier 1814, de l’artillerie réunie au Champ-de-Mars, à Paris, à l’occasion d’un épisode passé sous silence par Sarrut mais évoqué par Châteaubriand (« Mémoires d’Outre-Tombe ») et de nombreux historiens. La question posée : le Langrois a-t-il ou non refusé de faire sauter la poudrière de Grenelle, et l’ordre lui en a-t-il été donné ?
Voici la lettre écrite par l’officier durant la Première Restauration au Journal des débats : « J'étais occupé, dans la soirée de l'attaque de Paris, à rassembler (au Champ-de-Mars) les chevaux nécessaires pour l'évacuation de l'artillerie ; je partageais ce soin avec les officiers de la direction générale. A neuf heures du soir environ, un colonel à cheval arrive près de la grille de Saint-Dominique où j'étais alors, et demande à parler au directeur de l'artillerie. Je me présente : Monsieur, me dit-il, le magasin à poudre de Grenelle est-il évacué ? Non, lui répondis-je ; il ne peut même pas l'être, nous n'avons pour cela ni assez de temps, ni assez de chevaux. - Eh bien, il faut le faire sauter sur-le-champ. A ces mots, je pâlis, je me trouble, sans penser que je n'avais pas à m'inquiéter d'un ordre qui ne m'était point donné par écrit, et qui m'était transmis par un officier que je ne connaissais pas. - Hésiteriez-vous, monsieur ? me dit-il. Après un moment de réflexion, je revins à moi, et, craignant qu'il ne transmît à d'autres le même ordre, je lui répondis avec un air calme que j'allais m'en occuper ; il disparut. Maître de ce secret affreux, je ne le confiai à personne. Je ne fis point fermer les portes du magasin de Grenelle, comme on l'a dit ; je laissai continuer l'évacuation commencée dans la journée. J'ajouterai, maintenant, que cet ordre ne peut m'être venu des bureaux de l'artillerie, dont tous les officiers me sont connus ; que je savais déjà que le ministre de la Guerre et le général chef de division de l'artillerie avaient quitté Paris depuis plusieurs heures, et que tous les officiers d'artillerie de la direction générale étaient réunis au Champ-de-Mars, où ils s'occupaient de l'évacuation ordonnée. »
Ce 30 mars 1814, la poudrière de Grenelle n’a donc pas sauté. Elle contenait, selon « Le Conservateur impartial », 240 quintaux de poudre, cinq millions de cartouches, 25 000 charges de canon et 3 000 obus, et quantité de matériaux pour des feux d’artifice. Selon ce journal, en cas d'explosion (cela s'était produit sous la Révolution), « la plus grande partie de la capitale aurait été ensevelie sous ses ruines ».
Evidemment, les royalistes s’en sont donné à cœur joie pour attribuer à Napoléon lui-même la paternité de ce fameux ordre, porté par le général Gérardin, aide de camp. Si l’officier de cavalerie Hippolyte d’Espinchal, qui a connu Maillard et son épouse (une demoiselle de Caze qui figurait dans l’entourage de l’impératrice Joséphine) dans l’Hérault, sous la Restauration, pense que le Langrois a sauvé Paris, nombre de contemporains et d’historiens mettent en doute à la fois la marque impériale, et le rôle de l’artilleur, parfois qualifié d’ « arriviste ».
Durant la Première Restauration, Maillard de Liscourt appartient à la commission chargée de remettre aux Alliés les places fortes de Hollande – il est fait chevalier de Saint-Louis et membre de l’ordre de Sainte-Anne, par l’empereur de Russie Alexandre, à la suite de l’épisode de Grenelle - et, comme d’autres compatriotes (le colonel Denys, le chef de bataillon de Nettancourt), rejoint le roi Louis XIII en fuite à Gand. Au retour des Bourbon, il occupe divers postes de direction d’artillerie (à Sète, à Nantes, à Bordeaux…), prend part à la campagne d’Espagne à l’issue de laquelle il est promu colonel, et retraité en 1830. Il meurt à Paris le 5 décembre 1851 (selon Sylvie Nicolas : « Les derniers maîtres des requêtes de l’Ancien Régime »).
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vendredi 18 septembre 2009
Nicolas Laveine, chef d'escadron de dragons
Un nouvel officier supérieur a été identifié depuis la parution de « Grognards de Haute-Marne » : le chef d’escadron de cavalerie Laveine.
C’est dans le petit village de Charmoy, dans le canton de Fayl-Billot, que naît, le 26 octobre 1768, Nicolas, fils de Jean Laveine et de Marguerite Drouot.
Il est probable, au vu de sa date de naissance, que le jeune homme serve d’abord dans l’armée du roi. Sa trace est croisée une première fois en 1800, en qualité de sous-lieutenant au 18e régiment de dragons (ex-régiment des Dragons du roi), un corps qui sert alors en Egypte. Il est promu lieutenant le 14 mai 1802 dans ce régiment qui se battra, en 1805 à Elchingen et Austerlitz, en 1807 en Pologne, puis en Espagne.
Laveine est déjà membre de la Légion d’honneur lorsque l’annuaire du département de la Haute-Marne de 1811 le qualifie de capitaine au 9e régiment provisoire de dragons. Un régiment à l’existence éphémère qui a reçu deux escadrons (les 3e et 4e) du 18e dragons après leur entrée en Espagne en janvier 1810.
En 1813 (il a 45 ans), de retour au 18e, Nicolas Laveine est chef d'escadron, et lors de la bataille de Leipzig, il a un cheval tué sous lui par un boulet. Après l'abdication de Napoléon Ier, le régiment, qui s'est notamment battu à Saint-Dizier, devient, sous la Première Restauration, 13e dragons. Laveine est fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis, le 16 janvier 1815. Durant les Cent-Jours, le régiment retrouve son numéro : il ne combat pas en Belgique, mais relève de l’armée des Alpes. A la fin de l’année, le Haut-Marnais appartient au conseil d’administration du régiment, basé à Lunel, dans l’Hérault, qui va être bientôt dissous.
Laveine qui, si l’on en croit Martinien, n’a pas été blessé durant les campagnes impériales, n’apparaît pas dans l’annuaire des officiers d’active de l’armée de Louis XVIII. Chef d’escadron retraité, il retrouve… son village natal, où il exerce la fonction d’adjoint au maire, notamment en 1823. Il est présent au mariage d'un officier de son régiment, le capitaine Jobard, maire de Rougeux, en 1819. Veuf de Marie Lamotte, propriétaire, cet officier de la Légion d’honneur décède à Charmoy le 18 juillet 1839, à l’âge de 71 ans. Curieusement, il n’apparaissait auparavant pas dans les listes de membres de la Légion d’honneur et de l’ordre de Saint-Louis résidant dans le département de la Haute-Marne.
C’est dans le petit village de Charmoy, dans le canton de Fayl-Billot, que naît, le 26 octobre 1768, Nicolas, fils de Jean Laveine et de Marguerite Drouot.
Il est probable, au vu de sa date de naissance, que le jeune homme serve d’abord dans l’armée du roi. Sa trace est croisée une première fois en 1800, en qualité de sous-lieutenant au 18e régiment de dragons (ex-régiment des Dragons du roi), un corps qui sert alors en Egypte. Il est promu lieutenant le 14 mai 1802 dans ce régiment qui se battra, en 1805 à Elchingen et Austerlitz, en 1807 en Pologne, puis en Espagne.
Laveine est déjà membre de la Légion d’honneur lorsque l’annuaire du département de la Haute-Marne de 1811 le qualifie de capitaine au 9e régiment provisoire de dragons. Un régiment à l’existence éphémère qui a reçu deux escadrons (les 3e et 4e) du 18e dragons après leur entrée en Espagne en janvier 1810.
En 1813 (il a 45 ans), de retour au 18e, Nicolas Laveine est chef d'escadron, et lors de la bataille de Leipzig, il a un cheval tué sous lui par un boulet. Après l'abdication de Napoléon Ier, le régiment, qui s'est notamment battu à Saint-Dizier, devient, sous la Première Restauration, 13e dragons. Laveine est fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis, le 16 janvier 1815. Durant les Cent-Jours, le régiment retrouve son numéro : il ne combat pas en Belgique, mais relève de l’armée des Alpes. A la fin de l’année, le Haut-Marnais appartient au conseil d’administration du régiment, basé à Lunel, dans l’Hérault, qui va être bientôt dissous.
Laveine qui, si l’on en croit Martinien, n’a pas été blessé durant les campagnes impériales, n’apparaît pas dans l’annuaire des officiers d’active de l’armée de Louis XVIII. Chef d’escadron retraité, il retrouve… son village natal, où il exerce la fonction d’adjoint au maire, notamment en 1823. Il est présent au mariage d'un officier de son régiment, le capitaine Jobard, maire de Rougeux, en 1819. Veuf de Marie Lamotte, propriétaire, cet officier de la Légion d’honneur décède à Charmoy le 18 juillet 1839, à l’âge de 71 ans. Curieusement, il n’apparaissait auparavant pas dans les listes de membres de la Légion d’honneur et de l’ordre de Saint-Louis résidant dans le département de la Haute-Marne.
Sources : état civil de la commune de Charmoy ; site Internet de Richard Darnault (« Les armées de Napoléon ») ; base Léonore (site Internet des Archives nationales) ; annuaire de la Haute-Marne de 1811 ; base Internet des chevaliers de Saint-Louis ; historique du 18e dragons.
Campagne de France (III) : des militaires décédés à l'hôpital de Saint-Dizier
Entre le 25 mars (donc à la veille du deuxième combat de Saint-Dizier) et le 18 avril 1814, 23 militaires français sont décédés dans la cité bragarde, en grande majorité à l'hôpital civil. Parmi eux : un officier, le seul d'ailleurs au sujet duquel il est précisé qu'il est mort des suites de blessures.
En voici la liste, avec toutes les précautions d'usage liées à une orthographe pouvant être approximative.
A noter que sept d'entre eux appartenaient à la Garde impériale (dont deux lanciers et un mamelouk alsacien), et que quatre sont originaires du seul département de l'Ain.
ARROT Pierre, 32 ans, de l’Indre-et-Loire, conscrit, mort le 25 mars.
BASSET Jean-François, 21 ans, du Loiret, soldat au 7e tirailleurs de la Garde, mort le 17 avril.
BLIN François, 20 ans, de l’Orne, soldat au 5e d’artillerie à pied, mort le 18 avril.
BRILLON Jean-Pierre, 28 ans, de l’Ain, carabinier au 17e léger, 1er bataillon, mort le 17 avril.
CADANEC François, 37 ans, du Finistère, grenadier au régiment de Brest, mort le 4 avril.
CANARD Pierre, 36 ans, de la Creuse, soldat de la Jeune Garde, mort le 16 avril.
CLAR (ou GLAR) Jacob, 18 ans, soldat au 1er régiment de mamelouks de la Garde, du Bas-Rhin, mort le 17 avril.
CLICHY Frédéric, 33 ans, d’Eure-et-Loir, maréchal des logis du 4e chasseurs à cheval, mort le 25 mars.
LACROIX Jean, 28 ans, de la Corrèze, soldat au 36e de ligne, mort le 15 avril.
LANGLOIS Claude, 21 ans, d’Eure-et-Loir, soldat au 6e régiment de tirailleurs de la Garde, 1er bataillon, 1ère compagnie, mort le 7 avril.
LEFEVRE André, 18 ans, de l’Ain, tirailleur au 5e régiment de tirailleurs de la Garde, 8e bataillon, 1ère compagnie, mort le 28 mars.
LOSTE (ou LORTA) Joseph, 20 ans, des Pyrénées-Orientales, soldat au 54e de ligne, mort le 4 avril.
MONNIOT Antoine, 29 ans, de Nancy, capitaine au 11e dragons, mort le 28 mars des suites de blessures.
NEGRET Antoine, 23 ans, de Parme, soldat au 3e de ligne, mort le 7 avril.
PIGEON Jean, 20 ans, des Deux-Sèvres, soldat au 70e de ligne, 3e bataillon, 4e compagnie, mort le 13 avril.
QUIDARD Joseph, 26 ans, de l’Ain, soldat au 101e de ligne, mort le 4 avril.
RENAUD François, 22 ans, des Vosges, tirailleur dans la Garde, mort le 18 avril.
SALETTE Michel, 37 ans, de l’Ain, carabinier au 17e léger, mort le 17 avril.
SATARD (ou JATARD) François, 22 ans, du Tarn, soldat au 24e dragons, mort le 10 avril.
SCHRISDLOISKY Mathieu, 22 ans, de Pologne, lancier au 1er régiment de la Garde, 4e escadron, 4e compagnie, mort le 27 mars.
STEPHANIE Pierre-Joseph, 27 ans, de Sambre-et-Meuse, canonnier au 2e d’artillerie de marine, mort le 17 avril.
VAILLOT Lazare, 24 ans, de Haute-Saône, du 14e dragons, mort le 27 mars.
ZELIS Constant, 22 ans, de l’Escaut, soldat au 2e lanciers de la Garde, mort le 17 avril.
Sources : état civil de la commune de Saint-Dizier (collection Archives départementales de la Haute-Marne).
En voici la liste, avec toutes les précautions d'usage liées à une orthographe pouvant être approximative.
A noter que sept d'entre eux appartenaient à la Garde impériale (dont deux lanciers et un mamelouk alsacien), et que quatre sont originaires du seul département de l'Ain.
ARROT Pierre, 32 ans, de l’Indre-et-Loire, conscrit, mort le 25 mars.
BASSET Jean-François, 21 ans, du Loiret, soldat au 7e tirailleurs de la Garde, mort le 17 avril.
BLIN François, 20 ans, de l’Orne, soldat au 5e d’artillerie à pied, mort le 18 avril.
BRILLON Jean-Pierre, 28 ans, de l’Ain, carabinier au 17e léger, 1er bataillon, mort le 17 avril.
CADANEC François, 37 ans, du Finistère, grenadier au régiment de Brest, mort le 4 avril.
CANARD Pierre, 36 ans, de la Creuse, soldat de la Jeune Garde, mort le 16 avril.
CLAR (ou GLAR) Jacob, 18 ans, soldat au 1er régiment de mamelouks de la Garde, du Bas-Rhin, mort le 17 avril.
CLICHY Frédéric, 33 ans, d’Eure-et-Loir, maréchal des logis du 4e chasseurs à cheval, mort le 25 mars.
LACROIX Jean, 28 ans, de la Corrèze, soldat au 36e de ligne, mort le 15 avril.
LANGLOIS Claude, 21 ans, d’Eure-et-Loir, soldat au 6e régiment de tirailleurs de la Garde, 1er bataillon, 1ère compagnie, mort le 7 avril.
LEFEVRE André, 18 ans, de l’Ain, tirailleur au 5e régiment de tirailleurs de la Garde, 8e bataillon, 1ère compagnie, mort le 28 mars.
LOSTE (ou LORTA) Joseph, 20 ans, des Pyrénées-Orientales, soldat au 54e de ligne, mort le 4 avril.
MONNIOT Antoine, 29 ans, de Nancy, capitaine au 11e dragons, mort le 28 mars des suites de blessures.
NEGRET Antoine, 23 ans, de Parme, soldat au 3e de ligne, mort le 7 avril.
PIGEON Jean, 20 ans, des Deux-Sèvres, soldat au 70e de ligne, 3e bataillon, 4e compagnie, mort le 13 avril.
QUIDARD Joseph, 26 ans, de l’Ain, soldat au 101e de ligne, mort le 4 avril.
RENAUD François, 22 ans, des Vosges, tirailleur dans la Garde, mort le 18 avril.
SALETTE Michel, 37 ans, de l’Ain, carabinier au 17e léger, mort le 17 avril.
SATARD (ou JATARD) François, 22 ans, du Tarn, soldat au 24e dragons, mort le 10 avril.
SCHRISDLOISKY Mathieu, 22 ans, de Pologne, lancier au 1er régiment de la Garde, 4e escadron, 4e compagnie, mort le 27 mars.
STEPHANIE Pierre-Joseph, 27 ans, de Sambre-et-Meuse, canonnier au 2e d’artillerie de marine, mort le 17 avril.
VAILLOT Lazare, 24 ans, de Haute-Saône, du 14e dragons, mort le 27 mars.
ZELIS Constant, 22 ans, de l’Escaut, soldat au 2e lanciers de la Garde, mort le 17 avril.
Sources : état civil de la commune de Saint-Dizier (collection Archives départementales de la Haute-Marne).
Campagne de France (II) : les officiers de cavalerie tués et blessés à Saint-Dizier
Lors des différents combats de Saint-Dizier, c’est la cavalerie impériale qui a été la plus éprouvée, et particulièrement le 26 mars 1814. En témoigne le recensement des officiers tués et blessés effectué par Martinien, qui identifie quatre morts et 33 blessés, essentiellement parmi les dragons et les chasseurs à cheval. En voici la liste, complétée par nos informations (provenant de la base Léonore, notamment). A noter que certaines dates de blessures (22 janvier 1814, 17 et 19 mars 1814) paraissent sujettes à caution, car nous n’avons pas eu connaissance d’engagements ces jours-là.
Officiers tués ou mortellement blessés :Abriot, sous-lieutenant au 11e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814, mort le 25 (selon Jean-Pierre Mir, auteur d’ouvrages sur la Campagne de 1814, Pierre Abriot était plutôt maréchal des logis-chef dans ce régiment, né en 1779 dans le Jura, tué le 26) ;
Bulot, sous-lieutenant au 2e dragons, tué le 27 janvier 1814 ;
Mennetier, lieutenant adjudant-major au 10e chasseurs à cheval, tué le 25 janvier 1814 (donc sans doute lors de la perte de la ville) ;
Miller Joseph, comte d’Empire, colonel du 26e chasseurs à cheval, tué le 27 janvier 1814 vers 11 h d’une balle à la tête sur la route de Joinville (selon l'état civil de la commune de Saint-Dizier).
Officiers blessés :
Algay Jacques-Blaise-Pierre, né en 1771 en Corrèze, chef d’escadron (1813) au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814 près de Saint-Dizier par un coup de feu à la jambe gauche. Sera promu major le 3 avril 1814. Membre de la Légion d’honneur, il avait été blessé à Leipzig. Frère d’un chef d’escadron de carabiniers.
Ardouin, sous-lieutenant au 18e dragons, blessé le 25 mars 1814.
Bouillon Jacques, né en 1776 dans les Basses-Pyrénées, lieutenant (1814) au 30e dragons, blessé le 26 mars 1814, membre de la Légion d’honneur (1813), mort en 1836.
Bureaux de Pusy Joachim-Irène-François, né à Vesoul en 1783, chef d’escadron (1813) au 11e dragons, blessé le 26 janvier 1814. Son dossier de la Légion d’honneur précise : « En 1814, le 26 janvier, en avant de Saint-Dizier, il commandait l’avant-garde, forte de 300 chevaux. Il chargea de l’artillerie et de l’infanterie, son cheval fut tué dans une de ses charges. Il remonta sur un second cheval, avec lequel il continua à poursuivre l’ennemi, en ralliant ses dragons. Il fut atteint d’un biscaïen à la tête, qui le jeta à terre et le mit hors de combat ». C’est le fameux chirurgien Larrey qui le soignera. Déjà blessé en 1809, il servira sous la Restauration. Frère d’un colonel de dragons sous la Restauration.
Buys G.G., né en 1788 à Nimègue, lieutenant au 2e lanciers de la Garde, blessé le 26 mars 1814. Sera fait membre de la Légion d’honneur le 5 avril 1814 à Fontainebleau. Note : Martinien cite un lieutenant Buys, du 5e lanciers, blessé le 27 janvier 1814 (est-ce le même ?).
Cazeneuve François dit Théodore, né en Alsace en 1787, lieutenant (janvier 1814) au 13e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814, membre de la Légion d’honneur.
Clément, sous-lieutenant au 11e dragons, tué le 22 (sic) janvier 1814.
Collinet Etienne, né en Haute-Marne, sous-lieutenant au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Sera blessé à Waterloo. Membre de la Légion d’honneur.
Cosnard Pierre-Jean-René, né en 1769 dans l’Orne, chef d’escadron (1813) au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 d’un coup de lance. A été auparavant blessé à quatre reprises. Officier de la Légion d’honneur.
Delapille Charles-Richard, né en 1784 dans l’Eure, sous-lieutenant au 13e dragons selon Martinien (ou lieutenant depuis 1813 au 18e dragons selon la base Léonore), blessé le 26 mars 1814 d’un coup de lance au bras droit, mort en 1823.
Dinglemarre, lieutenant au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814. Note : un lieutenant d’Inglemarre, du 14e dragons, blessé le 26 mars, est cité par Martinien (il y a sans doute un doublon).
Duchevreuil Jacques-Antoine-Henry, né en 1786 en Normandie, sous-lieutenant au 5e chasseurs à cheval, blessé d’un coup de feu au bras droit et à l’épaule le 25 mars 1814.
Fonville François, né en 1790 dans l'Ain, sous-lieutenant (8 janvier 1814) au 27e chasseurs à cheval, blessé le 19 (sic) mars 1814. Ou plutôt officier du 4e chasseurs à cheval, blessé d'un coup de feu au genou gauche à Saint-Dizier (sans précision de date).
Fournier, sous-lieutenant au 16e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Gauguier Charles-Séraphin-Joseph, né à Lille en 1793. Elève à l'école de cavalerie de Saint-Germain-en-Laye (1811), sous-lieutenant (mars 1813) au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 d'un coup de lance. Chevalier de la Légion d'honneur (3 avril 1814). Sera maître de forges à Neufchâteau, député des Vosges (1831). Mort en 1855.
Gisancourt (de), sous-lieutenant au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Joanet Pierre-Laurent, né à Reims en 1784, sous-lieutenant au 11e dragons, blessé le 26 mars 1814 dans une reconnaissance - ou plutôt, selon son dossier de légionnaire, à Fère-Champenoise.
Lallemand Sébastien,né en 1783 à Fleury-lès-Saint-Loup (70), chevalier de la Légion d'honneur (1809), sous-lieutenant (1813) au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814 à l’épaule (lire le témoignage du cavalier Gougeat sur ce blog). Ou plutôt, après avoir été blessé à Brienne, d'un coup de lance au ventre, promu lieutenant le 30 mars.
Lamy, capitaine adjudant-major au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Blessé auparavant comme capitaine à Sainte-Croix. Sera blessé à Waterloo.
Le Flo-De Kerleau, capitaine au 13e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814.
Lestocoquoy, capitaine au 22e chasseurs à cheval, blessé le 26 mars 1814.
L’Hermitte, lieutenant au 24e chasseurs à cheval, blessé le 17 (sic) mars 1814.
Migneret, sous-lieutenant au 19e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814.
Millet, sous-lieutenant au 27e chasseurs à cheval, blessé le 19 (sic) mars 1814.
Molard, capitaine au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Paradis, sous-lieutenant au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 (Antoine, né à Roye, blessé à la jambe).
Parent, sous-lieutenant au 4e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Ricolfo, sous-lieutenant au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Souspiron (Etienne de), sous-lieutenant au 15e dragons, blessé le 26 mars 1814. Sans doute un parent de l'officier de dragons avignonnais guillotiné durant la Révolution.
Spada (de), capitaine au 22e dragons, blessé le 26 janvier 1814.
Suchel, capitaine au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Blessé auparavant à Sainte-Croix.
Vernier, capitaine (1813) au 2e dragons, né à Strasbourg en 1787, blessé le 27 janvier 1814. A été blessé comme sous-lieutenant en Espagne en 1808 et 1809, et comme capitaine en Espagne en 1813.
Viora, capitaine au 18e dragons, blessé le 25 mars 1814.
Par ailleurs, l’état civil de Saint-Dizier conserve la trace du capitaine Antoine Monniot, né à Nancy, âgé de 29 ans, servant au 11e dragons, mort le 28 mars 1814 à l’hospice civil des suites de blessures. Martinien situe la mort de ce fils d'officier haut-marnais (et frère d'un capitaine) le 26 février 1814 au pont de Dolancourt (Aube). Et l’historique du 8e cuirassiers évoque la blessure du sous-lieutenant Lallemand, le 26 mars 1814 à Saint-Dizier. Mais toujours selon Martinien, c'est ce même jour, près de Sézanne (Marne), que cet officier a été touché, avant de décéder le 11 avril.
Officiers tués ou mortellement blessés :Abriot, sous-lieutenant au 11e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814, mort le 25 (selon Jean-Pierre Mir, auteur d’ouvrages sur la Campagne de 1814, Pierre Abriot était plutôt maréchal des logis-chef dans ce régiment, né en 1779 dans le Jura, tué le 26) ;
Bulot, sous-lieutenant au 2e dragons, tué le 27 janvier 1814 ;
Mennetier, lieutenant adjudant-major au 10e chasseurs à cheval, tué le 25 janvier 1814 (donc sans doute lors de la perte de la ville) ;
Miller Joseph, comte d’Empire, colonel du 26e chasseurs à cheval, tué le 27 janvier 1814 vers 11 h d’une balle à la tête sur la route de Joinville (selon l'état civil de la commune de Saint-Dizier).
Officiers blessés :
Algay Jacques-Blaise-Pierre, né en 1771 en Corrèze, chef d’escadron (1813) au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814 près de Saint-Dizier par un coup de feu à la jambe gauche. Sera promu major le 3 avril 1814. Membre de la Légion d’honneur, il avait été blessé à Leipzig. Frère d’un chef d’escadron de carabiniers.
Ardouin, sous-lieutenant au 18e dragons, blessé le 25 mars 1814.
Bouillon Jacques, né en 1776 dans les Basses-Pyrénées, lieutenant (1814) au 30e dragons, blessé le 26 mars 1814, membre de la Légion d’honneur (1813), mort en 1836.
Bureaux de Pusy Joachim-Irène-François, né à Vesoul en 1783, chef d’escadron (1813) au 11e dragons, blessé le 26 janvier 1814. Son dossier de la Légion d’honneur précise : « En 1814, le 26 janvier, en avant de Saint-Dizier, il commandait l’avant-garde, forte de 300 chevaux. Il chargea de l’artillerie et de l’infanterie, son cheval fut tué dans une de ses charges. Il remonta sur un second cheval, avec lequel il continua à poursuivre l’ennemi, en ralliant ses dragons. Il fut atteint d’un biscaïen à la tête, qui le jeta à terre et le mit hors de combat ». C’est le fameux chirurgien Larrey qui le soignera. Déjà blessé en 1809, il servira sous la Restauration. Frère d’un colonel de dragons sous la Restauration.
Buys G.G., né en 1788 à Nimègue, lieutenant au 2e lanciers de la Garde, blessé le 26 mars 1814. Sera fait membre de la Légion d’honneur le 5 avril 1814 à Fontainebleau. Note : Martinien cite un lieutenant Buys, du 5e lanciers, blessé le 27 janvier 1814 (est-ce le même ?).
Cazeneuve François dit Théodore, né en Alsace en 1787, lieutenant (janvier 1814) au 13e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814, membre de la Légion d’honneur.
Clément, sous-lieutenant au 11e dragons, tué le 22 (sic) janvier 1814.
Collinet Etienne, né en Haute-Marne, sous-lieutenant au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Sera blessé à Waterloo. Membre de la Légion d’honneur.
Cosnard Pierre-Jean-René, né en 1769 dans l’Orne, chef d’escadron (1813) au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 d’un coup de lance. A été auparavant blessé à quatre reprises. Officier de la Légion d’honneur.
Delapille Charles-Richard, né en 1784 dans l’Eure, sous-lieutenant au 13e dragons selon Martinien (ou lieutenant depuis 1813 au 18e dragons selon la base Léonore), blessé le 26 mars 1814 d’un coup de lance au bras droit, mort en 1823.
Dinglemarre, lieutenant au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814. Note : un lieutenant d’Inglemarre, du 14e dragons, blessé le 26 mars, est cité par Martinien (il y a sans doute un doublon).
Duchevreuil Jacques-Antoine-Henry, né en 1786 en Normandie, sous-lieutenant au 5e chasseurs à cheval, blessé d’un coup de feu au bras droit et à l’épaule le 25 mars 1814.
Fonville François, né en 1790 dans l'Ain, sous-lieutenant (8 janvier 1814) au 27e chasseurs à cheval, blessé le 19 (sic) mars 1814. Ou plutôt officier du 4e chasseurs à cheval, blessé d'un coup de feu au genou gauche à Saint-Dizier (sans précision de date).
Fournier, sous-lieutenant au 16e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Gauguier Charles-Séraphin-Joseph, né à Lille en 1793. Elève à l'école de cavalerie de Saint-Germain-en-Laye (1811), sous-lieutenant (mars 1813) au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 d'un coup de lance. Chevalier de la Légion d'honneur (3 avril 1814). Sera maître de forges à Neufchâteau, député des Vosges (1831). Mort en 1855.
Gisancourt (de), sous-lieutenant au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Joanet Pierre-Laurent, né à Reims en 1784, sous-lieutenant au 11e dragons, blessé le 26 mars 1814 dans une reconnaissance - ou plutôt, selon son dossier de légionnaire, à Fère-Champenoise.
Lallemand Sébastien,né en 1783 à Fleury-lès-Saint-Loup (70), chevalier de la Légion d'honneur (1809), sous-lieutenant (1813) au 20e dragons, blessé le 26 mars 1814 à l’épaule (lire le témoignage du cavalier Gougeat sur ce blog). Ou plutôt, après avoir été blessé à Brienne, d'un coup de lance au ventre, promu lieutenant le 30 mars.
Lamy, capitaine adjudant-major au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Blessé auparavant comme capitaine à Sainte-Croix. Sera blessé à Waterloo.
Le Flo-De Kerleau, capitaine au 13e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814.
Lestocoquoy, capitaine au 22e chasseurs à cheval, blessé le 26 mars 1814.
L’Hermitte, lieutenant au 24e chasseurs à cheval, blessé le 17 (sic) mars 1814.
Migneret, sous-lieutenant au 19e dragons, blessé le 22 (sic) janvier 1814.
Millet, sous-lieutenant au 27e chasseurs à cheval, blessé le 19 (sic) mars 1814.
Molard, capitaine au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Paradis, sous-lieutenant au 19e dragons, blessé le 26 mars 1814 (Antoine, né à Roye, blessé à la jambe).
Parent, sous-lieutenant au 4e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Ricolfo, sous-lieutenant au 25e dragons, blessé le 26 mars 1814.
Souspiron (Etienne de), sous-lieutenant au 15e dragons, blessé le 26 mars 1814. Sans doute un parent de l'officier de dragons avignonnais guillotiné durant la Révolution.
Spada (de), capitaine au 22e dragons, blessé le 26 janvier 1814.
Suchel, capitaine au 2e dragons, blessé le 27 janvier 1814. Blessé auparavant à Sainte-Croix.
Vernier, capitaine (1813) au 2e dragons, né à Strasbourg en 1787, blessé le 27 janvier 1814. A été blessé comme sous-lieutenant en Espagne en 1808 et 1809, et comme capitaine en Espagne en 1813.
Viora, capitaine au 18e dragons, blessé le 25 mars 1814.
Par ailleurs, l’état civil de Saint-Dizier conserve la trace du capitaine Antoine Monniot, né à Nancy, âgé de 29 ans, servant au 11e dragons, mort le 28 mars 1814 à l’hospice civil des suites de blessures. Martinien situe la mort de ce fils d'officier haut-marnais (et frère d'un capitaine) le 26 février 1814 au pont de Dolancourt (Aube). Et l’historique du 8e cuirassiers évoque la blessure du sous-lieutenant Lallemand, le 26 mars 1814 à Saint-Dizier. Mais toujours selon Martinien, c'est ce même jour, près de Sézanne (Marne), que cet officier a été touché, avant de décéder le 11 avril.
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jeudi 17 septembre 2009
Campagne de France (I) : un témoignage méconnu sur le combat de Saint-Dizier (26 mars 1814)
Nous commençons aujourd’hui à mettre en ligne des documents relatifs à la Campagne de France en Haute-Marne. Inauguration avec un témoignage méconnu d’un dragon ayant assisté au combat du 26 mars 1814 à Saint-Dizier, et curieusement natif de la région bragarde : Louis-Antoine Gougeat, né à Larzicourt (au bord du lac du Der) en 1788, engagé en 1806 au 20e dragons, et alors cavalier d’ordonnance du capitaine de Marcy. Un témoignage publié dans les carnets de la Sabretache en 1901.
Au 26 mars 1814, le 20e dragons, commandé par le colonel Desargus, appartient à la division Lhéritier du 5e corps de cavalerie. Martinien indique que ce régiment a déploré ce jour-là trois officiers blessés, dont le chef d’escadron Algay et le lieutenant Lallemand.
« Nous partons, le lendemain, par la route de Montierender, nous arrivons au pied du village de Moelain (Note : Moeslains), au-dessous et loin de Saint-Dizier. Ce village est situé au sommet d’une petite côte de vignes au bas de laquelle coule la Marne. De l’autre côté est le bourg d’Hoericourt, avec une vaste plaine. Il est 10 h du matin, le temps est splendide, le soleil brille d’un vif éclat. L’armée russe évolue dans la plaine. A la vue de l’ennemi, notre armée, guidée par des habitants du pays, traverse la Marne au gué d’Hoericourt, en masse et dans un ordre parfait. Parvenue sur l’autre rive, elle est accueillie par la cavalerie russe dont elle reçoit le choc sans broncher, notre cavalerie la charge à son tour ; une terrible mêlée s’engage pendant laquelle les escadrons ennemis sont ramenés plusieurs fois. Enfin, après deux heures de rude combat, l’Empereur lance sur les Russes la cavalerie de la Garde qui les sabre et les met dans une déroute complète. Ils se débandent et fuient au galop une partie dans la direction de Vitry et le reste par la route de Bar-le-Duc. Je ne pris pas part à l’action, mais je la vis se dérouler à mes pieds, du haut de la petite colline de Moelain, où je me trouvais avec l’officier payeur du régiment. La traversée de la Marne par notre cavalerie, dont les chevaux ne nous paraissaient pas plus gros que des moutons au milieu de la rivière, et le choc des escadrons dans la plaine d’Hoericourt aux rayons d’un beau soleil qui faisait jaillir des milliers d’étincelles des armes et des casques, constituaient l’un des plus beaux spectacles qu’il m’ait été donné de contempler. Passant, le soir, sur le champ de bataille, je reconnais, parmi les morts, plusieurs dragons de mon régiment et un officier du 19e dragons (Note : Martinien ne mentionne pas d’officier du 19e mort ce jour-là, mais trois blessés, dont le chef d’escadron Cosnard et le sous-lieutenant Paradis). Je rencontre M. Lallement, officier dans ma compagnie, blessé à l’épaule, et qui me prie de panser sa blessure. Tout près de la grande route se tiennent des cavaliers qui offrent, mais sans succès, de vendre à leurs officiers des chevaux qu’ils ont pris à l’ennemi. »
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