Il s’appelle Habert. Comme son presqu’homonyme, héros d’un héros de Balzac, il s’est hissé jusqu’au grade de colonel. Comme Chabert, il a été blessé, en 1807, lors de la Campagne de Pologne en chargeant à la tête des cuirassiers. Mais ici s’arrêtent les similitudes avec ce célèbre personnage de fiction : le Haut-Marnais ne meurt pas dans un hospice, mais dans une « grande et belle demeure à Nijon ». C’est ce qu’écrira son compatriote Alcide Marot, auteur d’une notice biographique de cet officier dont le manuscrit original est conservé par les Archives départementales.
Jean-Nicolas Habert voit le jour à Nijon, village du canton de Bourmont, le 27 octobre 1774. Il est le fils de Jean-Baptiste, coordonnier devenu marchand, et de Marie-Rose Reine. Coïncidence ? Un nommé Reine, sans doute un parent, sert comme maréchal des logis dans le 4e régiment de cavalerie. C’est dans ce corps que le jeune Haut-Marnais s’engage le 6 janvier 1794, à 19 ans et demi.
Patiemment, le cavalier haut-marnais gravit les étapes de la hiérarchie militaire, au fur et à mesure qu’il se bat (surtout aux abords du Rhin) : fourrier en 1795, maréchal des logis chef en 1799, adjudant-sous-officier en 1800. C’est la même année, à 25 ans, qu’il passe sous-lieutenant, le 5 juin 1800, lors d’une campagne d’Allemagne, sous les ordres du général Moreau, qui sera ponctuée par la victoire d’Hohenlinden.
Lieutenant en 1802, Habert sert en Italie en 1805 et 1806. Période au cours de laquelle il quitte le 4e devenu « de cuirassiers » pour être nommé adjudant-major du 6e de l’arme, en avril 1806. Ce corps basé au-delà des Alpes (à Lodi) et commandé par le colonel Rioult d’Avenay nous est bien connu parce qu’un de ses officiers, Aymar de Gonneville, laissera des mémoires fameux – dans lesquels Habert n’est d’ailleurs pas cité. Un corps qui, aussi, accueille des conscrits haut-marnais, notamment en février 1807 et en mai 1809.
Avec le 6e cuirs (brigade Reynaud, division Espagne), qui selon le lieutenant de Gonneville n’a pas « assisté » à la bataille d’Eylau, Habert se bat le 10 juin 1807 à Heilsberg où, notera Alcide Marot, il est blessé d’un coup de baïonnette au bas-ventre et d’un coup de lance au bras droit. Le régiment souffre particulièrement lors de cette rude bataille : Michel Legat, qui annotera les souvenirs du capitaine de Gonneville, précisera que le 6e a perdu ce jour-là 17 officiers sur 22 (le régiment déplore au total 30 tués, 98 blessés). A la suite d’Heilsberg, d’Avenay sera promu général de brigadie (il tombera en 1809 lors de la bataille de La Piave), et le Haut-Marnais Habert sera fait membre de la Légion d’honneur (le 1er juin 1807).
Capitaine en 1808, le Haut-Marnais se bat encore à Essling : un cheval meurt sous lui, sa jambe est touchée, et il est capturé. Après cette Campagne d’Autriche, il est promu chef d’escadron, le 1er septembre 1809. Deux ans plus tard, il voit arriver, comme nouveau colonel de son régiment, un compatriote : Jean-Baptiste-Isidore Martin, de Saint-Dizier, venu des chasseurs à cheval de la Garde.
Avec le 6e cuirs, Habert prend part à la Campagne de Russie, et après la bataille de La Moskowa, il est promu major (lieutenant-colonel), le 20 septembre 1812, mais pour servir au 9e cuirassiers (brigade Queunot, division Saint-Germain, 1er corps de cavalerie). Coïncidence : un de ses capitaines, Claude Oriot, est Haut-Marnais (il est né à Colombey-les-Deux-Eglises en 1773). Comme Oriot, comme Martin, comme un cousin de ce dernier (François-Eugène Payart, né à Saint-Dizier en 1785, sous-lieutenant au 6e cuirassiers), Habert fait partie du fameux « escadron sacré ». constitué d’officiers encore montés. Marot écrira que Habert « sut ramener tous ses officiers… Il les obligeait, racontait-il plus tard, à prendre du thé tous les jours avec lui, suivant la coutume russe… »
Après la Russie, la Saxe. Le 9e cuirs fait alors partie de la division Bordesoulle du 1er corps de cavalerie. Le régiment est toujours aux ordres du colonel de Murat-Sistrières. Marot écrira que celui-ci est tué lors de la bataille de Dresde. Faux : ce colonel n’est que blessé dans cette affaire. Pour le remplacer, le général Latour-Maubourg, qui commande le corps de cavalerie, songe à Habert. Il le présente à Napoléon. Lisons Marot : « L’Empereur dit ne pas le connaître. « Moi, dit le roi de Naples (Ndlr : le maréchal Joachim Murat), je m’en porte garant ». « Allez, colonel, dit alors l’Empereur ». Habert avait sauvé autrefois la vie à Murat en Italie et ce dernier s’en est toujours souvenu ». L’historien confond-il le roi de Naples avec le colonel de Murat-Sistrières ? Toujours est-il que nous ne voyons pas où Habert aurait pu sauver le maréchal, qui ne s’est plus battu en Italie depuis la campagne de 1800…
Mais voilà donc Jean-Nicolas Habert colonel, à 39 ans, d’un régiment de cuirassiers. Nouvelle coïncidence : celui qui le remplace dans ses fonctions de major, c’est encore un Haut-Marnais, Claude Maugery, un Wasseyen, qui comme chef d’escadron avait commandé les restes du 12e cuirassiers après la Campagne de Russie ! Et dans le 6e cuirs toujours commandé par le Bragard Martin, sert un demi-frère – un autre, Jean-François, sera lieutenant au 1er régiment de la Haute-Marne la même année - du nouveau promu, Nicolas-Victor Habert, né à Nijon en 1793, engagé à Chaumont début septembre 1812. C’est sans doute ce futur capitaine et médaillé de Sainte-Hélène (il vit alors à Soulaucourt-sur-Mouzon, où il décédera en 1863) qui rapportera à Alcide Marot des détails sur la vie du colonel Habert. Ainsi, cette phrase : «Lle malheureux, il se déshonore », lorsque le chef de corps apprend que son ancien chef de l’armée du Rhin, le général Moreau, sert dans les rangs ennemis.
A Leipzig, Habert a un cheval tué sous lui, et il est blessé au pied gauche. Son régiment se battra à Saint-Dizier, mais il semble que ces blessures aient tenu l’enfant de Nijon, officier de la Légion d’honneur depuis le 28 novembre 1813, éloigné de ce commandement. Vient la chute de Napoléon, et le retour des Bourbons. Le colonel Habert est tout d’abord distingué par le nouveau régime en se voyant accorder, par le duc de Berry, la croix de Saint-Louis en octobre 1814, mais quelques jours plus tard, il est placé en non activité, parce que selon Marot il aurait refusé d’aller commander un autre régiment que le sien.
Les Cent-Jours lui offrent une nouvelle fonction : la responsabilité du 4e cuirs.
C’est la campagne de Belgique. L’arme des cuirassiers est représentée par douze régiments (deux sont donc commandés par des Haut-Marnais, tous deux au 4e corps de cavalerie du général Milhaud : le 4e dans la brigade Dubois de la 13e division Walthier, le 6e dans la 14e division Delort), et leurs charges à Waterloo contre les carrés anglais sont restées légendaires. Le 18 juin 1815, le régiment du colonel Habert prend part aux rudes combats de la ferme de la Haie-Sainte (une source anglaise prétend que le Haut-Marnais y a été tué, il n’en est rien), et celui de Martin se bat sur le Mont-Saint-Jean où le Bragard perd un bras.
Sur les douze colonels, sept sont tués ou blessés. Mais pas Habert. Dont le biographe se demande même s’il s’est battu lors de l’ultime combat de Napoléon…
Pour Habert, la Restauration signe la fin de sa carrière. Mis en non activité en 1816 (et retraité en 1825), après avoir appartenu au conseil d’administration du 4e cuirs jusqu’en décembre 1815 (à Fontenay) au moins, il retrouve son village natal, dont il devient maire en 1821, et ce jusque janvier 1837. Il aurait été également conseiller général. Selon Marot, Habert s’avère être un grand chasseur.
C’est le 18 juillet 1842, à 8 h, que le colonel Habert, qui était marié à Henriette selon Marot, décède à Nijon, à l’âge de 76 ans.
Il n’était pas membre de la noblesse d’Empire.
samedi 17 octobre 2009
mercredi 14 octobre 2009
Arc-en-Barrois, port d'attache du major Voirin
Charmant bourg baigné par l’Aujon, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Chaumont, Arc-en-Barrois est la localité de naissance de Pierre-Charles-Prudent Voirin, qui est baptisé le 7 octobre 1771. Epoux de Marie Paulin, son père, Charles, exerce la profession de chirurgien juré dans la commune.
C'est à la faveur de la Révolution que le jeune Arcquois devient officier : il est élu le 21 septembre 1792 capitaine de la 5e compagnie du 21e bataillon de volontaires nationaux dit de la réserve (lire ci-dessous), mis sur pied en 1792, et passe en l'an IV, via la demi-brigade de l'Yonne, dans la 16e demi-brigade d'infanterie de ligne, où il est confirmé dans son grade le 10 février 1799. Jusqu'alors capitaine de la 7e compagnie de fusiliers du 2e bataillon, à l'armée du Rhin, Voirin n'a pas 29 ans lorsque le 25 mai 1800, il est promu chef de bataillon au sein de sa demi-brigade. En poste à Fribourg-en-Brisgau, en l'an XI de la République, puis à Alexandrie, en l'an XII, il est à la tête du 2e bataillon d'un corps devenu 16e régiment d'infanterie de ligne.
Le chef de bataillon Voirin devient père en mai 1805, lorsque son épouse Anne-Sibille (ou Sybille) Thilman donnera naissance, à Arc-en-Barrois, à un fils, Pierre-Albert. La même année, l'officier est blessé au combat de Trafalgar, selon Martinien. Il continue à commander le II/16e de ligne en Italie, au moins jusqu'en 1807, avant de prendre, deux ans plus tard, le commandement du 3e bataillon du 24e régiment d'infanterie de ligne, en remplacement d'un Poitevin également né en 1771, le commandant Jean-Baptiste-Frédéric Dunet, mortellement blessé en Espagne à Talavera (juillet 1809). Le 24e de ligne forme alors brigade, avec le 9e régiment d'infanterie légère, au sein du Ier corps du maréchal Victor.
Membre de la Légion d’honneur (la base Léonore ne le recense pas), l’officier haut-marnais, papa d'une fille née à Arc-en-Barrois en septembre 1810, est membre du conseil d’administration du 24e de ligne. A ce titre, il contresigne la demande de proposition de la «croix» pour son compatriote Brulté, de Dammartin-sur-Meuse, né lui aussi en 1771, qui est le capitaine de la 2e compagnie du 1er bataillon. Brulté, qui est entré en service pendant la Révolution au 9e bataillon des Vosges, venait notamment de se distinguer à la bataille de Fuentes de Onoro (mai 1811) où il a été blessé (1). Voirin lui-même ne sera pas épargné lors de la campagne d’Espagne : il sera touché le 6 août 1811 en visitant les postes devant Cadix.
Il reste toutefois à la tête du III/24e, au moins jusqu’à octobre 1812 (selon le site Internet de Richard Darnault). Le régiment continuera à servir au-delà des Pyrénées, se battant au col de Maya (été 1813), où le commandant Roy, chef du I/24e, est mortellement blessé. Confié au commandant Mignot, ce bataillon rejoindra ensuite le 7e corps début 1814 et se battra notamment à Saint-Dizier. Les 2e et 3e bataillons sont entretemps partis se battre en Saxe où ils seront également versés au 7e corps fin 1813.
Entretemps, Voirin a été promu major (lieutenant-colonel) d’infanterie. Il est probable que cette nomination l’ait amené à quitter son cher 24e pour un autre régiment. Certainement diminué par ses campagnes, ses blessures, il obtient, le 8 septembre 1813, l’autorisation de venir retrouver son foyer arcquois. Un mois plus tard, le 15 octobre, à seulement 42 ans, il rend son dernier souffle. Il laisse une veuve qui se remariera et une fille qui s’unira avec le neveu d’un capitaine bourguignon, en 1830.
Outre Voirin et Brulté, au moins trois autres officiers haut-marnais ont servi au 24e :
. Hyppolite Delavenay, né en Suisse, sous-lieutenant, résidera en demi-solde à Chaumont puis servira dans la légion de la Haute-Marne ;
. François-Claude Couvreux, de Wassy, ancien tambour-major, sera promu sous-lieutenant en 1813 et blessé à Arcis-sur-Aube ;
. Nicolas Aubertin, capitaine, se retirera à Brottes.
Le 21e bataillon de volontaires nationaux
Les volontaires haut-marnais ont formé trois compagnies (3e, 5e et 8e) de ce bataillon, le 20 septembre 1792. Le capitaine Voirin commande la 5e compagnie. Il est assisté du lieutenant Jean-Baptiste Picodot (Langres) et du sous-lieutenant Jean-Baptiste Paintendre (Chaumont). Comme tout le bataillon, l'unité sera particulièrement éprouvée le 18 mars 1793 lors de la bataille de Neerwinden, à laquelle Voirin, resté à Bruxelles le 28 février 1793, ne semble pas prendre part. Charles Girardin (district de Bourmont), Nicolas Morlet, Remi Ragot (sans doute de Vitry-en-Montagne), François Rossotte (Vieux-Moulin), Pierre Gaudiot (Vicq), Nicolas Perchet, Laurent Boisselier (district de Langres), Jean-Baptiste Corniot (Châteauvillain), Jean Picaudot (Langres) figurent parmi les Haut-Marnais tombés ce jour-là, comme le capitaine Pierre Godard, de Graffigny, commandant la 3e compagnie.
(1) Le capitaine Brulté sera amputé de la jambe droite après une septième blessure reçue au col de Maya. Il se retirera à Gray (Haute-Saône).
jeudi 8 octobre 2009
Le lieutenant-colonel Armand : un Dauphinois retiré à Bourbonne
Fils de François, Joseph Armand naît le 24 mai 1772 à Taulignan, dans la Drôme (arrondissement de Montélimar). A 19 ans, il entre en service comme soldat au 12e régiment d’infanterie légère le 1er janvier 1791. Jusqu’en 1799, il va servir continuellement dans les Alpes et en Italie, passant successivement caporal en 1793, sergent en 1795, enfin sous-lieutenant le 29 juillet 1797. Présent au siège de Mantoue, à la bataille de Rivoli, il a été blessé d’un coup de feu à la jambe droite à Castiglione.
Armand, qui passe lieutenant le 30 janvier 1799, s’est encore distingué dans les Grisons, puis se bat à Zurich. Il est capitaine le 9 mars 1800. Plusieurs Haut-Marnais servent alors comme officiers dans la 12e demi-brigade légère, comme le lieutenant Nicolas Baptault (un Bourguignon qui se fixera à Chaumont), le capitaine de Susleau de Malroy (bientôt retraité malgré son jeune âge) et le lieutenant Hubert-Jean-Baptiste Devaux (ce Chaumontais perd l’œil droit au passage du Mincio et sera mis à la retraite en l’an XIII), tous deux issus du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne.
Armand est bien toujours capitaine de carabiniers – et non chef de bataillon depuis le 5 juillet 1803, comme le stipule son dossier de légionnaire - lorsqu’il s’illustre lors de la campagne de Pologne. Sous les ordres du maréchal Lefebvre (le 12e léger du colonel Jeannin sert dans la brigade Dufour de la division Michaud), il participe à la prise de Grisvalde (sic - 27 janvier 1807), au siège de Stralsund, mais selon ses déclarations, c’est surtout lors du siège de Dantzig qu’il fait preuve de bravoure : à la tête d’un détachement de 110 hommes du 2e bataillon, Armand pénètre dans plusieurs redoutes, notamment celle défendue par douze pièces de canon, dans la nuit du 6 au 7 mai 1807. Une action qui lui vaut d’être fait chevalier de la Légion d’honneur le 10 mai 1807, puis officier le 3 juin.
Il convient, à ce stade du récit, de se poser cette question. Un autre régiment léger, le 2e, se bat aussi à Dantzig, et dans ses rangs sert un homonyme, le chef de bataillon – et futur colonel - Claude-Joseph Armand (originaire de l’Ain), à qui ses biographes attribuent une action d’éclat lors de ce siège. Y a-t-il eu deux officiers d’infanterie légère nommés Armand à s’être distingués sur les bords de la Baltique ? Y a-t-il confusion entre les deux ?
Ce qui est certain, c’est que c’est bien notre homme qui se bat comme un lion avec le 12e léger à Heilsberg, le 10 juin 1807, dans la redoute du centre, récoltant pas moins de neuf blessures : un coup de feu à l’épaule, un éclat d’obus au-dessus de l’œil gauche, trois coups de biscaien à la tête, deux au côté gauche, un au bras gauche, deux coups de crosse de fusil à la jambe droite ! Laissé pour mort, il est fait prisonnier jusqu’à la paix de Tilsitt.
A partir de 1808 (jusqu’en 1811), le Dauphinois sert en Espagne, commandant, l’année suivante, le II/12e léger. Il se bat à Talavera, à Almonacid, au passage de la Siera Morena (21 janvier 1809), bousculant avec son bataillon 5 000 Espagnols défendant un pont (il fait 50 prisonniers). Il reçoit encore une blessure – une balle à l’avant-bras gauche – à la bataille d’Albuhéra, le 16 mai 1811.
Promu major en second le 9 août 1812, Joseph Armand est nommé major (lieutenant-colone) du 23e léger le 28 mai 1813.
Le souci de guérir ses blessures l’a-t-il amené à séjourner à Bourbonne-les-Bains ? Nous le pensons. Il est déjà chevalier d’Empire lorsqu’il se marie en effet dans la cité thermale, le 1er septembre 1813, avec Jeanne-Françoise Thomas-Derevoye. Le capitaine Etienne Jalabert, du 23e léger, assiste à cette union.
C’est à Bourbonne que le major Armand, qui est passé le 5 août 1814 au 15e, choisit de se retirer.
Mais le nouveau régime veille. Armand est, avec Charles Mercier, l’un des deux officiers supérieurs bourbonnais, tous deux chevaliers d’Empire d’ailleurs, dans le collimateur de la préfecture. « On observe, peut-on lire dans une note de 1816 transmise au gouvernement, que le sieur Mercier, qui fait sa résidence à Bourbonne, y voit beaucoup M. Armand, ex commandant au 22e de ligne (Ndlr : en fait au 12e puis au 23e léger), retiré aujourd’hui dans cette ville où il est remarqué par ses mauvaises opinions, et malgré que le major Mercier affecte depuis environ deux mois de mettre quelque réserve dans ses discours, on lui a entendu tenir, de concert avec le sieur Armand ces jours derniers, des propos très insultants contre la famille royale. » Y a-t-il eu des sanctions judiciaires contre ces deux hommes ? Nous n’en avons pas trouvé trace – Mercier (qui a repris du service comme lieutenant-colonel durant la Monarchie de Juillet) meurt en 1836, et Armand le 4 octobre 1845, à l’âge de 73 ans.
Sources : base Léonore ; Archives départementales de la Haute-Marne.
Armand, qui passe lieutenant le 30 janvier 1799, s’est encore distingué dans les Grisons, puis se bat à Zurich. Il est capitaine le 9 mars 1800. Plusieurs Haut-Marnais servent alors comme officiers dans la 12e demi-brigade légère, comme le lieutenant Nicolas Baptault (un Bourguignon qui se fixera à Chaumont), le capitaine de Susleau de Malroy (bientôt retraité malgré son jeune âge) et le lieutenant Hubert-Jean-Baptiste Devaux (ce Chaumontais perd l’œil droit au passage du Mincio et sera mis à la retraite en l’an XIII), tous deux issus du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne.
Armand est bien toujours capitaine de carabiniers – et non chef de bataillon depuis le 5 juillet 1803, comme le stipule son dossier de légionnaire - lorsqu’il s’illustre lors de la campagne de Pologne. Sous les ordres du maréchal Lefebvre (le 12e léger du colonel Jeannin sert dans la brigade Dufour de la division Michaud), il participe à la prise de Grisvalde (sic - 27 janvier 1807), au siège de Stralsund, mais selon ses déclarations, c’est surtout lors du siège de Dantzig qu’il fait preuve de bravoure : à la tête d’un détachement de 110 hommes du 2e bataillon, Armand pénètre dans plusieurs redoutes, notamment celle défendue par douze pièces de canon, dans la nuit du 6 au 7 mai 1807. Une action qui lui vaut d’être fait chevalier de la Légion d’honneur le 10 mai 1807, puis officier le 3 juin.
Il convient, à ce stade du récit, de se poser cette question. Un autre régiment léger, le 2e, se bat aussi à Dantzig, et dans ses rangs sert un homonyme, le chef de bataillon – et futur colonel - Claude-Joseph Armand (originaire de l’Ain), à qui ses biographes attribuent une action d’éclat lors de ce siège. Y a-t-il eu deux officiers d’infanterie légère nommés Armand à s’être distingués sur les bords de la Baltique ? Y a-t-il confusion entre les deux ?
Ce qui est certain, c’est que c’est bien notre homme qui se bat comme un lion avec le 12e léger à Heilsberg, le 10 juin 1807, dans la redoute du centre, récoltant pas moins de neuf blessures : un coup de feu à l’épaule, un éclat d’obus au-dessus de l’œil gauche, trois coups de biscaien à la tête, deux au côté gauche, un au bras gauche, deux coups de crosse de fusil à la jambe droite ! Laissé pour mort, il est fait prisonnier jusqu’à la paix de Tilsitt.
A partir de 1808 (jusqu’en 1811), le Dauphinois sert en Espagne, commandant, l’année suivante, le II/12e léger. Il se bat à Talavera, à Almonacid, au passage de la Siera Morena (21 janvier 1809), bousculant avec son bataillon 5 000 Espagnols défendant un pont (il fait 50 prisonniers). Il reçoit encore une blessure – une balle à l’avant-bras gauche – à la bataille d’Albuhéra, le 16 mai 1811.
Promu major en second le 9 août 1812, Joseph Armand est nommé major (lieutenant-colone) du 23e léger le 28 mai 1813.
Le souci de guérir ses blessures l’a-t-il amené à séjourner à Bourbonne-les-Bains ? Nous le pensons. Il est déjà chevalier d’Empire lorsqu’il se marie en effet dans la cité thermale, le 1er septembre 1813, avec Jeanne-Françoise Thomas-Derevoye. Le capitaine Etienne Jalabert, du 23e léger, assiste à cette union.
C’est à Bourbonne que le major Armand, qui est passé le 5 août 1814 au 15e, choisit de se retirer.
Mais le nouveau régime veille. Armand est, avec Charles Mercier, l’un des deux officiers supérieurs bourbonnais, tous deux chevaliers d’Empire d’ailleurs, dans le collimateur de la préfecture. « On observe, peut-on lire dans une note de 1816 transmise au gouvernement, que le sieur Mercier, qui fait sa résidence à Bourbonne, y voit beaucoup M. Armand, ex commandant au 22e de ligne (Ndlr : en fait au 12e puis au 23e léger), retiré aujourd’hui dans cette ville où il est remarqué par ses mauvaises opinions, et malgré que le major Mercier affecte depuis environ deux mois de mettre quelque réserve dans ses discours, on lui a entendu tenir, de concert avec le sieur Armand ces jours derniers, des propos très insultants contre la famille royale. » Y a-t-il eu des sanctions judiciaires contre ces deux hommes ? Nous n’en avons pas trouvé trace – Mercier (qui a repris du service comme lieutenant-colonel durant la Monarchie de Juillet) meurt en 1836, et Armand le 4 octobre 1845, à l’âge de 73 ans.
Sources : base Léonore ; Archives départementales de la Haute-Marne.
mardi 6 octobre 2009
Félix Guyardin, un demi-solde sous surveillance
A 25 ans, Nicolas-Marie Guyardin est, déjà, officier supérieur. Une belle carrière se profile donc encore pour ce jeune homme, usuellement prénommé Félix, né à Langres le 12 octobre 1787. Sauf que les Bourbon qui lui ont donné la croix de Saint-Louis ne lui pardonneront jamais son ralliement à l’Usurpateur durant les Cent-Jours…
Comme le Chaumontais Laloy, comme les frères bourbonnais Chaudron-Rousseau, Guyardin est un fils de « régicide » – surnom de ces députés qui ont voté la mort du roi Louis XVI – qui a choisi le métier des armes. En février 1804, il intègre la jeune école spéciale militaire de Fontainebleau, dont il sort pour être nommé sous-lieutenant le 14 septembre 1805 et affecté au 103e de ligne. Un corps commandé par le colonel Taupin qui se bat à Iéna (le nom figure sur son drapeau), en Espagne. En 1809, Guyardin est déjà passé lieutenant (le 22 décembre 1806), au sein du 103e désormais commandé par un Haut-Marnais, le Wasseyen Rignoux.
Il est promu capitaine le 11 juillet 1810, puis chef de bataillon, le 1er mai 1813, au 43e de ligne, avant de rejoindre un mois plus tard l'état-major général. Ayant servi de 1809 à 1812 dans la péninsule, il prend part à la Campagne de Saxe et est fait chevalier de la Légion d'honneur le 19 novembre 1813. Si l’on s’en réfère aux travaux de Martinien, il n’est pas blessé durant les campagnes impériales.
Il est qualifié de chef d’escadron lorsqu’il est fait chevalier de Saint-Louis, le 16 janvier 1815. « Il feignait (sic) alors du dévouement pour les Bourbons, écrira plus tard le préfet de la Haute-Marne. Mais il s'est démenti avec tant d'éclat en 1815 et a montré une haine si violente qu'il ne saurait en revenir. » Traduction : le Langrois s’est rallié à Napoléon. Officier d’état-major, c’est lui qui porte un fameux ordre du maréchal Soult, major-général de l’armée du Nord (engagée en Belgique), destiné au général Vandamme, commandant du 3e corps, le 16 juin 1815. Le lendemain, si l’on s’en réfère aux travaux de Pierre de Wit sur la campagne de Belgique, il est officiellement présenté comme le sous chef de l’état-major de ce même corps, en lieu et place de l’adjudant-commandant Trezel, qui vient d’être blessé à Ligny. Un 3e corps qui ne se bat pas à Waterloo mais qui suit le destin des troupes placées sous les ordres du maréchal de Grouchy.
Le retour des Bourbon sur le trône de France signifie la fin de la carrière de Guyardin. Fin 1815, il est qualifié de chef de bataillon d’état-major en demi-solde, retiré à Choilley, près de Prauthoy, berceau des Guyardin (tandis que son père, forcé à l’exil, a dû s’établir en Suisse, accompagné de son épouse et d’une fille). Il y est notamment présent en 1818 lors du mariage d’un ami, le capitaine Couroux.
Mais le nouveau régime, servi par ceux là-mêmes qui ont été mis en place par le précédent (Napoléon), veille. Voici ce que le sous-préfet de Langres écrit en 1821 au préfet à propos des voyages des demi-solde de son arrondissement (il y en a 76, sur 100 officiers en demi-solde ou en non-activité). « Quel que soient au fond leurs sentiments, ils n'en manifestent pas de coupables... Il en est un qui fait notoirement exception. Je suis forcé de le nommer. C'est M. Guyardin, chef de bataillon en non activité. Sa résidence est à Choilley. Il n'y est jamais. Il se trouve dans tous les lieux où la légitimité est menacée. On a de lui l'opinion qu'il est agent, et c'en est un très actif, du Comité directeur (sic)..." Quelques jours plus tard, le préfet n'hésite pas à signaler le cas Guyardin au maréchal Victor, qui vient d'être nommé commandant des 6e, 7e, 18e et 19e divisions : « Cet officier, fils d'un régicide, avait reçu pendant la Première Restauration la croix de Saint-Louis et, je crois, celle d'officier de la Légion d'honneur… Mais je crains beaucoup que les menées secrettes (sic) ne soient pas moins hostiles que les discours. Quoique fort peu riche, il voyage sans cesse. Il était à Paris le premier jour de juin (1820). On le connaît à Lyon, à Grenoble et dans le Piémont... On ne peut pas douter qu'il ne soit l'agent d'une faction. Je l'ai, depuis longtemps, signalé à M. le directeur général de la Police ».Guyardin a-t-il été poursuivi pour ces « menées secrètes » ? Nous l’ignorons. Selon son dossier de la Légion d'honneur, il meurt le 10 mars 1827, à 40 ans, sans héritier (si ce n'est sa soeur, qui réside à Sens). Nous n'avions pas retrouvé son lieu de décès, jusqu'à ce que récemment, Mme Marie-Claude Finot, qui a étudié les familles de Choilley et Dardenay, nous apporte la réponse. L'officier, nous écrit-elle, est décédé "en la maison de santé des docteurs, rue du Bois à Vanves en laquelle il s'était retiré pour cause de maladie. Quelques années auparavant, lui et sa soeur (mariée au capitaine Hérard) avaient vendu aux communes de Choilley et de Dardenay la maison héritée de leur père. Ladite maison est devenue ainsi le presbytère du village (pendant presque un siècle et demi)". Autre question : l’officier a-t-il été promu, ne serait-ce que provisoirement, lieutenant-colonel durant les Cent-Jours ? Nous pouvons le penser. Il est en effet invariablement présenté comme chef de bataillon ou lieutenant-colonel dans les travaux de Pierre de Wit, et c’est avec second grade qu’il apparaît lors du mariage du capitaine Couroux (ancêtre du sénateur Charles Guené).
A noter que son frère aîné, Emile, Polytechnicien, lieutenant d'artillerie, a été tué en Espagne.
Comme le Chaumontais Laloy, comme les frères bourbonnais Chaudron-Rousseau, Guyardin est un fils de « régicide » – surnom de ces députés qui ont voté la mort du roi Louis XVI – qui a choisi le métier des armes. En février 1804, il intègre la jeune école spéciale militaire de Fontainebleau, dont il sort pour être nommé sous-lieutenant le 14 septembre 1805 et affecté au 103e de ligne. Un corps commandé par le colonel Taupin qui se bat à Iéna (le nom figure sur son drapeau), en Espagne. En 1809, Guyardin est déjà passé lieutenant (le 22 décembre 1806), au sein du 103e désormais commandé par un Haut-Marnais, le Wasseyen Rignoux.
Il est promu capitaine le 11 juillet 1810, puis chef de bataillon, le 1er mai 1813, au 43e de ligne, avant de rejoindre un mois plus tard l'état-major général. Ayant servi de 1809 à 1812 dans la péninsule, il prend part à la Campagne de Saxe et est fait chevalier de la Légion d'honneur le 19 novembre 1813. Si l’on s’en réfère aux travaux de Martinien, il n’est pas blessé durant les campagnes impériales.
Il est qualifié de chef d’escadron lorsqu’il est fait chevalier de Saint-Louis, le 16 janvier 1815. « Il feignait (sic) alors du dévouement pour les Bourbons, écrira plus tard le préfet de la Haute-Marne. Mais il s'est démenti avec tant d'éclat en 1815 et a montré une haine si violente qu'il ne saurait en revenir. » Traduction : le Langrois s’est rallié à Napoléon. Officier d’état-major, c’est lui qui porte un fameux ordre du maréchal Soult, major-général de l’armée du Nord (engagée en Belgique), destiné au général Vandamme, commandant du 3e corps, le 16 juin 1815. Le lendemain, si l’on s’en réfère aux travaux de Pierre de Wit sur la campagne de Belgique, il est officiellement présenté comme le sous chef de l’état-major de ce même corps, en lieu et place de l’adjudant-commandant Trezel, qui vient d’être blessé à Ligny. Un 3e corps qui ne se bat pas à Waterloo mais qui suit le destin des troupes placées sous les ordres du maréchal de Grouchy.
Le retour des Bourbon sur le trône de France signifie la fin de la carrière de Guyardin. Fin 1815, il est qualifié de chef de bataillon d’état-major en demi-solde, retiré à Choilley, près de Prauthoy, berceau des Guyardin (tandis que son père, forcé à l’exil, a dû s’établir en Suisse, accompagné de son épouse et d’une fille). Il y est notamment présent en 1818 lors du mariage d’un ami, le capitaine Couroux.
Mais le nouveau régime, servi par ceux là-mêmes qui ont été mis en place par le précédent (Napoléon), veille. Voici ce que le sous-préfet de Langres écrit en 1821 au préfet à propos des voyages des demi-solde de son arrondissement (il y en a 76, sur 100 officiers en demi-solde ou en non-activité). « Quel que soient au fond leurs sentiments, ils n'en manifestent pas de coupables... Il en est un qui fait notoirement exception. Je suis forcé de le nommer. C'est M. Guyardin, chef de bataillon en non activité. Sa résidence est à Choilley. Il n'y est jamais. Il se trouve dans tous les lieux où la légitimité est menacée. On a de lui l'opinion qu'il est agent, et c'en est un très actif, du Comité directeur (sic)..." Quelques jours plus tard, le préfet n'hésite pas à signaler le cas Guyardin au maréchal Victor, qui vient d'être nommé commandant des 6e, 7e, 18e et 19e divisions : « Cet officier, fils d'un régicide, avait reçu pendant la Première Restauration la croix de Saint-Louis et, je crois, celle d'officier de la Légion d'honneur… Mais je crains beaucoup que les menées secrettes (sic) ne soient pas moins hostiles que les discours. Quoique fort peu riche, il voyage sans cesse. Il était à Paris le premier jour de juin (1820). On le connaît à Lyon, à Grenoble et dans le Piémont... On ne peut pas douter qu'il ne soit l'agent d'une faction. Je l'ai, depuis longtemps, signalé à M. le directeur général de la Police ».Guyardin a-t-il été poursuivi pour ces « menées secrètes » ? Nous l’ignorons. Selon son dossier de la Légion d'honneur, il meurt le 10 mars 1827, à 40 ans, sans héritier (si ce n'est sa soeur, qui réside à Sens). Nous n'avions pas retrouvé son lieu de décès, jusqu'à ce que récemment, Mme Marie-Claude Finot, qui a étudié les familles de Choilley et Dardenay, nous apporte la réponse. L'officier, nous écrit-elle, est décédé "en la maison de santé des docteurs, rue du Bois à Vanves en laquelle il s'était retiré pour cause de maladie. Quelques années auparavant, lui et sa soeur (mariée au capitaine Hérard) avaient vendu aux communes de Choilley et de Dardenay la maison héritée de leur père. Ladite maison est devenue ainsi le presbytère du village (pendant presque un siècle et demi)". Autre question : l’officier a-t-il été promu, ne serait-ce que provisoirement, lieutenant-colonel durant les Cent-Jours ? Nous pouvons le penser. Il est en effet invariablement présenté comme chef de bataillon ou lieutenant-colonel dans les travaux de Pierre de Wit, et c’est avec second grade qu’il apparaît lors du mariage du capitaine Couroux (ancêtre du sénateur Charles Guené).
A noter que son frère aîné, Emile, Polytechnicien, lieutenant d'artillerie, a été tué en Espagne.
mardi 29 septembre 2009
Médaillés de Sainte-Hélène : de Chaumont-la-Ville à Cirey-lès-Mareilles
Chaumont-la-Ville
Albert Jean, né vers 1777, sert au 12e léger.
Bouvier Louis, né vers 1789, du 6e de ligne.
Desloges Claude, né vers 1789, grenadier dans la 1ère compagnie du I/1er RHM (1813).
Liebaut Joseph, né vers 1792, du 100e de ligne. Sans nul doute le conscrit né le 5 novembre 1792, dirigé le 24 novembre 1812 sur le 16e léger plutôt.
Rouge François, né vers 1777, du 59e de ligne.
Roussel Nicolas, né vers 1776, du 34e (?) bataillon du train d’artillerie.
Thouvenin Nicolas-Curien, né en 1793, de Chaumont-la-Ville, part le 21 novembre 1813 pour le régiment d’artillerie de la Garde à La Fère. Sert dans la 2e compagnie d’artillerie de la Jeune Garde, au 3e cuirassiers.
Chevillon
Agnus Henri, né vers 1791, entre en service en février 1812 au 100e de ligne, jusqu’en 1818. Sans doute Jean-Henry, né en 1791, de Suzannecourt, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Aubertin Nicolas, né vers 1777, sert de 1799 à 1816, dans la Vieille garde.
Champonnois Nicolas-Augustin-Athanase, né vers 1785 (de la classe an XIV), destiné au 4e d’artillerie à cheval.
Collin Didier, né vers 1785, appelé pour le 14e de ligne, entré en service en frimaire an XIV, jusqu’en février 1815.
Collin Nicolas, né vers 1793, entré en service en novembre 1813 au 11e tirailleurs de la Garde, jusqu’en 1816.
D’He Pierre, né vers 1792, sert de 1813 à mars 1815 au 134e de ligne.
Dosne Jean-Baptiste, né vers 1793, grenadier dans la 1ère compagnie du III/1er RHM.
Durand Damien, né vers 1790, sert de 1809 à août 1814 (dans la gendarmerie ou le génie).
Gaillet Jean, né vers 1790, sert de 1812 à 1818 dans le train de la Garde, au 1er d’artillerie à cheval de la Garde.
Gillet François, né en 1790, part le 21 mai 1809 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en juillet 1815.
Godin Charles, né vers 1783, part le 7 janvier 1814 pour la Jeune Garde. Sert jusqu’en mars 1815 au 5e tirailleurs.
Guillot Antoine, né en 1791, part le 17 février 1813 pour le 10e hussards puis sert au 2e hussards, jusqu’en décembre 1814.
Guillot Nicolas, né vers 1793, sert au 40e de ligne.
Millot Nicolas, né vers 1788, sert du 4 décembre 1808 à octobre 1814 au 67e de ligne.
Volland Claude, né en 1790, sert du 16 mars 1808 à octobre 1815 au 2e génie. A noter qu'un Claude Vollant, né en 1790, de Chevillon, est parti le 26 février 1809 pour le 28e léger.
Chezeaux
Moisson Louis, né vers 1779.
Mory Nicolas, né vers 1790, sert du 15 août 1811 à 1816 dans les ouvriers de la Marine (pris en février 1814).
Prouhet Jacques, né vers 1791, sert du 19 février 1813 à novembre 1815 aux 57e et 34e (à partir de janvier 1815) de ligne.
Vincent Antoine, né vers 1790. Note : un Antoine Vincent est chasseur au II/1er RHM.
Choignes
Etienne Claude, né vers 1792, sert du 3 mars 1812 à 1816 aux 100e et 81e de ligne. Sans doute le conscrit né en 1792, originaire de Foulain, domicilié à Marnay, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Pechinez Pierre, né vers 1794, sert du 24 novembre 1813 à 1819 au 64e de ligne, dans la légion de la Haute-Marne.
Cirey-sur-Blaise
Baveux Claude, né vers 1787, entre en service en décembre 1808, sert au 67e de ligne, au 3e grenadiers à pied de la Garde, jusqu’en septembre 1815.
Corda Antoine-Augustin, né vers 1792, sert de mai à juillet 1815 dans la garde nationale.
Gossement Jean, né vers 1779, sert de thermidor an XIII à février 1806, au 14e de ligne.
Huguenin Jean-Nicolas, né vers 1780, sert du 26 germinal an XI au 1er nivose an XIII au 3e hussards.
Menageot Chales, né vers 1771, sert du 19 ventôse an II au 5 janvier 1809, aux 102e et 103e demi-brigades.
Monginot Joseph-Nicolas, né vers 1792, sert d’avril 1813 à octobre 1815, au 42e de ligne.
Perrin Nicolas, né en 1792 à Blumerey, sert au 57e de ligne puis part le 9 mars 1813 au 17e dragons.
Prevost Charles-Remy, né en 1788, originaire de Daillancourt, part le 20 janvier 1807 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en janvier 1809. A été blessé.
Richalet Louis-Auguste, né en 1790, part le 8 mai 1813 pour le 4e d’artillerie à pied. Sert jusqu’en septembre 1815.
Royer François-Xavier, né en 1781, capitaine (pour mémoire).
Vauthier Nicolas, né vers 1789, sert du 28 mai 1808 à septembre 1815, au 1er d’artillerie à pied, au 3e (ou 2e) d’artillerie à pied, dans la 1ère compagnie d’artillerie à pied de la Garde.
Cirey-lès-Mareilles
Rat Nicolas, né en 1777, sert au 22e de ligne pendant trois ans, puis au 11e dragons pendant onze ans.
Albert Jean, né vers 1777, sert au 12e léger.
Bouvier Louis, né vers 1789, du 6e de ligne.
Desloges Claude, né vers 1789, grenadier dans la 1ère compagnie du I/1er RHM (1813).
Liebaut Joseph, né vers 1792, du 100e de ligne. Sans nul doute le conscrit né le 5 novembre 1792, dirigé le 24 novembre 1812 sur le 16e léger plutôt.
Rouge François, né vers 1777, du 59e de ligne.
Roussel Nicolas, né vers 1776, du 34e (?) bataillon du train d’artillerie.
Thouvenin Nicolas-Curien, né en 1793, de Chaumont-la-Ville, part le 21 novembre 1813 pour le régiment d’artillerie de la Garde à La Fère. Sert dans la 2e compagnie d’artillerie de la Jeune Garde, au 3e cuirassiers.
Chevillon
Agnus Henri, né vers 1791, entre en service en février 1812 au 100e de ligne, jusqu’en 1818. Sans doute Jean-Henry, né en 1791, de Suzannecourt, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Aubertin Nicolas, né vers 1777, sert de 1799 à 1816, dans la Vieille garde.
Champonnois Nicolas-Augustin-Athanase, né vers 1785 (de la classe an XIV), destiné au 4e d’artillerie à cheval.
Collin Didier, né vers 1785, appelé pour le 14e de ligne, entré en service en frimaire an XIV, jusqu’en février 1815.
Collin Nicolas, né vers 1793, entré en service en novembre 1813 au 11e tirailleurs de la Garde, jusqu’en 1816.
D’He Pierre, né vers 1792, sert de 1813 à mars 1815 au 134e de ligne.
Dosne Jean-Baptiste, né vers 1793, grenadier dans la 1ère compagnie du III/1er RHM.
Durand Damien, né vers 1790, sert de 1809 à août 1814 (dans la gendarmerie ou le génie).
Gaillet Jean, né vers 1790, sert de 1812 à 1818 dans le train de la Garde, au 1er d’artillerie à cheval de la Garde.
Gillet François, né en 1790, part le 21 mai 1809 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en juillet 1815.
Godin Charles, né vers 1783, part le 7 janvier 1814 pour la Jeune Garde. Sert jusqu’en mars 1815 au 5e tirailleurs.
Guillot Antoine, né en 1791, part le 17 février 1813 pour le 10e hussards puis sert au 2e hussards, jusqu’en décembre 1814.
Guillot Nicolas, né vers 1793, sert au 40e de ligne.
Millot Nicolas, né vers 1788, sert du 4 décembre 1808 à octobre 1814 au 67e de ligne.
Volland Claude, né en 1790, sert du 16 mars 1808 à octobre 1815 au 2e génie. A noter qu'un Claude Vollant, né en 1790, de Chevillon, est parti le 26 février 1809 pour le 28e léger.
Chezeaux
Moisson Louis, né vers 1779.
Mory Nicolas, né vers 1790, sert du 15 août 1811 à 1816 dans les ouvriers de la Marine (pris en février 1814).
Prouhet Jacques, né vers 1791, sert du 19 février 1813 à novembre 1815 aux 57e et 34e (à partir de janvier 1815) de ligne.
Vincent Antoine, né vers 1790. Note : un Antoine Vincent est chasseur au II/1er RHM.
Choignes
Etienne Claude, né vers 1792, sert du 3 mars 1812 à 1816 aux 100e et 81e de ligne. Sans doute le conscrit né en 1792, originaire de Foulain, domicilié à Marnay, parti le 25 février 1812 pour le 100e.
Pechinez Pierre, né vers 1794, sert du 24 novembre 1813 à 1819 au 64e de ligne, dans la légion de la Haute-Marne.
Cirey-sur-Blaise
Baveux Claude, né vers 1787, entre en service en décembre 1808, sert au 67e de ligne, au 3e grenadiers à pied de la Garde, jusqu’en septembre 1815.
Corda Antoine-Augustin, né vers 1792, sert de mai à juillet 1815 dans la garde nationale.
Gossement Jean, né vers 1779, sert de thermidor an XIII à février 1806, au 14e de ligne.
Huguenin Jean-Nicolas, né vers 1780, sert du 26 germinal an XI au 1er nivose an XIII au 3e hussards.
Menageot Chales, né vers 1771, sert du 19 ventôse an II au 5 janvier 1809, aux 102e et 103e demi-brigades.
Monginot Joseph-Nicolas, né vers 1792, sert d’avril 1813 à octobre 1815, au 42e de ligne.
Perrin Nicolas, né en 1792 à Blumerey, sert au 57e de ligne puis part le 9 mars 1813 au 17e dragons.
Prevost Charles-Remy, né en 1788, originaire de Daillancourt, part le 20 janvier 1807 pour le 14e de ligne. Sert jusqu’en janvier 1809. A été blessé.
Richalet Louis-Auguste, né en 1790, part le 8 mai 1813 pour le 4e d’artillerie à pied. Sert jusqu’en septembre 1815.
Royer François-Xavier, né en 1781, capitaine (pour mémoire).
Vauthier Nicolas, né vers 1789, sert du 28 mai 1808 à septembre 1815, au 1er d’artillerie à pied, au 3e (ou 2e) d’artillerie à pied, dans la 1ère compagnie d’artillerie à pied de la Garde.
Cirey-lès-Mareilles
Rat Nicolas, né en 1777, sert au 22e de ligne pendant trois ans, puis au 11e dragons pendant onze ans.
samedi 26 septembre 2009
Le général Chaudron-Rousseau, l'Espagne et le caniche
Le 5 mars 1811, non loin de Cadix, en Andalousie, s’achevait, sur le champ de bataille de Chiclana, à 35 ans, la courte vie de Pierre-Guillaume Chaudron-Rousseau. Un général à la carrière encore prometteuse, mais pourtant riche, en dépit de son jeune âge. Une carrière fulgurante, aujourd’hui méconnue, sans aucun doute rendue possible par sa qualité de fils d’un conventionnel influent et redouté, Guillaume Chaudron-Rousseau.
C’est dans la cité thermale de Bourbonne-les-Bains que naît, le 15 novembre 1775, Pierre-Guillaume, fils de Guillaume Chaudron, alors qualifié de greffier délégué, et de Catherine Rousseau, le père accolant au sien le patronyme de son épouse pour forger le nom de Chaudron-Rousseau.
Procureur-syndic du district de Bourbonne, Guillaume Chaudron est élu député à la Législative puis à la Convention, votant la mort du roi Louis XVI. C’est en mars 1793 qu’il est envoyé dans le Sud-Ouest comme représentant du peuple. La Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, l’Aude se rappelleront longtemps de la « fougue » révolutionnaire de cet homme né en 1752.
Le même mois au cours duquel son père est envoyé en mission dans le Sud-Ouest, Pierre-Guillaume embrasse la carrière militaire : il devient élève commissaire des guerres (le 10 mars 1793), puis employé dans les bureaux de la guerre jusqu’au 11 juillet, avant d’être promu, à moins de 18 ans, lieutenant dans le 1er bataillon de la légion des Montagnes, unité d’infanterie légère créée par décret du 9 février 1793. Y servait le futur général et pair de France Dessolles. Cette formation se bat dans les Pyrénées.
Le Haut-Marnais y reste peu de temps, puisque le 7 août 1793, il passe adjoint aux adjudants-généraux, puis capitaine titulaire dans la légion des Montagnes le 4 brumaire an II (25 octobre 1793), avant de rejoindre, le 13 nivôse an II (2 janvier 1794), comme lieutenant, le 24e régiment de chasseurs à cheval, corps issu des Chasseurs volontaires de Bayonne et d’où sera issu le futur général Castex.
Le jeune officier prend part, au sein de l’armée des Pyrénées-Orientales du général Dugommier (le héros de Toulon), au siège de Collioure (3-26 mai 1794) et à celui du fort Saint-Elme. Toujours fulgurante, sa carrière lui permet d’être promu adjudant-général chef de brigade le 13 juin 1795 (25 prairial an III). Le voilà donc colonel à 19 ans et demi.
Nous avons cherché dans les annales de l’armée française : nous n’avons pas trouvé, parmi les roturiers, trace d’un autre homme promu si jeune à ce grade dans l’Histoire contemporaine !
Affecté à la 3e division de l’armée des Pyrénées-Occidentales, il révèle sa valeur le 4 thermidor an III (22 juillet 1795) : dans « Les Fastes de la Légion d’honneur », on note que le Haut-Marnais se distingue lors du passage de l’Ebre, à Miranda, au sein de l’armée des Pyrénées-Occidentales commandée par le général Moncey. « Il rallia une brigade que l’ennemi, supérieur en nombre, avait mis en déroute, et rejeta la colonne espagnole au-delà de l’Ebre ». L’on cite sa « présence d’esprit », son « intrépidité » dans cette action. Le même jour, intervient la paix de Bâle, qui signifie la fin des combats sur ce front.
Après la frontière espagnole, Chaudron-Rousseau est dirigé sur l’armée des Côtes-de-l’Océan, commandée par le général Hoche. Le Haut-Marnais y dirige une colonne mobile : selon certaines sources, il y combat à la tête de 4 000 hommes les troupes de Stofflet. Nous n’avons toutefois pas trouvé trace de sa participation à ces opérations.
A la suppression de cette armée, il est réformé, en septembre 1796. A 21 ans, ce colonel est sans emploi…
Il rentre en Haute-Marne.
Il reprend du service le 9 prairial an VII (28 mai 1799), chargé par le ministère de la Guerre de conduire des conscrits haut-marnais vers l’armée du Danube. Il s’agit sans nul doute de ces hommes qui seront versés dans la 109e demi-brigade.
Le 5 juillet, il obtient un emploi de chef de bataillon à la suite d’une demi-brigade. Apparemment, sa rétrogradation hiérarchique profiterait à l’ancien conventionnel Milhaud, futur général de cavalerie d’Empire (et libérateur de Saint-Dizier), qui a siégé dans la même assemblée que Guillaume Chaudron-Rousseau. Rien de bien dramatique pour le jeune officier : bien que sans emploi durant plus de deux ans, il n’a que 24 ans…
En 1800, le 14 mars, Pierre-Guillaume est réintégré dans son grade d’adjudant-général. Il rejoint l’armée d’Italie le 12 avril, servant successivement en Cisalpine (1801), en Batavie (1802), au camp de Nimègue (1803), dans l’armée du Hanovre (1803-1805).
Officier de la Légion d’honneur le 15 juin 1804, il est l’année suivante, comme adjudant-commandant, chef d’état-major de la 1ère division du Ier corps du maréchal Bernadotte. Division commandée par le général Rivaud, auquel il était lié puisqu’il a représenté le parrain du fils de ce général lors de son baptême.
Passé à la 2e division (Lapisse), Chaudron-Rousseau prend part à la campagne d’Autriche. Avant Austerlitz, il se distingue lors de l’affaire de Nordlingen, le 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805), dans le cadre de la poursuite des troupes autrichiennes sous les ordres du maréchal Murat.
Ce jour-là, racontent les « Fastes de la Légion d’honneur », « à la tête d’un détachement de dragons, il força 1 000 Autrichiens à poser les armes, s’empara de quatre pièces de canon ». Etonnant qu’un chef d’état-major de fantassins se soit mis à la tête de dragons, même si ceux-ci ont la particularité de pouvoir également combattre à pied…
Avec sa division, le Haut-Marnais se bat encore en Prusse, en Pologne, avant de passer en Espagne en 1808. C’est là, le 22 novembre de la même année, qu’il est enfin nommé général de brigade, treize ans après sa promotion au grade précédent : mais à 33 ans, ce n’est pas si mal…
Le Ier corps est désormais aux ordres du maréchal Victor, qui a vu le jour non loin de Bourbonne (à Lamarche). Le 27 juillet 1809, premier jour de la bataille de Talavera de la Reina, Chaudron-Rousseau a enfin l’occasion de rendre illustre son nom.
Face au futur duc de Wellington, la division Lapisse se dirige sur Casa de Salinas, contre une position tenue – selon les sources – par 4 ou 6 000 ennemis et quatre pièces.
Voici ce que dit le rapport du Ier corps, cité par Thiers : « Le général Chaudron-Rousseau, qui dirigeait le 16e régiment, profitant habilement d’un terrain moins garni d’arbres, ordonna à son régiment de charger l’ennemi à la baïonnette, ce qu’il avec toute la bravoure qui le distingue. Bientôt l’ennemi fut mis en plus déroute… » Cette charge à la baïonnette du 16e léger du chef de bataillon Gheneser (2e division Lapisse) est depuis restée fameuse.
Le lendemain est funeste. La décision n’est pas emportée, Lapisse est mortellement blessé. Dans son rapport, le chef d’état-major du Ier corps (10 août 1809) loue toutefois les « bonnes dispositions » de Laplane et Chaudron-Rousseau.
Un temps gouverneur de la place d’Astorga (province de Léon), Chaudron-Rousseau est toujours brigadier, dans la 2e division du Ier corps intégré dans l’armée du Midi, lorsque sa trace réapparaît en mars 1811, à l’occasion de la bataille de Chiclana. Il s’agit d’un rude et glorieux combat mené entre le corps de Victor et les troupes anglaises (débarquées pour débloquer Cadix assiégée) et espagnoles, le 5 mars.
Selon Lapène - un ancien officier auteur de plusieurs relations de la guerre d’Espagne -, le Haut-Marnais commande alors deux bataillons dits de grenadiers réunis – à l’instar des fameux grenadiers d’Oudinot -, composés de soldats issus des compagnies d’élite du Ier corps. A Chiclana, Chaudron-Rousseau se bat à l’extrême-gauche du dispositif français, sous les ordres du général normand François-Amable Ruffin.
Faisant toujours preuve d’intrépidité (dixit Lapène, « Conquête de l’Andalousie »), Chaudron-Rousseau tombe alors, mortellement blessé, au plus fort de la mêlée – seul l’auteur Félix Wouters précisera, en 1847, que le général a été frappé au milieu de la poitrine par un boulet…
Ainsi meurt un « officier du plus grand mérite », selon la presse française de l’époque. Toujours selon Lapène, cette disparition aura pour conséquence d’entraîner la retraite de ses troupes.
Les Anglais – qui appelleront cette bataille Barossa – crient victoire. Ils ont pris un Aigle (celui du 8e de ligne, dont le colonel, Autié, a été tué). A noter que durant cette bataille, le sous-lieutenant Paul Priant (1er lanciers), 41 ans, d’Eurville, s’est distingué en capturant 400 soldats britanniques, que le chirurgien-major Nicolas Vanderbach (9e léger), d’Autreville-sur-la-Renne, et le lieutenant Ursin Demongeot (94e de ligne), de Saint-Urbain, ont été blessés.
Si le nom de Rousseau (en fait Chaudron-Rousseau) s’est rendu célèbre en Grande-Bretagne, c’est en raison d’une anecdote extraordinaire couramment reprise par les historiens britanniques des guerres de la péninsule – Wellington lui-même la cite. Nous vous la livrons :
« Après la bataille de Barossa, les blessés des deux nations ont été, faute de moyens de transport, laissés sur le champ de bataille pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante. Le général Rousseau était du nombre ; son chien, du genre caniche blanc, qui avait été laissé durant l'avance des forces françaises, voyant que le général ne rentrait pas avec ceux qui ont échappé à la bataille, se mit à sa recherche ; il le trouva à la nuit, et exprima son affliction par des gémissements et en léchant les mains et les pieds de son maître mourant. Lorsque l’instant fatal eut lieu, quelques heures après, l’animal semblait tout à fait conscient du terrible changement, s'attacha étroitement au corps, et pendant trois jours refusa la nourriture qui lui était offerte. (Le général inhumé), fidèle à sa tombe honorable, le chien se coucha sur la terre qui recouvrait les vestiges bien-aimés, et fit preuve par le silence et son chagrin profond de l’abattement (que lui causait cette perte). Le commandant anglais, le général Graham, (a pu enfin faire quitter l’animal), maintenant plus résistant, de l'endroit, et lui donna sa protection, qu'il a continué à lui prodiguer jusqu'à sa mort, plusieurs années après, à la résidence du général, dans le Perthshire ».
A noter qu’une seule relation britannique penche pour le général Ruffin comme étant le propriétaire du chien, mais cette version nous paraît peu plausible, Ruffin, effectivement mortellement blessé à Chiclana, étant mort sur un bateau qui l’emmenait en captivité, et non sur le champ de bataille.
Le nom du général Chaudron-Rousseau ne figure pas sur l’Arc de Triomphe, mais sur les tablettes de bronze du château de Versailles. En revanche, il a été donné à un fort de la ceinture langroise.
C’est dans la cité thermale de Bourbonne-les-Bains que naît, le 15 novembre 1775, Pierre-Guillaume, fils de Guillaume Chaudron, alors qualifié de greffier délégué, et de Catherine Rousseau, le père accolant au sien le patronyme de son épouse pour forger le nom de Chaudron-Rousseau.
Procureur-syndic du district de Bourbonne, Guillaume Chaudron est élu député à la Législative puis à la Convention, votant la mort du roi Louis XVI. C’est en mars 1793 qu’il est envoyé dans le Sud-Ouest comme représentant du peuple. La Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, l’Aude se rappelleront longtemps de la « fougue » révolutionnaire de cet homme né en 1752.
Le même mois au cours duquel son père est envoyé en mission dans le Sud-Ouest, Pierre-Guillaume embrasse la carrière militaire : il devient élève commissaire des guerres (le 10 mars 1793), puis employé dans les bureaux de la guerre jusqu’au 11 juillet, avant d’être promu, à moins de 18 ans, lieutenant dans le 1er bataillon de la légion des Montagnes, unité d’infanterie légère créée par décret du 9 février 1793. Y servait le futur général et pair de France Dessolles. Cette formation se bat dans les Pyrénées.
Le Haut-Marnais y reste peu de temps, puisque le 7 août 1793, il passe adjoint aux adjudants-généraux, puis capitaine titulaire dans la légion des Montagnes le 4 brumaire an II (25 octobre 1793), avant de rejoindre, le 13 nivôse an II (2 janvier 1794), comme lieutenant, le 24e régiment de chasseurs à cheval, corps issu des Chasseurs volontaires de Bayonne et d’où sera issu le futur général Castex.
Le jeune officier prend part, au sein de l’armée des Pyrénées-Orientales du général Dugommier (le héros de Toulon), au siège de Collioure (3-26 mai 1794) et à celui du fort Saint-Elme. Toujours fulgurante, sa carrière lui permet d’être promu adjudant-général chef de brigade le 13 juin 1795 (25 prairial an III). Le voilà donc colonel à 19 ans et demi.
Nous avons cherché dans les annales de l’armée française : nous n’avons pas trouvé, parmi les roturiers, trace d’un autre homme promu si jeune à ce grade dans l’Histoire contemporaine !
Affecté à la 3e division de l’armée des Pyrénées-Occidentales, il révèle sa valeur le 4 thermidor an III (22 juillet 1795) : dans « Les Fastes de la Légion d’honneur », on note que le Haut-Marnais se distingue lors du passage de l’Ebre, à Miranda, au sein de l’armée des Pyrénées-Occidentales commandée par le général Moncey. « Il rallia une brigade que l’ennemi, supérieur en nombre, avait mis en déroute, et rejeta la colonne espagnole au-delà de l’Ebre ». L’on cite sa « présence d’esprit », son « intrépidité » dans cette action. Le même jour, intervient la paix de Bâle, qui signifie la fin des combats sur ce front.
Après la frontière espagnole, Chaudron-Rousseau est dirigé sur l’armée des Côtes-de-l’Océan, commandée par le général Hoche. Le Haut-Marnais y dirige une colonne mobile : selon certaines sources, il y combat à la tête de 4 000 hommes les troupes de Stofflet. Nous n’avons toutefois pas trouvé trace de sa participation à ces opérations.
A la suppression de cette armée, il est réformé, en septembre 1796. A 21 ans, ce colonel est sans emploi…
Il rentre en Haute-Marne.
Il reprend du service le 9 prairial an VII (28 mai 1799), chargé par le ministère de la Guerre de conduire des conscrits haut-marnais vers l’armée du Danube. Il s’agit sans nul doute de ces hommes qui seront versés dans la 109e demi-brigade.
Le 5 juillet, il obtient un emploi de chef de bataillon à la suite d’une demi-brigade. Apparemment, sa rétrogradation hiérarchique profiterait à l’ancien conventionnel Milhaud, futur général de cavalerie d’Empire (et libérateur de Saint-Dizier), qui a siégé dans la même assemblée que Guillaume Chaudron-Rousseau. Rien de bien dramatique pour le jeune officier : bien que sans emploi durant plus de deux ans, il n’a que 24 ans…
En 1800, le 14 mars, Pierre-Guillaume est réintégré dans son grade d’adjudant-général. Il rejoint l’armée d’Italie le 12 avril, servant successivement en Cisalpine (1801), en Batavie (1802), au camp de Nimègue (1803), dans l’armée du Hanovre (1803-1805).
Officier de la Légion d’honneur le 15 juin 1804, il est l’année suivante, comme adjudant-commandant, chef d’état-major de la 1ère division du Ier corps du maréchal Bernadotte. Division commandée par le général Rivaud, auquel il était lié puisqu’il a représenté le parrain du fils de ce général lors de son baptême.
Passé à la 2e division (Lapisse), Chaudron-Rousseau prend part à la campagne d’Autriche. Avant Austerlitz, il se distingue lors de l’affaire de Nordlingen, le 21 vendémiaire an XIV (13 octobre 1805), dans le cadre de la poursuite des troupes autrichiennes sous les ordres du maréchal Murat.
Ce jour-là, racontent les « Fastes de la Légion d’honneur », « à la tête d’un détachement de dragons, il força 1 000 Autrichiens à poser les armes, s’empara de quatre pièces de canon ». Etonnant qu’un chef d’état-major de fantassins se soit mis à la tête de dragons, même si ceux-ci ont la particularité de pouvoir également combattre à pied…
Avec sa division, le Haut-Marnais se bat encore en Prusse, en Pologne, avant de passer en Espagne en 1808. C’est là, le 22 novembre de la même année, qu’il est enfin nommé général de brigade, treize ans après sa promotion au grade précédent : mais à 33 ans, ce n’est pas si mal…
Le Ier corps est désormais aux ordres du maréchal Victor, qui a vu le jour non loin de Bourbonne (à Lamarche). Le 27 juillet 1809, premier jour de la bataille de Talavera de la Reina, Chaudron-Rousseau a enfin l’occasion de rendre illustre son nom.
Face au futur duc de Wellington, la division Lapisse se dirige sur Casa de Salinas, contre une position tenue – selon les sources – par 4 ou 6 000 ennemis et quatre pièces.
Voici ce que dit le rapport du Ier corps, cité par Thiers : « Le général Chaudron-Rousseau, qui dirigeait le 16e régiment, profitant habilement d’un terrain moins garni d’arbres, ordonna à son régiment de charger l’ennemi à la baïonnette, ce qu’il avec toute la bravoure qui le distingue. Bientôt l’ennemi fut mis en plus déroute… » Cette charge à la baïonnette du 16e léger du chef de bataillon Gheneser (2e division Lapisse) est depuis restée fameuse.
Le lendemain est funeste. La décision n’est pas emportée, Lapisse est mortellement blessé. Dans son rapport, le chef d’état-major du Ier corps (10 août 1809) loue toutefois les « bonnes dispositions » de Laplane et Chaudron-Rousseau.
Un temps gouverneur de la place d’Astorga (province de Léon), Chaudron-Rousseau est toujours brigadier, dans la 2e division du Ier corps intégré dans l’armée du Midi, lorsque sa trace réapparaît en mars 1811, à l’occasion de la bataille de Chiclana. Il s’agit d’un rude et glorieux combat mené entre le corps de Victor et les troupes anglaises (débarquées pour débloquer Cadix assiégée) et espagnoles, le 5 mars.
Selon Lapène - un ancien officier auteur de plusieurs relations de la guerre d’Espagne -, le Haut-Marnais commande alors deux bataillons dits de grenadiers réunis – à l’instar des fameux grenadiers d’Oudinot -, composés de soldats issus des compagnies d’élite du Ier corps. A Chiclana, Chaudron-Rousseau se bat à l’extrême-gauche du dispositif français, sous les ordres du général normand François-Amable Ruffin.
Faisant toujours preuve d’intrépidité (dixit Lapène, « Conquête de l’Andalousie »), Chaudron-Rousseau tombe alors, mortellement blessé, au plus fort de la mêlée – seul l’auteur Félix Wouters précisera, en 1847, que le général a été frappé au milieu de la poitrine par un boulet…
Ainsi meurt un « officier du plus grand mérite », selon la presse française de l’époque. Toujours selon Lapène, cette disparition aura pour conséquence d’entraîner la retraite de ses troupes.
Les Anglais – qui appelleront cette bataille Barossa – crient victoire. Ils ont pris un Aigle (celui du 8e de ligne, dont le colonel, Autié, a été tué). A noter que durant cette bataille, le sous-lieutenant Paul Priant (1er lanciers), 41 ans, d’Eurville, s’est distingué en capturant 400 soldats britanniques, que le chirurgien-major Nicolas Vanderbach (9e léger), d’Autreville-sur-la-Renne, et le lieutenant Ursin Demongeot (94e de ligne), de Saint-Urbain, ont été blessés.
Si le nom de Rousseau (en fait Chaudron-Rousseau) s’est rendu célèbre en Grande-Bretagne, c’est en raison d’une anecdote extraordinaire couramment reprise par les historiens britanniques des guerres de la péninsule – Wellington lui-même la cite. Nous vous la livrons :
« Après la bataille de Barossa, les blessés des deux nations ont été, faute de moyens de transport, laissés sur le champ de bataille pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante. Le général Rousseau était du nombre ; son chien, du genre caniche blanc, qui avait été laissé durant l'avance des forces françaises, voyant que le général ne rentrait pas avec ceux qui ont échappé à la bataille, se mit à sa recherche ; il le trouva à la nuit, et exprima son affliction par des gémissements et en léchant les mains et les pieds de son maître mourant. Lorsque l’instant fatal eut lieu, quelques heures après, l’animal semblait tout à fait conscient du terrible changement, s'attacha étroitement au corps, et pendant trois jours refusa la nourriture qui lui était offerte. (Le général inhumé), fidèle à sa tombe honorable, le chien se coucha sur la terre qui recouvrait les vestiges bien-aimés, et fit preuve par le silence et son chagrin profond de l’abattement (que lui causait cette perte). Le commandant anglais, le général Graham, (a pu enfin faire quitter l’animal), maintenant plus résistant, de l'endroit, et lui donna sa protection, qu'il a continué à lui prodiguer jusqu'à sa mort, plusieurs années après, à la résidence du général, dans le Perthshire ».
A noter qu’une seule relation britannique penche pour le général Ruffin comme étant le propriétaire du chien, mais cette version nous paraît peu plausible, Ruffin, effectivement mortellement blessé à Chiclana, étant mort sur un bateau qui l’emmenait en captivité, et non sur le champ de bataille.
Le nom du général Chaudron-Rousseau ne figure pas sur l’Arc de Triomphe, mais sur les tablettes de bronze du château de Versailles. En revanche, il a été donné à un fort de la ceinture langroise.
mardi 22 septembre 2009
Ils étaient trois capitaines...
Ils étaient trois capitaines. Tous trois nés dans la même ville (Langres), sensiblement du même âge, et servant dans le corps prestigieux de l’artillerie de la Garde impériale. Des officiers distingués, dont deux sont issus de l’école polytechnique, et tous embarqués dans l’aventureuse Campagne de Russie.
L’aîné, François Aubert, voit le jour le 24 avril 1778, fils de Jean-Baptiste, avocat, et d’une demoiselle Maillard. Polytechnicien, élève sous-lieutenant à l’école de Metz (19 février 1804), il sert dans l’artillerie à pied de la ligne et se distingue lors du siège de Dantzig, en 1807, année où il est promu capitaine et fait membre de la Légion d’honneur (le 10 mai). En 1808, il passe dans l’artillerie à pied de la Garde, avant d’être blessé à Wagram (1809). Au moment de la Campagne de Russie, il est capitaine-commandant de la 2e compagnie du 4e bataillon. Il est blessé à La Moskowa, promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur (le 23 septembre), chevalier d’Empire en 1813 puis baron, est nommé chef de bataillon dans la Jeune Garde le 27 mars 1813, avant d’être blessé à Bautzen et à Dresde. Durant les Cent-Jours, il est chef d’état-major de l’artillerie à pied de la Garde, corps dont il prend le commandement juste avant la chute de Napoléon. Sous la Restauration, il est inspecteur salpêtre à Paris. Frère du maire de Langres, il se retire dans le domaine de La Motte, commune d’Anrosey, où il meurt le 17 août 1855.
Claude-Etienne Lavilette, né en 1779, membre de la promotion de l’école polytechnique de l’an IX, devient aide de camp du général Lariboisière. Il se fait connaître en 1806 en rédigeant un « Mémoire sur une reconnaissance d’une partie du cours du Danube ». Lieutenant à l’état-major de l’artillerie de la Garde (22 novembre 1807), il est fait membre de la Légion d’honneur en mars 1807 – quoique non recensé par la base Léonore. Capitaine le 13 février 1809, il commande en second, en Russie, la compagnie des ouvriers pontonniers de l’artillerie de la Garde. Titulaire de l’ordre de la Couronne de fer en Italie et de l’ordre du Mérite militaire de Bavière, il est mortellement blessé le 16 novembre 1812 à Krasnoe. Cet officier semble distinct du capitaine du 8e régiment d’artillerie à pied blessé à La Moskowa et cité par Martinien.
Louis-Edouard Maillard de Liscourt est mieux connu, grâce notamment à la notice biographique que lui a consacré Germain Sarrut (« biographie des hommes du jour »). Fils d’officier (et sans doute apparenté au major Aubert), il naît à Langres le 12 janvier 1778. Après des études dans sa famille, puis au collège Louis-le-Grand qu’il rejoint en 1786, il intègre l’école militaire de Pont-à-Mousson, dissoute en 1793. Conscrit de l’an VII, il ne rejoint pas la 22e ou la 101e demi-brigades d’infanterie de ligne, mais le 6e régiment d’artillerie à pied, comme canonnier, le 1er décembre 1798. Au sein de ce corps, il passe successivement fourrier (1801), sergent (1802), sergent-major (1803), enfin lieutenant en second (22 novembre 1804). Au camp de Boulogne puis à la Grande Armée, il remplit les fonctions d’aide de camp du général d’artillerie Faultrier. Passé dans l’artillerie à cheval de la Garde le 1er mai 1806, promu lieutenant en premier le 21 août 1808, le Langrois sert en Espagne, se battant à Burgos, écopant de deux coups de feu à l’attaque de Madrid, le 4 décembre suivant. On le retrouve à Wagram, à Znaïm : à l’issue de la Campagne d’Autriche, il est fait chevalier de la Légion d’honneur (9 juillet 1809) puis promu capitaine en second (17 juillet). Passé dans l’artillerie à pied de la Garde, Maillard prend part à la campagne de Russie, au sein de la 1ère compagnie du 2e bataillon, participant aux batailles ou affaires de Smolensk, La Moskowa (il est blessé à deux reprises), Krasnoe, passant capitaine en premier le 1er octobre 1812. Durant la Campagne de Saxe (Bautzen, Dresde, Leipzig, Hanau), il est fait officier de la Légion d’honneur le 14 septembre 1813 puis nommé major (lieutenant-colonel) à l’état-major de l’artillerie le 28 décembre. Il a 35 ans.
Jusqu’à présent, Maillard de Liscourt n’a pas beaucoup fait parler de lui. C’est durant la Campagne de France qu’il fait son entrée dans l’Histoire, en qualité de commandant, depuis fin janvier 1814, de l’artillerie réunie au Champ-de-Mars, à Paris, à l’occasion d’un épisode passé sous silence par Sarrut mais évoqué par Châteaubriand (« Mémoires d’Outre-Tombe ») et de nombreux historiens. La question posée : le Langrois a-t-il ou non refusé de faire sauter la poudrière de Grenelle, et l’ordre lui en a-t-il été donné ?
Voici la lettre écrite par l’officier durant la Première Restauration au Journal des débats : « J'étais occupé, dans la soirée de l'attaque de Paris, à rassembler (au Champ-de-Mars) les chevaux nécessaires pour l'évacuation de l'artillerie ; je partageais ce soin avec les officiers de la direction générale. A neuf heures du soir environ, un colonel à cheval arrive près de la grille de Saint-Dominique où j'étais alors, et demande à parler au directeur de l'artillerie. Je me présente : Monsieur, me dit-il, le magasin à poudre de Grenelle est-il évacué ? Non, lui répondis-je ; il ne peut même pas l'être, nous n'avons pour cela ni assez de temps, ni assez de chevaux. - Eh bien, il faut le faire sauter sur-le-champ. A ces mots, je pâlis, je me trouble, sans penser que je n'avais pas à m'inquiéter d'un ordre qui ne m'était point donné par écrit, et qui m'était transmis par un officier que je ne connaissais pas. - Hésiteriez-vous, monsieur ? me dit-il. Après un moment de réflexion, je revins à moi, et, craignant qu'il ne transmît à d'autres le même ordre, je lui répondis avec un air calme que j'allais m'en occuper ; il disparut. Maître de ce secret affreux, je ne le confiai à personne. Je ne fis point fermer les portes du magasin de Grenelle, comme on l'a dit ; je laissai continuer l'évacuation commencée dans la journée. J'ajouterai, maintenant, que cet ordre ne peut m'être venu des bureaux de l'artillerie, dont tous les officiers me sont connus ; que je savais déjà que le ministre de la Guerre et le général chef de division de l'artillerie avaient quitté Paris depuis plusieurs heures, et que tous les officiers d'artillerie de la direction générale étaient réunis au Champ-de-Mars, où ils s'occupaient de l'évacuation ordonnée. »
Ce 30 mars 1814, la poudrière de Grenelle n’a donc pas sauté. Elle contenait, selon « Le Conservateur impartial », 240 quintaux de poudre, cinq millions de cartouches, 25 000 charges de canon et 3 000 obus, et quantité de matériaux pour des feux d’artifice. Selon ce journal, en cas d'explosion (cela s'était produit sous la Révolution), « la plus grande partie de la capitale aurait été ensevelie sous ses ruines ».
Evidemment, les royalistes s’en sont donné à cœur joie pour attribuer à Napoléon lui-même la paternité de ce fameux ordre, porté par le général Gérardin, aide de camp. Si l’officier de cavalerie Hippolyte d’Espinchal, qui a connu Maillard et son épouse (une demoiselle de Caze qui figurait dans l’entourage de l’impératrice Joséphine) dans l’Hérault, sous la Restauration, pense que le Langrois a sauvé Paris, nombre de contemporains et d’historiens mettent en doute à la fois la marque impériale, et le rôle de l’artilleur, parfois qualifié d’ « arriviste ».
L’aîné, François Aubert, voit le jour le 24 avril 1778, fils de Jean-Baptiste, avocat, et d’une demoiselle Maillard. Polytechnicien, élève sous-lieutenant à l’école de Metz (19 février 1804), il sert dans l’artillerie à pied de la ligne et se distingue lors du siège de Dantzig, en 1807, année où il est promu capitaine et fait membre de la Légion d’honneur (le 10 mai). En 1808, il passe dans l’artillerie à pied de la Garde, avant d’être blessé à Wagram (1809). Au moment de la Campagne de Russie, il est capitaine-commandant de la 2e compagnie du 4e bataillon. Il est blessé à La Moskowa, promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur (le 23 septembre), chevalier d’Empire en 1813 puis baron, est nommé chef de bataillon dans la Jeune Garde le 27 mars 1813, avant d’être blessé à Bautzen et à Dresde. Durant les Cent-Jours, il est chef d’état-major de l’artillerie à pied de la Garde, corps dont il prend le commandement juste avant la chute de Napoléon. Sous la Restauration, il est inspecteur salpêtre à Paris. Frère du maire de Langres, il se retire dans le domaine de La Motte, commune d’Anrosey, où il meurt le 17 août 1855.
Claude-Etienne Lavilette, né en 1779, membre de la promotion de l’école polytechnique de l’an IX, devient aide de camp du général Lariboisière. Il se fait connaître en 1806 en rédigeant un « Mémoire sur une reconnaissance d’une partie du cours du Danube ». Lieutenant à l’état-major de l’artillerie de la Garde (22 novembre 1807), il est fait membre de la Légion d’honneur en mars 1807 – quoique non recensé par la base Léonore. Capitaine le 13 février 1809, il commande en second, en Russie, la compagnie des ouvriers pontonniers de l’artillerie de la Garde. Titulaire de l’ordre de la Couronne de fer en Italie et de l’ordre du Mérite militaire de Bavière, il est mortellement blessé le 16 novembre 1812 à Krasnoe. Cet officier semble distinct du capitaine du 8e régiment d’artillerie à pied blessé à La Moskowa et cité par Martinien.
Louis-Edouard Maillard de Liscourt est mieux connu, grâce notamment à la notice biographique que lui a consacré Germain Sarrut (« biographie des hommes du jour »). Fils d’officier (et sans doute apparenté au major Aubert), il naît à Langres le 12 janvier 1778. Après des études dans sa famille, puis au collège Louis-le-Grand qu’il rejoint en 1786, il intègre l’école militaire de Pont-à-Mousson, dissoute en 1793. Conscrit de l’an VII, il ne rejoint pas la 22e ou la 101e demi-brigades d’infanterie de ligne, mais le 6e régiment d’artillerie à pied, comme canonnier, le 1er décembre 1798. Au sein de ce corps, il passe successivement fourrier (1801), sergent (1802), sergent-major (1803), enfin lieutenant en second (22 novembre 1804). Au camp de Boulogne puis à la Grande Armée, il remplit les fonctions d’aide de camp du général d’artillerie Faultrier. Passé dans l’artillerie à cheval de la Garde le 1er mai 1806, promu lieutenant en premier le 21 août 1808, le Langrois sert en Espagne, se battant à Burgos, écopant de deux coups de feu à l’attaque de Madrid, le 4 décembre suivant. On le retrouve à Wagram, à Znaïm : à l’issue de la Campagne d’Autriche, il est fait chevalier de la Légion d’honneur (9 juillet 1809) puis promu capitaine en second (17 juillet). Passé dans l’artillerie à pied de la Garde, Maillard prend part à la campagne de Russie, au sein de la 1ère compagnie du 2e bataillon, participant aux batailles ou affaires de Smolensk, La Moskowa (il est blessé à deux reprises), Krasnoe, passant capitaine en premier le 1er octobre 1812. Durant la Campagne de Saxe (Bautzen, Dresde, Leipzig, Hanau), il est fait officier de la Légion d’honneur le 14 septembre 1813 puis nommé major (lieutenant-colonel) à l’état-major de l’artillerie le 28 décembre. Il a 35 ans.
Jusqu’à présent, Maillard de Liscourt n’a pas beaucoup fait parler de lui. C’est durant la Campagne de France qu’il fait son entrée dans l’Histoire, en qualité de commandant, depuis fin janvier 1814, de l’artillerie réunie au Champ-de-Mars, à Paris, à l’occasion d’un épisode passé sous silence par Sarrut mais évoqué par Châteaubriand (« Mémoires d’Outre-Tombe ») et de nombreux historiens. La question posée : le Langrois a-t-il ou non refusé de faire sauter la poudrière de Grenelle, et l’ordre lui en a-t-il été donné ?
Voici la lettre écrite par l’officier durant la Première Restauration au Journal des débats : « J'étais occupé, dans la soirée de l'attaque de Paris, à rassembler (au Champ-de-Mars) les chevaux nécessaires pour l'évacuation de l'artillerie ; je partageais ce soin avec les officiers de la direction générale. A neuf heures du soir environ, un colonel à cheval arrive près de la grille de Saint-Dominique où j'étais alors, et demande à parler au directeur de l'artillerie. Je me présente : Monsieur, me dit-il, le magasin à poudre de Grenelle est-il évacué ? Non, lui répondis-je ; il ne peut même pas l'être, nous n'avons pour cela ni assez de temps, ni assez de chevaux. - Eh bien, il faut le faire sauter sur-le-champ. A ces mots, je pâlis, je me trouble, sans penser que je n'avais pas à m'inquiéter d'un ordre qui ne m'était point donné par écrit, et qui m'était transmis par un officier que je ne connaissais pas. - Hésiteriez-vous, monsieur ? me dit-il. Après un moment de réflexion, je revins à moi, et, craignant qu'il ne transmît à d'autres le même ordre, je lui répondis avec un air calme que j'allais m'en occuper ; il disparut. Maître de ce secret affreux, je ne le confiai à personne. Je ne fis point fermer les portes du magasin de Grenelle, comme on l'a dit ; je laissai continuer l'évacuation commencée dans la journée. J'ajouterai, maintenant, que cet ordre ne peut m'être venu des bureaux de l'artillerie, dont tous les officiers me sont connus ; que je savais déjà que le ministre de la Guerre et le général chef de division de l'artillerie avaient quitté Paris depuis plusieurs heures, et que tous les officiers d'artillerie de la direction générale étaient réunis au Champ-de-Mars, où ils s'occupaient de l'évacuation ordonnée. »
Ce 30 mars 1814, la poudrière de Grenelle n’a donc pas sauté. Elle contenait, selon « Le Conservateur impartial », 240 quintaux de poudre, cinq millions de cartouches, 25 000 charges de canon et 3 000 obus, et quantité de matériaux pour des feux d’artifice. Selon ce journal, en cas d'explosion (cela s'était produit sous la Révolution), « la plus grande partie de la capitale aurait été ensevelie sous ses ruines ».
Evidemment, les royalistes s’en sont donné à cœur joie pour attribuer à Napoléon lui-même la paternité de ce fameux ordre, porté par le général Gérardin, aide de camp. Si l’officier de cavalerie Hippolyte d’Espinchal, qui a connu Maillard et son épouse (une demoiselle de Caze qui figurait dans l’entourage de l’impératrice Joséphine) dans l’Hérault, sous la Restauration, pense que le Langrois a sauvé Paris, nombre de contemporains et d’historiens mettent en doute à la fois la marque impériale, et le rôle de l’artilleur, parfois qualifié d’ « arriviste ».
Durant la Première Restauration, Maillard de Liscourt appartient à la commission chargée de remettre aux Alliés les places fortes de Hollande – il est fait chevalier de Saint-Louis et membre de l’ordre de Sainte-Anne, par l’empereur de Russie Alexandre, à la suite de l’épisode de Grenelle - et, comme d’autres compatriotes (le colonel Denys, le chef de bataillon de Nettancourt), rejoint le roi Louis XIII en fuite à Gand. Au retour des Bourbon, il occupe divers postes de direction d’artillerie (à Sète, à Nantes, à Bordeaux…), prend part à la campagne d’Espagne à l’issue de laquelle il est promu colonel, et retraité en 1830. Il meurt à Paris le 5 décembre 1851 (selon Sylvie Nicolas : « Les derniers maîtres des requêtes de l’Ancien Régime »).
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