mercredi 1 avril 2015
dimanche 22 mars 2015
Bicentenaire de Waterloo (3) : six Haut-Marnais morts en Belgique
Pour l'heure, nous avons identifié une demi-douzaine de grognards haut-marnais ayant perdu la vie lors de la campagne de Belgique. Deux appartenaient à la Garde impériale. D'abord Pierre Doussot, né à Fayl-Billot en 1787. Incorporé en 1807 au 7e régiment d'artillerie à pied, il devient premier canonnier dans l'artillerie à pied de la Garde (7 mai 1815). Blessé, prisonnier, il est hospitalisé à Ath le 3 juillet 1815 et décède le 13. Ensuite un grenadier justifiant d'une carrière bien remplie : Jean Royer. Né à Chaumont en 1774 (lieu-dit Saint-Aignan), l'homme entre en service en 1792. Destiné à servir au sein du 2e bataillon de volontaires de la Haute-Marne, il rejoint en fait le 1er bataillon, passant ensuite dans la 85e demi-brigade d'infanterie de ligne puis la 34e. Blessé à Austerlitz, caporal, membre de la Légion d'honneur, il est retraité le 15 août 1811 et revient à Chaumont. Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre volontairement, durant les Cent-Jours, la 1ère compagnie du 1er bataillon du 3e régiment de grenadiers à pied de la Garde, où il est incorporé le 11 mai 1815. Blessé d'un coup de feu à l'abdomen, Royer est hospitalisé le 30 juin à Mons, où il décède le 3 juillet. Parmi les fantassins, citons encore Nicolas Frenizy (Chassigny 1792), soldat au 77e régiment d'infanterie de ligne, blessé le 18 juin. Ce dernier décède le 8 juillet à Nivelles ; le jeune tambour François Herbinot, né en l'an XIV à Saint-Dizier, arrivé au 100e régiment d'infanterie de ligne le 7 mai 1815, mortellement blessé et décédé le 30 juin à Nivelles (le registre le porte déserteur !) ; Simonnot (Arc-en-Barrois), soldat au 1er régiment d'infanterie légère, mortellement blessé le 18 juin ; Jacques Thevignot, né dans le canton de Châteauvillain en 1793, voltigeur au 2e bataillon du 77e régiment d'infanterie de ligne (ex-93e), tué le 16 juin.
lundi 16 mars 2015
Bicentenaire de Waterloo (II) : jugé sous la Restauration
Carrière éclectique que celle du capitaine Pierre-Joseph Thomassin. C'est un Chaumontais, né le 19 mars 1770. Il est le fils d'un avocat en parlement, François-Nicolas, et il est le cousin germain d'un lieutenant de pontonniers, mortellement blessé lors du siège de Gaëte en 1806. C'est le général de Beurnonville, selon les déclarations de ce dernier, qui le fait entrer en service. En l'an VIII de la République, Thomassin est attaché à la personne du général Junot, dont il est peut-être déjà l'aide de camp. Puis il sert, comme sous-lieutenant, en 1802, dans le 5e régiment de dragons, dont le chef de brigade en titre n'est autre que Lucien Bonaparte. Le frère du Premier consul intervient alors pour que le Chaumontais obtienne une place de lieutenant dans la garde de Paris. Requête entendue puisqu'en 1804, Thomassin est adjudant-major dans la cavalerie, commandée par le colonel Goujet, de ce corps. C'est en cette qualité qu'il est fait membre de la Légion d'honneur, comme capitaine de dragons, le 14 juin 1804. Puis il semble que ce soit lui que l'on retrouve, à nouveau comme aide de camp du général Junot, lors de l'expédition du Portugal, en 1807-1808. Passé dans la gendarmerie, Thomassin – peut-être dès 1805 – est placé à la tête de la compagnie de la Dordogne, à Périgueux, jusqu'en 1812, puis à celle de la Marne, à Châlons-en-Champagne. Il entre dans l'Histoire fin décembre 1815, lorsqu'il est arrêté, emprisonné à l'Abbaye et jugé le 16 mai 1816 comme complice du général Rigau. Que lui reproche-t-on ? De n'avoir pas, conformément à un ordre donné par le maréchal Victor, le 20 mars 1815 (donc lors du retour de Napoléon), arrêté Rigau, commandant du département de la Marne, qui avait «forcé» les troupes de Châlons à crier «Vive l'empereur». Et d'avoir, le 8 avril, adressé une lettre au général Lallemand, ancien aide de camp (comme lui) de Junot, dans laquelle il évoque notamment «notre cher empereur». Durant le procès, où le général Rigau, en fuite, n'est pas présent, Thomassin reçoit les témoignages de satisfaction du préfet de la Marne et du chef d'escadron Durival (gendarme anciennement en poste à Chaumont). Et pour sa défense, le Haut-Marnais assure que sa lettre n'avait d'autre but que de donner le change au général Rigau qui se «défiait» de lui, et pour preuve de son attachement au roi, qu'il a demandé sa retraite pendant «l'usurpation». Arguments convaincants, puisque Thomassin sera acquitté. Celui que Beurnonville considérait comme le «meilleur officier» de la gendarmerie cessera de servir le 1er juillet 1818, après 20 ans de carrière, reviendra en Haute-Marne, où il sera brièvement, en 1826-1827, maire du village de Saint-Martin-sur-la-Renne. Puis il résidera à Chaumont, au 490 rue du Palais, où il décède le 27 février 1832. Thomassin était marié avec Victoire Applagnat, une Lavalloise épousée en 1812.
vendredi 13 mars 2015
Bicentenaire de Waterloo (I) : la mort du sous-lieutenant Voilliot
Jean-Baptiste-Hilaire Voilliot naît le 14 janvier 1783 à Chamouilley, près de Saint-Dizier. Il est le fils de Jean-Baptiste, forgeron. Le jeune homme entre en service en l'an XIII de la République, dans la 111e demi-brigade d'infanterie de ligne. Fusilier puis voltigeur, Voilliot est nommé caporal en 1809, puis sergent-major en 1813. Il a 31 ans lorsque le 5 février 1814, il est promu sous-lieutenant. Durant la Campagne de Belgique, le 111e de ligne appartient à la division du général de Bourmont (de triste mémoire), et c'est au cours de la bataille de Waterloo que le sous-lieutenant Voilliot trouve la mort. Il est, à notre connaissance, l'un des trois officiers haut-marnais tombés durant ces combats, avec le lieutenant-colonel de carabiniers Bel (Langres) et le chef de bataillon Quilliard (Aubepierre-sur-Aube).
vendredi 27 février 2015
Deux grognards haut-marnais distingués il y a 200 ans
(Photo issue du blog de Christophe Bourrachot).
C'est entre l'île d'Elbe et les côtes de la Provence, le 27 février 1815, que deux grenadiers haut-marnais de la Garde impériale sont faits membres de la Légion d'honneur par Napoléon, à bord du brick L'Inconstant. Tous deux servaient alors au sein de la 1ère compagnie du bataillon de l'île d'Elbe.
Né le 10 juin 1778 à Laneuvelle (près de Bourbonne-les-Bains), fils de Pierre, vigneron, Nicolas Pionnier est entré en service en juin 1797 au sein de la 102e demi-brigade d'infanterie de ligne. Il s'est battu à Marengo, a servi dans la péninsule italienne jusqu'en 1809, puis sur les côtes de Méditerranée en 1810, avant de rejoindre, le 5 juin 1812, la 8e compagnie du 1er régiment de chasseurs à pied de la Garde impériale. Blessé durant les campagnes impériales, Pionnier a participé aux opérations en Russie, en Saxe, en France, puis est parti pour l'île d'Elbe le 12 avril 1814. Il combattra en Belgique puis rejoindra la Légion de la Haute-Marne sous la Restauration. Retiré à Laneuvelle, il décède le 14 octobre 1852.
Son camarade Pierre Lavoignet (ou Lavoinier) a vu le jour à Champlitte (Haute-Saône), en 1784. Il a servi à partir de l'an XIII dans le 28e régiment d'infanterie de ligne, et rejoint les chasseurs à pied de la Garde (juillet 1813), après avoir été blessé à Eylau.
Comme Pionnier, sa distinction ne lui sera reconnue qu'en 1832. Deux anciens sous-officiers de la région ayant participé au vol de l'Aigle, Nicolas Choux, des chasseurs à pied de la Garde, né dans les Vosges, futur imprimeur à Chaumont (et membre de la Légion d'honneur en 1813), et l'ancien maréchal des logis-chef de lanciers polonais de la Garde, Adrien Monin, alors en poste à Clairvaux, viendront attester qu'ils ont été témoins de la récompense impériale accordée Lavoinier, qui était propriétaire à Chaumont (il décédera en 1862).
A noter qu'un futur médaillé de Saint-Hélène langrois, Yves Beylier, alors âgé de 18 ans et sans doute originaire de l'Isère ou du Vaucluse, aurait participé à la marche de l'empereur sur Paris avant de rejoindre le 3e régiment de tirailleurs de la Garde.
mercredi 18 février 2015
Pierre Perrot, un brave né à Orquevaux la paisible
Charmant village du canton de Saint-Blin environné de forêts, aujourd'hui cher au souvenir de la famille de Saint-Exupéry, Orquevaux a vu naître de valeureux combattants de l'Empire. C'est ici qu'a grandi le colonel d'artillerie Christophe Pelgrin, disparu en Russie. C'est ici qu'a vu le jour, le 20 juin 1782, Pierre Perrot. Fils d'Henry, cultivateur, et de Marguerite Thomas, ce charpentier, conscrit de l'an XI de la République, a été appelé, parmi une centaine de Haut-Marnais, à rejoindre le 34e régiment d'infanterie de ligne, où servaient déjà ses compatriotes issus du 1er bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne, comme les cousins Gardel et Jacquot, de Sommancourt, futurs capitaines, dont la carrière a été évoquée sur ce blog.
Le jeune homme de 23 ans, qui mesure 1,60 m, est incorporé le 18 octobre 1805, en pleine Campagne d'Autriche, à quelques semaines d'Austerlitz. Perrot prend part aux opérations de la Grande Armée, jusqu'en 1807. Il est blessé le 14 juin 1807, à Friedland, d'un coup de feu à la jambe droite. Puis on le retrouve, en 1808 et 1809, en Espagne. Ses états de services précisent qu'il combat à Saragosse et à Astorga. Caporal le 8 mars 1809, l'enfant d'Orquevaux sert l'année suivante au Portugal. Puis il est muté, le 26 avril 1812, jour de sa promotion au grade de sergent, dans une cohorte de premier ban de la garde nationale, appelée à participer à la recréation du 152e régiment d'infanterie de ligne (le 12 janvier 1813). Perrot, qui a hérité du numéro de matricule 9, y retrouve un compatriote, le chef de bataillon Royer de Fontenay, natif de Donnemarie, près de Nogent. Durant la Campagne de Saxe, il est promu, par décret impérial, sous-lieutenant, le 25 octobre 1813. Il a 31 ans. Passé au 18e régiment d'infanterie de ligne, il est situé, fin 1815, comme sous-lieutenant en activité. Puis, l'année suivante, en demi-solde, dans son village natal. Mais Perrot est rapidement retraité, pour blessures, après seize ans de services, puisque c'est dans cette situation qu'il se marie en mai 1816 avec Marie André, 25 ans. Sa vie est courte : le 15 avril 1819, alors qu'il n'a que 37 ans, le sous-lieutenant Pierre Perrot décède à Orquevaux. Son frère Jean, né en 1785, grenadier au 105e régiment d'infanterie de ligne, a été retraité en août 1812. Parmi ses homonymes originaires d'Orquevaux, Henri Perrot, fils de Jacques, a trouvé la mort lors de la bataille de Vitoria (1813) en Espagne, et Pierre Perrot, sergent au 39e régiment d'infanterie de ligne, a été rappelé au service lors des Cent-Jours.
dimanche 7 septembre 2014
Le lieutenant-colonel Guichard
La police impériale, toujours soucieuse d'informer Napoléon des évènements se passant dans l'Empire, note l'arrivée, le 29 décembre 1813, à Paris, où il doit rester deux jours, d'un lieutenant-colonel Guichard, commandant les cuirassiers de la garde royale de Naples.
Les renseignements sont parcellaires quant à cet officier français passé au service du maréchal Murat. Selon des sources italiennes étudiées par l'historien Yves Martin, Guichard était capitaine au 4e escadron du régiment des chevaux-légers de la garde royale napolitaine, de 1810 à 1813. Titulaire de l'ordre des Deux-Siciles, promu chef d'escadron, il passe dans les cuirassiers de la garde comme major (maggiore). Naturalisé napolitain, parmi 196 compatriotes, par décret du 20 janvier 1815, il démissionne du service du royaume lorsque lui parvient, le 4 mars 1815, l'annonce du retour de Napoléon en Provence, ce qui motive son départ pour la France.
Où est né ce major Guichard ? Longtemps, cette question est restée sans réponse. Aujourd'hui, nous sommes en mesure de préciser qu'il s'agit bien, comme nous le pensions sans preuve formelle, de Joseph Guichard, né le 27 avril 1777 à Montigny-le-Roi (Haute-Marne), fils de Jean, manouvrier, et de Marguerite Noël. Lorsqu'en 1818, sa fille Joséphine épouse, à Montigny, le lieutenant-colonel François Chameroy, Guichard est en effet qualifié de lieutenant-colonel de cavalerie et d'officier (sic) de la Légion d'honneur (malheureusement, l'homme n'est pas recensé par la base Léonore des Archives nationales, source essentielle pour connaître le parcours de militaires).
Pour reconstituer la carrière de Joseph Guichard, il faut nous en remettre à de rares sources. Notons d'abord qu'il est né la même année que son gendre : en 1777. Mais si Chameroy est entré en service, parmi les conscrits de cette classe, au sein du 1er bataillon auxiliaire de la Haute-Marne (versé en partie dans la 101e demi-brigade d'infanterie de ligne), Guichard n'apparaît pas sur le contrôle d'effectifs de ce bataillon. En fait, à la même époque, il occupe, à Metz, où il a épousé une Lorraine, Anne Chevalier, la fonction de conducteur en chef des charrois. Nous savons même qu'âgé seulement de 14 ans, il s'est inscrit, en juin 1791, devant la municipalité de sa commune, parmi les hommes volontaires pour défendre la patrie, avant de se rétracter le lendemain ! En 1802, alors que son épouse, toujours à Metz, met au monde sa fille, Joseph Guichard est qualifié de marchand de chevaux dans la cité. Avant de reprendre du service, avant 1810, dans la cavalerie napolitaine, jusqu'à atteindre le grade de major. S'il est localisé le 29 décembre 1813 à Paris, c'est peut-être parce que le même jour, décède à Montigny sa mère, dont il a pu être informé de la disparition prochaine.
Durant les Cent-Jours, Guichard revient donc en Haute-Marne. A partir du 2 mai 1815, il se préoccupe d'acheter une maison et des terres, aussi bien à Montigny-le-Roi qu'à Epinant. Quelques jours plus tard, il se porte volontaire pour organiser et commander, comme major, la cavalerie du corps-franc de la Haute-Marne. Avec ses hommes, il opère aux confins des Vosges.
Totalisant, au 1er juillet 1818, quinze ans, dix mois et 22 jours de service, le Bassignot cessera officiellement sa carrière le 9 août 1832. En demi-solde au moment du décès de son épouse, en 1831, il décède dans sa ville natale en 1839, au domicile de son gendre.
Il est à noter que Joseph Guichard avait également un frère sous les armes : Pierre, né à Montigny en 1771. Entré en service en mars 1791, présent à Metz au moment du mariage de son cadet, il sert jusqu'à la Restauration au 1er bataillon puis au 2e bataillon bis du train d'artillerie. Maréchal-des-logis-chef, rappelé le 29 avril 1815 durant les Cent-Jours pour le 4e bataillon bis du train d'artillerie, il sera médaillé de Sainte-Hélène en 1857 à Varennes-sur-Amance.
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